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LE TIUOMPHK DK LA CROIX. - l'A UT. I.
sa louange soit dans la bouclie de tous ses sainls (/**«/. cxi.viii, 3, V, li), i/u'ils chantent un nuuvcau cantique ù su ijluire. {Psal. c\u., l.)Oue loiiles les iialions et tous le» jicuiiles le \(tm:nl.{Psal. cxvi, 1.) .
Car eiitin il ne traite pas de celle manière toutes sortes de |iersoiines, il ne leur fait ainsi pari de son ealii'e, il ne les séfiare si sainlemenldu monde, il ne les conduit pas si heureusement dans ce glorieux dùserl, où il n'y a que lui seul, où l'ilme dans un grand vide de loul Télre créé qui lui est si avantageusement ùlé, no voit jilus que Dieu , ne (lit plus que Dieu seul, n'estime plus qiie Dieu seul, n'aime plus que Dieu seul. () sainte et divine solitude, mon Ame languit et se consume du désir de voire bien heureuse possession. Khi (jue vos demeures sont aimables I qu'heureux ceux qui y habitent! luon cœur et ma chair brûlent d'ardeur de vous avoir pour ma retraite, puisque c'est dans vous que Dieu seul se trouve avec tant de bénédiction.
O Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul. Toujours Dieu seul. Dieu seul dès le point du jour, jusqu'à la nuit. Dieu seul durant la nuit. Ah ! qui nous fera la grâce de ne plus lompter d'années, que des années de Dieu >eul, des mois, des semaines, des jours, des heures, des moments de Dieu seul. Que ce soient ces jours pleins qui se trouvent en nous, comme parle l'Ecriture. Que Dieu seul soit tout noire plaisir. Dieu seul toute notre joie. Dieu seul tout notre honneur, toute cotre gloire. Dieu seul toutes nos richesses, Dieu seuf tous nos amis, tout notre ap|iui, toute notre force, toute notre espérance. Dieu seul loul n(jlre science , loute notre philosophie, toute notre lumière. Dieu seul tout notre amour, toute notre estime. Ah! Dieu seul, Dieu seul notre grand et unique tout en toutes choses dans l'union avec notre bon Sauveur Jésus-Christ, et à la vie, et à la mort, et dans le lemjis, et dans l'élernilé. A jamais Dieu seul, Dieu seul et toujours Dieu seul.
Elisabeth en jouissait heureusement par les grandes privations que la divine Providence lui faisait soulfrir; et c'est une vérité que l'on trouve Dieu où lacréalu.'-e manque. Mais voici une nouvelle épreuve. Le magicien Poirot, dont il a été [larlé, s'imaginant soutenir sa cause en la perdant de ré(iutation, se voyant prisonnier, dit qu'il se déclarait partie contre elle et à la faveur de certains grands qui le soutenaient, ayantobtenu des commissaires pour iniormer "contre elle, l'on examina plus de quatre-vingts témoins; on alla dans tous les lieux où elle avait été; l'on rechercha jusqu'à sa jeunesse; elles commissaires avouèrent qu'ils y avaient apporté une exactitude et une diligence extraordinaires. Cepemianl l'homme malin qui se gloritiail dans sa malice, qui était puissant à faire le mal, dont la langue pensait durant loul le jour à l'injustice el qui était subtil à tromper comme un rasoir affilé, travaillait à gagner de faux témoins, par de l'argenl (ju'il leur faisiiit donner, ce qui
OEl'res compl. dk Bol'don. III.
a été déclaré par les personnes que l'on tâtûchait de corrompre. Son procès fut produit en dilférents tribunaux, l'on porta ses accusations jusqu'à Kome ; mais partout l'on ne trouvait point de véritables preuves contre son inmiience.
L'insolence néanmoins de ceux qui s'élevaient contre elle allait toujours croissant, ainsi il n'y avait rien (pi'ils ne lissent jhjup rop[irimer. Ils tirent tous leurs efforts pour empêcher qu'on ne la fil venir à Nancy, sachant bien qu'elle y trouverait du secours ; elaprès y avoir été reçue, des personnes Irèsjiuissaiites n'oublièrent rien par leurs soUiritatious réitérées auprès du prince, pour l'en faire sorlir,(e qu'enlin le duc importuné par tant da sollicitations promit : mais la divine Providence y apitorla le remède. El ses ennemis voyant qu ils n'avaient pu réussir de ce côté-là , travaillèrent à ce qu'au moins elle y fut abandonnée de tout le monde.
