‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 90 sur 436 · I.E TlilOMl'IlE I>K LA CHOIX. - PART. l · texte numérisé non relu

I.E TlilOMl'IlE I>K LA CHOIX. - PART. l

liien que son amour, mais comme c'est une matière dont l'on ne peut j.imais assez parler, nous en dirousoncore ([uelque chose i<i. Elle assurait donc qu'elle ne croyait point qu'il y eût en la terre des personnes lioureuscs que celles qui vivaient dans la peine. Elle regardait cet état comme la féline de la vie [irése.nle. Elle disait qu'elle t' réjouissait avec le ciel de voir les gens de bien souffrir ; et sur ce qu'une personne de ses amies et parentes lui avait écrit qu'elle priât Dieu qu'il l'exemptât elle et sa communauté des choses (ju'on leur faisait souffrir, elle dit avec grande force : Je la désa- , voue. El certainement elle en était bien I éloignée , puisqu'elle faisait souvent des prières à Dieu pour obtenir le précieux trésor de la croix ; et les cantiques qu'elle faisait sur ce sujet marquaient assez combien son cœur en était blessé d'amour. Elle l'avait en telle estime, ([u'elle disait : « J'aime mieux voir mes religieuses dans les soutTrances, i|ue de les voir en extase et élevées trois ! jiieds de terre. » Comme un jour on lui ,iar- ' lait d'une personne qui avait perdu l'œil: I Voilà, dit-elle, une grande miséricorde. Elle croyait que ce lui était un grand malheur quand elle avait quelques heures où elle n'était pas tourmentée.

Aussi Notre-Seigneur lui avait dit que la consolation de ses élus était de souffrir pour lui, qu'il était au milieu de son cœur |)armi les plus honteuses pensées qui l'alHigeaient; et de vrai, après la sainte communion, ses peines redoublaient, et notre bon Sauveur lui paraissant dans son enfance, lui assura qu'elle n'était jamais [ilus à lui que lorsqu'elle endurait davantage. Aussi depuis qu'il se fut uni à elle par une union trèsintime et toute spéciale, ses peines augmentèrent beaucoup. La très-sainte Vierge lui fit connaître que c'était l'état oii l'âme était plus unie à son cher Fils, et que l'on tenait un fidèle compte dans le ciel de tous les moments de soutTrances. Aussi notre pieuse souffrante disait que la sainte Vierge en obtenait à ses amis, et que c'était une marque que l'on était de la grande faveur.

L'on peut donc bien dire qu'Elisabeth était la bien-aimée de cette reine du ciel ; car l'on a cru, et des personnes très-sages, que c'était l'une des personnes chrétiennes qui a le plus souffert et souffert le plus longtemps, ayant été dans les croix depuis sa naissance jusqu'au dernier soupir de sa vie. Les croix faisaient le sujet de ses plus fortes affections, elle avait pour elles un amour incomparable ; c'est pourquoi jamais elle n'en était rassasiée; et jamais les démons avec toute la rage et toute la cruauté qu'ils ont exercée sur elle, dans le dessein qu'ils avaient de lui faire dire. C'est assez, n'en ont pu jamais venir à bout. Notre bon Sauveur, tout au contraire, l'animait toujours à de nouveaux combats,et lorsqu'elle semblait être dans une extrémité de souffrances et qu'elle ne pouvait plus résister, jiour lors il lui faisait connaître qu'il lui fallait se préparer à de nouvelles. La bienheureuse Vierge lui

donnait les mômes connaissances , et lors- (iii'après avoir été exorcisée elle alla pour 1 honorer dans sa célèbre église, communément appelée de Notre-Danie de Liesse, on lui lit voir divinement qu'elle devait se disjtoser à de nouvelles peines. Comme si un nombre presque infini qu'elle avait déjà portées ne devaient pas bien suflire, toutes ces étranges et horribles peines de sa jeunesse, de son état de mariage, de celui de sa viduité, de la part des hommes et des démons, de la part de Dieu même. Voilà le grand succès de son dévot pèlerinage, voilà ce qu'elle obtint de Dieu à la faveur de sa très-sainte Mère, voilà les grâces [)récieuses que cette Mère admirable lui impétra, qui. sont les grâces des favoris. Aux autres souvent cette Mère d'amour obtient des guérisons miraculeuses, la santé du corps, la consolation de l'esprit ; mais aux personnes choisies les croix sont le trésor précieux que cette grande reine leur procure.

