‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 8 sur 436 · I.IIOMME DE Dltr · texte numérisé non relu

I.IIOMME DE Dltr

l'AUT. r.

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iiarenls cherclient leur propre satisfarlioii , leurs propres intérêts jusque (tans leurs ' cntanls r.iômes. Ainsi sous prétexte d'examiner une vocation, ils font tous leurs efforts pour empêcher (pi'iis ne suivent tons It's attraltN du Fils de Dieu, parce que les enfants leur jilaisent, et qu'il ne leur plait pas de s'en séparer. Mais, ô abomination détestable! quelquefois ils voudront que d'autres entrent dans l'état religieux , qui ne le veulent pas, et les y engageant de la sorte , sont cause de scandales énormes dans l'Eglise, et de leur damnation. C'est de la sorte que l'houime, ce chélif morceau de boue, ne veut pas ce qu'un Dieu veut, et veut ce que Dieu ne veut pas. Je voudrais bien demander à ces messieurs, qui tachent de couvrir leur propre volonté sous prétexte d'examiner la volonté de Dieu , quel examen ils en font, quand dés l'dge de quatre à cinq ans ils engagent leurs enfants à l'ordre des chevaliers de Malle, qui sont de véritables religieux; quel examen ils en font dans la suite des temps, lorsqu'il s'agit de faire leurs vœux. 0 Seigneur! sauvez-nous, parce que les vérités sont bien afl'aiblies parmi les hommes ; chacun ne dit que des clioses vaines à son prochain, et leurs lèvres sont trompeuses. Levez-vous, Seigneur, et régnez sur les gens qui veulent être les maîtres, et qui disent au moins par leurs actions ; Qui dominera sur nous?

Or l'état religieux peut être considéré en deux manières : premièrement en tant qu'il s'adonne sim|dement à la vie contemplative jiar la séparation des choses de la terre et des emplois extérieurs, quoique saints ; secondement, entant qu'il joint l'action à la contemplation. Les religieux qui font profession du premier état sont appelés moines, parce que, selon leur institut, ils ne vaquent qu'à l'ornison dans la retraite et dans la solitude. Il ne faut ija> cependant penser que ces solitaires soient inutiles au prochain. Une personne d'oraison et de mortification ne va jamais seule au ciel, disait la séraphique sainte Thérèse ; et souvent il arrive que }iendant que les ministres de Jésus-Christ sont aux prises avec le démon , combattant le péché, ce sont les Moïses qui, levant leurs mains au ciel, en obtiennent les victoires. Il est rapporté dans l'histoire de la vie de Marie de Valence , dont saint François de Sales faisait une telle estime, que durant sa ■^ie même il l'appelait une relique vivante , que Dieu convertissait un grand noinbiu d'hérétiques et de pécheurs par ses (iriei e^; qu'en sa faveur même il sanctifiait plusieurs personnes , leur accordant des grâces toutes singulières. Or le nombre de ces âmes accordées aux prières île cette servanii; de Dieu est tout à fait surprenant; et je cite volontiers ce qui est rapjiorté dans celle \ ic, ayant été sérieusement examiné par quantité de docteurs de la faculté de Paris asassemblés extraordinairement jwur ce sujet par les ordres de la feue reine de glorieuse inémoire. Que les jugements de Dieu sont éloignés des pensées des hommes! Fendant

qu'un missionnaire a toute la gloire des conversions des personnes touchées ensuite de ses sermons, souvent il arrive devant Dieu que ce sera une pauvre personne bien cachée , qui ne connaît point le monde, et (lue le monde ne conn;dt jioint , qui en aura obtenu toutes les grâces. Il faut encore remarquer que Dieu tire de temps en temps les solitaires de leurs retraites, pour servir pour sa gloire dans les emplois les plus éclatants, comme il se voit en saint Bernard et en (ilusieurs autres.

