‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 91 sur 436 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

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Le triomphe de la croix tluns la possession

d'Elisabeth par les démons.

Elisabeth après avoir combattu contre la chair, et le sang, entre dans une furieuse guerre contre les principautés, elles puissances, contre les princes de ce monde, et de ces ténèbres, et contre les esprits corrompus qui sont dans l'air, (^f/^/ies.vi, 12.) Le diable après «voir tourné àl enlour d'elle comme un lion rugissant, enlin. par une conduite particulière de la divine Providence, entre dans son corps, et le possède pour la pouvoir dévorer. Mais lui ayant résisté en se tenant ferme dans la foi, elle a eu le pouvoir d'éteindre tous les traits enflammés de ce dragon, .\yant pris loulesles armesdeDieu, elle a rési'sié au jour mauvais; et étantainsi [jarfailement munie, elle a soutenu contre les démons le combat, et n'en a remporté que de glorieuses victoires. Elle a marché sur l'aspic et le basilic, elle a foulé aux pieds le lion et le dragon. Ils ' l'avaient environnée et assiégée de toutes parts, mais parce qu'elle avait mis son espéranceenDieu, il lui a été un asile assuré, où elle a trouvé son salut. Il l'a protégée, parce qu'elle avait connu son nom. Elle a crié vers lui. il l'a exaucée, il a été avec elle dans l'aflliction , il l'en a tirée et l'a remplie de gloire. [Psal. xc, 13,15.)

Le Seigneur avait été sa patience et son protecteur dès sa jeunesse, elle avait été appuyée sur lui dès qu'elle était venue au monde, il avait été son protecteur dès le ventre de sa mère. 11 y avait longtemps qu'elle paraissait comme un prodige à plusieurs, mais le Très-Haut l'assistait puissamment. Ainsi sa bouche était remplie de ses louanges, et elle en chantait la gloire, et la grandeur durant tout lejour. Mais ses ennemis lui dressant tout de. nouveau des embûches extraordinaires, conspirant tous ensemble contre elle, espérant toujours au Dieu de sa force, elle a ajoulé>de nouvelles louanges à sa gloire. 11 ne l'a pas abandonnée dans l'extrémité de ses maux, pour faire connaître la force de son bras à tous les âges qui viendront, afin qu'elle publiât sa puissance et sa justice élevée au-dessus des cieux , et les grandes choses qu'il a faites en elle, et pour montrer qu'il n'y rien qui lui soit égal. [Psal. LX.X, 5 et seq.)

Elle pouvait donc bien dire avec le psalmisle. O Seigneur, combien m'avez vous fait sentir d'afflictions cuisantes , et pénibles. Vous vous (tes retourné vers moi, et vous m'a-

vez rendu ta vie, vous m'avez retirée du fond des abîmes de la terre. Vous avez augmenté votre magnificence. Ainsi je louerai votre vérité, ô mon Dieu! je vous chanterai des cantiques , mes lèvres auront de la joie, lorsque je tous chanterai des louanges, et mon âme que vous are: rachetée en tressaillira. Ma langue aussi méditera votre justice, lorsque ceux qui cherchent à me faire du mal rougiront de honte, et seront couverts de confusion.[Psal. Lxs,20 et seq.) Avec votre secours nous renverserons tous nos ennemis, et nous mépriserons par la vertu de votre nom ceux qui s'élèvent contre nous. C'est vous qui nous avez sauvés de ceux qui nous affligent, et qui avez couvert de confusion ceux qui nous haïssent. {Psal. xLiii, 6, 8.) Us ont creusé une fosse devant moi, et ils y sont tombés : et de vrai les démons, et leurs suppôts ont été enveloppés dans les filets qu'ils avaient tendus à ses pieds. {Psal. lvi, 7.) Ces cruels esprits de l'enfer avaient conçu de grands desseins de la perdre par une possession pleine d'humiliations, et de souffrances : mais c'est sur cette croix humiliante , et douloureuse qu'elle a été élevée avec plus de gloire, et que la vertu de l'adorable Jésus crucifié a triomjihé avec plus de force. L'enfer n'a remporté que de honteuses confusions de ses entreprises, la sainte Eglise en a reçu de l'honneur, et la personne possédée une augmentation de grandes grâces qui l'ont fait arriver à une éminente sainteté.

