‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 72 sur 436 · I.K TRIOMl'Ht; DE LA CROIX. — FAUT · texte numérisé non relu

I.K TRIOMl'Ht; DE LA CROIX. — FAUT

u"étanl pas en él.il île le (owiaître ; tuais ' c'cil ce que le ciel a bien voulu révéler; et elle a liien pu ilire avec le P,s;iinu,sie, loi'-- (pi'eii étant Mirlic, dans la suite de» tein|i>, elle a joui île la huiiièrc de la raiiOii : 0 Seiijnenr, vous lUi's mon Dieu des le ventre de via ntt're, ne vous éloigne: pas de ntoi,j)urec (/ue l'af/lielionest proe/ie, et il n'y u personne qui me secoure. [Psal. x\i, 11.) Elle est née ilans Ips croix «(ui se sont augmentées avec l'âge; et si Joli a aulret'ois dit (}ue la miséricorde croissait avec lui, Marie-Klisalielli pouvait dire la même chose de ses souU'rances. La divine Providence l'a destinée dans nos jours ()0ur servir d'un exem|tlaire à toutes sortes de personnes, et l'on (leut croire que c'est pour ce sujet qu'elle l'a mise dans toutes sortes d'états, ayant été mai iée, veuve et enfin religieuse. Ainsi sa sainte vie peut servir de règle aux filles dans leur jeunesse, aus personnes mariées dans l'élat du mariage, aux veuves dans leur viduité, aux religieuses dans le cloître; mais dans tous ces états elle a toujours été un modèle achevé de la croix. Elle iiouvait dire avec le Projihéte-lloi :j'ai trouvé l'aiUiction et la douleur. .Mes années se sont passées dans les gémissements. >otre main s'est appesantie sur moi durant le jour, et durant la nuit, je suis préparée aux châtiments, et ma douleur est toujours devant mes yeux.

Elle a passé toute sa jeunesse dans les croix, qui ont eu de hautes élévations dans les années de sou mariage, i(ui ont [iris de nouveaux accroissements dans son état de viduité, et qui enfin sont arrivées à leur comble lorsqu'elle s'est enfermée dans lo cloître ; elle a souti'ert en son corps par des maladies qui lui sont arrivées non-seulement par les causes ordinaires, mais par les dén}ons,Dieu leur en ayant donné permission, comme il a fait autrefois au saint homme Job. Les flèches de Dieu, pour parler le langage de l'Ecriture [Job., vi, h), l'ont pénétrée, il n'y avait rien de sain dans sa chair à la vue de sa colère, point de paix dans ses os. La pourriture et la corru|ilion s'était mise dans ses cicatrices, elle a souffert en son àme par des scrupules, des sécheresses, des aridités étranges, par des pensées contre la foi, contre la puielé, pai' des jiensées horribles de blasphèmes , de désespoir, et comme elle l'a assuré ellemême, elle a été tentée en toutes sortes de manière. Parmi tant de [lernes elle se trouvait souvent dans le délaissement, abandonnée à l'ennui, à la tristesse, ë l'abattement, et elle demeurait presque accablée dans la jiartie inférieure, même raisonnable. L'opération du Saint-Esprit dans le fond de sou âme lui était cachée; elle pensait être sans foi, sans espérance et sans charité, et que Dieu l'avait, entièrement délaissée; elle était comme enfoncée dans un abîme, où elle ne trouvait point de fond, elle était tombée <lans la profondeur de la mer, et la tempête l'avait submergée, elle avait lieu de dire : Sauvez-moi, mon Dieu, cor les eaux ont /)cnélré jusque dans mon urne ^Psal. lwiii, 1; :

mais elle pouvait dire avec le n.ême l'ropiiète : Je »hp lusse ù force de crier, ma ijorgc en est devenue enrouée, mes yeux te son! uffatlilis pendant (/ue j'espère en mon Dieu. {Ibld., 4-.) Le Seigneur ne faisait |Joiiit luire son visage sur sa Servante, il le détcjurnait d'elle, et elle demeurait dans le trouble, elle était environnée des douleurs de la moit, et assiégée des douleurs de l'enfer; les filets de lu mort l'avaient prévenue.