L'on interprétait mal tout ce qu'elle disait, et tout ce qu'elle faisait , et même les meilleures choses. On la traitait avec grande indignité, l'on était insensible à tousses maux; l'on perdait toute compassion (lour elle, l'on était impitoyable sur tout ce qui la regardait. 11 est arrivé qu'on lui a décacheté ses lettres, |iour y insérer des choses qui ne valaient rien. Entin l'on en vint jusqu'à conspirer contre sa vie. L'on a eu mille desseins de la tuer. Elle a élé suivie plusieurs fois pour ce sujet par des personnes inconnues le pistolet dans la poche : mais une secrète frayeur dont ils étaient saisis les en empêchait. L'on a entrepris cent fois de faire entrer do nuit des personnes dans sa maison pour la poignarder. En effet, l'on trouvait le malin des échelles dressées contre la maison , et les marques des pieds dans la boue , ou la poussière ; ce qui obligea de lui donner des gardes. L'on avait jiromis mille pisloles à celui qui la tuerait. Elle a été empoisonnée plus de vingt fois; la divine Providence lui conservant miraculeusement la vie : ce que l'on peut encore remarquer dans le saint homme le P. de .Mattaincourt q^ii vivait dans le mèmelem|)S, et dans le même pays de Lorraine, des gens animés de l'esprit du démon mettant tous les jours du poison durant quelque temps dans son potage, pour le faire mourir; et la divine Proviifence le préservant toujours de la mort par une conduite miraculeuse. 11 y a des vies précieuses aux yeux de Dieu et des sainls anges, que les diables et les méchants ne peuvent souffrir. Celle d'Elisabeth élait de ce nombre , c'est pourquoi elle était combattue avec des rages désespérées par la malice du monde et de l'enfer. II y eut même au commencement de son institut une sœur qui, s'étant laissée aller à une furieuse tentation, vint à elle la nuit le couteau à la main pour la tuer, mais la très-miséricordieuse Vierge, patronne très-spéciale de son institut l'ayant éveillée, cette tille fut si.effrayée qui pensait qu'elle dormait , qu'elle prit aussitôt la fuite.
OF.l'VKES COMPLETES DE BOl'DON.
Maissi elle aéié crucifiée on lanl de manières par toutes sortes de maux , d'autre jtart elle a soulTert de toutes sortes de personnes. Elle a soutfert de ses ennemis qui étaient en grand nombre ; de gens considérables pour leur qualité , ou pour le rang qu'ils tenaient dans l'Eglise ; de personnes puissantes; de personnes qui étaient en estime d'une singulière probité ; de gens qu'elle avait beaucoup obligés ; de ses amis ; de ses parents qui, devant non-seulement par les lois de la charité chrétienne , mais encore par le droit de la nature et du sang, conserver sa réputation, étaient ceux qui la noircissaient davantage ; elle a souffert de personnes de confiance, de quelques fdles de son institut ; et ce qui est une croix bien pesante des personnes d'une grande sainteté. Elle a souffert de puissantes contradictions de ceux qui devaient l'assister davantage, et il y a eu des temps, où il y avait peu de personnes qui n'eussent peur de sa conversation. 