Nous avons déjà remarqué dans la Vie du grand serviteur de Jésus-Christ, et de son immaculée Mère, le P. Seurin , que ce serait une chose superflue de s'arrêtera la preuve qu'il y a des possédés par les démons, puisque 1 Evaiigile nous le dit clairement, et que l'une des promesses que le Fils de Dieu a faites à ses apôtres, et en leurs personnes à son Eglise, est' de pouvoir chasser les diables des corps qu'ils possèdent. Que c'est pour cela qu'il y a un ordre d'exorcistes établis pour cette fonction, et que'l'on donne encore aujourd'hui à tous ceux qui entrent dans le sacerdoce. Nous y avons écrit que les Pères dès les premiers siècles ont parlé des exorcistes et des exorcismes, comme saint Ignace le martyr, saint Justin martyr, Tertullien, saint Jérôme, saint Cyprien, saint Athanase, saint Augustin, saint Jean Chrysostome ; et tous les siècles qui les ont suivis nous apprennent la même chose.

. Ce que nous avons donc seulement à montrer, est que la personne dont nous parlons a

OFXVRES COMPLETES Dt UOLDON.

été vérilablement possédée, H c'est ce qu'î nous ferons avec le secours divin dans l'un des chapitres suivants. Cependant nous verrons ici le triomphe de la croix dans la confusion qui en est arrivée à l'enfer, dans l'honneur qu'en a reçu la sainte Eglise, et dans la haute sainteté que des soutfrances si terrib'es ont causée dans notre iHustreaflligée. L'enfer avec toute sa rage a été confondu dans ses cruels desseins , qui ont été entièrement ruinés par les comuianderaents humiliants qui ont été faits aux démons, et par l'obéissance que ces esprits révoltés ont été contraints de rendre. Ces puissances infernales qui disaient dans leur cœur : Nous monterons au ciel, nous élèverons notre trône au-dessus des astres, nous serons semblables au Très-Haut, ont été abaissées jiar des anéantissements extrêmes. Ces esprits orgueilleux, qui ne craignent rien tant que l'abaissement, et qui disaient qu'ils auraient été bien fâchés s'ils n'avaient plus de superbe, que les plus grands saints n'ont eu d'humilité, étaient obligés de dire publiquemeni : Malgré notre rage, nous sommes contraints d'avouer que nous ne sommes que de vilains chiens, qui ne pouvons ipi'aboyer et qui ne sauraient mordre que ceux qui s'approchent trop près de nous. Je suis, disait l'un de ces superbes esprits, le plus misérable des misérables, car je ne puis aimer celui qui est digne d'être aimé, le grand Maître. Je ne saurais m'aimer uioiuiéine. Mais ce qui les chargeait d'une grande confusion , était qu'ils étaient obligés de brûler eux-mêmes leurs effigies. On les voyait, quelque résistance qu'ils pussent apporter, adorer un Dieu caché dans la divine Eucharistie sous des seules apparences du pain, ce qu'ils faisaient avec des témoignages de tous les respects possibles , et faire une publique réparation des insolences qu'ils avaient commises. On les entendait crier d'une voix tremblante : Grand Dieu, créateur du ciel et de la terre, nous te demandons très-humblement pardon des irrévérences que nous avons faites contre toi. Mais ce qui les humiliait davantage, était leur abaissement au-dessous des créatures mortelles, étant obligés d'honorer les saints et de révérer leurs reliques , d'avoir de la vénération pour leurs cendres. Les seules images de la très-pure Vierge les faisaient trembler; et s'il leur échappait quelques paroles contre cette grande reine du ciel et de !a terre, ils en faisaient une grande réparation. Nous te demandons pardon, criaientils , toute-puissante Mère de Dieu, et de toute la rage que nous avons contre tes serviteurs et servantes, et surtout contre cette femme.

