SECTION VU
Pratiques de la dévotion au règne de Dieu.
Le royaume de Dieu, dit l'Ecriture, ne consiste pas dans les paroles; mais dans la force et dans la puissance. \l Cor. iv, 20.) Il faut venir à la pratique. Le prince des apôtres nous déclare que si nous avons grand soin d'assurer notre vocation et notre élection par de bonnes œuvres, par ce moyen une porte spacieuse nous sera ouverte pour entrer dans
le royaume éternel de Notre-Seigneur(//P«.'r.
i, 10) : et saint Paul, parlant dos Chrétiens qui sont appelés au royaume de Dieu, les conjure de marcher d'une manière digne de Dieu. (/ Thess. i, 5.) I! règne dans une âme, quand elle n'agit que par les mouvements de sa grâce, et non par inclination de nature; quand elle suit ponctuellement les ordres de Dieu, et non pas les desseins que son amour-propre lui suggère, ou les vues humaines, ou les intérêts des créatures; quand elle ne choisit pas ses étals, quoique bons, mais quand elle les reçoit de Dieu, et s'y rend fidèle dans l'unique vue de son bon plaisir divin ; quand elle ne vit que de la foi, ne se conduisant pas par ses propres lumières, ni par les sentiments des hommes, mais par celles de l'Evangile ; et enfin quand elle ne désire, ne cherche, n'aime, et ne veut que Dieu seul, partout et en toutes choses. Voilà la grande pratique du règne de Dieu.
C'est ce qui oblige indispensablement au renoncement de soi-même, première leçon que notre divin Maître fait à tous ses disciples, que tous doivent étudier sans cesse durant tout le cours de la vie; mais hélas! que la plupart n'ont pas encore apprise à la mort, s'en rendant ainsi incapables pour jamais. Ce dégagement ne souffre point d'exception ; c'est pourquoi Noire-Seigneur dit à un homme qui voulait le suivre, et qui lui demandait permission d'aller premièrement ensevelir son père : Laissez aux morts le soin d'ensevelir les morts, et, pour vous, allez annoncer le royaume de Dieu. (Mat th. vin, 22.) Et à un autre qui le priait de trouver bon qu'il disposât de tout ce qu'il avait en sa maison avant que de se mettre à sa suite : Quiconque a la main à la charrue, et regarde derrière soi, n'est pas propre pour le royaume de Dieu. (Luc. ix, 62.) Il faut donc être détaché de toutes choses, sans aucune réserve., pour annoncer saintement le royaume de Dieu, et en être le digne sujet.
Mais comme ce renoncement ne se fait pas sans peine, l'obligation que notre Sauveur nous en impose, est suivie en même temps de celle de porter tous les jours notre croix, la vie du chrétien devant être une vie crucifiée. C'est pourquoi si le disciple bien-aimé nous apprend qu'il participe au règne de Jésus-Christ, aussitôt il déclare qu'il participe h ses afflictions : et saint Paul se glorifie de toutes les persécutions et traverses que les chrétiens souffraient, afin qu'ils soient trouvés dignes du royaume de Dieu. (II Thess. i,4.) Ah, que ne soutl're-t-on pas dans la malice de Ja terre 1 à quelles peines, à quels dangers le soldat ne s'expose-t-il pas pour le règne des hommes!
L'innocence est nécessaire pour être du royaume de Dieu : c'est pourquoi Notre-Seigneur, parlant des petits enfants, nous apprend que c'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume de Dieu; à ceux, disent les saints Pères, qui sont simples comme les enfants, crédules aux vérités de la religion, obéissants, éloignés de l'orgueil, de la vengeance, de l'impureté comme eux .