0 Elisabeth, chantez maintenant que le Seigneur est bon, et que sa miséricorde est éternelle. {Psal. xcix, 5.) Que ceux qui craignent le Seigneur chantent avec vous ses bontés et ses miséricordes. \PsaL XXI, 2i.) Dites avec le Prophète-Roi : Le Seigneur est mon appui , c'est pourquoi je mépriserai mes ennemis. Tous les peuples m'ont environnée , ils m'ont attaquée de toutes parts, et m'ont tenue assiégée. Ils m'ont environnée comme des abeilles irritées, ils ont été embrasés comme un feu qui brûle dans tes épines. J'ai été poussée avec effort, j'ai été prèle de tomber, mais le Seigneur m'a soutenue. Le Seigneur est ma force et ma gloire, il a été mon Sauveur. Qu'on entende une voix d'allégresse et de salut dans les tabernacles des justes. La droite du Seigneur a signalé sa force, la droite du Seigneur m'a élevée en gloire. Je ne 7nourrai pas , 7nais je vivrai, et je raconterai les oeuvres du Seigneur. Le Seigneur m'a châtiée, et m'a fait souffrir de rudes peines , mais il ne m'a pas abandonnée à la mort. Ouvrez-moi les portes de la justice, j'y entrerai pour rendre grâces au Seigneur. Je vous rendrai grâces , parce que vous m'avez sauvée. {Psal. cxvii, 9-21.) Les homtnes m'ont fait la guerre sans que je leur en eusse donné sujet. Ils m'ont attaquée avec des paroles de haine, avec une langue pleine d'artifice et de mensonge. Au lieu de m'aimer ils ont médit de moi, et moi cependant je vous offrais ines prières. Ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour l'amour que je leur portais. {Psal. cviii , 3, h.) Ceux qui me voyaient se sont enfuis dehors, je suis devenue comme jin vase perdu, parce que j'ai oui les injures de plusieurs qui demeurent à l'entour de moi. Pendant qu'ils étaient assemblés , ils ont délibéré de m'ôter mon âme, mais. Seigneur, j'ai jnis mon (spérance en vous, j'ai dit : Vous êtes mon Lieu , mon sort est entre vos mains. {Psal. XXX, 12, 13.) Mes amis même, et mes proches se sont approchés et se sont élevés contre moi. Ceux qui étaient auprès de moi s'en so7it éloignés, et ceux qui cherchaient mon âme
me faisaient violence. ( Psal. xixvii, 12, 13.) Jlais noire femme forte, c'est comme l'appelait l'une des plus illustres personnes de notre siècle, n'a pas seulement à combattre contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes de ce monde et de ses ténèbres et contre les esprits corrompus qui sont dans l'air. Ces malheureux esprits disaient que c'était l'une des personnes sur qui Dieu leur avait donné plus de pouvoir jiour la tourmenter depuis le commencement du monde, et que, s'il leur était permis de tenter les autres comme elle, plusieurs auraient fait des chutes funestes, qu'il n'y avait pour lors personne au monde qui fût si tourmentée; qu'ils lui avaient fait plusieurs maux que l'on ne saurait jamais. Que c'était l'une des créatures de la terre qu'ils haïssaient davantage. Toujours est-il certain qu'ils lui ont fait ressentir les etïets d'une cruelle haine, car ils lui ont fait souffrir des peines extraordinaires. Nous ne parlerons pas ici de sa possession, réservant à en traiter dans la seconde partie: seulement nous dirons qu'ils n'ont pas laissé devant et après la [lossession de l'attaquer furieusement. Ils lui soulevaient les inclinations et remuaient les humeurs d'une manière étonnante, ils avaient même permission de la tourmenter dans la partie inférieure raisonnable. Ils lui augmentaient ses maladies et faisaient bander presque tout le monde contre elle. Ils n'oubliaient rien pour détruire sa réputation. Ils tâchaient de se cacher en ses paroles et de faire en sorte que l'on crût qu'elle parlait librement, atin que l'on en fût choqué. Ils lui faisaient faire quantité d'extravagances [)Our la faire passer [)our folle.
