‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 65 sur 436 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Le triomphe du zèle divin dans la précieuse mort du Père.

Si le zèle divin est un amour pur, un amour fort et ardent, on peut dire qu'il ne fait jamais mieux connaître sa pureté et sa force qu'à la morl, puisque c'est dans ce doux et heureux moment qu'il se sépare de l'être créé pour s'unir à l'incréé, et qu'ainsi c'est pour lors qu'il est saintement victorieux et qu'il triomphe avec gloire. Quelques victoires qu'il |)uisse gagner en cette vie, il est toujours sujet à de nouveaux combats, toujours dans le [léril d'être vaincu; mais le triomphe de la mort est une victoire éternelle ; les palmes que l'on y remporte ne flétrissent jamais, et les lauriers que l'on y gagne sont des lauriers immortels. Ah I que le disciple de l'amour a grand sujet de s'écrier : Bienheureux les morts qui meurent au Seigrieur ! {Apoc. \iv, 13.) Que le Psalmiste a raison dédire: Que la tnort des saints est précieuse en la présence du Seigneur. {Psal. cxv, 15.)

La mort du P. Seurin a été une de ces morts précieuses et une de ces morts bienheureuses. S'il disait « qu'il lui semblait que le pur amour de Dieu le faisait vivre, >nous pouvons dire qu'il semble que le pur amour de Dieu l'a fait mourir, et que cet homme de Dieu est mort comme celui dont parle l'Ecriture ( Psal. iv, 9], dans le baiser

du Seigneur. Klle ne pouvait pas lesurprendre, puisqu'à l'imitation de l'Ajiôtre il mourait tous les jours. II Cor. x\, .'11. j La moit ne peut être imprévue à celui qui est déj.t mort. C'est pounjuoi l'apùire de In sacrée dileition déclare ([ue : Bienheureux sont les morts qui meurent. Mais le ciel (pii prend lilaisir de révéler ses plus grands secrets à ceux (pii ne tiennent jilus à la terie, voulut manifester au Pcre le teiii|is de sa mort durant une des veilles sacrées (pi'il faisait souvent la nuit aux pieds de son aimable maître, au très-saint sarrement de l'autel. On a bien appris celte révélation, mais de sa- Miirce (jui se ivissa ensuite dans l'inférieur de son âme, les sacrifices qu'il y fil, les saillies et les transports du divin amour ofj il entra, il n'y a que Dieu seul et les sainl.< anges qui étaient les seuls témoins de ses soupirs, qui le connaissent. Ce que l'on sait seulement, c'est qu'U passa toute celte nuit dans une oraison continuelle.

A quelque temps de là, il tomba malade de trois sortes de maladies, dont la moindre était capable de le faire mourir; ce fut vers la fête de saint Joseph, le grand saint de s;i particulière dévotion. C'est une chose remarquable que plusieurs saints sont morts ou tombés malades de leur maladie morlelle, le jour ou proche du jour de la fôle des mystères ou des saints à qui ils avaient une dévotion spéciale. Ainsi, plusieurs saints qui ne respiraient que l'amour pur de la trèssainte Sierge, sont morts jiroche du jour de ses fêtes. O sainte, non jamais assez aimée, Mère de Dieu 1 ô la toute aimable Marie! la Vierge des vierges toute immaculée dès le premier moment de votre sainte conception, qu'il est doux en quelque manière que ce puisse être de mourir à vos pieds 1 Ah 1 que j'y vive, ah ! que j'y meure ! c'est la grâce, ô lua très-douce et fidèle mère 1 que je vous demande en toute humilité. La divine Providence sans laquelle le moindre cheveu ne tombe pas de notre tête, voulut que l'homme de Dieu tombât malade vers la fête de saint Joseph, comme [lar une faveur sjiéciale de cet incom|)arable saint, puisqu'il est vrai que la mort des justes est la consommation de toutes leurs grâces. Celui qui désire une jiareille mort doit avoir une [lareille dévotion au glorieux saint Joseph, qui est celui qui, après sa virginale épouse, a le |)lus de jtouvoir d'assister les âmes dans ce moment redoutable.

