‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 97 sur 436 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Def pre tires convaincantes de In véritable

possession d'Elisabeth.

Il ne fuiti pas croire à tout esprit, comme l'enseigne l'aigle des évangélistes, le (lisci|)lo de l'amourdans sa 1" Ep'itre. 11 ne faut donc ))as croire à tout esprit qui pousse, et fait parler les nommes, parce que plusieurs jiersoniies tronqieuses, ou trompées se sont élevées dans le monde. Il y a eu de faux prophètes, de faux docteurs. 11 y a eu des personnes qui ont feint avoir ou soutTiir des <?hosHS extraordinaires, tant de la part de Dieu, que de la part des démons. La nature corrouiiiue est pleine d'artifices et de dangereuses subtilités, particulièrement quand la malice de la volonté y est jointe, et lorsque les qualités de l'esprit, la force de l'imagination, et du tempérament y contribuent, et de certaines maladies en quelques occasions. L'exjiérience en a fait voir des elfets surjirenants, surtout quand les démons s'en sont mêlé!', qui n'oublient rien pour détruire autant qu'ils le peuvent les oiuvresde Dieu. Ainsi comme ils savent qu'il fait de grandes choses pour l'honneur de son saint tiom, par ses saints, où il se rend admirable, ils suscitent de temps en temps des gens d'une sainteté qui n'est qu'apjtarente, qu'ils tâchent de mettre dans une haute ré[)utatioa de vertu et de grâces extraordinaires, afin (|ue dans la suite la iausseté étant découverte, les libertins en prennent occasion de mépriser les véritables saints, et de se mettre à couvert des reproches que leur émiiiente vertu fait à leurs dérèglements. Ces esprits artificieux en usent de même au sujet des possessions, ils connaissent que Dieu s'en sert, comme nous venons de le dire dans le chapitre précédent, pour sa gloire, celle de son immaculée Mère, de ses bienheureux anges et saints, pour l'honneur de son Eglise, la confusion de l'hérésie et du libertinage, pour la conversion des pécheurs et des plus impies, et pour l'accroissement de la vertu et de la sainteté de jilusieurs. C'est ce qui les pousse à dérégler tellement l'esprit de certaines jiersonnes qu'elles se mettent en tète de contrefaire les possédées, ce qu'elles font quelquefois si artificieusement, que plusieurs y sont troml)és, parce qu'ils savent peu d.scerner les choses.

11 est donc de la dernière conséquence et jiour la gloire de notre grand uiaîlre, de ne |ias s'y laisser tromper. C'est ce qui obligea le révéreuilissime évêque de Toul, me.^Slr^ Jean des Pourcellets, qui était l'évêque d'E-

LE TRIOMPHE DE l,.\ CROIX. — PART. II.

lisjihclli, d'apporter loiito la (lilit;cncc, cl louli; In prudence possible, pour piirlor un v6i'it;diln jugement tie s;i |ios.scssion. F/on leninrijiKiil clans cette illusti'o soiiH'ranle d'é- Irangos et extraordinaires mouvements du corps, <ies liorrihles coiilnrsions et convulsions, tontes sortes de renversements, des actions étonnantes, mais connne ces choses peuvent venir de maladies, ce judicieux pré'at appela six des pluscélèlires (nétiecins, ([ui fussent pour hus h Nancy, jioui- examiner tous ces mouvements, et Ions, après un sérieux examen, jngèrentiju'il y en avait qui siufiassaient les forces de la nature, et qu'ainsi l'ondevait avoir recoursaux remèdes surnaturels. Mais ayant assisté |)lusieurs fois aux exorcismes, ajirès y avoir consiiléré mûrement toutes les agitations surprenantes de son cor|)s, et les effets (pii en arrivaient, aprèsenavoirvudetoutà fait extraoï'dinaires et s'être assemblés et avoir conféré ensemble de tout ce qui se passait, ils conclurent qu'il en fallait nécessairement rechercher la cause et l'origine ailleurs qvi'en la nature, et ils eu donnèrent leur attestation qu'ils signèrent tous ; mais comme les médecins jugent si les agitations extraordinaires viennent de maladie, ou si elles surpassent le cours ordinaire de la nature, c'est aux théologiens à en connaître le principe quand elles sont au-dessus des forces humaines. C'est pourquoi le révérendissime évoque, après avoir consulté de très-célèbres médecins, voulut savoirle sentiment de plusieurs grands théologiens, et (wur ce sujet il fit assembler un nombre considérable d'ecclésiastiques, remarquables pour leur doctrine et probité, des religieux de différents ordres, qui tous jugèrent qu'elle était possédée, après une exacte recherche de tout ce qui lui arrivait. Quelque temps après plusieurs grands évoques a.^ant été présents aux exorcismes, déclarèrent [«ar un témoignage authentique qu'ils voulurent bien signer avec d'illustres théologiens, le Père provincial des (Capucins avec plusieurs de ses religieux, le Père recteur du collège des Jésuites de Nancy, le Père correcteur des Minimes de la môme ville, et premier définiteur de la province, le Père prieur des Carmes déchaussés, le supérieur de l'Oratoire, et plusieurs lecteurs en théologie, ils voulurent, dis-je, déclarer qu'ils avaient tous jugé d'un commun accord qu'Elisabeth était réellement possédée des malins esprits, que c'était une vérité si constante par les preuves convaincantes que l'on en avait, qu'elle ne pouvait être niée que par des personnes téméraires et sans raison.