Mais ce qui est bien considérable, c'est que ces combats ne cessaient point : elle était combattue et les jours et les nuits, soit qu'elle veillât ou dormît, et elle n'avait aucun repos; ils criaient qu'ils la persécuteraient encore cent ans après sa mort. Souvent se .mettant au lit elle entendait les démons s'inciter les uns les autres pour la tourmenter ; et depuis qu'elle fut religieuse ses infirmières ont assuré les avoir entendus distinctement la menacer. Or ces menaces étaient suivies d'effets, car ils lui travaillaient l'imagination pendant qu'elle dormai un peu par des songes effroyables ; où ils emiiêchaient qu'elle ne pût prendre aucun repos par les bruits étranges qu'ils faisaient, se servant quelquefois des chiens qu'ils faisaient hurler d'une manière horrible. Ils se mêlaient dans la nourriture qu'elle prenait, lui en causant de l'horreur; et la rage dont ils étaient animés les portail à la baltre cruellement et à lui faire souffrir dans tout son corps des peines inexplicables. Quelquefois ils la prenaient pour l'étrangler ; et la haine qu'ils iui portaient était si singulière, qu'ils disaient qu ils auraient bien voulu perdre un très-grand nombre d'âmes, [jourvu qu'ils la pussent faire consentir à un seul péché. Ils tâchaient aussi de la tirer de l'obéissance de son diiec-
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LE TRIOMPIIK DE LA CROIX. — PAUT. L
tctir, voulant lin persuader cju'ils le troni- |ipraieiit coniine ils en avaient trnmiié de ( (Mèlires i]u'ils lui nommaient. Knfm ils la
taisaient soullVir en toutes manières. Il n'y avait pas jusqu'aux sacrées images dont ils ne lui empôcnassent la vue, parce qu'elle en recevait (jneique consolation; surtout ils l'eiupôcliaient de re;;arder l'image du saint |iatrianlie Job qu'elle avait en sa cliamlire, et dont ils marquaient delà crainta,.l''atlligeaiit sensiblement lorsqu'elle y arrôtait les yeux. L'Histoire sainte nous apprenant ce que le démon a dit à Dieu mùme de cet honntie admirable, et ce (pi'il lui a fait souffrir : et les saints Pères, et entre autres saint Jérôme et saint Athanase, ayant laissé è la postérité les différentes tentations et combats de pes malheureux esp.rits avec les saints, j'ai cru ensuite le pouvoir faire à leur exemple.
Mais comme la rage de ces cruels esprits d'enfer ne se terminait pas à la seule personne de Job,, mais s'étendait jusqu'aux personnes qui lui étaient les plus proches; (Je même ils exerçaient par une haine furieuse les personnes qui soutenaient notre illustre souffrante. Un prince de Lorraine
S|ui était évêque, et dunt nous avons parlé, ut accablé de maladies, qui n'avaient point d'autres causes que l'enfer, puisqu elles étaient détruites par les [)rières de 1 Eglise contre les vexations diaboliques. M. Viardin, chanoine de la primatiale à Nancy, qui était son directeur, a porté de grandes persécutions. Le célèbre V. Coton, de la Compagnie de Jésus, n'a pas aussi manqué de l)ersécutions, parce qu'il la soutenait, et eu marquait une haute estime : aussi le diable avait dit dès le commencement de la possession dont il sera parlé ci-après, que si Coton se mêlait de ses affaires, qu'il lui ferait souffrir toute sorte de mal, qu'il ferait mal interpréter ses plus louables actions, qu'il le noircirait de calomnies; qu'il avait déjà fait écrire scfit lettres contre lui, mais qu'il en ferait bien écrire d'autres. Le P. Poiré, de la Compagnie de Jésus, assez connu par ses saints ouvrages, et particulièrement par celui de la triple couronne de notre Dame, ouvrage qui ne peut être assez estimé et assez loué par tous les véritables dévots de la très-sacrée Vierge, fut étrangement humilié parce qu'il se déclarait hautement pour elle. Le diable se vantait qu'il avait fait dire contre lui une infinité de médisances; et effectivement ce grand serviteur de Notre- Seigneur et de nutre immaculée Mère eut beaucoup à soulfrir. Ces malins esprits faisaient courir que ceux qui l'assistaient, ou avaient ])erdu l'esprit, ou étaient dans nu grand aveuglement. Mais elle se trouva dans des persécutions extraordinaires au sujet de l'ordre dont elle a été par une singulière providence île Dieu la digne fondatrice. L'on a fait tous les efforts imaginables pour le détruire. On lui a suscité des proies embarrassants pour l'anéantir, ou pour en empêcher le progrès. L'on disait que tout ne valait lien dans sa maison, et il
n'y a point d'abomination dont elle ne fût chargée.
