LK TRIOMPHE DE LA CROIX. - PART. II
termino aussitôt avec iine iiroin|ilitU(k' iiiilicible h ne le couimctlrt,' jiuur (luui (jue ce l)uisse être.
C'est let amour généreux qui régnait dans le cœur d'Elisalieth, qui lui avait inspiré les hauts sentiments d<Mit nous venons de parler. C'a été cet amour pur qui a été Tune des causes innocentes de sa possession.
L'histoire nous donne jilusieurs exemples pareils. Sévère Sulpico rapporte qu'il y a eu des saints qui ont demandé à Dieu d'être possédés corporeilement jiar les démons pour éviter quehpie péché véniel. Mais le pieux et savant chancelier de Paris nous apprend qu'il \ en a eu qui non-seulement l'ont demandée Dieu, mais qui l'ont obtenu, qui ont été eUectivement possédés, et cela pour s'humilier. Cassian écrit, dans ses Conftrences, qu'il y a eu des hommes d'une grande saintelé,\lonl la vertu a été exercée parcelle épreuve. C'est ce qui est arrivé à saint .Alexandre abbé, connue nous le lisons dans le Pré spirituel. La bienheureuse vierge Eustochie, décédée à Pavie, en grande odeur de sainteté, a été obsédée juscju'à la mort, (jui a été précieuse en la présence du Seigneur; el l'adorable Jésus vivait d'une telle manière dans son cœur, [larmi tant d'ennemis qui l'environnaient de tous côtés, qu'en voulant donner des marques sensibles, il y éivail gravé son saint nom en des caractères visii)lus, ce qui a été découvert publiquement après sa sainte mort. Le grand serviteur de Dieu et de son immaculée Mère, le P. Jean de Castille, religieux de la Compagnie de Jésus, décédé à la hn du siècle dernier, a été affligé par une longue obsession des malins esprits, jusqu'au dernier feoupir de sa vie ; mais ce qui est remarquable, c'est qu'il s'était volontairement livré à ces combats terribles, el il l'avait fait judicieusement, puisqu'il s'y élait engagé j'ar les avis de la puissante Mère de Dieu et de sainte Agnès, qui lui ayant api>arului conseillèrent.
L'on a vu entre plusieurs personnes d'une sainteté extraordinaire de notre siècle, le P. Moreau, religieux Minime, qui a été obsédé durant quarante ans. La vertueuse fiile Marie des Valées, de Coutances en Basse-Normandie, a été possédée presque toute sa vie. (3omme l'on en a parlé et écrit di- Tersement, l'ayant connue, je me sens jiressé de rendre témoignage à la vérllé, et pour la gloire de celui qui a fait en elle de grandes choses, qu'elle a été une jiersoune d'une grande innocence, n'ayant jamais perdu autant que l'on en ])eut "juger parles preuves que l'on en a, son innocence baptismale. Elle a eu une }>atience achevée et une fidélité à Dieu qu'il serait diflicile d'expliquer, dans tous les états pénibles qu'elle a [lortés. 11 est vrai, comme je viens de le dire, que plusieurs en ont jiarlé ou écrit d'une manière ditrérente. Je veux croire que tous ont eu de bonnes intentions, mais je crois devoir dire que l'on en a écrit des choses bien éloignées de la vérité, par surprise et
sur de faux mémoires, comme au sujet de sa possession, que l'on prétend lui être venue lie cpielque dérèglement, pour avoir chanté quel<iue chanson lascive dans sa jeunesse, quoiqu'elle lui soit arrivée par l'effort d'une dernière charité, s'étant oll'erto à Dieu pour jiorler tous les malélices (jue l'on avait jetés sur un grand nombre de (illes, qui avaient des ell'els trè.s-funesles, parce (]u'elles n'avaient pus assez de recour» à noire aimable Sauveur, qui est notre unique force. En effet, sa prière futexamée, toutes ces tilles furent délivrées, leurs maux tombèrent sur elle, el ensuite elle fui possédée. L'on en a écrit des choses extraordinaires, dont il y en a que l'on ne doit pas soutenir, et d'autres qui demandent d'être bien expliquées. 11 y en a dont l'on ne devait nullement parler; mais c'est ce qui ne doit nullement |>réjudicier à sa rare el solide vertu, connue le disait très-judicieusement le ft-u P. Louis François d'Argentan , célèbre religieux Capucin, dont le mérite est assez connu par les saints écrits qu'il a donnés au public. Il en pouvait jiarler avec équité, l'avant connue particulièrement, et même lui ayant quelquefois servi de confesseur, comme je l'ai appris de lui-même. Les défauts que peuvent commettre ceux qui écrivent des actions des personnes illustres en sainteté, ne détruisent pas leur éminente vertu.
