LA CROIX. — PART. I
tout ce que l'on pourrait dire contrp mare, putation? Serait il bien possible que je misse des bornes à tout ce (pi'il y a de plus infamant, et dont l'on pourrait m'accuser. Ah î mon Seigneur et mon Dieu , ne le permettez pas. Si j'ai à avoir omore quelque considération pour riionneur, je n'en veux point d'autre sans aucune exception t]ue celui de vous suivre et <le vous tenir une fidèle compagnie dans vos voies. Qu'à jamais, oui à jamais, toute ma gloire soit votre seule et unique gloire, et qu'il ne reste, à un vil et niisérahle jiéclieur comme je suis, que la honte e! la confusion.
C'est dans cet anéantissement de la créature que notre pieuse souillante mettait le haut point de l'honneur; ainsi elle ne se glorifiait avec l'Apôtre que dans la croix de son Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde lui était crucifié, et elle au monde. (Galat. VI, li.) C'était dans cet état rpj'on lui imposait les calomnies les i)lus atroces, comme d'être magicienne. Mais parce que sa haute vertu détruisait ces noires accusations, l'on s'avisa de la traiter d'hyiiocrite , on l'accusa devant son évêque d'être l'une des plus artificieuses personnes du monde, et qu'elle se servait de subtilités si grandes, que [(ersonne n'y avait encore pu rien découvrir. C'est ce qui fit prendre résolution de leiifera.er, et de la faire jeûner au pain et à l'eau, mais toutes les informations les plus exacies que l'en fit de sa vie n'en ayant donné d'autres connaissances que d'une innocence achevée, furent cause, que l'on changea de sentiment. Seulement, on donna ordre à plusieurs personnes de veiller sur elle avec soin, et le jour et la nuit, et d'y veiller particulièrement lorsqu'elle seraft moins sur ses gardes, pour tâcher de découvrir s'il n'y aurait point d'artifice; ce qui fut observé rigoureusement. L'on commença ensuite de dire qu'elle était lunatique et folle ; la divine Providence voulant encore lui faire l'honneur de tenir compagnie à son divin Maître dans cette occasion. Car l'évangéliste saint Marc nous apprend que ses parenis vinrent pour se saisir de lui, disant qu'il avait l'esprit aliéné. [Joan. X, iO.) O prudence humaine, que diras-tu ici. O conduite de la sagesse de la chair, qu'elle excuse [irendras-tu dans la vue de la conduite d'un Dieu 1 Misérables que nous sommes, après un exemple si pressant nous nous imaginons encore que l'estime des créatures nous est grandement nécessaire, et que ne fail-on pas pour se la procurer? Que ne fait-on pas [lour en éviter les moindres lilâines, et pour leur plan c ? Il n'y a a [las, remarque la séra|ihiqiie sainte Thérèse, jusqu'à ceux qui font profession parleur état de mé[iriser l'estime du monde, qui ne la recherchent avec soi net empressement. 0 adorable Jésus, la sagesse du Père éternel , ouvrez nos yeux aux célestes lumières que vous êtes venu apporter en terre; fermez-les saintement aux trompeuses illusions de la pru Jence humaine. Ah non, nous ne reconnaissons, et nous ne voulons poitil reconnaître d autre
œiVUKS COMPLETES DE BOUDON.
maître que vous. Nous voilà donc à vos pieds sacrés pour y être instruits, pour y recevoir la divine doctrine que vous voulez bien par un excès d'un auiour inénarrable donner à vos pauvres créatures. C'est à cette doctrine que nous voulons, avec votre secours, nous attacher inviola.bleinent. Arrière la sagesse de la chair, et la prudence des prudents du siècle, à qui nous voulons renoncer pour toujours du plus intiiue de nos cœurs. Vous èles ei vous serez toujours notre bon, notre cher, notre fidèle, notre divin Maître. Vos niaxinies seront toujours nos maximes, votre hunière nutre unique règle. Que les sens s'élèvent contre vos vérités célestes, que la raison ne les [.éiiètre pas, malgré tous les sens, et au-dessus de la raison nous rendons notre esprit ca|til', pour le soumettre à la loi. 0 Seigneur, à gui irions-nous, n'est-ce pas vous qui avez les paroles de la vie éternelle? (Joan. vi, 69.)
