HOMME r>E niF.u
l'ART. I.
qu'il porte luus les jours sa croix, et qu'il me êuive. (Mutth. ivi, "24.) C'osl-à-(Jirp. enseigne sainl Jenn Clirysostome , qu'il ne f.iiit non plus nous considérer (]u"un homme iiui ne nous louclie en rien, et c"csl res|irit (ie parfailc morl ; mais parce que cela ne se fait )ias sans beaucoup soull'rir, et que c'est cepetiiiaiit ce ipi'il nous faut faire incessamment ; tous nos jours doivent Ctre des jours décrois : la croix est inséparabledcla viodu Chrétien. Le Chrétien donc est l'homme de mortification; et ce qui est bien remarqual)le, mais hélas! bien peu considéré, c'est qu'elle est la première conilition que le Fils de Dieu met jiour tous ceux de sa suite. C'est pourquoi dans les saintes cérémonies du baptême qui nous fait Chrétiens, auparavant que de le recevoir l'Eglise ordonne que l'on renonce au diable et à toutes ses liompes; c'est-à-dire au monde et aux désirs du siècle. L'on n'est fait Chrétien qu'à cette condition, condition si générale , (ju'il n'y a personne à la suite du Fils de Dieu qui puisse s'en exempter. Les jeunes gens, les malades, sont exempts de jeûnes et austérités corporelles; les pauvres ne peuvent pas faire de grandes aumônes, mais il n'y a au- ( un Chrétien (jui ne doive renoncer* à soimême : les rois aussi bien que leurs sujets, les générauxd'armée, dit saint Jean Chrysostotne, et les soldats, aussi bien que ceux qui mènent la vie la plus retirée.
Mais si ce renoncement est général en ce qui regarde tous les hommes, il est universel en ce qu'il s'étend à toutes choses : Quiconque, dit notre Maître, ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut pas être mon disciple. (Luc. xiv, 26.) 0 mon Seigneur et mon Dieu! il est bien vrai qu'il ne mérite pas d'être à votre suite; car y a-t-il rien au monde que l'on ne doive quitter, dont on ne se doive séparer pour aller après vous? C'est ce qui faisait dire au P. Seurin : « Si l'on me demande à quoi il faut mourir, je dirai aux grandes et petites choses, et à tous les moments de la vie. » Ecrivant à madame sa mère, il dit : « II nous faut vivre comme morts à toutes les choses sensibles, mettant toute notre attention à Dieu seul. » — « L'on ne peut dire, «s'écrie-t-il dans une lettre à unPère de sa Compagnie, «jusqu'à quel point Dieu désire (jue nous accomplissions le grand commandement de l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces. Toute créature est un piège pournous en empêcher. » — « Mais, » disait-il encore, «je n'eusse jamais pensé jusqu'où va la nudité où un Dieu nous veut conduire, en quels déserts il nous veut mettre pour arriver à la pureté de l'opération de sa grâce.uEt de vrai, si nous expérimentons tous les jours que l'œil de notre corps ne peut pas supporter le moindre brin de poussière, pensonsnous que notre âme doive souffrir la moindre tache?
Pour les découvrir, il faut sans doute la lumière de Dieu; les yeux les plus subtils i^ui ue voient pas le "moindre atome dans lair, eu aiiercoivent des millions dans le
rayon du soleil. La bicrdietireuse Catherino de ("lènes, tout éclairée qu'elle était, a reconnu pour imperfections des choses ([u'elle jiensaitfort bonnes; c'est pourquoi l'hommt» lie Dieu enseignait (]u'il fallait rentrer en soi-même et y chercher Dieu continuellement dans son fond, pour découvrir ce qui nous empêche de lui être entièrement unis. Ensuite il disait qu'il faut commencer d'aller à Dieu par l'horreur des moindres péchés; qu'il ne faut jamais commettre aucune faute, jiour légère qu'elle [misse être, avec une entière vue; que sans cela jamais l'âme ne jouira des caresses du divin Epoux. Oh 1 jilùt à Dieu que plusieurs âmes fu.'jsenl bien lidèlesà cette pratique ! Mais, est-il possit)le. ô mon Souverain, do faire autrement? Ahl seia-t-il dit que voire créature aura le courage de vous offenser par queUjue faute (]uo ce puisse être? Y a-l-il tourment au monde qu'un cœur saintement é|)ris de votre divin amour ne doive être prêt à souffrir, plutôt que de vous déplaire i)ar le moindre jiéché délibéré? Je connais bien, mon Dieu, je connais bien pourquoi vos saints avaieiit jilus d'horreur du moindre péché, que de> peines de l'enfer. O mon souverain bien I ne le souffrez pas ; ne permettez jamais pour l'honneur de votre saint nom que nous fassions rien nui vous déplaise, avec une entière vue. 11 faut remarquer que pour commettre une faute avec une entière vue, 'ce n'est pas assez d'en avoir eu quelque lumière passagère, si cette lumière n'a point été suivie d'aucune détermination de la volonté. Cela suffit bien ordinairement pour tomber dans quelque négligence qui pourra être un péché véniel; mais il ne sera pas de propos délibéré, comme on appelle les sortes de fautes dont nous parlons : par exem|)le, une distraction arrivée durant la prière; l'on s'aperçoit de la distraction, l'on en a la vue, mais cette vue passe insensiblement sans aucun acie de la volonté; et si l'on continue dans la distraction sans y faire rétlexion, ce sera une négligence de n'avoir pas fait usage de la lumière, mais la faute ne sera pas avec une entière vue.