Elle a soull'crt des hommes, des [icrsoniies qui la haïssaient, qui l'ont allligée en mille manières, et dont la malice est allée jusqu'à conspirer contre sa vie, en sorte qu'elle pouvait s'écrier avec le l'salmiste : Pendant (/u'ils étaient assembles, ils ont délibéré de m'ôter mon dme, ils méditaient pendant tout le jour des tromperies et des artifices [Psal. X.XXVII, 13) : elle a soulfert de ses amis, et de ses proches, ce qui lui donnait lieu de pouvoir aussi dire avec le même saint : Ceux qui étaient proches de moi s'en sont éloignés : je suis dans l'opfirobre plus que tous mes ennemis ; je le suis encoro jilus à l'égard de nies voisins; je le suis encore plus à l'égard de tous ceux qui me connaissent : ceux qui me voyaient se sont enfuis dehors ; on m'a oublié comme un mort qui est effacé du cœur, je suis devenue comme un vaisseau perdu. Elle a souffert des bons qui pensaient faire un service à Dieu en la persécutant. Elle a souffert des animaux môme en plusieurs manières. Elle a souffert des démons d'une manière surprenante, comme nous le dirons avec le secours divin dans la suite de cette histoire. Enfin elle a soulfert de Dieu même dont la divine main l'a touchée aussi bien que Job, d'une manière à faire pitié.

Ajoutez à tantde souffrances, et qui lui venaient de toutes parts, et du ciel, et de la terre, et de l'enfer, la perpétuité de ses douleurs ipii, ayant commencé dès le ventre de sa Mère, lui ont duré juscju'à la mort; elle ne contait que des jours de peine: comme il n'y a eu aucune partie en son corps qui n'ait eu ses tourments; comme son âme a été affligée dans toutes ses puissances , tous les temps de sa vie étaient des tem[is de croix; son sommeil même n'eu était pas exempt par les fantômes affreux que lui donnaient les démons. Si quelquefois elle avait de certains intervalles, la cessation des peines lui en était une nouvelle, elle souffrait de ne pas souffrir ; pour lors elle craignait d'être rebutée de Dieu, se voyant |)rivée de ses caresses , car c'est de la sorte qu'elle qualifiait ses souffrances.

Toutes ses vues ont fait assurer à des personnes fort éclairées, et qui avaient eu une connaissance particulière de ses peines. que non-seulement elles ne se jiouvaient pasexjiliquer, mais qu'elles surpassaient tout ce que l'on pourrait s'en imaginer, et c'est ce qui a fait écrire à un savant théologien , jiersonnage d'une vertu extraordinaire et d'une grande expérience dans la conduite. des âmes, que celait l'Ame la plus sembla ble à Jésus crucifié qu'il cùl cosinue sur la

ŒUVKtiS COMPLETES HE liOUL'ON.

lerrc. Nolro-Seignotir l'avail envoyée comme son Père l'av.iit envoyé, à de grandes croix; ce lui était un vaisseau d'élite et il lui fallait montrer combien elle devait smilîVir |X)ur son saint nom; mais sa vocation à la croix était toute sinj^ulière; de là vient que Notre-Seigneur, lui paraissant un jour, lui dit (lue ses desseins sur ces saints étaient bien <iitréfeiits, mais que [lour elle il l'avait choisie particulièrement pour la crois, qu'elle n'était pas appelée à de certaines opérations de son divin amour, qu'elle avait lues dans <|iiel(pies-unes de leur vie, mais bien [)our sontl'rir, et par ses souU'raiices coopérer au salut des âmes; et qu'ainsi qu'en quelque lieu qu'elle fût elle ne j)ensât pas être exempte de peines. La bienheureuse A'ierge lui dit la même chose, et elle l'assura qu'elle .•Mirait part au glaive de douleur qui lui «•ivait transpercé le cœur, et à la croiv perpétuelle de sa vie. Saint Paul lui déclara que notre aimable Sauveur ferait de grandes choses en elle par le moyen de sa croix, et qu'il ne la pouvait voir", ni entendre que <lans les soulfrances, et un jour comme elle faisait réilexion sur la chute de David et de Salomon , entrant dans une grande crainte', et s'écriant : Ah! mon Dieu ! ciue devien- <lrai-je:' tiiez-ruoi à vous: elle entendit Noire-Seigneur qui lui dit , suis-moi , et elle vit le chemin par lequel il voulait qu'elle la suivît tout parsemé de croix, de grandes, d'amples et de petites , et elles étaient pleines de nœuds.