La même providence, qui conduit toutes choses et qui tient tous les moments du temps en son pouvoir, voulut que les malailies du Père reçussent quelque soulagement jusqu'au jour sacré du \'endredi saint, où il retomba plus malade qu'auparavant. 11 fallait encore que ce parfait imitateur de Jésus-Christ dans l'amour de la croix en eût une nouvellele jour de la mortde cet aimable Sauveur, qui le conduisit à la fin de sa vie, laquellearriva quelques semaines après. Durant ce temps-là, il fut fort travaillé de coliques, d'une grande o|ipression de poitrine, a'uB abattement et d'une faiblesse extraor-

tft.L"VRES COMPLETES DE BOl PON.

dinairc. et enfin de l'hydropisie ; naais tous ces niaui qui l'iitlflqiiaient au dehors ne firent aucune impression >ur ia vigueur 'io son intérieur où il conserva toujours une parfaite paix. 1! n'arriirra aucun mal, dit le Psahuistc,<i Cf/iii 71(1 a pris le Très-Haut pour son refuge, ri la plaie n'approchera point de SA maison. {Psal'. xo. 10.) La demeuie do ce véritable serviteur de Dieu et de son inuiiaculée JNIère était dans la paix ; il possédait toujours son âuie en patience, soutirant toutes SCS douleuis avec une douceur tout à lait édifiante ; il n'avait de la jieine qu'à une seule chose, cest lorsqu'il aiiercevait cjue l'on faisait quelque estime de lui. Car enlin ceux qui sont pleins de l'esprit de Jésus- Christ en ont les inclinations, ils vivent et ils meurent dans l'esprit d'une véritable humilité; ils vivent et ils meurent dans un amour extrême des mé|)ris, qu'ils désirent avec plus d'ardeur que les plus ambitieux mondains n'as[>irent après l'honneur du siècle. Ceux qui ont res[)rit du momie ne peuvent entendre cette doctrine, ceux qui ont l'esprit de Jésus-Christ l'entendent et la pratiquent. Le Père témoignait «qu'il aurait été très-content de mourir comme il avait vécu, dans le mépris des hommes. »

Mais l'application qu'il eut à Dieu durant tout le cours de sa maladie est bien remarquable. Il y a des personnes qui donnent quelque lemi)s à la sainte oraison tous les jours, lorsqu'elles Jouissent d'une bonne santé, mais à peine peuvent-elles s'occujjer de Dieu quand elles tombent malades. On voyait tout le contraire dans le P. Seurin, il semblait que tous ses maux ne lui servaient qu'à lui donner une attention jjIus vigoureuse et [)lus actuelle à Dieu. Comme les petits feux s'éteignent facilement par le moindre vent, et que les grands s'en augmentent davaniage ; de même il faut peu de chose pour désoccuper de Dieu ceux qui ne l'aiment guère, vu qu'au contraire toutes les difficultés et empiêchements qui peuvent arriver ne sauraient diminuer les ardeurs d'un amoureux zèle. L"n cœur qui a un amour zélé ne se trouve jamais plus divinement élevé que sous l'accablement de toutes sortes de peines; mais, s'il n'est pas aisé à une personne qui s'aime de s'oublier d'ellemême, comment un cœur saintement généreux, qui aime jdus Dieu un million de fois que soi-même, pourrait-il ne pas penser à Dieu? Le cœur du Père, qui était de ces cœurs généreux dans le divin amour, était toujours collé au Dieu de son amour : il semblait par ses divins mouvements qu'il voulait s'élancer sans cesse en Dieu seul jiar la séparation de son corps. Lorsqu'on lui disait qu'il tâchât de modérer un peu ses ferveurs sacrées, qu'il ex|)rimail au dehors par des paroles toutes de l'eu, de peur que cela n'aliérûtsa santé : Ahl répondait-il, c'est ce qui n'est pas en mon pouvoir. L'amour aussi bien que le feu a de la |ieine d'être caché. 1-es disciples du grand saint Martin, le priant dans la force de sa maladie de relAcher un ' I*eu la continuelle attention qu'il avait à