Mais voici une nouvelle source de croix pour Klisabeth, et (jui lui en fera porter dis si grandes (jue c'est ce qui n'est pas [lossible d'expliquer. C'est la qualité de victime que? la divine Providence lui avait donnée, |)our soutfrir dans l'iinioii de notre bon Sauveur Jésus-Christ jiour les péchés des autres. C'est une comluite que cet adorable Sauveur tient sur de certaines âmes jiures, innocentes et choisies qu'il veut bien unir à ses souffrances pour les pécheurs. Nous en avons un exem|)le remarquable en la dévote sœur Marguerite du saint sacrement, religieuse Carmélite de la réforme de sainte Thérèse, décédée en odeur de sainteté dans le monastère de r.oaune, et que l'aimable Jésus avait favorisée d'une dévotion admirable à sa sainte enfance. Pe P. Amelotte, personnage d'une singulière piété et d'une grande érudition, rapporte, dans la vie qu'il en a donnée au public, comme Dieu la faisait souffrir dans l'union de Jésus-Christ pour les différents péchés des hommes ; et s'il m'est permis dédire ce que je sais , j'ai connu plusieurs saintes âmes qui ont porté de pareils états. Or, il est assuré qu'ensuite do cette qualité de victime pour les péchés de plusieurs, elles se trouvent dans d'étranges angoisses d'esprit, et dans des peines extérieures tout extraordinaires. L'on aurait de la peine à s'imaginer en combien de manières elles sont tourmentées, la divine justice demandant d'elles les satisfactions qi»» ,es autres lui devraient faire, en sorte que leur vie est une vie d'épouvantables croix. Elles portent même souvent les tentations dont les personnes pour qui elles endurent sont attaquées.
C'était l'un des états de notre charitable souffrante, dont la chanté toute divine la poussait encore à s'offiir pour souff'rir pour les âmes du imrgatoire; et en effet les peines qu'elle endurait pour ces âmes redoublaient bien ses maux. Toute la nature était saisie de frayeur quand elle pensait qu'elle allait souffrir pour elles. Déplorons ici l'aveuglement des hommes qui, pour de chétifs plaisirs des sens , pour des biens apparents et qui ne sont rien, pour une fumée d'honneur, s'engagent à des maux si affligeants. Ah ! que le pécheur ne sait guère ce qu'il fait; car quand bien même il serait assuré que Dieu tout bon lui [lardonnerait ses offenses par une miséricorde spéciale, et qu'il serait délivré de l'enfer, que ne doit-il point craindre des tourments qui l'attendent au milieu des feux et des flammes du purgatoire? Après tant de croix, et de tant de manières , Elisabeth soupirait encore après de nouvelles. Elle s'otfraitdonc encore à Dieu pour avoir l'honneur de participer aux tourments des martyrs; et Dieu qui est libéral de croix aux personnes de bonne volonté, recevant ses désirs, lui accordait ses humbles prières. Ainsi tantôt elle se trouvait comme les gens qui sont sur la roue, et portait de pareilles peines:
ŒUVRES COMPLETES DE BUL'DON
taiitôl comme ceux que l'on étrangle , et quelquefois comme ceux que rori brûle.
Enlin il y a des degrés sans nombre de croix ])our arriver à la ressemblance <ie l'aiinable Jésus, et chaque degré a une grande étendue; c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si Elisabeth qui devait être l'une des plus saintes images de ce Dieu crucilié a passé par un si grand nombre d'états crucifiants. Mais dans tous jamais il ne lui est échappé la moindre parole d'impatience, jamais la moindre parole rude ou rebutante au milieu d'une'infinité d'affaires qui l'accablaient, je laisse à juger quelle vertu elle avait, et combien elle est rare. Dans tous les maux que nous avons rapportés et qui lui étaient causés par toutes sortes de personnes , elle ne disait rien [)Our sa défense , elle ne recherchait point l'apiiui de personne, elle ne se servait point d'autres armes que de la seule patience, dans un entier abandonnement entre les mains de Notre- Seigneur et de son immaculée Mère. C'était une patience invincible , et que rien du monde n'était capable d'ébranler; ce qu'elle lit bien voir lorsqu'on vint lui dire que l'on tâchait par argent de gagner de faux témoins jiour la perdre : car pour lors elle s'écria : Ah ! (|ue mes péchés m'empêcheront bien d'en venir là, je suis trop indigne d'une si grande faveur, je ne mérite [las d'être traitée comme mon cher Maître, contre lequel l'on a trouvé de faux témoins. Un religieux Capucin lui ayant dit que le prince importuné par les sollicitations de personnes très-jiuissantes avait résolu de la faire sortir de Nancy, ce qui était la priver de tout secours, elle en reçut la nouvelle avec un visage doux, et s'écria, sans la moindre émotion : La volonté de Dieu, dit-elle, soit faite en tout, et partout. Me voici prête quand on voudra. 11 est bien vrai que l'on me mettrait bien en peine, si l'on pouvait m'envoyer en un lieu oii mon Dieu ne fût pas, mais je le trouverai partout, et je me confie en sa divine protection aussi bien hors de la ville que dans la ville. Sa divine volonté soit faite présentement aussi bien que dans l'éternité. Cependant pour lors elle était possédée, tourmentée étrangement des démons, des magiciens et des personnesqui lui étaient opposées. Que devenir donc dans une jirivation de tout secours dans des états si terribles? Mais le Seigneur étant sa lumière et son salut, son cœur n'entrait point dans la crainte. La guerre s'élevant contre elle, elle espérait dans le combat. Quand il semblait que son institut était proche de sa ruine par les ojipositions qu'on lui faisait de toutes parts , elle disait qu'il semblait bien que le grand œuvre de Jésus-Christ allait être détruit dans le temps de sa mort, par la contrariété de sa nation , et la fuite de ses disciples, ce divin Sauveur mourant entre deux larrons, et étant délaissé (le tout le monde; et dans ces vues elle demeurait en re]ios.