Ce Dieu de toute bonté et de miséricorde, qui prend plaisir à jiarler à ses saints en des manières difl'érentes, voulut un jour lui manifester ses desseins sur elle par des figures sensibles dans une vision mystérieuse. 11 lui sembla donc qu'elle était sur un rocher au milieu de la mer, et là, que toutes choses conspiraient à sa perte : les vents soufflaient étrangement, et excitaient des tempêtes furieuses : la mer était tout agitée , et ses vagues, qui paraissaient toutes noires, s'élevaient comme des montagnes pour l'engloulir; cependant elles n'arrivaient jamais qu'au dessous de ses pieds sans les mouiller, ressentant même dans cette atfreuse solitude une vertu qui la soutenait, et qui lui ôtait toute crainte. Ensuite elle se vit dans la mer même, et au milieu de ses eaux, dont les élévations se faisaient avec grand bruit et les soulèvements étaient puissants, comme dit le Psalmiste ; mais le Seigneur qui est <lans le ciel et qui est infiniment plus puissant la tenait dans une grande tranquillité, et elle se voyait reposer au milieu de cet élément furieux, à peu près comme les alcyons qui y bâtissent leur nid, lorsqu'il est plus agité de tempêtes : entin elle se vit entièrement submergée au jdus profond de ses eaux, qui l'environnaient de toutes parts, et au-dessus, et au-dessous, et de tous côtés, sans néanmoins perdre la vertu divine qui la soutenait toujours et qui était une excellente ligure des triomphes de la croix en •Ile; aussi est-il vrai que si elle a participé aux humiliations et aux douleurs de son

divin Maître jusqu'à la mort, cilo a eu aussi part à ses glorieux triomphes.

(;'est ce que nous reconnaîtrons avec le secours ilivin dans la suite de cette vie, oîi nous verrons |)arlout la croix de notre divin Sauveur triom|iher dans un sexe fragile d'une manière admirable, du monde, de la nature corroni[iue et des démons. Ce qui a fait écrire à un grand serviteur de Dieu, qui l'a connue parfaitement, que par son expérience, et par tout le cours de sa vie, l'on avait vu que les plus grandes grâces que Dieu lui avait faites, lui avaient été données • ians ses plus grands maux et que l'on en jiouvait mesurer les plus hautes élévations aux [ilus sévères rigueurs qu'elle avait portées. C'est ce qui a fait dire dans une lettre à feu M. de la Bastide Mauléon, vicaiie général et oflîcial de Toul, qu'il admirait la divine Providence en elle et l'estimait heureuse, car soit qu'il regardât le commencement ou le progrès des voies de Dieu en elle, la Providence y était tout admirable, et sa protection toute singulière, de l'avoir lait surmonter tant d'ennemis visibles et invisibles, parmi tant de contradictions et délaissements intérieurs et extérieurs; que Dieu l'avait choisie comme Job, pour servir d'exemple et de miroir à toute son Eglise.