Elisabeth en était bien persuadée, et c'est pourquoi non-seulement elle les aimait , mais elle les recevait avec joie, avec actions de grâces. C'est ce que l'on remarqua, lorsqu'ayant appris par un faux bruit que ses deux filles étaient arrêtées prisonnières, elle en eut des mouvements d'une joie extraordinaire. Je ne crovais pas, disait-elle , que Dieu voulût leur faire un si grand honneur. Oh! que béni soit-il à jamais! voilà une bonne nouvelle. Oh!que béni soit-il à jamais de nous favoriser de telle manière! Mais elle disait ces choses dans des mouvements d'une allégresse extrême. Ses amis, qui savaient sa disposition, ne manquaient pas, pour la réjouir, de lui faire part de telles nouvelles; ainsi, quand on la menaçait de quelque chose, comme de la faire mettre en prison, ils venaient lui dire, sachant bien la joie qu'elle en devait recevoir, et quelle estime elle faisait de pareilles faveurs. C'est ce qui l'obligeait de les accepter ncn-seulement avec amour, non-seulement avec joie, mais avec actions de grâces. De là vient que quelques religieux la menaçant de la faire mettre à l'inquisition, elle dit avec ungraud transport d'une satisfaction particulière: J'irai fort joyeusement, quand l'on m'y devrait lier et garrotter de chaînes. J'y clianterai le Te Deum. Elle communia ensuite pour ces bonnes personnes qu'elle savait la calomnier partout. Ajirès cela, elle n'était pas encore contente , elle désirait souffrir les l)eines du purgatoire pour l'amour de son bon Sauveur, quoiqu'il les lui eût lait voir d'une manière bien terrible.

Cependant toute sa vie, comme il a été dit, a été crucifiée, et au dehors, et au dedans, et quelquefois à même temps. Ce qui lui faisait dire : « Je souffre sans intermission dedans moi, dedans mon esprit par des peines intérieures effroyables , dedans mon corps par des maladies : au dehors l'on nous calomnie, l'on s'oppose à notre institut, l'on nous fait des affaires ; au dedans de la maison les filles pénitentes me persécutem. » Mais elle souffrait toutes choses

OtLVUES COMPLETES DE BOUDOX

av3c une force si divine, qu'elle encourageait tous les autres. «Eli bien! » disait-elle, « saint Paul a-t-il demandé à ne point souffrir d'oppositions, à avoir tous les cœurs pour lui? Job a-t-il demandé à Dieu de lier le diable , et de l'empêcher de lui faire du mal, et s'il l'avait fait, s'il l'avait obtenu, aurait-il été le miroir de patience et de sainteté, et élevé au comble de mérites oii il est arrivé ? » Elle était bien éloignée, et nous l'avons déjà dit, (Je faire de telles prières, car lorsqu'on disait qu'il la fallait lier, qu'il la fallait brûler, elle riait et disait : Mes péchés m'empêcheront bien cet honneur. Mais au moins elle a eu celui d'être comme foulée aux jiieds, et de servir de jouet au monde, ce qui lui avait été prédit par notre bon Sauveur, lorsqu'un jour voyant un petit chien qui se jouait d'un morceau de toile le tenant en sa gueule, le mordant et le jetant de tous côtés, cet adorable Sauveur lui dit qu'elle serait de la sorte, et serait baffouée , rejetée , et mé- |irisée du monde.

ORAISON

A l'adorable Jésus en sa douloureuse agonie.

Adorable Jésus prosterné en esprit à vos pieds sacrés dans le jardin de Gethsemani, oii votre âme a été saisie d'une tristesse mortelle, parce que vous l'avez voulu de la sorte, j'adore de tout mon cœur votre douloureuse agonie, j'en adore tous les mouvements ; je m'unis à toutes les adorations que les bienheureux anges et saints lui ont rendues. J'adore votre divine providence, j'en loue, j'en bénis, j'en remercie, j'en aime, j'en glorifie la très-sainte conduite dans la participation qu'elle en a donnée à tant de saintes âmes; et en particulier à sa fidèle et affligée servante, dont elle a voulu que j'en fisse connaître quelque chose au public. 0 tout aimable Jésus, que vos voies sont admirables dans les personnes que vous unissez à votre sainte agonie I mais qu'elles sont dignes de louanges, et d'amour! Ah ! que mon âme les bénisse, et les aime à jamais. J'adore tout le sang précieux que cette douloureuse agonie a fait couler sur la terre par une sueur surprenante, causée par le combat de la crainte de la ruort, et de l'amour de votre Père, par la haine contre le péché, et votre amour pour nous autres pauvres pécheurs, par la vue des peines qui vous étaient préparées comme notre caution. Souffrez, ô mon divin Sauveur, que j'unisse toutes les [leines intérieures et extérieures qu'il plaira à votre aimable providence me faire souffrir à celles que vous avez portées dans cet étal si affligeant. Faites-moi la grâce de dire loujoursavec vous à votre Père céleste: Que votre volonté soit faite et non pas lamienne. [Luc. XXII, 42.) Que dans votre sainte union je veille, et je prie sans me lasser, que toutes les peines ne me servent qu'à me faire prier avec plus d'application. O mon Seigneur, et mon Dieu, selon la multitude do vos plus grandes miséricordes, unissez l'agonie de ma mort à la vôtre. Que la votre