-Mais il y a d'autres religieux qui, joignant par leur institut l'action à la contemplation, ne vaquent pas seulement à leur propre perfection, mais à celle des autres; et ceux-là ne doivent pas être appelés moines, puisque leur état y est tant opposé. C'est une erreur assez commune dans le siècle, de lonfondre ces deux diflérents états, traitant de moines indifféremment toutes sortes de religieux ; et cette erreur est une source de plusieurs autres ; car ap[i]iquant ce que les Pères ont dit des moines à ceux qui ne le sont pas , comme par exemple, que c'est leur propre de pleurer leurs péchés et ceux des autres dans le silence et la retraite, sans vaquer au dehors; l'on trouve à redire aux religieux qui s'emploient pour le prochain , ne considérant pas qu'il y a des instituts religieux ap|)rouvés par l'Église , et autorisés du ciel par des bénédictions extraordinaires, qui ont pour fin non-seulement leur propre perfection , mais celle des autres.

Saint Bonaventure, un grand saint et un grand docteur, rapporte de saint François qu'après avoir consulté Dieu par l'oraison , il se sentit inspiré de travailler avec granu zèle pour le salut des âmes. Et de vrai, cet homme de Dieu , qui a été l'une des plus jiarfaites images de Jésus-Christ, et en son corps et en son âme , envoya ses religieux de tous côtés annoncer l'Evangile, et luimême le faisait avec un tel feu du divin amour, qu'il paraissait comme un autre saint Jean-Baptiste [irêchant ta [lénitence, et touchait si efficacement les cœurs, que les hommes venaient en foule de toutes parts criant mise'ricorde, changeant de vie et faisant des fruits véritables de [lénitence. Saint Dominiijue |)arut dans le même lem|)s avec le même zèle, et lui et ses religieux faisaient une profession si spéciale de publier les vérités de l'Evangile, qu'ils en lurent appelés les frères Prêcheurs ; ainsi l'on ne jieut pas dire que ce soient des moines, ni leur a|) |)liquer avec justice ce qui convient aux moines.

.Mais dans les derniers temps, Dieu a suscité quantité d'instituts de religieux pour sa gloire et le bien de l'Eglise , qui sont à jiroprement parler des clercs réguliers. En celte qualité, ce sont des religKMix prêtres qui confessenl, qui prêchent 'Xjus l'autorité ou Souverain-Pontife et de nos seigneurs Jes évô(]ues selon leur insLilut; et s'ils quittaient leurs emplois, ils agiraient contre leur fin, et par suite contre Tordre de Dieu et de l'Eglise qui les a reçus en celte manière. Il

est Trai qu'iU doivenl ménager du toin[)s fiour l'oraison et la retraite, s ils ne veulent dissiper l'esprit intérieur et perdre leur f^râce, et c'est l'avantage que leur donne leur état qui leur en lacilite les moyens avec grande bénédiction.

Or c'a été une conduite bien douce et bien puissante du Saint-Esprit sur son Eglise, de Ji>i avoir donné des prêtres, des conl'esseurs, des prédicateurs, qui, par la profession des vceui religieux, imitent la vie des apôtres, ne possédant rien en propre , et vivant hors des embarras des affaires qui souvent retiennent et servent de grand obstacle aux ecclésiastiques jiar les soins qu'ils sont obligés d'y donner. Tous les instituts paraissent visiblement comme des ouvrages du Saint- EspTit, qui a donné ces grands secours à son Eglise, pour amener dans la bergerie du véritable pasteur, Jésus-Christ, tant de brebis qui n'en étaient point, et qui étaient malheureusement dévorées [lar le loup inlernal au milieu des ténèbres de l'intidélité et du paganisme; (lour y ramener tant de brebis qui en étaient égarées par l'hérésie ; pour y guérir celles qui étaient languissantes et blessées fiar le péché; jiour y renouveler l'esprit de pénitence et de piélé par leur doctrine et par leurs exemples. Mais ce sont des troupes auxiliaires, dira-l-on : je réponds qu'il est vrai; mais en cette qualité Dieu les envoyant au secours des ordinaires, il est juste de s'en servir et de ne pas frustrer les desseins de miséricorde du Saint-Esprit sur son Eglise.