Le P. Coton étant venu à Nancy pour y prêcher devant leurs altesses l'octave de l'Assomption de notre triomphante Maîtresse dans l'Eglise qui y est consacrée à Dieu en son honneur, fut de même avis, après avoir bien considéré tout ce qui se passait dans Elisabeth. Le duc de Lorraine avait souhaité de savoir son sentiment, comme c'était un homme de Dieu, considérable pour ses emplois, illustre t>our sa haute capacité,

mais bien plus pour sn rare vertu, el dont les mérites éiaient connus par tonte la France; mais ce prince lu; se contentant pas d'en avoir appris son jugement de vive voix, il désira lorscpril était recteur J» Hordeaux, (ju'il en écrivît ce qu'il en pensait; ce (pi'il fit dans une liclle lettre riu'il adressa au duc, dans laquelle il lui envoya une attestation signée dosa main, où il décl.ire qu'Elisabeth n'e=t pas seulemeni obsédée, conmie distmt (luclques-uns, on artincieusemcni trompée, comme quelques autres malicieusement et calinnnieusement lui imposent, mais qu'elle est véritablement, et (iroiirenient possédée des malins es|)rits, desquels elle est agitée dans l'intérieur et dans l'extérieur ; ce qu'il assure comme témoin oculaire, et en ayant des preuves si fortes et si certaines, qu'il ne croit pas «lu'une clmse si constante et si claire puisse être révoquée en doute sans une extrême ignorance, témérité, ou illusion des mêmes malins esprits.

Et de vrai les preuves qui en ont été données en présence des témoins irréprochables sont si claires qu'il n'est pas possible d'y former aucun doute raisonnablement. Le révérendissime évêque du lieu en a été témoin ; messeigneurs Henri et Charles de Lorraine tous deux évêques, plusieurs docteurs et en dignité dans l'Eglise, plusieurs supérieurs d'ordres, un noud)re considérable de religieux, bénédictins, augustins, carmes, jésuites, cordeliers et capucins. Leurs altesses de Lorraine, les premières personnes de leur Etat, et quantité de noblesse. Elle a entendu et exécuté ponctuellement tout ce qu'on lui a ordonné en ries langues qui lui éta'ent entièrement inconnues. Un religieux bénédictin lui fit un long discours en allemand qu'elle ne savait nullement et qu'elle entendit parfaitement. On lui parla en italien et la môme chose arriva. L'on s'appliquait à chercher des mots latins les moins communs et si peu intelligibles, {}ue plusieurs même de ceux qui savent cette langue, n'en auraient pu avoir l'intelligence; et cependant elle en comprenait facilement la signiûcatisn. Un docteur considérable lui fit plusieurs questions en grec, et elle répondait exactement à toutes ; même ayant manqué par précipitation, elle lui tit voir la faute qu'il avait laite dans cette langue. M. de Sancy, prêtre de l'oratoire, qui avait été ambassadeur pour le roi à Conslantinople durant plusieurs années, et qui depuis a été évêque de saint Malo iiai fit plusieurs demandes en hébreu, lui commanda plusieurs choses, et elle ot)éit à toutes et les exécuta. Un docteur de Sorbonne lui parla en la même langue, et elle donna des témoignages évidents qu'elle entendait tout ce qu'il lui disait. Or il n'est f)as possible qu'une femme, qui n'a jamais étudié, sans un principe étranger entende l'hébreu, le grec et le latin, qui n'est pas commun et qui est mêlé de métaphores, et de circonlocutions difficiles à entendre mémo aux plus savants; qu'elle entende l'allemand, l'italien et l'anglais, car on lui a aussi parlé en cette

ŒUVRES COMPLETES DE DOl'r>0>{.