sanctifie celle de votre pauvre et indigne serviteur, qui la consacre présentement à votre seule gloire, vous demandant uniquement, que vous y établissiez vos divins intérêts : car enfin, c'est tout ce que je désire, c'est tout ce que je veux, c'est tout ce que je vous demande. Vos seuls intérêts, ô mon Sauveur, vos seuls intérêts, etdans ce temps de ma mort, comme dans le reste de ma vie. Ahl Dieu seul , Dieu seul, et toujours Dieu seul. Entier oubli, perte entière, parfait renoncement à tout autre intérêt, tel qu'il puisse être, et pour le temps et pour l'éternité. 0 mon bon Sauveur, faites que je m'oublie sans réserve de moi-même, pour ne penser seulement qu'à vous seul, à votre seule gloire, et particulièrement dans le moment de ma mort. O bienheureux ange, qui avez apparu à notre commun maître pour le fortifier, c'est-à-dire pour recueillir ses esprits et sa chaleur naturelle dissipée par son agonie, pour essuyer sa sueur de sang, et pour lui rendre d'autres services extérieurs, je vous salue avec tous les respects dont je suis capable, je vous honore, et je vous veux honorer le reste de mes jours par une dévotion toute spéciale, et je vous prie en toute humilité de me fortifier dans mon agonie, comme ayant l'honneur d'être l'un des membres de l'adorable Jésus, et qu'en celte qualité je ne sois animé que de son Saint-Esprit, entrant dans les intentions qu'il avait pour lors de glorifier son Père. 0 mon très-miséricordieux Sauveur, commandez au saint ange député à ma garde de me fortifier dans cet état d'agonie, et qu'il y muliiplie les soins charitables qu'il a toujours eus pour une personne qui en est si indigne, dont je l'en remercie avec toutes les reconnaissances possibles. Commandez au glorieux prince de la milice céleste, le grand archange saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël , et aux autres quatre premiers princes, qui assistent devant votre trône, qu'ils m'y assislent de leur puissante protection. P'aites dans t'excès de voire amour incompréhensible que le grand saint Joseph, l'aimable saint Jean Evangeliste m'y serventde défenseurs; mais surtout, ô Dieu, dont la miséricorde n'a point de bornes, dites à mon âme à l'heure de ma mort , comme vous avez dit à votre disciple bien-aimé dans le temps de la vôtre, pariant de votre Mère immaculée; Voilàvotre mêre.{Joan.xix,21.) Accordez- moi celle précieuse faveur qu'elle se montre pour lors ma mère, et que je parle de ce monde ayant pour elle un cœur d'un véritable enfant. Faites-moi ressentir pour lors les effets de vos plus abondantes miséricordes par les mérites, et les intercessions de tous vos bienheureux anges, et saints, pour votre seul honneur et la seule gloire de votre Père, et du Saint-Esprit, })Our les seuls intérêts un vos trois personnes divines, qui êtes le principe, et la fin de toutes choses. Mais comme je ne sais point si je serai en liberté, dans ces derniers moments de ma vie, de vous dire toutes ces choses, dès à présent je déclare en votre divine présence, en la présence de votre immaculée

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LE TRIOMPHE DE LA CHOIX. — l'VllT. II.

Mùro, de mon bon nnge gardien , de tous les glorieux anges et saints, ([ue ma dernière et irrévocable volonté est de mourir dans ces sentiments, que j'écris dans la fêle de votre Saint-Esprit, et que je laisse dans ce petit

ouvrage, dont je désire que les lignes soient comme autant de voix qui les crient, et les exposent incessamment h votre divinB Majesté. Dieu seul, Dieuseul, toujours Dieu seul.

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