Aimable Jésus, mon divin Sauveur, je consacre le discours que je vais faire de la vie de votre fidèle servante, et de votre trèssainte Mère; de la fille de votre croix au triomphe de la croix. J'adore votre divine jiruvidence, à qui rien n'arrive par hasard, qui ayant voulu se servir de son indigne esclave pour la donner au public, m'a conduit dans un pays éloigné, sans que j'en susse la raison, pour donner lieu à l'exécution de vos desseins. C'est ainsi que vous disposez de toutes choses avec suavité et avec force. Ahl qu'il est doux et avantageux de se laisser entièrement entre vos mains, pour se laisser conduire où il vous plaît nous mener! j'adore encore votre même divine providence, qui veut que je commence ce traité, tout dédié aux victoires de votre croix, ilans un jour où toute votre Eglise en célèbre la bienheureuse mémoire , en la sainte fête qu'elle fait de sa glorieuse invention; car si l'invention de votre croix en a été à même tem()S le triomphe, par tant de grandes choses que votre toute-puissante main y a opérées si miraculeusement, nous })Ouvons aussi dire que Marie-Elisabeth ayant trouvé votre croix, c'est ce qui l'a rendue si illustre dans ses victoires qu'elle a remportées en sa divine vertu, qui a éclaté d'une manière si admirable dans toijies ses souffrances , et qui a fait voir sensiblement ce que [leut une faible créature, lors(}u'clle est revêtue de votre force? O mon Dieu ! je suis devant vos yeux comme une bêle, mais faites que je demeure toujours attaché à vous. Prenez ma main et mon pauvre esjirit, et les conduisez selon votre volMiité; que je défaille saintement à moimême, afin que vous, qui êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour jamais, soyea^

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LK TUIOMPIIi: DE LA CROIX. - PARI'. I.

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loul en loiilcs cho.scs; car, que désircrai-jo daii.s lo ciel, .sinon vou.s? (lue souliailciui-ji! sur la terre <juc vous .seul? Ceux <iui s'éloignenl de vous, péiiront; vous avez (icrdu ■;es Aines adullùres i\\i\ s« séparenl de vous. Mais pour moi, mon liien est de me tenir uni à vous, et d'y luetlre toute mon (îsfiérance pour raconter toutes vos louanges aux portes de la tille de Sien, votre sainte

ise.

CHAl'll RK II.

Le triomphe de la croix en la jeunesse de la vénérable mère Marie-Llisabelh de la Croix de Jésus.

Marie Elisabetli de la Croix île Jésus naquit à Reniiremont, en Lorraine, l'année mil cinq cent (juatre-viiigt-deux, le trentième d'octobre, l'avant-veille de la fête de tous les saints ; heureux présage qu'elle en devait être un jour du nombre. Son père, qui était encore jeune, se nommait Jean Léonard de Hanlain, des anciens nobles de Reniiremont; et sa mère, Claude de Magnière, iléjà avancée en âge, mais ornée de toutes les bonnes qualités de la nature, et de la grâce que l'on pouvait désirer dans une jiersonne de sa condition. Elle fut leur lille unique, et à même temps tille de la croix, qu'elle a portée venant au monde aussi bien que son divin Maître, y foisanl son entrée par les soulfrances. C'est de la manière qu'elle a commencé sa vie, qu'elle jiensa perdre aussitôt par les maux qu'elle endura, qui furent si violents qu'ils la réduisirent dans un danger évident de mort. Sa mère qui était restée extraordinairement malade ue son accouchement, fut tellement occupée de ses douleurs, qu'elle s'oublia môme de sa tille, et fut durant deux mois sans la demander ni la voir. Dieu faisait voir dès lors les desseins qu'il avait sur elle, la laissant dans l'oubli et l'abandonnement de sa propre mère, parce qu'il voulait la laisser d'une manière toute singulière à son aimable providence. C'est une grande maxime qu'où il y a moins de la créature, il y plus de Dieu; et que les secours de la divine Providence ne sont jauiais plus grands, que lorsque tous ceux des créatures manquent. Parce que mon père et ma mère m'ont abandonné, dit David, le Seigneur m'a pris en su ijarde. [Psal. xxvi, 10.) Olil qu'il est donc bou et avantageux (i'être dans l'oubli des hommes, de nos meilleurs amis et des personnes qui nous touclient de plus près, puisque leur éloignement nous approche du souverain bien, du Créateur de toutes choses!