Combien de grâces lui ont été données dans les derniers temps par le secours do ces troupes ! L'on sait assez le déplorable état des choses au commencement du dernier siècle. Le libertinage était grand, et la corruption des mœurs extrême; mais ce qui était bien étrange, c'est que ceux qui doivent être la lumière du monde en étaient les ténèbres. Le démon et les impies se servant de ces occasions funestes, glissaient de toutes parts des maximes malheureuses, et ils insinuaient des doctrines nouvelles sous prétexte de réformer l'Eglise, à ce que les libertins en fait de religion disaient. L'infâme hérésiarque Luther pour lors coniiiieni;a de paraître, et l'on ne saurait croire combien ce misérable avec ses sectateurs jirenait d'avantage des mauvaises mœurs des catholiques et particulièrement des désordres de ceux qui y doivent a|>porter le remède. Or ce fut dans ce temps malheureux, que l'Esprit de Dieu suscita plusieurs compagnies de clercs réguliers, dont il se servait avec des bénédictions extraordinaires |)our donner le remède ii de si grands maux. Les religieux Théalins parurent des premiers, .jui, par leur grand dégagement de toutes les choses de la terre, (;t leur |jur abandon à la divine Providence, ressuscitant pour ainsi dire, l'esprit apostolique, jetèrent de si pures lumières au travers des ténèbres épaisses de ce temps-là, que le beau jour de la grâce se découvrit avec des effetb merveilleux des plus grandes miséri-

conies de Notre -Seigneur Jésus -Christ.

Luther ayant appris la vie exemplaire de ces clercs réguliers, s'écria saisi de frayeur: « Voili» une grande guerre que l'on" nous prépare. » Que ne lit pas saint (îaëtan, fondateur de cet institut, et par ses paroles, par ses exemples et jiar ses soins? Cet homme, plein du Saint-Esprit, terrassait avec une force nonpareille et l'hérésie et le péché, et animait ellicaccment les fidèles aux plus saintes voies du pur amour. Certainement l'on peut dire que les profanations des temples sont l'une des plus puissantes causes qui attirent les fléaux de Dieu sur les hommes ; et cependant c'est un désordre général. Comme saint Gaétan était |)lein do grâce et de force, il s'appliqua spécialement à combattre et à détruire les irrévérences qui se commettent ordinairement dans nos églises; et il le faisait avec une vigueur si divine , que dans les villes où il se trouvait et où le désordre régnait le plus, l'on y remarquait un changement si surprenant, que tout le monde était édifié du profond silence qui s'y observait et du grand resiiect qui paraissait sensiblement dans toutes sortes de personnes. Malheur à nous qui voyons en nos jours les mêmes maux, et qui y sommes si peu sensibles 1 0 grandeur intinie de la majesté de mon Dieu 1 où trouvera-t-on des gens zélés jiour soutenir vos divins intérêts? La négligence, le respect humain, la prudence de la chair régnent même parmi ceux qui sont les plus obligés à les soutenir. A peine oserait-on dire une parole pour vous et pour les gens qui sont à vous , pendant que l'on parle avec tant d'insolence contre vous. Il me souvient au sujet de l'un des plus grands princes du royaume, qui s'entretenantavec un religieux dans un lieu où il découvrait une grande partie de ses courtisans : « Voyez-vous, disait-il, mon Père, tous ces gens? il n'y en a pas un qui ne mît l'épée à la main pour me défendre si l'on me faisait la moindre insulte, et peut-être pas un qui se mît le moins du monde en peine à la vue d'un Dieu offensé. »

Les religieux ïhéatins ont été suivis de plusieurs autres instituts de clercs réguliers, qui ont été autant de compagnies d'une milice sainte, pour faire la guerre à l'enfer et à tous ses su|)pôts, à l'infidélité, à l'hérésie et au péché. Mais il faut avouer que parmi toutes les généreuses troupes de l'Eglise militante, la compagnie qui a porté spécialement le nom de Jésus s'est fait discerner Jiar des grâces bien singulières. L'on peut dire que ce n'est pas sans providence qu'elle ne porte [las le nom de son instituteur, ou lies lieux où elle a commencé, comme la ]ilii|)art des autres ordres réguliers. Les grandes choses que celui qui est tout-puissiiiil a faites en elle et par elle, font bien voir qu'elle est une compagnie liée (larticulièrement et unie avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ainsi qu'elle en doit porter singulièrement le nom. Toute l'Italie, l'Allemagne, la Fiance, rEsjiagne, la Pologne,

LIIOMME DK DIEU. — PAnT.-I.

