‹ Œuvres complétesChapitre 103 sur 397 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Le règne de Dieu a été l'occupation de l'adorable Jésus.

Nous lisons, dans l'Evangile de saint Matthieu (iv, 23), que notre bon Sauveur allait dans toute la Galilée , enseignant dans les synagogues, et prêchant l'Evangile du royaume de Dieu. Et saint Luc ait : 7/ allait de ville en ville , et de village en village, préchant et annonçant l'Evangile du royaume de Dieu, et les douze étaient avec lui. (Luc. vin, 1.) Voilà ce qui faisait l'occupation du Eils de Dieu incarné et des saints apôtres. C'était la matière et le sujet des sermons d'un Homme-Dieu : c'est pourquoi sa divine doctrine est appelée l' Evangile du royaume; et lui-même appelle ses instructions sacrées : La parole du royaume du ciel.

Lorsque les peuples le suivaient, dit saint Luc, il leur parlait du royaume de Dieu. (Luc m, 11.) Celui qui vient de la (erre, e>t de terret et ce qu'il dit tient de la terre; mais celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, et il rend témoignage de ce qu'il a vu et ouï. (Joan. 111, 31. ) C'est de cette manière que le grand saint Jean-Baptiste parlait de Notre- Seigneur. 11 entretenait les peuples de ce qu'il avait vu et ouï. Ce saint Précurseur criait : Personne n'a jamais vu Dieu, c'est le Eils unique qui est dans le sein du Père qui l'a fait connaître (Joan. 1, 8); et l'évangéliste saint Jean écrit, dans sa première Epître, que la vie s'est découverte à nous ; c'est-à-dire, celui qui, par son essence, est la vie et la source de toute vie qui était dans le Père, demeurant dans son sein, pour parler avec l'Ecriture, était inconnu aux hommes; mais il s'est fait voir à nous. Nous l'avons, dit le Disciple de l'amour, vu de nos

yeux; nous l'avons considéré, nous l'avons touché de nos mains; et comme il demeurait dans son Père, lequel est le Roi des siècles, immortel et invisible, il nous a appris son divin royaume. (/ Joan. i, 1.)

Mais si le royaume de Dieu a été l'occupation du Verbe incarné durant toute sa vie voyagera, il l'a été encore après sa mort; car, après sa sainte résurrection, apparaissant à ses disciples de temps en temps pendant quarante jours, il leur parlait du royaume de Dieu. Car, enfin, celui qui est du ciel, parle des choses célestes du royaume du ciel. Ce devrait être le sujet des entretiens des chrétiens, qui, étant tirés, par la grâce de leur vocation, de la corruption de la terre, et élevés 5 un état surnaturel, doivent avoir et l'esprit et le corps dans le ciel. Pour nous, dit le grand Apôtre, nous avons notre conversation dans le ciel (Philip, ni, 20) ; et il déclare que nous en sommes citoyens. Or, proprement, la conversation des citoyens d'une ville entre eux, est de ce qui s'y passe : mais ce chrétien, dégénérant honteusement de la condition divine dans laquelle il a été élevé, demeure tout plongé dans la terre par ses déplorables attachements, et devenant semblable à ce qu'il aime, il est tout terrestre, et ainsi il ne pense et ne parle que des choses de la terre. Voilà la matière de presque tous les discours des compagnies. Le Verbe incarné ne s'occupe que du royaume de Dieu, et il ne parle d'autre chose; et les chrétiens ne pensent à rien moins qu'à cela.

Page 1