Elisabeth, tout enfant qu'elle est, lui est si saintement unie, qu'elle porte heureusement la ressemblance de ce Dieu de majesté fait homme, eu sou petit corps, qui est déjà comme cloué sur la croix, et qui parait comme un squelette, étant tout consumé de douleurs. L'état en était si pitoyable, qu'il était diiricile de n'en être pas touché; ainsi il ne se faut pas étonner si sa mère ne put pas contenir ses larmes en la première vue

(|u'c1Ig en eut; 'iiaix la douce providence de Dieu (|ui veillait sur elleavei^ des soins tout extraordinaires, lui ayant donné la santé, en voulut faire comme un ilief-d'o'uvre en toutes sortes de |ierfections. Son corps avait toutes les belles qualités que l'on eût pu désirer. Elle était d'une taille haute, d'un air grave, d'un |iort majestueux; elle avait je ne sais quoi, particulièrement dans le vidage, de si ravissant, (jue l'art de la pointure ne l'a su jamais imiter; et les peintres étaient obligés d'avouer que cet état surjiassait toutes leurs ii.duslries. Sa beauté était si rare, qu'elle a fait l'admiration de tous ceux qui l'ont vue; et elle a passé |iour lune des jdus grandes beautés de son temps, et même l'on a dit qu'il n'y en avait jioint de pareille. L'éclat en était si sensible, lors même iju'elle n'était (ju'enl'ànt, que l'archiduc d'Autriche passant par Reniiremont, l'ayant aperçue, en fut tellement surpris, qu'il la demanda instamment à ses parents pourlafaire élever en sa cour, offrant de leur donner telle caution qu'ils voudraient prendre. Les grandes qualités de son esprit suivaient celles du corjis. Elle l'avait vif, pénétrant, accompagné d'un jugement solide; ce qui a fait dire à l'un des grands esprits de notre temps, qui n'en parlait qu'avec étonnement, qu'il n'était qu'un enfant auprès d'elle. C'est ce qui l'a fait admirer à Rome même, où les éminentissimes cardinaux ayant vu quelques écrits qu'elle avait faits, en ont jiarlé avec des éloges qui marquaient assez la haute estime qu'ils en fai>aient. Son esprit qui était grand était noble et généreux. Il était droit et simple, ami de toute vériié, ennemi d'équivoques et qui ne pouvait rien déguiser. Elle avait le naturel bon, doux, obligeant, agréable. Elle était courageuse, bienfaisante, toute |ileine de reconnaissance pour les moindres choses. Elle taisait du bien à tout le monde et du mal à jiersonne. Elle était merveilleusement adroite à faire toutes sortes d'ouvrages, et il ne fallait |)resque que lui en donner l'instruction une seule fois, ]iour l'y rendre une grande maîtresse. Elle avait la voix belle, et elle chantait parfaitement bien; il n'y avait rien, parlant selon l'homme, de plus aimable.

C'était un riche fonds à la grâce pour y opérer les grandes choses qu'elles y a faites, et nous n'en parlons que dans cette vue, sachant que la beauté corporelle est tromjieuse et vaine selon la doctrine du Saint- Esprit, et que dans la corruption de la nature elle a été l'occasion d'une infinité de maux temporels, et de la damnation d'un grand nombre d'âmes. C'est un grand malheur, dit saint Augustin , que les hommes vivent comme s'ils étaient de chair, ne s'arrêtanl qu'aux sens, ou au plus à l'esprit, sans se laisser aller aux pures élévations de îa gr.Ace, qui nous font voir bien d'autres beautés et d'autres perfections dans le monde intérieur, que tout ce qui paraît à nos yeux. Dans ces divines lumières toutes les créatures se retirent pa-r la connaissance que l'on a de leur vanité. L'on n'est plus touché ni des

(»;['VKKS COMPLETES DE BOUDON

jicrfectioiis'ilu corps, ni de ceIJos de l'espril, ni (le tout ee tjiio le inonde s"iniagine filre grand, ou agréc'dile. L'on ne voit plus toutes leschoses créées que dans leur néant, et l'on est persuadé niC'ine. avec David, que l'homme qui est la créature la jikis noble de la teiTC, u"o<t qu'un aliînie de vanité.