11 est de plus nécessaire, enseignait l'homme de Dieu, « que tous les objets créés sortent du cœur, l'âme ne devant avoir que Dieu seul pourami, ne se réjouir qu'en lui, et ne prendre aucune force qu'en sa vertu, se défaisant des moindres affections de la créature avec autant de promptitude, comme ton fnit du feu quand il tombe sur un habit. 11 faut, disait-il encore, commencer par le retranchement d'un nombre innombrable de bagatelles, comme sont mille menues attaches, affections, désirs, complaisances, qui sont comme des vapeurs qui montent dedans la tête et font obstacle à la grâce, ayant la racine dans l'intérieur; que pour cela il fallait abandonner tous les desseins de la terre, chercher la retraite, le recueillement des sens, aimer la croix et y mettre sa confiance, s'adonner à l'oraison et y persévérer malgré toutes les répugnanc^es qui en peuvent arriver. Que de plus, l'on devait
ŒUVRES COMPI.KTES DE BOLDON.
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savoir que le moindre [ilaisir inutile liabi- Inellemenl reloiin, ijuoiiiue non (kis avec délibération expresse ; mais |i.ir adhérence, la moindre curiosité ou lamiliarité avec les (Téalures, le moindre soin supertlu, étaient un obstacle aux grâces particulières de Dieu en rame. » Enlin, l'état de mort chrétienne et (le renoncement est général, comme nous l'avon.' dit. de même qu'un corps mort est dans une entière privation de toutes choses : en sorte qu'il n'est pas seulement mort dans quelqu'un de ses sens, mais en tous, sans qu'il en reste quelqu'un de vivant. « Voilà, s'écriait le grand saint Jean Chrysostome, l'état du véritable Chrétien, qui doit être comme un mort à l'égard des ricliesses et de la pauvreté, des plaisirs et des douleurs, des honneurs et des mépris, des amitiés et des haines, et encore à l'égard de soi-même. «
C'est la grande leçon que nous fait notre Maître, quand il nous enseigne le renoncement à nous-mêmes; c'était la matière ordinaire des entretiens publics et particuliers de son fidèle serviteur. Ecrivant à une dame, il lui dit : « Que voulez- vous que je vous dise? je répète toujours la même chose : Il faut vider le cœur de tout. » Il proteste que sa joie et ses délices étaient de prêcher partout le renoncement évangéliqne, quoique souvent il fût mal reçu. Et de vrai, l'expéVience fait assez connaître que les hommes pleins du Saint-Esprit, qui travaillent à l'établissement de son pur amour par l'entier dégagement de tout ce qui y fait obstacle, trouvent de grandes oppositions, non-seulement parmi les personnes vicieuses, mais encore parmi quantité de gens de bien qui sont trop naturels, trop dans leur propre esprit, leur propre raison, trop dans euxmêmes. Premièrement, parce que la nature est toute dans la crainte de sa propre ruine, de la destruction de sa propre satisfaction, de sa propre vie, ces hommes de Dieu portent partout un esprit de mort ; secondement, parce qu'étant pleins de Jésus-Christ, ils sont terribles aux démons qui n'oublient rien de ce qu'ils peuvent faire pour en donner de l'éloignement, pour les décrier et les rendre suspects, sachant bien le mal qui leur en doit arriver; c'est ce qui obligea ces malheureux esprits à déclarer une si cruelle guerre contre le bienheureux P. Jean de la Croix, avouant par l'autorité de l'Eglise qui les y obligeait dans des personnes possédées,'qu'il était l'un des plus grands ennemis qu'ils eussent jamais eus, parce qu'il enseignait le chemin du rien, c'est-fi-dire le parfait renoncement. Oh 1 plût à Dieu qu'il y eût beaucou|i de ces illustres morts, qui allassent prêcher et porter partout l'esprit de mort, afin que l'ailorable Jésus lût la véritable vie des àmesl