Ce qui doit être fort considéré en la personne de Marie des Valées, au sujet particulièrement des choses extraordinaires et de celles qui ne lui sont pas môme supposée.-., parce qu'elle ne s'y arrêtai tiias. Elle-même m'a dit [lositivement qu'elle doutait de ces choses, les laissant au juj;ement de Dieu sans y faire d'appui. Mais ce qui est une grande marque de la vérité de ses paroles et d'une vraie humilité, c'est qu'elle demandait à voir les personnes qui la condamnaient, disant que ce.s personnes pourraient mieux juger de ce qui se passait en elle; et c'était assez qu'une personne la désapprouvât pour avoir envie de conférer avec elle, quand d'autre part cette personne avait les qualités requises. C'est ce qui lui est arrivé avec des docteurs qui, parlant d'elle avec peu d'estime, ne l'avant jamais vue, ont bien changé de sentiment après l'avoir sérieusement examinée.
Mais ce que l'on peut dire, et qui est bien capable de détromper ceux qui ne voudront pas s'arrêter opiniâtrement dans leur préoccupation, qui n'est appuyée que sur des oui-dire ou sur des écrits que l'on a faits d'elle, et qui ne l'ont jamais connue, est qu'elle a été approuvée par des hommes très-doctes, très-éclairés, et d'une grande expérience dans les choses spirituelles, après qu'ils l'ont examinée, et les effets qu'elle portait. Le feu P. Coton, religieux de la Compagnie de Jésus, dont la haute capacité, la piété et la longue expérience sont assez connues, après avoir soigneusement considéré tout ce'qui se passait en elle, en conçut une si grande estime qu'il résolut de
OELVRES COMPLETES DE BOLDON
faire un vovage tons les ans en Basse-Normandie, pour avoir la consolation de la voir. L'on garde encore présentement une lettre qu'il lui a écrite, qui fait assez voir le respect qu'il avait pour sa vertu. 11 ne put pas accomplir son dessein, ayant été prévenu de la mort la même année qu'il l'avait [)ris. Le feu P. de Saint-Jure, religieux de la même Compagnie, dont les livres font assez connaître les lumières, en porta le même jugement que P. Coton, après l'avoir examinée. Le feu P. Le Jeune, religieux de la même Société, saint homme, et beaucoup expérimenté entra dans les mêmes senlimenls.
Feu M. de Uenty, et feu M. de Bernières de Caen, l'auteur du Chrétien intérieur, peuvent bien encore être cités en faveur de cette grande âme, quoique personnes séculières, ayant été tous deux des personnes des plus éclairées de nos temiis dans les matières S|iirituelles. Tous les deux avaient une vénération surprenante pour Téminenle vertu de Marie des Valées, et faisaient des voyages exprès pour s'entretenir avec elle du règne de Dieu. C'est ce qu'ils ont eu de commun avec quantité d'autres persoimes «l'élite, et d'une piété singulière, avec plusieurs personnes de doctrine, et qui tenaient un rang considérable dans l'Eglise et dans l'Etat. Mais voici ce qui est de particulier à l'égard de M. de Kenty, et ce que j'ai appris de la feue Mère Jeanne, religieuse Carmélite selon la réforme de la séraphique sainte Thérèse. Celait une religieuse d'un grand mérite, qui était sœur de feu Monseigneur le chancelier Séguier. Elle assurait donc que dans son monastère il y avait une religieuse d'une solide vertu, et beaucoup favorisée de donsgratuils, qui n'ayant jamais oui parler de Marie des Valées, et ne sachant pas même qu'elle fût au monde par aucune voie humaine, l'avait miraculeusement connue fiar Noire-Seigneur, qui lui jiaraissait quelquefois. Ce bon Sauveur la lui avait montré dans sa forme extérieure, et avec le pauvre habit qu'elle portait, n'étant qu'une simple villageoise; il lui avait indiqué le lieu où elle demeurai t, et enlin lui avait dit qu'elle était l'une des personnes qui l'empêchaient dans codernierlemps de punir le monde danssa colère. FeuM.de Renty ayant une habitudejiarticulièredans ce monastère, où il fiassait quelquefois une grande partie lie la nuit en oraison dans l'église de ce lieu, y a[i[irit jiar la grande confiance que Ion avait à sa vertu, la connaissance qui avait été donnée à cetie religieuse :etce fut cette occasion qui le pressa d'aller voir Marie des Valées, et qui lui donnaensuite la liaison de charité qu'il a eue toujours depuis ce temps avec elle.
Enlin les possessions, ou obsessions ne sont autre chose qu'une vexation diabolique, dont les peines étant extraordinaires contri- Ijueni beaucoup à faire exercer la patience dans un degré héroïque à ceux qui les souffrent : Or In patience, dit saint Jacques dans son Epitre catholique (i, k,) contient la l)erfeclion de l'œuvre, afin que l'on soit parfait et accompli, et que rien ne manque. (l'est
dans cette vue que Dieu permet aux démons de faire soulTrir ses saints en liien des manières, soit au dedans, soit au dehors. Combien de fois ont-ils battu saint Antoine, et jusqu'à l'extrémité. Ils ont fait la mêmechoseà saint Ignace, à saint François Xavier, à sainte 'fhérèse, et à tant d'autres saints, que Dieu a élevés à une sublime perfection par ces sortes d'éjireuves.