Nou5 verrons coinme Elisabeth a marché dans ces voies de la vérité. Cependant nous remarquerons que madame la doyenne du chapitre de Uciniremont, l'ayant demandée à l'âge cle dix-lniit mois ])our l'élever, elle demeura avec elle environ un an et demi. Kile fut mise à l'âge de sept ans dans une maison de l'ordre de saint François, où h peine y lut-elle, qu'elle tomba malade, et dans une telle extrémité qu'elle fut en danger de mourir. 11 fallait qu'elle portât partout en son corps la moitiûcation de Jésus-Christ, afin que sa vie aussi y pariU visiblement. Car pendant loute sa vie elle n'a cessé d'être exposée à la mort, afin ([ue la vie de Jésus parût en .sa chair mortelle, (détail donc la mort qui Agissait sur elle, comme parle r.\p6tre aux Corinthiens (7/ Cor., n, 13); et bien que son homme extérieur se consumât , néanmoins l'hounne intérieur se renouvelait de jour en jour. Comme elle était une vraie fille de lu croix , dès ses jnemières années, elle ne pensait, elle ne respirait, elle ne soupirail qu'après les souffrances. Etant ilestinée parla divine Providence pour être la grande soutirante de son siècle, il était ;i propos qu'elle y fût disposée de bonne lieure par les ardents désirs que la grâce lui en inspirait. La lecture de la vie des saints lui aida merveilleusement ; en les lisant son cœur devenait tout embrasé du divin amour, et elle prenait de fortes résolutions de les imiter. Les cailloux de saint Etienne faisaient ses délices, le gril d'un saint Laurent la ravissait. Ces saintes lectures, pour peu de disposition qu'elles trouvent dans une âme, sont ordinairement suivies de bons effets. Ce sont ces livres de piété et de dévotion que tous les Chrétiens devraient avoir, que tous les Chrétiens devraient lire , que les pères et mères de famille devraient donner à leurs enfants. C'est dans ces livres qu'ils devraient ap])rendre ù lire, afin qu'en apprenant les lettres, ils fussent instruits de la connaissance du vrai Dieu et de son Fils Jésus-Christ; science qui conduità la vieéternelle.Mais, ôdéréglement incompréhensible, parmi des personnes qui se disent disci[)les de Jésus-Christ, qui disent qu'elles croient fermement un paradis, un enfer I Elles auront des livres de vanité, de fables, des romans qui feront le sujet de leurs occupatior;s. Ces livres ])asseront de leurs mains, en celles de leurs enfants, qui, devenant héritiers de ces meubles de ])a'iens, héritent à même tem()s de leurs mœurs corrompues; et loin d'avoir l'Esprit iJe Jésus-Clirist, qui est un esjirit de renoncement h soi-même , et de dégagement «lu siècle, l'on n'a que l'esprit de va- Ziilé , d'illusion et de mensonge. Si sainte Thérèse assure qu'ayant lu quelques-uns