Dieu et qu'il faisait paraître, ayant les yeux

temius sans cesse vers le ciel, ce glorieux ]M'élat leur répondait : Laissez-moi, mes frères, laissez-moi regarder le lieu où j'aspire, le ciel qui est la demeure du Dieu que j'aime. De même notre saint homme ne pouvait |)as non 1)1 us s'empêcher de s'o(>cu|ier incessamment d(> Dieu ; celui était même un tourment que d'être quekiuefois assoupi , parce que dans ce temps-là il ne pouvait pas actuellement [lenseV au Dieu de son amour.

Il en |);uiait à ceux qui le venaient voir d'une manière si sublime, qu'il s(;mblait que ce fût quelque |)ersonne descendue du ciel; avec un si grand méfiris de toutes les choses de la terre, qu'on l'eût pris pour un homme de l'autre monde; et avec une onction si divine, qu'on en était touché jusqu'aux larmes. Plu>ieurs personnes de qualité qui l'entendirent parler des vanités du monde et des mépris qu'il en fallait laife, de l'estime que l'on devait avoir des choses du ciel, de l'éternité, et du Dieu du ciel et de l'éternité, en demeuraient toutes ravies; et l'une de ces personnes sortant de l'infirmerie où il était, après l'avoir entendu, dit hautement, qu'elle ne croyait pas qu'un saint du paradis parlât d'une autre manière.

Mais surtout, son cœur et ses paroles ne respiraient que des tendresses incroyables jiour Noire-Seigneur Jésus-Christ; son zèlo lionr cet aimable Sauveur l'avait comme tout absorbé ; aussi, n'en ayant jamais été séiiaré dans sa vie, il devait bien lui être uni en sa mort. O aimable Jésus 1 ô vous qui devez être tout l'amour des bons cœurs, lié ! comment i>e vous [las aimer, à la vie et à la mort? Ah ! il faut ou n'avoir plus de cœur ou vous aimer toujours, mais il faut n'avoir du cœur que pour vous aimer uniquement. Ah ! Jésus, seul Jésus, seul Jésus 1 Cet amour ardent qu'il avait pour cet adorable Seigneur l'avait pressé de demander qu'on lui donnât tous les jours jiendant sa maladie la communion vivifiante de son précieux corps, ce qui lui fut accordé. C'était dans cette nourriture divine qu'il prenait toutes ses délices, et c'était avec un courage sans pareil que, pour jouir de ce bien intiiii, il se contraignait à ne rien prendre , quelque abattu (ju'il lût, depuis minuit jusqu'à quatre heures qu'on lui donnait ce gage de notre salut, ce Dieu de l'amour et l'amour même. O mon Dieu ! que ceux qui ne vous connaissent point ne lassent pas tous leurs efforts pour vous posséder; mais celui qui saura un peu ce que vous êtes, pourra-t-il bien ne pas tout faire, ne lias tout souffrir, ne pas tout quitter pour l'amour de vous?

Il reçut le saint Viatique' et l'extrêineonction avec une dévotion tout à fait édifiante, en préNcnce de tous les religieux du collège, à ipii il témoigna, avec une simplicité et une humilité toute extraordinaire, les sentiments de son cœur sur l'élat dans lequel il avait vécu, qu'il appela fort extraordinai-re et extravagant devant les hommes, leur marquant qu'il était très-content d'avoir vécu dans le méiiris. Ensuite il leur de-