Jamais elle n'a perdu sa constance, ni sa confiance en Notre-Seigneur, et son imma-
culée Mère,' quoiqu'elle se vît délaissée presque de tout le monde, grûce qu'elle avait demandée instamment à Dieu, et dans les ilernières années de sa vie elle a joui de ce bonheur, étant abandonnée presque généralement. Elle a vu les personnes qui l'assistaient se retirer d'elle , et se joindre à ses adversaires; et même quelques-unes de celles qui lui étaient plus unies, ce qui lui devait être bien sensible; elle a été délaissée et maltraitée par des personnes qui lui étaient très-obligées, par des [lersonnes en qui elle s'était entièrement conliée, par des personnes qui devaient l'assister davantage. Elle voyait que l'on travaillait à ce que même tous les serviteurs de Dieu la quittassent, mais elle ne demandait d'autres secours que celui du ciel ; et souvent elle a témoigné qu'elle aurait reçu une grande satisfaction de se voir abandonnée de tous les hommes pour être uniquement en la protection de Dieu seul , jusque-là qu'elle regardait cet entier délaissement comme un singulier bonheur dont ses péchés la rendaient indigne. Ainsi dans la menace qu'on lui faisait de lui ôter même son directeur , elle répondait qu'elle était prête à tout , et à être jirivée du directeur comme des autres choses. Le Seigneur, s'écriait-elle, est ma lumière, et ma ijarde, de qui pourrais-je avoir peur? (l'sal. xxvi, 1.) Elle n'eût pas voulu, pour se ménager le moins du monde lesgeiis ilont elle pouvait môme avoir besoin, sortir do sa simplicité, et user d'aucun déguisement, et elle répondait à ses amis qui lui conseillaient d'étudier les ré|)Onses qu'elle devait faire à de certaines personnes: Je vous supplie de m'excuser, il m'est im|)ossible de me tirer de la sim|ilicité, laissez-moi agir, je vous prie, à mon ordinaire, je recomman- j derai tontes choses à Notre-Seigneur, et à son immaculée Mère, et la confiance que j"ai en leurs bontés me suffit. Dieu seul faisait toute sa confiance. Lorsque les démons la menaçaient avec rage, elle leur disait ; Faites ce que Dieu vous commande ; et quoiqu'ils lui fissent souffrir des tourments épouvantables, comme il a été dit , loin de s'en ennuyer, ce lui eût été une es()èce de martyre de ne les plus avoir. Il est vrai, comme elle était très-généreuse, que ce lui était une chose sensible de voir quelques personnes qui la soutenaient être persécutées à son sujet ; cependant comme un jour elle avait dit sans y penser: Encore s'il n'y avait que moi qui souffrît seule, aussitôt elle se reprit, reconnaissant que c'était une ruse de l'amour-pro|ire, et qu'il faut vouloir toutes les croix, et [lour soi, et pour les autres, entrant sans réserve dans les desseins de Dieu.
Elle possédait ainsi son âme en patience parmi toutes les tempêtes, et tous les orages qui venaient fondre sur elle de toutes |iarts. Aussi avait-elle une estime incomparable pour les croix, qui lui' causait un repos immuable dans le centre de son âme. Nous en avons déjil parlé dans les chapitres précédents, aus.^i
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