‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 77 sur 436 · LE TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART. I · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART. I

Mais est-il possible à des gens qui se disent croire en Uien, d"avoir un lieu dans leur luaisun (|ui lui soit consacré et qui ne soit jias le plus propre el le plus richeiuent ornci ; et y a-t-il rion (|ue I on ne dût employer pour un devoir qui est de la ilernière justice. Mais que dirons-nous de ces l)énéficiers ijui laissent leurs chapelles, leurs églises dans un étal encore plus dé|iioral)le que celles des séculiers, et qui seraient bien l'âeliés que le moindre de leurs laquais ne fût plus [iropiement halùllé que leurs autels ue sont ornés. Les paroles aianquent ici , et les pensées , car ces indignités lionteuses surpassent tout ce qui .s'en peut l>enscr. Nous [larlons ici )>ar notre propre expérience, et par ceque nous trouvons dans dans nos visites. Mais, hénéficiers, mais, gentilshommes, rentrez un peu en vous-mêmes, et considérez ce que vous feriez à un grand prince qui vous ferait l'honneur de vous venir voir I considérez l'état où vous mettriez la salle, la chambre où^vous auriez le dessein de le recevoir.

Elisabeth avait doiiné tous ses soins à jiarer son oratoire, parce qu'elle croyait véritablement en Dieu. C'était celte vive foi qui lui doimait tantde respect, tant d'amour, tant do tendresse pour la bienlieureuse créature qui a eu la grâce d'en èlre la mère. L'on peut dire qu'elle a été l'une des (dus dévotes de notre siècle h cette mère de la belle diiection. Elle s'adiessait à elle dans tous ses besoins, la regardant comme sa douce et très-tidèle mère. Elle l'aimait incroyablement, et elle invitait tout le monde à l'aimer. Il y avait dans un lieu qui n'était pas bien éloigné de l'un de ceux où elle a demeuré quelque temps, une image fort dévote de cette souveraine des anges et des hommes ; aussitôt qu'elle pouvait se dérober un peu aux atfaires de son ménage, elle l'allait visiter avec de grands respects, elle n'en revenait jamais que comblée de ses grâces. Elle lit faire une copie de cette dévote image, pour la garder chez elle ; elle invitait les iiersonnes de sa connaissance à aller rendre leurs hommages à Dieu dans ce saint lieu de dévotion, el pour y honorer son immaculée Mère.

Sa solide dévotion s'étendait sur tout ce que Dieu aime, ainsi elle honorait beaucoup les bienheureux anges et les saints, elle leur faisait quantité de dévolions; elle allait en pèlerinage aux lieux qui sont dédiés à Dieu sous leur invocation : el comme saint Bernard dit que pour avoir beaucoup de part à leurs sufl'rages, il en faut avoir beaucoup à leurs vertus, l'on ne doit pas s'étonner s ils lui étaient si favorables. Saint Nicolas l'a délivrée plusieurs fois d'être noyée ; saint Claude lui a obtenu la vie qui était désespérée des tuédecuis dans l'un de ses accouchements, et à la tille dont elleaccoucna. Enfin, étant (parfaitement unie à Dieu (lar son pur amour, et par les moyens qui y conduisent, comme l'oraison, la dévotion à la très-sainte Vierge, aux bons anges et aux saints, par la lecture des boas livres, par la fréquentation

des sacrements, elle vivait dans le siècle comme si elle l'eût ignoré. Elle n'était point du monde dans le monde niAiiie ; et certes toutes les [lersonnes cbiétiennes qui y sont engagées doivent entrer dans cet esprit de dégagement. 11 est vraicjuil estdillicile dans cet état, mais néanmoins ladillicullé n'enôte lias l'obligation. 11 n'y a point d'exception pour le détacliemcnl; il n'y a |ioint de. condition qui en exempte. Notre grand inaîire dit à tous ceux qui le suivent sans aucune réserve, qu'ils doivent renoncer îi eux-mêmes [Matth. XVI, 2V) ; et son Apôtre nous déclare nettement (/ Cor. vu, 31 et srq.) que le temps est court, el ipi'il faul désormais que ceux qui sont mariés vivent comme ne l'étant point; ceux qui usent de x monde comme n'en usant point, jiarce que la ligure de ce monde passe.

Or les grandes [leines qu'elle a souffertes ont beaucoup contribué à l'exercice de toutes ces vertus; et l'on jieut dire que la croix a Itriomphé dans leur pratique tout héroïque et céleste. L'on peut dire qu'elle en est en quelque manière redevable aux mauvais traitements de son mari. Jamais elle n'eût exercé tant de vertus sublimes s'il l'eût bien aimée. Oh ! si les hommes savaient un peu la douceur de la conduite de la divine Providence parmi tout ce qui leur arrive de plus affligeant, loin de s'attrister de ce qui leur fait peine, ce serait le sujet de leurs plus grandes joies. A(irès cela, je ne suis plus surpris si les saints avaient un amour si cordial pour ceux qui les persécutaient. Dans la vérité, c'étaient les personnes du monde qui leur faisaient plus de bien. <Jui a jamais plus obligé les martyrs que les tyrans"? Ne leur sont-ils pas redevables de leurs couronnes? Malheur à nous qui marchons dans les ténèbres au milieu de tant de lumières. Dans le monde, ne se tient-on [îas obligé à un médecin qui aura Iravailléau recouvrement de notre santé par des potions amèreset dégoûtantes, qui nous aura ordonné des saignées fâcheuses, qui aura même fait couper un membre de notre corps avec bien de la douleur, pour empêcher qu'un mal dangereux ne gagne les parties noble,-? S'irrite-t-on contre lui à raison des douleurs qu'il nous fait soulfrir, parce qu'elles tendent à nous tlélivrer de nos maladies, et au recouvrement de notre sanlé. Loin de s'en plaindre, on le remercie, on lui donne de l'argent, on lui fait des présents. Mais tous ses desseins, dira-t-on, sont de nous bien faire dans les maux qu'il nous fait souffrir, ce que ne font pas les personnes qui nous malirailcnt. Mais n'est-il pas bien juste que le Chrétien s'élève jiar ia foi, et qu'il regarde ceux qui l'allligent entre les mains de Dieu, el comme les instruments dont se sert son aimable [uovidence, de même que nous voyons la médecine entre les mains du médecin, ou les^instruments fâcheux qui nous coupent d'une manière si douloureuse entre les mains du chirurgien. Enfin, dit saint Augustin considérant le marlvre des Innocents, jamais

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le roi Hérocic. avec toute sa puissance, n'eût pu leur faire les avantages qui leur sont arrivés, eu les aimant, qu'il leur a faits en les liaïssont cruellement et les mettant à mort. Oh! que d'actions de grâces ces innoi entes créatures rendront à Dieu durant toute l'éternité, pour avoir été trouvées dignes, en sa sainte j.résence, de la persécution d'Hérode. Si ces bienheureux enfants eussent vécu. ]ieut-êtrft la [ilupart n'auraient pas reçu l'Evangile après sa publication, et se seraient misérablement perdus. Oh ! que leur mort est [iréiieuse, mais qu'elle leur est avantageuse ! Oh ! qu'Us ont sujet d'en bénir à jamais l'aimable providence du Dieu de toute miséricorde.

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