ses

1 HOMME DF, niF.r. — part. m.

niandn irt'^sliuiiililoniont pariion do loules los failles qu'il avait comiiiisos, ol vn parliciilior de Ions les inoiivciiionts irréguliers qu'ils avaient remarqués de lui, et qui pouvaient les avoir mai éditiés, iirole^lant néanmoins en simplioité qu'il avait toujours eu le cœur fort sincère en ses paroles. Les religieux furent si toucliés qu'ils fondaient en larmes, qui furent renouvelées afirès rofricc «lèses funérailles. Ht de vrai se peut-il rien voir do plus touchant qu'un saint homme qui demande pardon à la mort poiirdes choses qu'il faisait malgré lui, et qui lui étaient fies sujets d'une dernière humiliation qu'il aimait de tout son cœur, et la matière d'une très-haute sainteté. 11 témoigna aussi la rccounaissance oîi il était pour la g<-Ace de sa vocation dans la compagnie; la joie qu'il avait de la miséricorde que ?sotre-Seigneur lui avait faite d'f être tidèle, et d'y mourir. Je ne [irétends point ici improuver la conduite d'aucune personne en particulier, mais e puis dire en général que c'est une chose jien dangereuse de sortir d'un état où l'on est lié par les vœux sacrés de la religion, quoique ce soit avec dispense. Le Saintlisprit nous dit par le Psalmiste : Faites des cœux et rendez-les au Seigneur votre Dieu, à re Dieu terrible qui ôle la vie des princes et qui se montre terrible à tous les rois de la terre. [Psal. lxxv, 1-2, 13.) L'on peut hien se mettre à couvert devant les hommes par plusieurs moyens, mais Dieu qui sonde les cœurs et les reins jugera selon sa justice. iPsal. VII, 10.) L'on a vu souvent des issues tVès-malheureuses de ses sorties , bienheureux celui qui demeure dans la vocation où il a été appelé 1

Enfin le vrai serviteur de Jésus-Christ et de son immaculée Mère quitta la terre pour aller au ciel par de nouveaux élancements il'amour, qui l'y élevèrent heureusement le :2i d'avril, sur dix à onze heures du soir en l'année 166o, agéde 65 ans, comme son glorieux patriarche saint Ignace, dont il a été l'un des jilus dignes enfants par une lidèle imitation de son parfait dégagement de tout ce que le monde estime, et de son très-grand amour pour les voies humiliantes de la croix, après avoir protesté qu'il ne souhaitait rien davantage gne de mourir en vrai pénitent aux pieds d'un si saint Père. .\ peine eut-il expiré, que son vi.sage parut plus beau et plus doux qu'il n'était durant sa vie ; et aussitôt plusieurs personnes de mérite se saisirent, ou de ses cheveux, ou de quelque partie de ses habits, ou d'autres choses qui lui avaient servi, pour l'estime qu'elles faisaient de sa sainteté, et la confiance qu'elles avaient °n ses intercessions auprès de Notre-Seiîrneur.qui en a bien voulu marquerle pouvoir par les merveilles qu'i I a opérées en sa faveur. Lu même nuit qu'il sortit de cette vie , -oiie sainte religieuse carmélite avoi; laquelle le charité de Jésus-Christ l'avait lié particulièrement, comme elle commençait à dormir environ daux heures après sa mort, fut éveil.'ée |>ar une voix fort douce qui, lui parlant à l;v manière du Père, lui dit : c'est

OElVPSS Cf.MPL UF BOLDON. 111

aujourd'hui le saint jour de pâques, c e^l le jour de la résurrection . célébrez-en la fèti-, entendez la sainte messe avec une attention singulière. La même voix continuant à la réveiller plusieurs lois, elle fut enfin obligée do se lever, ne sachant ce que cela voulait dire ; mais ayant appris sur les huit heures du matin Ta mort du Père, elle no douta plus que ce ne fût un avis du ciel qui lui marquait que c'était le jour de la fêle de Pûques pour cette sainte âiue qui sortait heureusementde l'Egyjite (Je ce monde, pour entrer dans le ciel comme dans la vraie terre de promission. Plusieurs illustres graves Pères de la compagnie témoignèrent à cette vertueuse Carmélite de grands sentiments pour la haute vertu liu P. Seurin ; et entre autres le P. Baillé lui dit qu'il approuvait beaucou[) ses écrits, et qu'il faisait grand cas de sa sainteté, en ayant une jiarliculière connaissance parla communication entière qu'il lui avait faite de son intérieur. Le P. Anginot, qui l'avait connu dès sa jeunesse, lui en parla avec la mémo estime. Le P. Partenay a assuré qu'il ne l'avait jamais vu manquer aux vertus. Pour moi je puis dire avec sincérité que plu>ieiirs Pères de la même compagnie , et qui sont personnes d'érudition, d'une piété singulière, et qui d'autre part l'ont, connu très-particulièrement, m'ont parlé avec une telle estime de sa sainteté, qu'ils disaient ne point trouver de termes assez forts pour s'expliquer. D'autres personnes religieuses d'une éminente piété m'en écrivirent comme d'un grand saint un j>eu après sa mort , me témoignant que Dieu faisait beaucoup de grandes merveilles en sa faveur.