]ne, l'Aii]i'rii[iio les i]iie ri'Sjiril par elle. Kilo a depuis roricnt

fouto riùiropc, I Asie, l'AIVi sont le théâtre des iiiervei (le Jt^sus-Christ a opc^récs loué le nom du Seigneur jusiiu'à rOccideiit, annonçant sa parole. Klle a parcouru les mers et pénétré jusciu'aux e^tréiuilés de la terre, pour v l'aire connaître le Sauveur de tous les liomincs. Kt c'est avec grande raison que dans les actes de la canonisation de l'un de ses premiers enfants, il est ilit que le verset du Psahuiste lui convient d'une manière toute singulière : Leur bruit a retenti pur toute la terre, et leurs paroles juif/u'uiix extrémités du inonde. {Psal. xviii, 5.) Il n'y a point d'âge, de condition, de nation qui n'en ait ressenti le secours. Le monde tout entier fait le digne sujet de son zèle; tout ce qu'il y a d'opposé à Dieu est la matière de ses combats ; tout ce qui p^^ul contribuer à sa plus grande gloire fait l'application de ses soins.

Son zèle a animé ses enfants à jiorter la guiirre contre les démons jusque dans leur fort, les attaquant dans les lieux oij ils dominent avec |ilus de tyrannie et avec moins de crainte, je veux 'lire dans le paganisme. l'n seul de ses disciples, le grand saint

ont été dans dans de lont

dans

vingt-

François Xavier, y a prêché quatie royaumes; il y a baptisé plus d'un million d'âmes. La divine Providence s'est servi d'eux pour conserver grand nombre de peu[)les dans la foi; pour détruire l'hérésie dans les lieui où elle s'était introduite, pour réveiller l'esprit d'amour de Dieu et de dévotion parmi les fidèles. Elle embrasse tous les moyens possibles qui conviennent à des religieux pour l'établissement de la gloire de son Maître, se faisant tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus-Christ.

Le nombre de ses martyrs qui ont souffert jiour Jésus-Christ est étonnant, si l'on

considère qu'il n'y a guère plus d'un siècle en plus pûur~la plus grande gloire de Dieu

seul qui doit être honoré en toutes choses.

ilais parce que l'hérésie s'est attachée pi us fortement ;i combattre le culte de la glorieuse Vierge, les démons sachant bien que

l'alUiction et dans la douleur, .gués veilles, dans la faim, dans la soif, dans beamoup de jeûnes, dans le Iroid et la nudité, eiilin (]u'ils ont servi de spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

Les Souverains Pontifes ont appelé celte compagnie un champ fertile en toutes sortes de biens, qui ne produisait pas seulement des fruits toutes les années, mais tous les jours. Pie IV, Pie V, drégoire Xlil, Crégoire XIV, Clément Vill, Paul V, Irliain ^'11I lui donnent de merveilleux éloges dans la vue des grands secours que tout le monde en reçoit ; c'est ce qui a fait dire à un concile provincial, que son saint fondateur, le glorieux Ignace, était un Atlas céleste. .Mais particulièrement c'a été une créance commune autorisée |iar le jugement des Souverains Pontifes, qu'elle a été opposée par l'Esprit de Dieu aux hérésies de nos derniers temps; et c'est |iour(|uoi le môme concile |)rovincial appelle son saint fondateur un espritde salut que l'Eglise a reçu en môme temps que Luther, comme un hydre, est sorti du [luits de I abîme des enfers.