Le P. Seurin disait quelquefois à ce sujet: • Qu'il fallait se mettre de la croisade avec Jes bons et vrais disciples de Jésus-Christ, pour annoncer partout le renoncement évangélique, mais particulièrement dans les mo- .uasieres des religieux et des religieuses qui font une profession spéciale de n'être
plus du monde, et qui y sont morts tout de nouveau par l'observance de leurs vœux et de leurs règles. » Ecrivant à la mère Jeanne des Anges, supérieuie des Ursulines de Loiidun, et l'iiD-truisant de la conduite des novices et jeunes religieuses, il lui dit : n Qu'il leur faut donner grande iuée de la vertu; que cette idée consiste à ne se jias retrancher dans la médiocrité, mais à tendre au plus pariait, ne laissant aucune vie dans l'intérieur que pour Dieu.i/ Cette vérité est l'un des grands fondements de la vie spirituelle, et dont le défaut cause une suite déplorable; car enQn une âme qui agit avec ré.-erve dans le service de Dieu, ferme, pour ainsi dire, toutes les avenues de ses plus grandes grâces. Un cœur avare à un Dieu qui lui donne tout, se rend indigne de ses plus saintes faveurs. Une personne qui dit qu'elle n'asi)ire pas à la sainteté, qu'elle ne pense pas à aimer Dieu généreusement comme les saints, ne mérite pas les dons et les miséricordes que Jésus-Christ fait à ses saints; aussi se trouvera-t-elle bien éloignée de leurs voies; c'est pourquoi le serviteur de Dieu enseignait « que le principal de la vie s[)irituelle était de prendre dès le commencement les vraies idées de la vertu qui se trouve dans l'entier renoncement dé nous-mêmes, et qu'il fallait jiour ce sujet entrer de bonne heure dans un dessein généreux et élevé.» — «N'attendez jamais, disait la séraphique sainte Thérèse , grande chose d'une personne qui est sans courage, quoiqu'elle soit humble. La générosité est ce qui est de plus nécessaire dans les voies de Dieu. »
C'est ce qui faisait aussi dire au P. Seurin : " Qu'après avoir donné de véritables idées de la vertu, jusqu'à ne vouloir prendre ni vie, ni repos, ni satisfaction qu'en Dieu seul, il fallait beaucoup encourager lésâmes, leur donnant confiance que Dieu leur donnera les grâces nécessaires pour surmonter efficacement toutes les défiances qu'elles peuvent avoir. » 11 est certain que nous ne pouvons assez connaître notre misère, notre faiblesse, notre impuissance et notre néant ; ainsi nous ne pouvons attendre de nousmêmes que beaucoup de mal. Mais que ne doit-on pas espérer de la vertu de Jésus- Christ? Y a-t-il rien que nous ne puissions faire en sa divine force? Ainsi, dans les voies de la perfection, il ne faut pas se décourager sous prétexte de nos faiblesses, mais espérer fortement que Dieu tout bon et très-miséricordieux nous donnera abondamment ses secours divins. « Quelles grâces, » disait Notre-Seigneurà In bienheureuse Angèle de « Foligny, ne ferais-je pas à une âme, si je la trouvais dans une disposition de ru'aimer généreusement, comme ont fait mes saints 1 » Seulement il faut remarquer, avec son fidèle serviteur : ■< Qu'il faut se donner de garde d'une certaine activité naturelle ou enqiressement dans le chemin de la perfection ; (ju'il ne faut jamais s'abattre ; que l'on doit toujours se relever avec courage, quelque chute que l'on y fasse ; qile
i.iiOMMK m: nirr. - I'Aivi. i.