Voici fidèlement un petit extrait de quelques lettres de plusieurs Pères de la compagnie , qu'ils écrivirent immédiaiemeiit après cette précieuse mort. Dans Tune un Père mande : Le P. Seurin est mort comme il avait vécu , en saint et en grand saint; priez Dieu pour lui, quoique je ne croie pas (|u'il en ait besoin, ainsi que plusieurs personnes en ont eu une connaissance surnaturelle. Dans une autre, un Père de la même société dit : Ce cher Père est mort en odeur de sainteté, on lui baisait les mains comme l'on faisait aux saints. Lorsqu'il reçut les derniers sacrements, il tira les larmes des veux de tous nos Pères qui étaient dans l'infirmerie, surtout parles tendres sentiments qu'il avait pour sa vocation : et il était bien dillicile de n'en être pas touché ; c'était un homme d'une grande foi. Ob', qu'il est doux de mourir dans le sein de Dieu après avoir passé par le rebut de tout le monde 1 Un autre Père écrit : On a de la peine à trouver quelque chose qui lui ait appartenu jiour en donner à ceux qui en demandent, plusieurs personnes de qualité et de considération avant tout emporté. Un président a pris le bâton dont il se servait; son chapelet a été donné ii un autre; son bréviaire aux conseillers ; on garde sa calotte pour Mgr le prince de C.on-li. Une personne de mérite mande : 11 visitait continuellement les hôpi-

taui ; sa douceur et sa palience étaient extraordinaires dans toutes sortes de rencontres; son entretien tout divin avec les grands et les petits, et si touchant qu'il ne conversait avec personne sans faire quelque sainte impression dans son cœur; son humilité si grande, qu'on peut le nommer le vrai humble. Les plus parfaits peuvent trouver (ic quoi imiter en sa vie. Ce qui a causé la différence des sentiaients à son égard, a été son obsession et les elfets qui en sont arrivés; mais l'ayant 'demandée à Dieu, c'est la marque d'une sainteté admirable. Il avait demandé de plus de passer pour fou, et cet état apparent de folie l'y faisait passer, el i! le tenait pour l'une des plus grandes grAccs qu'il eût obtenues : c'était un homme d'une oraison très-sublime et élevée. Je tinis par le témoignage du R. P. Batilde, religieux de son même ordre ; je le nomme à cause du respect que j'ai pour sa sainte mémoire, qui est en bénédiction parmi les âmes de Dieu ; et de vrai il a passé pour un religieux d'une vertu singulière, d'un grand mérite particulier et d'une haute oraison. Je le fais encore parce qu'il a eu une pleine connaissance de l'intérieur du saint homme de Dieu, et qu'il en a pris un soin très-charitable, lorsqu'il ]-iorlait ses plus profonds anéantissements. 11 n'était pas à Bordeaux le jour de sa mort ; mais, y arrivant un peu ajjrès, voici ce qu'il en mande : Tous les nôtres m'ont témoigné généralement que sa mort les a embaumés d'une odeur de sainteté; on lui baisait les mains et les [lieds à l'envi les uns des autr«s ; plusieurs fondaient en larmes ; plusieurs ont gardé de ce qui était à lui ; on faisait toucher quantité de choses à son corps ; le R. P. Provincial m'en a parlé comme d'un saint.