De là vient qu'en même temps que les derniers hérétiques n'ont rien oulilié pour détruire toute sorte de piété, et spécialement la dévotion au très-saint Sacrement de l'autel, à la bienheureuse Vierge, aux bienheureux anges et saints , c'a été pour lors que [lar une singulière providence de Dieu, les religieux de la Compagnie de Jésus ont fait tous leurs etforts en la vertu de celui sans lequel nous ne pouvons rien, pour établir [ilus saintemeiit que jamais toutes ces dévotions avec un tel succès jiar la bénédiction que Jésus-Christ y a donnée, que tous les exercices de la véritable et solide piété continuent et augmentent tous les jours de plus

quelle eA établie; mais la vertu de celui qui combat et qui triomphe dans les martyrs y éclate d'une manière admirable. Ils ont souffert tout ce que la plus cruelle barbarie et tout ce que la rage des démons ont pu inventer; ils ont passé jiar toutes sortes de supplices ; ils ont été tourmentés en toutes manières, et c'est avec grande raison que l'eu monsieur N'incent, décédé en odeur de sainteté, très-digne instituteur et général des Pères de la Mission de France, disait que l'esprit apostolique leur avait été donné; car ils peuvent liire avec la merveille des apôtres, saint Paul (// Cor. xi, 26), qu'ils ont été souvent en prison pour la cause de Jésus-Christ ; qu'ils ont beaucoup de blessures ; qu'ils ont été souvent proches de la mori; qu'ils ont été battus de coups do fouets et de verges; qu'ils ont été lapidés; qu'ils ont fait des naufrages ; qu'ils ont fait beaucoup de voyages; qu ils ont été en péril sur les rivières, en péril de tomber entre ies mains des voleurs, en péril de la part de ceux de la nation, eu péril de la part des gentils, en périt dans les villes, en péril dans les déserts, en péril sur la mer; qu'ils

c'est la grande [irotectrice de l'Eglije au()rès de son Fils, dont il se sert jiour déiruire toutes les erreurs, les religieux de la Compagnie de Jésus se sont appliqués avec un zèle non pareil pour en défendre ies intérêt>, et jiar leurs sermons et par leurs écrits, dans le j)ublic , dans le particulier, dans les églises, dans leurs classes, et spécialement par leurs congrégations qui sont comiiie une népinière de véritables serviteurs de la très-sacrée Vierge; et c'est une chose assez lemarquable, que Luther et Calvin, agités Jiar les furies de l'enfer, déclarant en particulier que la dévotion au privilège de l'immaculée conception de la très-sacrée \ieigfr leur était insupfiortable; c'est ce privilège de la Mère de Dieu que ces religieux uni soutenu avec plus de force : aussi le P. Alphonse Rodriguez ap|irit du ciel par unerévélation miraculeuse, que la défense de l'immaculée conception de la très-sacréw Vierge était l'une des lins pour les<iuelles ki

Compagnie

ŒUVRES COMPLETES DK UOIDON.

lie Jisiis avait iHé donnée par l'Espril tic Dieu h l'Eglise. C'est ennore In même Compagnie qui a renouvelé en quelque sorte le nilte des saints, et c'est d'elle qu'est venue la pieuse coutume d'en prendre un tous les mois et toutes les années |iour })rotecteur, atin de l'honorer [)ar les exercices d'une solide piété, et de 1 imiter par la pratique de ses vertus.

Je ne suis pas étonné ensuite si la Reine des saints a bien voulu elle-même inviter jilusieurs personnes à entrer dans la Compagnie de son Fils, comme ces âmes pures et innocentes qui tenaient plus du ciel que (le la terre, le bienheureux Slaniflas Kosika et Louis de Gonzague, qui ont été des prodiges de grâces en nos derniers jours. Je ne doute point qu'elle n'ait beaucoui) contribué par ses intercessions pour obtenir la môme grâce au P. Seurin, qui en ayant reru de puissants mouvements dans les exercices de sa dévotion, enlin les exécuta à l'âge de quinze h seize ans. Il faut remarquer ici que ce ne fut pas sans de très -grandes contradictions. Le démon qui prévoyait la grande gloire qui en devait arriver à Notre-Seigneur [lar les grâces extraordinaires qu'il avait remarquées dans ce jeune liomme, n'oublia rien pour apporter des obstacles à son pieux dessein. Il lui fallut bien résister aux attaques que la chair et le sang lui livrèrent; et cela, comme il arrive souvent, sous le beau prétexte d'examiner sa vocation, dans l'erreur où plusieurs sont que si elle est véritable, elle subsistera toujours dans l'esprit et dans le cœur de ceux qui sont appelés. Mais ils ne prennent pas garde que la grande vocation du salut où les autres tendent, souvent n'a pas son effet par l'infidélité des hommes; et quoique plusieurs soient appelés, cependant il y en a peu d'élus. Mais enfin Jésus-Christ triompha en lui de toutes ces difficultés. 11 entra le jour de la Visitation de Notre-Dame dans le noviciat de la Compagnie de Jésus à Bordeaux, et au bout de deux ans il fut envoyé à la Flèche, pour étudier en philosophie et en théologie. Comme il avait un bel esprit, il réussit parfaitement dans ses études, et il paraissait avec éclat dans toutes les occasions. Ses études étant achevées, on l'envoya à Ko'.ien, pour y faire la troisiècse année de probation; et ce fut dans cette année de retraite oii son Sauveur et son l>ieu lui parlant un jour hors de l'embarras des créatures, il se trouva merveilleusement fortifié dans l'esprit de mort qu'il avait reçu au saint baptême. Ce fut dans cette sacrée solitude qu'il s'ensevelit tout de nouveau dans le tombeau avec Jésus-Christ, pour ne vivre plus que de la mort, disant un adieu éternel à toutes les créatures.