de ces livres en sa jeunesse, elle perdit l'esprit de dévotion, elle qui en était si divinement animée, qu'elle voulait aller au martyre dès l'Age de sejil ans; et qu'elle s'en allait malheureusement .'i sa perte sans une miséricorde spéciale de Dieu, quels efl'els doivent-ils faire dans des cœurs déjh tout rem|ilis de l'amour du siècle ? Je ne puis ici m'emiiôcher de soupirer sur un désordre qui règne partout. Nos campagnes sont assez destituées de la véritable lumière; les [laysans qui les habitent connaissent ]ieu J^sus-Christ et ses mystères; et un grand nombre de ces gens qui à peine savent <e i(ue c'est que le christianisme , savent une quantité de fables, de contes fabuleux dont ils s'enireliennent les soirs durant l'hiver pendant leur travail. Les femmes et les filles chanteront des chansons jTofanes et peu honnêtes. A peine commencent-elles à raisonner, qu'elles savent ces choses ; et souvent on les voit mourir dans l'ignorance des grandes vérités de la religion. Un grand remède à ces maux serait que les pasteurs et les maîtres d'école prissent soin que l'on donnât aux enfants qui apprennent à lire de hoin livres, comme par exemple le jiédagogua chrétien, afin que ces enfants dans la suite du temps les jiussent lire h leur famille, lorsqu'elle est assemblée durant les soirs de l'hiver. L'ex|iérience a fait voir que celte piatique était accoin[iagnée de grandes bénédictions, et j'ai su plusieurs paroisses de la campagne, dont les habitants ne pouvaient se lasser d'entendre ces bonne.-, lectures. Un autre remède pour empêcher tant de chansons si opposées au christianisme, serait de ne pas permettre de les chanter publiquement, et de les distribuer dans les places et marchés des villes, dans les foires des villages; mais ce serait aux magistrats d'y tenir la main : et pour y veiller avec soin, il faudrait avoir le zèle de Dieu. Chose étrange que l'aveuglement et la dureté des hommes 1 une infinité de jiersonnes dans les grandes villes et dans les foires passent, entendant dire, et chanter souvent ce que l'ApAire ne veut pas être nommé même parmi les fidèles, et hélas! personne ne dit mot; et presque tout le monde crierait bien haut, si l'on faisait, si l'on disait !a moindre chose qui cho(juât ses intérêts, ou ceux de ses |)roches. O mon Dieu ! il n'y a que vous qui n'êtes point considéré, vous qui êtes le seul considérable. litoiinons-nous encore du peu d'amour et du peu de zèle desChrétiens ])0ur leur Sauveur et leur Dieu. L'on entendra de temps en temps jirofaner son saint nom par des jurements , et mènif! par d«s blasphèmes, l'on verra commettre d'autres offenses contre la Majesté souveraine de ce Dieu de toute grandeur, et cela publiquement dans les rues en présence de tout le monde, qui se met en peine d'y remédier? ou si l'on ne peut pas, qui en est ému et touché"? Ces péc-hés publics deviennent si communs que l'on n'en est pas surpris; et on le serait, si l'on voyait une personne.dans une place y clianler les louanges de Dieu.

II". TKIOMl'lli; I»l. I.\ CHOIX. — l'AIlT. I.

Sîlt

Il V a (itîs ofliciers de grands seigneurs, il ,v a des procureurs du roi, pour en soutenir les intérêts, pour en défendre l'honneur, et conserver les respects (pji leur sont dus : et cela est très-juste, et doit être ; mais il est rare de trouver des procureurs du Uoi d(!s rois qui s'appliquent ave( attention aux affaires de sa gloire, et qui veillent (îxai-teiii^ntàen eni[>ôi-tier les olfenses. Cependant les magistrats en ont une obligation trèsiiarliculière, et dont ils rendront un eouiple Lien sévère au tribunal de la Justice divine : mais, ô mon Dieu! le monde no vous connaît jioint, le monde est un pajs de ténèbres où vos grandeurs sont cachées; c'est une terre d'oubli où l'on ne se souvient point de ce (jne vousôtes.

