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SECTION VI

Motifs de la dévotion au règne de Dieu.

Il y a des dévotions que les saints ont établies, et elles méritent beaucoup de respect à raison des personnes qui les ont inspirées, puisqu'elles étaient pleines du Saint-Esprit. Si cela est, quelle estime et quelle vénération devons-nous avoir pour une dévotion dont l'auteur est Dieu même incarné ? Elle n'est pas nouvelle, puisqu'elle a toujours été ; car, dès lors que la créature a commencé d'être, elle a dû avoir un amour particulier pour le règne de son Créateur; mais elle a commencé de paraître dans un plus grand jour lorsque l'adorable Jésus l'a publiée. Elle est donc recommandable par son antiquité, mais elle Tesi d'une manière extraordinaire à raison de celui qui l'a enseignée.

Ce Dieu-Homme l'a enseignée par ses exemples, ce qui est bien touchant, en ayant fait sa grande occupation durant sa sainte vie. et encore niêuie après sa mort, comme nous l'avons remarqué; mais il l'a enseignée efficacement par ces divines paroles : Cherchez, nous dit \\, premièrement le royaume de Dieu. Et c'est ce qu'il nous ordonne de demander à son Père éternel. C'est la prière qu'il a apprise à ses disciples, en leur disant : Lorsque vous priez, dites : Notre Père qui êtes dans les deux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne vienne. [Mat th. vi, 9, 33.)

Si ensuite il nous apprend à demander le pain dont nous avons besoin tous les jours, ce n'est qu'après qu'il nous a instruits de prier que son règne vienne ;[mais l'amourpropre donne des mouvements bien contraires. Que l'on fasse réflexion sur ce grand nombre de personnes qui font des pèlerinages, ou qui offrent des vœux à Dieu, combien s'en trouvera-t-il qui les fassent afin que le règne de Dieu vienne? La plupart de ces dévotions ont pour motif quelque besoin temporel soit à l'égard du corps, soit à l'égard des autres choses de la vie. On ne pense donc pas, et on ne croit pas à ces paroles d'un Dieu : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses (je parle des temporelles) vous seront données par surcroît. [Mutlh. vi, 33.)

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ŒUVRES COMPLETES DE BOLDOi

C'est une grande vérité dont on est bien persuadé, et c'est le grand moyen d'établir puissamment les intérêts de Dieu. Pense h moi, disait Notre-Seigneur à sainte Catherine »le Sienne, et je penserai à toi. Oh! qu'il est avantageux de s'oublier soi-même, pour se souvenir de ce qui regarde la gloire de Dieu ! Si dans toutes les affaires qui arrivent, soit publiques, soit particulières, on cherchait premièrement le règne de Dieu, tout le reste nous serait donné par surcroît. Mais comme la créature demeure en elle-même, elle ne trouve qu'elle-même, ou d'autres créatures qui lui sont semblables, c'est-à-dire, un fonds de misères inexplicables.

Chose lamentable, qu'une infinité de chrétiens qui récitent tous les jours l'oraison que notre grand Maître nous a apprise, à peine entendent-ils ce qu'ils disent 1 Combien y en a-t-il qui pénètrent le sens de ces divines paroles : Que voire nom soit suncti/ié, que votre règne vienne : c'est-à-dire, que l'honneur que l'on vous doit, vous soil rendu ; que votre service et votre religion s'étendent partout; que l'idolâtrie, l'hérésie, les schismes, les jurements, les blasphèmes, tous les autres péchés cessent: et combien y en a-t-il de ceux qui en ont l'intelligence qui s'y appliquent avec attention , avec amour, avec zèle, qui demandent la sanctification du nom de Dieu, et l'avènement de son règne, avec ces gémissements inénarrables dont parle l'Apôtre? {Rom. ym,26.)

Notre divin Maître cependant nous proteste en vérité, que quiconque ne recevra pas comme un enfant le royaume de Dieu, n'y entrera point ; c'est-à-dire, qui ne croira pas à ce qu'il en dit, et ne le pratiquera pas. Aussi les véritables chrétiens sont appelés dans l'Evangile les enfants du royaume ; ils y sont aussi nommés bonne semence; comme l'ivraie, les enfants du démon. L'Evangile qualifie Joseph d'Arimathie, d'homme de bien et de juste; aussi il dit de lui qu'il attendait le royaume de Dieu. L'Apôtre déclare que la couronne ne lui sera pas seulement donnée, mais à ceux qui aiment l'avénement de Jésus-Christ; et c'est dans cet avènement que son règne sera parfaitement établi : et quand il presse Timothée, son cber disciple, de prêcher, il l'exhorte par le règne du Sauveur, s'en servant comme de l'un des motifs les plus puissants pour persuader un grand bien. Enfin notre grand Maître menaçant les Juifs des plus grands châtiments de sa divine justice, leur déclare que le royaume de Dieu leur sera ôté. 'Mat th. xx, 43.)

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