IsDgue, qnoi(|u'il soil certain qu'elle n'en avait jamais rien appris el qu'elle n'en avait aucune connaissance.

Elle a disputé d'une manière admirable et qui surpassait entièrement les forces de son es()rit, et comme une personne trèssavante dans les maliùrcs de théologie, des mystères de notre loi, de la très-sainte Trinité, de l'incarnation du Verbe, des merveilles du très-saint Sacrement de ['.nitel, de la grâce de Dieu et du franc arbitre, de la grandeur et noblesse «les anges, de la manièie qu'ils connaissent les l'ensées des lionnnes, el de la façon (ju'ils se discornent entre eux; de la manière qu'ils viennent au secours des hommes, des matières controversées, de la transubslantiation et de l'usage de ce mot dans l'Eglise; des sacrements, des lieux diflieiles de l'Kcriture quelle expliquait avec une facilité surprenante, de la dignité des prêtres el d'autres matières semblables, mais d'une manière si docte et si hautement que tout le monde en était surpris. Mais si les démons lui imprimaient les espèces d'une science qu'elle ignorait, ils la faisaient parler d'une façon si éloquente que tous les auditeurs en étaient ravis, el l'on ne j ouvail pas sans élonneraenl l'entendre s'exprimer si subiiienient et avec tant do grâce, comme elle faisait, particulièrement quand elle discourait de l'obligation que nous avons d'honorer les saints anges, et du peu de respect que les hommes leur portent, du grand soin qu'ils ont de tout ce qui nous touche, et de l'assistance spéciale que reçoivent les pères et les mères des anges qui ont été gardiens de leurs enfants qui sont morts, decétiés dans l'innocence, lors que l'on a recours à leur protection.

Elle a découvert quantité de choses secrètes et qu'elle ne pouvait en aucune manière savoir. Plusieurs personnes ont avoué qu'elle leur ava:t dit des péchés qu'ils avaient commis, qui étaient très-cacliés et dont personne n'avait aucune connaissance; ce qui était quelquefois suivi de grands effets de grâce, ces personnes se trouvant puissamment touchées dans la découverte de leurs crimes, se donnant à Dieu et changeant de vie. Jious avons parlé autre jiart d'un exemijle surprenant arrivé dans une occasion pareille en la personne de M. de Queriolet, conseiller du parlement de Bretagne, dans la possession des religieuses Lrsulines de Loudun et de quelques autres personnes séculièies de la même ville. Cet nomme vivait dans un libertinage que l'on aurait peine à croire, ne s'appliquant qu'à mal faire, ne croyant pas même qu'il y eût un Dieu. Il était allé à Loudun avec ses intentions ordinaires pour y faire du mal, et dans le dessein d'y corrompre une demoiselle. Comme il était dans ce lieu, ayant entendu parler des possédées, il en parlait en libertin et en athée, en homme qui ne croyait pas (le diables, el en faisait le sujet (ie ses railleries. Cependant la curiosité l'ayant vris de voir des oersonnes qui faisaient taui

de bruit, il alla les voir; mais il y trouva ce qu'il no pensait pas. Une tille séculière qui était jiossédée, et que j'ai connue depuis, lui révéla dos choses si secrètes qu'il avait faites qu'il en demeura surpris, et c'est ce qui l'obligea de retourner einore aux exorcismes, où il fut si vivement touché que depuis ce temps-là il a mené une vie trèssainle et tout à fait exom[ilaire. Les démons, dont la toute-puissante main de Dieu s'est servie pour servir contre leur gré à cette conversion édifiante, ont été forclos de déclarer que la miséricordieuse Mère de Dieu avait travaillé eflicacement auprès de soq Fils pour un changement si admirable; car enfin c'est une conduite constante el ordinaire de la divine Providence de se servir de celte pure Vierge que la bienheureuse Eglise appelle la Mère de grâce et de miséricorde, pour tirer les plus grands pécheurs de l'abîme où leurs crimes les ont plongés. C'est pourquoi c'est un avis salutaire à ceux que l'on trouve dans le péclié d'avoir recours à cette Mère de bonté. Elle est encore appelée le refuge des pécheurs. Aussi est-elle l'asile de tous les misérables : soti cœur le meilleur des cœurs après le cœur de Jésus, et qui n'est tout ce qu'il est que dans sa divine union avec son Fils bien-aimé, qui est toutes choses en tout, selon la doctrine de l'Apôtre; son cœilr, l'admirable en douceur, qui est ouvert à tous et qui n'est fermé à personne, où les jilus désespérés rencontrent des >ujets de confiance et de consolation, n'a que de la compassion pour les pauvres pécheurs. 11 n'est (las possible, dit le dévot Thomas à Kempis, dans l'un de ses ouvrages, que celle qui a engendré la miséricorile ne fasse miséricorde. Les saints ont dit que jamais il ne s'est ouï qu'aucune jjcrsonne ail eu recours à la très-digne Mère de Dieu qui en ait été délaissée. C'est une doctrini' ordinaire que sa dévotion est l'un des grands signes du bonheur éternel que nous attendons par les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ. O que bienheureux est celui qui aime cette Mère d'amour t Qu'il est doux, mais qu'il est avantageux de vivre et de mourir dans son service 1 Ah! que je voudrais crier de toutes paris à l'amour de ma chère et bonne Maîtresse 1 que je voudrais pouvoir inviter loutes les créatures à reconnaître ses bontés, mais que je désirerais qu'elle fût servie en esprit et en vérité: je veux dire, comme cette cette grande dame le veut, en quittant le péché, en obéissant à Dieu [lar l'observance de ses tlivins commandements, en allant à Dieu jiar elle; car si elle est le grand moyen pour arriver à notre bienheureuse lin qui est Dieu seul, il faut donc tendre à cette tin glorieuse par la tros-puro et toujours immaculée Vierge, même iiès le premier moment de sa toute sainte Conception, ce que nous disons, ce que nous écrivons de l'abondance de notre pauvre cœur, et dans une grande joie intérieure, nous réjoui'-sant plus que nous ne pouvons dire des privilèges de notre glorieuse Dame , el pariiculièrement de ce