c'est une srande vérité ((uc li? déiourn^^cment ne vaut rien à licn; l'ennui, le ili.igrin et l'iniiuiétudc viennonl de l'iiniDiKpropre et du démon ; (jne la perfection ne s'acquiert pas en un jour, qu'ainsi il faut attendre en jj;rande (latience ; (jue c'est un ouvrage qui m- se t'ait |)as sans peine , qu'ainsi il ne faut pas s'étonner si l'on souffre; ((u'aprùs (ont il no faut jamais rien faire contre le dessoin de la perfection, ni contre la confiance que l'on doit avoir en Jésus- Clirist pour les secours qui y sont nécessaires, mais (|ue l'on doit s'engager gaiement avec une sainte liherté et sans aucune gêne dans le service do Dieu. «
Que n'ont [las l'ail dans ces vues les personnes qui se sont données à Dieu sans réserve? Que n'ont pas fait les directeurs dans les âmes que Dieu leur a adressées? L'Histoire ecclésiastique et les A'ies des saints nous en donnent des exemples bien touchants. Dans tous les commencements des instituts l'esprit de mort au montle et à la nature y a régné, et à même temps l'esjirit de grâce. On y voyait peu l'hoanne, Jésus-Christ y paraissait d'une manière admirable. Les maîtres de la vie spirituelle qui y élevaient ceux que l'espiitdeOieuy (onduisait,étaient des morts à eux-mêmes. Toute leur étuile était, avec le secours de la grâce, de faire mourir avec eux leurs disciples, et ils devenaient des saints et faisaient des saints. Leurs insignes vertus ont fait donner leur vie exemplaire à la postérité, et avec leur vie ont donné celle de leurs disciples. Mais malheur aux enfants des saints s'ils n'imitent leurs actions et ne se conforment à leur vie; ce qui ne se peut faire qu'avec une fi.iélité inviolable, qui est une chose iiien rare à raison du penchant de la nature où il est facile de se laisser aller, puisqu'il ne fait suivre que son inclination. Le démon jiaraissanl à saint Pacôme, et étant obligé de lui avouer que ses religieux le tenaient ca|ilif par leur paifait dégagement d'euxmêmes et de toutes les choses sacrées, lui dit ensuite qu'il arriverai! un tenifis où il triompherait à son tour et les tiendrait dans ses chaînes. Ce qu'il disait, parce qu'il savait par une grande expérience que peu à peu l'on tombe dans le relâchement, et ainsi il prévoyait que ses religieux se relâchant de l'esprit de mortification, prendraient l'esprit de nature oiî il domine à raison de sa corruption.
Or, l'on ne saurait croire ni jamais assez dire combien il faut peu de chose pour donner prise à la nature et au diable. Le P. Seurin sur ce sujet ra[)| orlait une chose bien coiisi Jéiable ijui lui était arrivée, disant que durant une maladie où il ne pouvait du lout agir, le frère (]ui le servait venait de temjis en temps éteindre la chandelle auparavant l'examen du soir, pour pouvoir se coucher un [leu plus tût que les autres, et donner celte petite satisfaction à son corps. Le Père, dans l'état où il était, ne lui en dit rien par quelque condeocendance naturelle ; mais Dieu, qui ne laisse [>as impunis les
DF.i:-, uts coMT! DK Poi'DOX. I!L
moindres défauts de ses enfants, l'en châtia d'une manière bien rigoureuse; car il assurait qu'il en scMilfrait durant une heure d'une façon si terrible, qu'il croyait que .sa peine surpassait tous les tourments de la vie [irésonte. Que ces |iersonnes qui sont en charge fassent réflexion sur une cnnduile de Dieu .li juste, et qu'elles considèrent avec le l'ère que souvent des fautes légères se terniinent à de funestes élals; car il lui fut dit intérieurement que le frère ne persévérerait |ias dans la compagnie. Kt, en elfet, il en sortit deux ou trois ans après. Je me sens pressé de rap|/orter encore ici ce que j'ai appris d'une supérieure d'un grand mérite, d'une éminente vertu et d'une grande prudence chrétienne. Elle était religieuse d'un ordre très-réformé, et supérieure dans l'un des monastères de ce saint institut. Or, comme ce monastère était encore dans son commenceiuent, elle trouva l'infirmerie en fort mauvais ordre, y ayant mêiue des ouvertures en plusieurs endroits de ses murailles. Pouriemédier au mal qui en pouvait arriver aux infirmes, elle