CH.\P1TRE Xill.

Ce qui eai arrivé de considérable uprès sa précieuse mort.

C'est une grande vérité que nous tenons de la bouche de la vérité même, l'adorable Jésus, et dont par conséquent aucun Chrétien ne peut douter sans se rendre infidèle, que celui qui s'humilie sera exalté. ( Matth. xxin, 12.) Tous les saints ont été humbles, et il ne peut y avoir de sainteté véritable sans une véritable humilité. Us seront tous élevés à des grandeurs incompréhensibles , durant toute l'éternité glorieuse, dans le ciel ; et c'est une gloire qui est commune à tous les saints. Mais il y en a dans cette vie que la divine Providence fait éclater d'une manière admirable, dont les premières puissances du monde révèrent les cendres et tiennent à grand honneur, non-seulement d'avoir quelque chose de leurs reliques corporelles, mais encore la moindre chose qui ait touché leurs corps. L'histoire ecclésiastique nous apprend que les Souverains Pontifes ont cru ne pas faire une petite grâce, quand ils ont envoyé aux têtes couronnées un peu de linge qui avait touché au sang ou à quelque partie du corps de ces person- ^le^ bienheureuses. Nous ayons remarqué

(KL'VRKS COMPLinES DF BOUDON.

quelque chose de cet honneur accordé à la bienheureuse mémoire du P. Seurin, lors- (juo nous avons dit qu'un des premiers jirinces du royaume et (dusieurs des jiremiers d'une cour souveraine avaient souhaité les uns sa calotte, les autres son bréviaire, son chapelet, et même jusqu'à son bâton.

Mais la conduite de la divine providence, qui prend autant de [ilaisir à élever ceux t]ui s'abaissent, comme à abaisser ceux qui s'élèvent, ne s'en est jias tenue là à l'égard du P. Seurin ; elle l'a encore voulu rendre glorieux par quantité de merveilles faites en sa faveur; en voici quelques-unes rapportées fidèlement et selon les témoignages cpii en ont été rendus [lar des personnes dignes de foi, qui sont arrivées à Bordeaux ou proche de cette grande et illustre ville.

Je soussigné Jean du Lugal, notaire royal de la ville et juridiction de Saint-Macaire , déclare et atteste devant tous ceux qu'il appartiendra, qu'ayant élé malade à l'extrémité, et abandonné des médecins, après avoir reçu l'extrême - onction , j'eus une grande inspiration que si je pouvais toucher ie bâton duquel feu le R. P. Seurin se servait ordinairement pour aller et venir , je serais guéri ; lequel bâton je savais que M. le président de Pontac avait en sa disposition depuis la mort du révérend Père, qu'il a voulu avoir et a conservé coumie une relique. Ce qui m'obligea d'envoyer un mien oncle prier ledit Seigneur de me le prêleipour un jour, ce qu'il fit ; et l'ayant baisé et mis sur le chevet de mon lit, oii je l'ai gardé vingt-quatre heures , m'étant recommandé aux prières de ce bon Père, je me sentis soudain soulagé, et allant toujours de bien en mieux, je suis maintenant , jinr la grâce de Dieu, en parfaite santé. J'ai appris et ouï dire à des personnes digues de foi, que })lusieurs ayant aussi depuis emprunté ledit bâton, ils sont entièrement guéris des maux qu'ils avaient; en foi de quoi j'ai écrit et signé la présente déclaration, à Saint-Macaire, le qualrième du mois d'août mil six cent soixante et cinq. Signé du Lugat.