qu'elle a été présorvée île piM hé (jrininel. Les senlimc'iils avuiil été il(iiiiié> dè.s noire jeunesse jiar une nii.s(îricoriii' très-siiécialo delà divine Providence, qui nous a toujours servi de la meilleure des Mères, c'est avec une exirôuie reconnaissance à ses infinies bontés que nous les conservons par sa grâce et que nous voulons avec son secours les conserver jusqu'au dernier soupir de nolro vie.

Car enfin nous en faisons une solennelle protestation en la [irésence de tous les bienheureux anges et de tous les saints, nous voulons toujours prendre plus de part aux intéiôls sacrés de Marie, toujouis vierge, et l'inuiiaculée Mère de Dieu, (ju'aux noires propres, la voulant plus aimer que nousniôtues pour l'amour de Dieu seul, qui doit être aimé dans tous les amours el qu'il l'aul regarder dans toutes les créatures du ciel et de la terre, qui n'ont rien de grand, qui ue sont saints qu'en lui. Au reste que personne ne s'étonne si en toutes les occasions je réitère si souvent les sentiments qu'il plaît au Dieu de toute bonté de me donner pour sa véritable Mère, si je produis si souvent les mouvements que sa grâce m'inspire jiour celte Mère du bel amour : il n'est pas aisé de se taire dans un sujet qui mérite que toutes les créatures en parlent, au moins c'est ce que je ne peux l'aire. Je sais ce que me vaut ratïection de mon cœur |iour ma boiuie maîtresse , dont toute ma vie n'est qu'une continuelle expérience de ses douces miséricordes.

Mais où e>t la iiersonne qui n'en ait ressenti les etb-ts? L'on a écrit, et il est vrai, que notre soutlVante en a reçu des grâces inexplicables. C'est sous sa protection qu'elle a triomphé si glorieusement de toutes les vexations des démons qui déclaraient malgré eux qu'ils avaient moins de iX)uvoir que des moucherons contre xeux qui se confient singulièrement en sa bonté. C'était par le grand jiouvoir qu'elle a auprès de Dieu qu'ils donnaient des marques si sensibles de leur possession, quoiqu'ils fissent leurs efforts par eux el leurs suppôts pour lâcher de persuader le contraire, comme il se vit dans un homme dont je lais la profession, qui composa un libelle |iour montrer que ce n'était qu'une posse^jion imaginaii'e, et qui a[irès, apostasiant uuillieureusemeiU, se réfugia parmi les hérétiques : mai^ il y avait longtemps qu'il était un infâme apostat devant Dieu et un méchant [lartisan de Satan.

Or assurément l'un des signes de la possession , est la révélation des choses secrètes, dont l'on ne peut avoir aucune connaissance par la voie ordinaire, comme il arriva un jour qu'un Anglais s'étant trouvé à l'exorcisme qu'elle n'avait jamais vu et dont jamais elle n'avait entendu parler, elle lui du [ilusieurs {larticularités de son pays et des sentiments d'une secte [larticulière qu'il professait, ce que cet Anglais avoua être vrai. Mais comme il voulut encore être tonvaincu aveci>lus de certitude, il lui de-

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