Il est vrai qu'avec toute leur rage ils étaient détenus dans son corps comme de misérables esclaves, y faisant tout le contraire de ce qu'ils voulaient, et y servant d'instruments à la gloire de Dieu et au bien de son âme, eux qui n'y étaient entrés que l»jur combattre l'honneur de Jésus-Christ et pour travailler à la ruine de cette per-

sonne. Us étaient contraints d'avouer des vérités iiu[iortantes, et celles qu'ils avaient le plus en horreur. Ce n'est pas que Ion doive s'arrêter h ce que dit le démon , car il est le père du mensonge. Quand il parle de lui-même, il ne dit que des choses fausses ou impertinentes, et quand il en dirait de vraies, il a toujours de méchantes intentions, ce qui demande que l'on y veille avec beaucoup de circonspection; mais il n'en va |ias de même quand il est contraint par l'autorité de l'Eglise, et en des choses im- I orlantes pour l'a gloire de Dieu. Car ou l'Eglise a le pouvoir de forcer les démous à dire la vérité, ou elle ne l'a pas. Si elle ne Ta point, d'où vient que dans les rituels elle ordonne aux exorcistes de leur demander quantité de choses? Si elle l'a, ce que ces esprits misérables contraints par son autorité avouent, ne laisse pas d'être considérable , comme l'expérience de tous les siècles le fait voir. Mais il faut prendre garde à ne les interroger qu'en des matières nécessaires et considéraliles ; autrement les exorcismes s'exposent à de grandes illusions, ce qui leur arrive iiarune juste punition de leur curiosité, qui les porte, sous un faux prétexte de la gloire de Dieu, à vouloir savoir plusieurs choses dont la connaissance n'est pas nécessaire. Ceux qui ont exorcisé Elisabeth ont été bien éloignés de tomber dans ce précipice; car jamais il n'y a eu de curiosité ni d'interrogations inutiles dans les exorcismes qu'ils ont faits; au contraire, ils ont toujours fait des défenses formelles aux démous de ne rien dire d'inutile , et lorsqu'ils prétendaient ]iarler sans en avoir reçu l'ordre, aussitôt on leur imposait silence. Si néanmoins il leur éuhajipait dans quelques occasions de dire des choses mal à i^ropos, parlant d'euxmêmes, ou d'accuser faussement quelques personnes, ils ont été obligés de se rétracter, ce qu'ils n'ont jamais fait quand ils ont Iiarlé par l'autorité de l'Eglise, parce oue jiour lors ils disaient vrai.

C'est dans cet ordre de l'Kglise qu'ils ont fait voir leurs ténèbres et leur malice, et les jieines épouvantables .qu'ils souffrent. L'un d'eux disait : Je n'ignore que ce que je veux, j'ignore le bien, et je sais tout le reste. Un autre : Je voudrais être la cause de tous les maux qui ont été faits jusqu'à présent et qui seront faits à jamais. L'un des premiers criait, qu'un degré de leurs peines était inconcevable, que c'est ce que les hommes ne sauraient jamais comprendre; que tous les tourments du monde, quand on les joindrait ensemble, n'approchent pas d'un seul degré de leurs maux. Ils ont parlé d'une manière merveilleuse des vertus, et surtout de l'obéissance et de l'humilité. Ils disaient qu'il n'y avait rien qui leur fîf plus de peine, ni «qu'ils eussent plus en horreur. Aussi est-il assuré, comme l'un de ces esprits orgueilleux l'a déclaré à un saint Père du désert, que s'il y a des hommes qui jeûnent beaucou[), eux ils ne mangent jamais, si les hommes veillent, ils ne savent ce que

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