Notre Elisabeth, heureusement délivrée de ces ténèbres, et divinement éclairée, étant toute consumée du zèle de la gloire de son Souverain, n'aspirait qu'après de grandes croix pour lui reiulre deS témoignages de son ardent amour. Mais comme elle ne pouvait pas satisfaire pleinement aux désirs qu'elle avait de souH'rir, au moins elle n'oublia rien de ce qui était en son pouvoir. Toute jeune qu'elle était, elle portait trois fois la semaine le Giliee, et de temps en temps elfe jirenait la discipline avec des chaînes de fer, de telle manière qu'elle en tombait en faiblesse, sans néanmoins que cela fût ca[)abie d'arrêter rim[>étuosité de ses ardeurs, ou de la porter à quelque modération. Klle cousait (les ceintures de cilice en forme de croix de saint André, et les mettait sur la jioitrine et sur les épaules, serrant fortement ses habits par-dessus, ce qui lui causait des douleurs si étranges et des maux de cœur si extrêmes quelle en tombait comme pâmée. Quoiqu'elle fût fort délicate, et qu'une viande grossière lui renversât l'estomac, se surmontant généreusement, elle se nourrissait de ces sortes Je viandes, elle prenait celles qu'elle avait en horreur, et enlin se mortifia tellement le goût, qu'elle le perdit, et sortait souvent (Je table sans qu'elle sût ce qu'elle y avait mangé. Tant de pénitences et austérités pratiquées dans un âge si jeune la rendirent infirme et lui causèrent des maux qui ét-onnaient ceux qui n'en savaient pas la cause, particulièrement son père et sa mère , qui la considéraient comme leur fille unique et l'aimaient tendrement. Ils employaient tous leurs soins à la bien traiter pour y a[)()orter que^iue remède, mais fort inutilement , parce qu'ils en ignoraient le principe. Sa mère prenait la peine elle-même de la couchertous les soirs, et d'accommoder son lit, et faisait tendre des tapisseries devant les fenêtres de sa chambre de peur qu'il n'y entrât pas le moindre vent; mais, à même temps qu'elle savait que son père et sa mère étaient couchés, elle se levait de ce lit préparé avec tant de soin, el se couchait à plate terre sur le pavé.

C'était de la sorte qu'elle châtiait un corps si délicat; mais Dieu qui, dès ses premières années, en voulait faire une parfaite croix permit encore aux créatures mortelles it

aux démons de la persécuter. Ses compagnes lui impiUaieiit ("piaiililé de fautes dont elle était châtiée, (H les démons la toarmeiilaieiit même visiblement. Nous lisons dans la vie de plusieurs saints ijue ces esprits mallieiireux les ont attaijués extraordinaireuicnt dans un temps où à peine avai(!nt-ils l'usage de la raison, et il y a bien de l'apparence qu'ils n'exerçaient leur rage contre ces enfants, qu'ensuite dtîquehjue connaissance qu'ils avaient eue de leur future sainteté. C'est ce qui est arrivé à notre Elisabeth, à cpii les ilémons ont déclaré la guerre dès le ventre de sa mère, s'il est vrai ce qu'ils ont ilit. Mais il est assuré quà l'âge de quatre un cinq ans l'un de ces esprits d'enfer se fit voir à elle sous la forme d'un monstre sans tète, et un autre à l'âge de dix ans la précipita du haut d'une muraille à bas. C'était de la manière qu'elle était dans les travaux dès sa jeunesse, mais dès ce temps la croix a eu ses triomphes, puisqu'elle a été si glorieusement victorieuse de la nature, du uionde el (le l'enfer. Elle a été victorieuse de la nature, n'ayant eu que des horreurs pour la beauté (le son corps qui ravissait tout le monde. Chose bien rare dans une si grande jeunesse et dans un sexe si jiorié naturellement à la complaisance.Elleaétévictorieusedu monde, n'ayant que des bontés jiour les créatures qui la persécutaient, et en souUVant les per; sécutions sans se plaindre, sans dire mot* sans s'excuser, comme un innocent a,.:iiea'j, avec une douceur non pareille. Elle a été victorieuse des démons, rendant tous leui* elforts inutiles et mettant la confusion dedans l'enfer.

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