fil mettre contre la muraille un méchant morceau de tapisserie (jui ne servait [ilus à rien, et qui était jeté dans quelque coin du grenier, ayant été autrefois à l'usage de l'église; cardans cet institut l'on ne s'en sert jamais que |tour rornenient des lieux consacrés à Jésus-Christ , comme les temples et les chapelles. La chose paraissait fort innocente et môme assez nécessaire. Cependant, comme cette bonne supérieure était une lille de grâce, elle eut peur que cette action ne servît quelque jour u'exemple pour faire usage en quelque occasion de ces sortes de meubles : ce qui l'obligea de faire ôter cette tapisserie au plus tôt, quoiqu'elle fût si chélive qu'elle était jetée comme parmi les ordures. Or, ensuite de cette action un orage te forma tout à couj) et toutes les fenêtres du lieu où elle était pour lors s'élant ouvertes, le diable lui parut en forme visible fort irrité de ce qu'elle avait fait ôter la tapisserie, lui disant qu'elle lui servait de retraite, qu'il y était bien placé. Et lui faisant de grandes menai:es. il ajouta ensuite qu'il saurait bien s'en venger par l'emiiressement qu'il allait donner a ses sœurs, dans un ouvrage où elles travaillaient, [lour mettre au grand autel le jour tie de la fête de leur saint patron. Je sais toutes ces choses de cette vertueuse religieuse qui était favorisée de gr.mds dons de Dieu, et dont la mémoire est en bénédiction. Elle me disait qu'elle avait très-bien remarqué l'etfei des menaces du démon, ayant découvert dans ses sœurs beaucoup d'activité naturelle pour l'ouvrage qu'elles faisaient. Hélas j que doit-on penser de ceux qui travaillent pour la mondanité? Si le diable trouve tant de prises dans un peu troj) d'empressemeiit-ï pour une chose consacrée au service des autels, que fera-t-il dans des ouvrages tout dédiés à res|irit du monde.
Il n'est donc pas croyable, les grands et malheureux effets que- causent des choses qui paraissent bien légères, et combien il
(KLVRES COMPLETES OK liOL'DON.
jiar le peu irexartilude h la retraite, au s lence, et surtout ije le répète), à la saifi
esl facile de lomber dans le relâchement. Or, le relâchement arrive dans les communautés rt^gulières par le peu d'esprit intérieur,
siije te repeiei, a la sainte oraison, par répanchemeiit au dehors, par trop de familiarité avec les créatures, jiarles Maisons que Ton s'v l'orme, parles entretiens de bagatelles, de nouvelles, de choses du monde, par l'estime que l'on prend en ce que le monde considère, comme la qualité, les biens, le liel esprit, l'appui des créatures. C'est ce qui taisait dire au serviteur de Dieu, écrivant à une relit;ieuse, maîtiesse des novices : « Vous devez imprimer à vos novices une grande haine de l'esprit mondain, de tout ce qui éclate et favorise l'aluour-propre sous prétexte de civilité et de bienséance, ou choses semblables qui rendent les religieuses à demi séculières. Sachez que Noire-Seigneur aime bien mieux une paysanne rustique cl simple si elle est humble, que les personnes polies et bien disantes qui sont plus propres a servir au •démon qu'à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Le relâchement arrive encore dans les roramunaulés régulières par le peu d'exactitude à observer l'ancienne forme ou matière des habits, prenant des étoffes jjIus légères et |)lus belles, ou changeant quelque chose en la manière dont on était vêtu. Il arrive par la structure des bâtiments, qui doivent à la vérité être solides et de durée, mais qui doivent toujours être des bâtiments convenables à la pauvreté religieuse. L'on ne saurait dire combien les saints ont en horreur les bâtiments des maisons régulièles où l'on ne voit rien moins que l'esprit de ijiauvreté. Saint François de Sales, pour em- 'jtêcher ce désordre, dit nettement qu'il veut •que svs religieuses bâtissent à la capucine. ■Pouvait-il se déclarer plus clairement en cette matière? Mais la grande sainte Thérèse en fait avoir une telle horreur, qu'elle dit hautement qu'elle prie Dieu si ce dérèglement jamais arrive parmi ses filles, que le bâtiment tombe sur elles et les écrase toutes.
