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SECTION IV

Les bénédictions du règne de Dieu.

Nous lisons dans l'Evangile de saint Luc (xiv, 15), qu'un homme qui mangeait à table avec notre Seigneur Jésus-Christ lui dit : Bienheureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ; et c'est une grande vérité que tout le bonheur de la créature consiste dans la dépendance parfaite du Créateur et dans un entier assujettisseraentà son règne. Oh 1 qu'il est vrai qu'un peu de pain mangé avec de l'eau seule dans la séparation ou le mépris des hommes dans cet état, est un plus grand bien que tout ce que le siècle peut donner de plaisir et d'honneur 1 Les saints ermites, dans cette soumission sans réserve à l'Etre souverain, parmi les horreurs des plus affreuses solitudes, et dans la privation générale de tout ce que le monde estime et aime, goûtaient des douceurs divines qui sont cachées à tous les amateurs du siècle. Un de ces jours vaut mieux que mille ; et il n'y a point de roi en la terre, s'il en savait la valeur, qui ne préférât, avec le roi David, d'être le dernier dans le royaume de Dieu que d'être le premier dans les tentes des pécheurs.

(Psal. lxxxiii , 11.) Que les tabernacles de votre royaume sont aimables, ô Dieu des vertus! mon âme languit et se consume d'y entrer, mon cœur et ma chair en brûlent d'ardeur. (-Ibid., 2,3.)

, Notre-Seigneur déclare hautement que quiconque quitte les choses extérieures pour

le royaume de Dieu, comme les maisons, les parents, les frères, femme ou enfants en recevra ici-bas en terre davantage et au siècle à venir la vie éternelle. Sa conscience, dans cet exil, lui tient lieu d'un festin délicieux; quand il verrait la terre s'écrouler sous ses pieds, il demeurerait assuré au milieu de ses eaux. Sa paix est grande comme les eaux de la mer. Nous l'avons déjà dit, le royaume des cieux est justice, paix et joie au Saint- Esprit; mais qui pourrait dire la grandeur et l'abondance de cette paix ? Il n'y a que le seul esprit de Dieu qui l'a produit qui en puisse donner une véritable connaissance. Le calme et le repos de l'âme dont les passions sont assujetties à l'empire de Dieu sont inexplicables; la gloire et l'honneur lui sont destinés, la bénédiction l'accompagnera en la ville et aux champs et la suivra partout. Si l'homme sur qui Dieu règne passe par les eaux des afflictions les plus crucifiantes, il surnagera, et les plus grands maux deviendront pour lui des biens inénarrables, et enfin, après cette vie, qui passe sitôt, il entrera dans des torrents d'une joie divine pour un jamais que l'esprit de l'homme ne peut se figurer, et dont la grandeur surpasse toute pensée.

11 n'en est pas ainsi de ceux qui gémissent sous la captivité de leurs [tassions, et sur qui le péché règne : semblables à la poussière que le vent emporte de dessus la terre, ils sont dans des agitations inquiétantes, leur cœur est comme une mer bouillante que l'on ne peut calmer, et leur fin malheureuse de cette vie se termine à une éternité de supplices inconcevables qui ne finiront jamais.

Le règne de Dieu est même le fondement de toute la prospérité des royaumes de la terre, et le prophète Isaïe (lx, 12) nous assure que le royaume qui ne servira point Dieu périra. Voici ce qu'en a laissé par écrit un grand politique de ces derniers temps, l'éminentissime cardinal de Richelieu. «Le règne de Dieu, dit-il, est le principe du gouvernement des Etals.» En effet, c'est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n'y a point de prince qui puisse bien régner, ni d'Etat qui puisse être heureux. 11 serait aisé de faire des volumes entiers sur un sujet si important, auquel l'Ecriture, les Pères et toutes sortes d'histoires nous fourniraient un nombre infini d'exemples, de préceptes et d'exhortations qui conspirent à une même fin. 11 ajoute que les Etats sont comblés de bénédictions dans lesquels l'empire de Dieu est établi dans l'étendue de leur domination. Après toutes ces bénédictions temporelles, l'amour de la sagesse, dit le Saint-Esprit, conduit à un règne qui durera toujours. Si vous aimez donc, ô rois des peuples! à régner, aimez la sagesse afin que vous régniez toujours. (Sap. vi, 21, 22.)

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