SECTION V
Le zèle du règne de Dieu.
C'est assez que "d'être chrétien pour en-
LA DEVOTION Al REGNE DK DIEU. — SECT. VI.
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trer dans le zèle du règne de Dieu. La grâce de noire vocation qui nous élève si glorieusement h la qualité de membres de Jésus- Christ nous doit animer du môme esprit dont cet adorable Sauveur a été rempli , les membres n'ayant point d'autre esprit que le chef. C'est pourquoi l'Apôtre s'écrie, parlant aux Chrétiens : Vous devez avoir (es mêmes sentiments que Jésus-Christ a eus. [I Cor. i, 10.) Or, ce divin Sauveur de tous les hommes a été tout dévoré, pour parler avec l'Ecriture, du zèle du règne de Dieu. Nous l'avons dit, c'est pour ce règne qu'il est venu au monde; il en a fait toute l'occupation de sa précieuse vie ; il en faisait le sujet de ses entretiens, parlant à ses apôtres, à ses disciples et aux troupes qui le suivaient. Il en parlait paraissant à ses apôtres après sa sainte résurrection. C'est pour l'établissement de ce règne divin qu'il a agi, qu'il a tant souffert, qu'il a vécu et qu'il est mort.
Comment donc serait-il possible que le feu du zèle de ce règne ne fût allumé dans le cœur des chrétiens, qui doivent être dans les mêmes dispositions que celles de leur divin chef? C'est dans celte bienheureuse union que l'on est éclairé de la lumière, que .e prince des apôtres appelle admirable, qui nous fait voir la grandeur de l'être infini de Dieu et le rien des créatures, et qui ensuite fait connaître clans un grand jour qu'un seul degré de sa gloire est incomparablement plus estimable que tous les intérêtsde toutes les créatures ensemble, ce qui touche vivement l'âme qui en est pénétrée. Car elle sait, avec saint Paul, que tous cherchent leurs intérêts, et non pas ceux de Jésus- Christ. Elle entre dans des étonnements dont elle ne peut revenir, faisant réflexion sur une vérité si surprenante: que les intérêts de Dieu sont négligés et abandonnés, lui qui est le grand tout, et que l'on est entièrement occupé de ceux des hommes, qui ne sont que des néants.
Certainement, il faut dire ici que c'est ce qui est incompréhensible. Car enfin, nonseulement il faut cesser d'être raisonnable, mais il ne faut pas avoir le sens commun pour se préoccuper l'esprit de ce qui n'est rien, pour l'aimer et le rechercher, et s'y attacher, dans la désoccupation de Dieu qui est le seul quif est. Cependant, comme nous venons de le dire, selon le témoignage du Saint-Esprit, tous cherchent leurs intérêts, des intérêts de rien, et non pas ceux de Jésus-Christ, qui sont infiniment considérables.
Qu'on aille dans les villes et dans les campagnes, sur la terre et sur les eaux, on trouvera des millions de personnes parmi les grands du monde et les personnes les plus abjectes, les magistrats, les artisans, les laboureurs, les riches, les pauvres, les ignorants, et toutes sortes de personnes de différentes conditions, âges et sexes : on les trouvera plongées dans la recherche de leurs propres intérêts.
On trouvera qu'on lève des troupes, que l'on a des armées pour la conservation ou
l'agrandissement des royaumes ;le la terre: mais combien peu pensent à l'établissement ou 5 l'augmentation du royaume de Dieu 1 J'ai considéré plusieurs fois que toutes les postes de la terre étaient chargées de lettres de tant de différentes personnes qui s'écrivent, et que presque toutes étaient des lettres des affaires de la terre, et qu'il y en avait peu qui fussent pour celles du Roi du ciel. 11 est donc vrai que les courriers vont le jour et la nuit en tant de royaumes et de provinces pour le monde qui passe en figure. Oh î qu'il y en a peu qui courent pour le royaume de Dieu qui ne finira jamais ! Cette vue m'a pressé de donner ces sentiments au public, dans la pensée qu'ils pourraient être distribués en plusieurs lieux pour les intérêts du règne de Dieu.