On voulut donc faire | asser EI,sabeih|)Our une [iHcsonne qui avait des faiblesses d'esprit; car au moins ceux qui ne pouvaient pas persuader qu'elle était méchante, prenaient de la satisfaction à la faire croire folle. Cependant comme ceu.ï qui la persécutaient étaient en giand nombre, et que plusieurs ennemis s'élevaient contre elle, ils méditaient pendant tout le jourdes tromperies et des artiUces. Le feu ayant pris au palais du duc de Lorraine, ils l'accusaient d'en être la cause, et de telle sorte même qu'on la menaça de la chasser de la ville, quoique dans la vérité le feu eût cessé par ses prières. L'on invectivait même publiquement contre elle dans les chaires, et afin que rien ne manquât à ses humiliations l'on faisait courir des lettres ditfamatoires contre son honneur de tous côtés. 11 n'y avait ni petits ni grands qui ne fussent imbus de ces médisances; elle était l'opprobre du monde, chai;un parlait contre elle, les uns par malice , les autres [lar ignorance , quelque-uns par crainte humaine et par intérêt, et les autres par un faux zèle de la gloire de Dieu: car ce temps était venu ])rédit ])ar notre divin Maître à ses discii)les, que quiconque les ferait mourir, penserait faire un service à Dieu ; et cet aimable Sauveur nous a dit ces choses afin qu'en ce temps-là nous nous ressouvenions qu'il les a prédites. (Joan. XVI, 2.) O mon Seigneur et mon Dieu, que bienheureuse est la i>ersonne qui est aans le parti de vos enfants, qui est frappée de plaies durant tout le jour, et que vous avftz donnée en proie comme des brebis qu'on mange, pour me servir des ex|)ressions de votre divine parole (P^aV. xliu, 12, 22) , que vous avez mise eu opprobre parmi ses voisins; que vous avez exposée aux moqueries , et au mépris de ceux qui sont à l'entour d'elle; que vous avez rendue la fable des nations, dont les peuples ont secoué la tête en la voyant.
(Il)id., li, 15.) Ohl quelle grâce de pouvoir dire en vérité : Seigneur mon Dieu nos pères ont espéré en votis , ils ont espéré, tt vous les avez délivrés. Us ont crié vers
vous, et vous les avez sauvés, ils ont espéré en vous, et ils n'ont point été confus. Mais pour moi je suis un ver et non un liomme, je suis l'opprobre des hommes et le mépris du peuple. Tous ceux (pii m'ont vu se sont moqués de moi, ils ont parlé de moi dans leurs discours, et ils ont secoué la tête. Il a espéré dans le Seigniur, qu'il le délivre, qu'il le sauve puisqu'il l'aime. {Psal. xxi, 5, 9.) Mon ignominie m'est préaente durant tout le jour, et la honte a couvert mon visage, à cause des paroles de ceux qui me chargeaient de malédictions et de reproches, et du visage insolent de eux qui me persécutaient. Mon dme est abaissée jusqu'à la poussière, et mon ventre est collé à la terre. [Psal. xliii, 16, 17, 2o.) Je suis un sujet de crainte à tous ceux qui me connaissent. Ceux qui me voyaient se sont enfuis dehors, on m'a oublié comme un mort qui est effacé du cœur. (Psal. xxx , 12, 13.)
0 l'heureux , ô le saint, ô le divin état, peu connu à la lumière de l'homme, peu estimé de la j)lupart même des Chrétiens, mais infiniment estimable et aimable dans la pure lumièrede Dieu. Oh 1 si les hommes savaient le bonheur, et la grâce des humiliations, et particulièrement des confusions publiques, lorsque l'on est déchiré et moqué de tous côiés, que les chaires retentissent des invectives que l'on y fait, que l'on distribue des libelles difi'amatoires comme les gazettes ou nouvelles dans toutes sortes de lieu, que l'on est détruit dans les esprits et dans les cœurs, que l'on ne trouve plus de place ni dans leur estime ni dans leur amitié, que les bons se retirent aussi bien que les méchants, que l'on entre heureusement, je le répète, heureusement dans un délaissement si universel, qu'à peine trouve-t-on un lieu ]30ur se retirer. O bonheur admirable , ô grâce toute singulière, ô faveur incompararable 1 ô don précieux 1 mais il est vrai, ce sont des grâces rares. Hé! mon Seigneur, d'où vient cependant que vous les avez faites à des créatures que vous savez, et qui en sont si indignes? D'où vient que vous leur avez lait part de ces opprobres, et qu'elles ont été humiliées si fortement? Que vous rendrontelles, ô Seigneur, [lour tous ces biens que vous leur avez faits ! {Psal, cxv, 12.) Mais quelles actions de grâces vous rendront-elles pour la lumière que vous leur en avez donnée 1 Vous mon Dieu, et mon Sauveur, qui rendez grâce à votre Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez découvertes aux petits. (JJ/aU/V. XI, 25.) Parce que tel a été le ]ilaisir de votre Père. Oh ! que toutes vos créatures en bénissent et glorifient votre saint nom, que celles qui sont dans les cieux vous en louent, qu'elles vous en louent au plus haut du firmament. Que vos anges vous en louent, que vos jiuissances et vos armées vous bénissent toutes! Soleil et lune, louez-en le Seigneur, étoiles claires et luisantes, louez-le toutes. Cieux des deux louez-le, et les eaux qui sont au-dessus des airs louent son nom saint. Q..e