C'est pourquoi la sainte exhorte si puissamment à modérer le désir d'avoir de beaux bâtiments, as-urantque par sa propre expérience elle trouve i)lus d'esprit de grâce et de joie dans les monastères qui sont bâtis
Î)auvrement. Klle dit que c'est faire alfront à a saille Vierge, que d'avoir de beaux édifice-. Dans celle vue elle ne voulut pas que 1.1 charpenterie du couvent de Saint-Joseph fût élevée, que les ('hambres fussent spacieuses, ni qu'il y eût auc^une cuiiosité. Aussi elle disait encort! qu'il n'y avait pas d'apparence qu'un jiauvrefûtlogé magniliquement ; (!t que ce sérail une chose ridicule que la iiiai-on d'un jiauvre fit grand bruit tombant au jour du jugement. Mais si les bâtiments ningniliqnes ne sont pas op|)o-îés à la profession de la pauvreté religieuse, i)Ourquoi les saints les ont-il-> lellemenl eus en iiorreur, jiourquoi les anciens religieux les ontiis si fort méprisés ? pourijuoi ont-ils choisi
de chétives cabanes ? Le bienheureux P. Seiirin expliquantla règle donnée |iarsaint Albert, lorsqu'il vient à parler de la (letitpsse des cellules, il dit que c est ce qui conserve l'humilité et détache les cœurs des pompes du monde; que c'est cet esprit de pauvreté qui forme les saints, et qui opère les plus éclatantes merveilles de la grâce où les sens n'aperçoivent que ténèbres. De vrai, le bel esprit, la sagesse du monde, les religieux et les religieuses qui ont encore de l'espiil du siècle, n'y entendent rien. Ils pensent laire beaucoup ipje de faiie ces beaux bâtimenis ; mais ce leur sera une peine etl'royable qnancl ils auront les yeux ouverts après leur mort. Kt les personnes qui ont l'esprit du monde qui leur donne tant d'ap|ilaudissements sur ces édifices, ne les y détendront pas. Mais ce qui é|iouvanle extrêmement les âmes éclairées, c'est que l'aveuglemenl de ces faiseurs de bâtiments est si étrange, qu'ils ne s'aperçoivent pas même de leur aveuglement ; et il est rare qu'ils trouvent des gens qui leur fassent ouvrir les yeux.
Mais ce qui porte davantage au relâchement, c'est l'esiirit de |iropriélé qui se glisse par des choses qui ne paraissent rien de prime abord, et qui par suite font des ravages épouvantables à la jiauvrelé religieuse, qui, comme celle des [iremiers Chrétiens, doit mettre toutes choses en commun. Tout ce qui esl donné ou reçu lioil indifféremment être à l'usage de toutes les religieuses, et celle qui n'a |ioint de secours de ses parents ou de ses amis, y doit avoir autant de part que celle qui en reçoit des assistances ; autrement comment les clioses sont elles en commun? Ainsi la nourriture, les habits, les chambres, doivent être donnés également; et il n'y a |)oint d'autre distinction à faire que celle que la nécessité des maladies apjiorle. El en cela on doit considérer la plus pauvre sœur de la maison, je veux dire la plus destituée de secours de dehors, comme celle dont la famille en prend de très-grands soins. Or, c'est une malheureuse excuse de dire que la supérieure permet les particularités, et qu'ainsi l'on en l'ait usage; comme si une supérieure devaitautoriser ce que les constitutions et l'esijrit de [lauvrelé défendent, excepté la nécessité qui n'a point de loi.
Ces pensées m'ayant été données au sujet des personnes religieuses, et m'étanl senti fortenienl pressé de l'écrire, je n'ai jm lésistcr au mouvement intérieur. J'esfière que notre divin Maître en tirera sa gloire. C'est ce que je prétends et veux prétendre uniquement pour jamais. Or, le P. Seurin était si vivement pénétré de tous ces désordres, qu'il déplorait sans cesse les ténèbres de ceux qui doivent être la lumière, et qui au lieu d établir ou conserver l'esprit de mort, introduisent ou soutiennent l'esprit de nature et tlu monde. 11 soupirail aussi beaucoup sur le grand nombre d'âmes qui ne vont à Dieu qu'à demi, et dont l'esprit et le cœur partagés les privaient de grâces immenses et pour elles cl [lour les autres.