11 communique les desseins d'une si grande et si longue séparation de l'être créé au K. P. Louis l'Allemand, qui était son directeur dans cette maison de retraite; et comme c'était un homme de grâces, il l'éprouva beaucoup. Dieu qui se sert des choses ïaibies pour faire |iarattre .sa diviiio vertu.

voulut le fortifier dans ses généieui desseins par la rencontre d'un jeune homme qu'il trouva dans le coche de Rouen à Paris, lorsqu'il s'en retournait en sa province. Ce jeune liomme était un pauvre garçon, fils d'un boulanger du Havre en Normandie, qui ayant servi chez les religieux de Saint- Antoine à Rouen, s'en allait à Paris pour y prendre l'habit de religieux en qualité de frère lai. Le Père en parla dans sa relation comme d'un berger, et il pouvait bien l'avoir été auparavant que de servir les bons religieux dont je viens de parler. Ce pauvre garçon âgé d'environ vingt ans était si divinement éclairé, que le Père douta quelque temps si c'était un ange dans un corps emprunté ou un homme. Comme ses lumières étaient ardentes, elles enflammaient beaucoup le cœur du Père des ardeurs du saint amour, qui d'ailleurs était un sujet parfaitement disposé. J'ai appris que ce jeune homme a été prévenu tout à coup de ces lumières extraordinaires de Dieu, voulant lui montrer qu'elles étaient un don gratuit qu'il donnait et qu'il ôtait selon son plaisir, llfaut remarquer que la relation que leP. Seurin a faite de cette rencontre de providence, ayant été imprimée plusieurs fois et en différents lieux , il s'y est glissé des erreurs que le Père désapprouvait , et oCi il n'avait aucune part.

Etant de retour en sa province, on découvrit bientôt en lui des marques d'une éminente piété; ce qui obligea le R. P. Anginot, étant àMarennes pour y donner le commencement à une maison du troisième an, en qualité de directeur, de le demander au supérieur pour se servir de ses exemples, et même encore de ses avis dans la conduite de ces Pères dont il devait prendre la direction. Apparemment il n'était pas encore à la trentième année de son âge, lorsqu'il paraissait en ce temps-là avec des lumières si jiures et des exemples d'une vie fort sainte. 11 veilla tellement dans cette maison de Marennes du troisième an de probation, sur toutes ses actions, sur toutes ses paroles, sur tous les mouvements de son cœur, sur toutes les opérations de ses sens, qu'il ne laissait rien échapper avec vue oii la nature pût se satisfaire; ce qu'il a avoué lui-même à un religieux en qui il avait confiance. Il ne vivait que de la mort, qui est la vie de l'homme de Dieu ; c'est ce que nous verrons dans toute la suite do cetle première partie de l'histoire de sa vie, où je désire de tout mon cœur adorer Jésus anéanti dans son serviteur, par l'esprit de mort qu'il lui a donné d'une manière éminente. Je vous invite, mon cher lecteur, à faire de même, vous souvenant que Jésus-Christ doit fitro votre tout en toutes choses.

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