Je Denise Thaureau, âgée de vingt-sejit ans et dix mois, déclare qu'en l'année dernière mil six cent soixante et cinq, ayant eu des reliques du R. P. Seurin, de la comjiagnie de Jésus, je les ai gardées quelque temps sans autre intention sinon d'acquéri.r la paix de l'esprit dans les jieinesqui m'arrivent souvent, et un vrai abandon à la volonté de Dieu, et j'ai souvent eu de grands soulagements par la vertu de ces saintes reliques dans des peines qui me semblaient n'être pas petites ; j'en dirai quelque chose lorsqu'il me sera permis ; présentement je dirai seulement ce que j'ai vu dans quelques maladies corporelles. Premièrement, ce qui m'est arrivé à moi-même : il y a donc environ trois ans que je suis fort malade, en sorte que souvent j'ai demeuré des trois mois entiers incapable de faire quoi que ce soit dans ma maison ni [JOur aller ni pour venir. Lorsqueseuleiuent j'avais monté d'une

^ , ( LiioMMi: i)i'. niK

.Immbrc h l'autre, je liemourais des liiMires iMilii'''ros sans force; parmi ces iiicomniodilés ji. sentais souvent des désirs de deiuauder la '-,iiil('' au liDn Dieu, mais la crainte (jne j'avais do la reelicrclier contre sa volonté m'en I empécliail. Or un jour étant h genoux, je dis nu K. P. Seurin comme si je lui eusse parlé lors(iu'il vivait : mon lion l'ère, vous savez nomme je suis malade et incapable de rien ; si ce n'était que je crains do ne point bien vouloir ce que mon Sauveur vent de umi, ipii vont peut-être (jue je soutrro de cette l'açon, je voudrais bien, jiar la vertu de vos saintes reliques, posséder une plus grande santé, mais je n'oserais absolimicnt vous le demander : je vous prie, mon Père, si (-'est pour la plus grande gloire de Dieu, de me pousser à me servir de vos rclitiues, pour • ela je ferai tout ce que vous m'enseignerez. N ous savez, mon cher Père, que je suis souvent accablée de douleurs que je ne saurais presque jamais faire mes oraisons; enfin vous savez toute ma misère, je m'abandonne à tout ce que mon Dieu voudra, secourezmoi, s'il vous plait. Je lui dis tout cela avec, ardeur et beaucoup de larmes, mémo dans la communion; je m'adressai fortement à lui. et je continuai plusieurs jours lui disant la luÀme chose. Après trois ou quatre jours je me sentis portée à me servir de ces reliques en celte façon : étant sortie de la communion, devant que de faire autre chose, je pris un verre d'eau et me retirai toute seule ; je fis environ un quart d'heure d'oraison en me soumettant, ce me semble, à la volonté de Dieu, le priant de m'aider parles mérites de son serviteur. Depuis, je jiris de ses reliques qui sont des cheveux, et les mis tremper dans un verre d'eau; puis je dis cinq Pater et cinq Ave en l'honneur de la dévotion que le Père portait au grand saint Joseph. Ensuite je bénis cette eau et je me sentis soulagée dans le moment, me portant si bien que je dîi'iai environ une heure ajirès, ce qui ne m'était guère arrivé depuis près de deux ans, Ce fut sur la fin du mois de juin de l'année [lassée 1665, que cela arriva. Je me suis portée près de deux mois sans sentir non plus de mal que si jamais je n'en eusse eu, et je repris bien des forces durant ce temps-là. Après cela étant retombée malade à mon ordinaire, je m'adressai derechef au bon Père, et je lui dis que si Noire-Seigneur ne voulait point que j'eusse une parfaite santé, qu'il me donnât au moins la force de supporter le mal, et île pouvoir agir dans la maison et dans l'euiploi oii j'étais obligée; et je fis pendant neuf jours ce que j'avais fait la première fois avec mon verre d'eau et mes cinq Paierez Ave. Depuis ce lemps-lè je n'ai pas senti les mêmes douleurs qu'auparavant. Mais j'ai beaucoup lilus de forces pour aller et venir. Je n'ai même [dus perdu l'usage du manger ; ce qui m'arrivait continuellement.

Plus, je tiens en pension une petite fille âgée d'environ trois ans, qui appartient à M. Noges, marciiand au Pont-Saint-Jeaii : celte petite lille tonibant le menlon sui le

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