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et nojre même Sauveur nous assure en vérité, que quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant, n'y entrera point.
C'est ce qui fait dire à l'Apôtre (/ Cor. vi, 10), que les méchants n'hériteront point du royaume de Dieu; et il déclare en particulier, que tous ceux qui sont sujets aux inimitiés, aux querelles, aux jalousies , aux animosilés, disputes, dissensions, partialités, envie, festins dissolus, les impudiques, les médisants, les avares, ceux qui ont le bien d'autrui, tous ces gens-là ne jouiront point de ce royaume.
Comme donc c'est le péché qui est l'ennemi du royaume de Dieu, nous lui devons faire une guerre irréconciliable, le détruisant dans nous-mêmes et dans les autres, empêchant en toute manière qu'il ne se commette, et ne le souffrant jamais par aucune lâcheté ou molle complaisance, particulièrement dans les personnes sur lesquelles on a de l'autorité : mais surtout on déclarera une guerre plus ouverte aux péchés qui régnent davantage, et à ceux qui sont opposés d'une manière plus spéciale au règne de notre divin roi Jésus : comme aux jurements, aux blasphèmes, à l'impudicité, et à tout ce qui porte à ce maudit péché, comme aux nudités des gorges, du sein, des bras, aux conversations trop libres, aux amitiés dangereuses, aux paroles à double entente, aux chansons, aux danses et aux jeux qui y servent d'occasion, aux romans, aux comédies, et très-spécialement aux peintures indécentes qui sont entièrement insupportables en des maisons chrétiennes, et qui n'y doivent jamais être tolérées sous quelque prétexte que ce soit. Les personnes d'autorité, soit dans l'état ecclésiastique, soit dans l'état séculier, doivent beaucoup veiller à empêcher les péchés publics. C'en est un à qui l'on donne peu d'attention, que les chansons peu honnêtes que l'on chante dans les villes aux places publiques, que l'on vend, et qui s'achètent par quantité de personnes du simple peuple, qui les apprennent eux et leurs enfants ; ce qui occupe les artisans dans leurs boutiques, et les gens de la campagne dans leur travail, avec des suites très-fâcheuses à raison des péchés qui en arrivent: c'est à quoi les magistrats doivent penser.
Mais ce n'est pas assez de renoncer au péché, les Chrétiens doivent apprendre avec l'Apôtre à renoncer aux désirs du siècle, c'est-à-dire, des honneurs, des biens et des plaisirs de cette vie, pour vivre en ce monde sobrement, justement et religieusement, attendant l'avènement de la gloire du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, et nous souvenant de ces vérités terribles, mais indubitables : Que le royaume de Jésus-Christ n'est point de ce monde ; que le démon est le prince du monde; et que cependant personne ne peut servir à deux maîtres.
Nous ne devons servir qu'à Dieu seul, et c'est dans cette justice que consiste son royaume : c'est ce que nous devons dernau- OEuvnF.s compl. de Bol don I.
der instamment à sa suprême Majesté; et en cela nous pratiquons une dévotion que luimême a ordonnée. Quand vous prierez, nous enseigne-t-il dans son Evangile, dites: Notre Père qui êtes dans les deux, que votre nom soit sanctifie, que votre règne vienne. {Matlh. vi, 9, 10.) Nous l'avons déjà remarqué, il y a eu de Chrétiens qui ne fassent cette prière, mais on la fait sans en comprendre le sens, et sans l'application à ce qu'elle signifie. Nous devrions demander l'avènement du règne do Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme, et ne réciter jamais l'oraison dominicale (le Pater) qu'avec une attention singulière à ce divin règne. 11 faudrait dire souvent pendant le jour, par forme d'oraison jaculatoire : Adveniat regnum tuum: « 0 Seigneur, que votre règne vienne ; » ou ces autres paroles do V Apocalypse (xxii, 20) : ïeni, Domine Jesu, veni, veni cito ; « \enez, Seigneur Jésus, venez bientôt. »
Nous prions souvent, dit saint Augustin, et cela sans effet, parce que nous ne demandons pas des choses qui plaisent à Dieu. Or nous sommes assurés qu'il veut que nous lui demandions l'avènement de son règne : c'est pourquoi cette prière sera écoutée avec bénédiction. Pour ce sujet il serait bon de dresser son intention au commencement de son oraison, soit mentale ou vocale, l'offrant pour le règne de Dieu; de faire des neuvaines pour cette fin; de faire célébrer le très-saint sacrifice de la messe, et de communier; d'aller visiter le très-saint sacrement de l'autel , les lieux de piété dédiés sous l'invocation de J'immaculée Mère de Dieu, des bons anges, et des saints. Enfin ce divin règne doit être ia principale occupation de 1 âme, ie but de ses désirs, et de ses desseins, sa grande et importante affaire. Considérons avec quel empressement on s'applique à ses propres intérêts, et à ceux des autres créatures ; et soupirons inconsolablement de nous voir si froids et si peu animés pour ceux d'un Dieu. On fait des pèlerinages, on prie, on jeûne, on fait prier si une maladie arrive, ou quelque autre affliction temporelle, et hélas ! à peine a-t-on une pensée pour prier ou faire d'autres bonnes œuvres afin que le règne de Dieu vienne.
Ce règne est attaqué de toutes parts , le péché tient un empire universel sur la plupart des cœurs : l'idolâtrie et l'hérésie dominent dans la plus grande partie du monde, et les démons triomphent de la sorte. Après cela est-il possible qu'il nous reste encore quelque goutte de sang dans les veines que nous ne nous sentions pressés de donner pour détruire tous ces ennemis du royaume de Jésus? Si quelqu'un est assez misérable pour attenter à la vie de quelque souverain de la terre , tout le monde crie avec bien de ja justice contre une action si exécrable. Tous les jours se commettent des déicides par des attentats horribles contre le grand Roi du ciel et de la terre ; et, qui se met en peine de voir qu'un Dieu est si outrageuse ment offensé ?
Ah! il est temps que le Chrétien se rende
sensible aux intérêts Je son divin Roi. Ceux des Etats temporels font le sujet des entretiens, tout le monde en parle et s'en occupe; on lève des troupes, on .arme de toutes parts pour les soutenir. Il est donc bien juste que l'on s'intéresse et que l'on s'anime d'un saint zèle pour ceux du Souverain de toutes choses : il en faut parler , il y faut exhorter , il faut faire tout le possible pour faire entrer dans le môme zèle toutes les personnes que l'on pourra. Il serait à désirer que l'on fît une sainte union de plusieurs personnes pour ce dessein, et surtout de celles qui sontlesphib désintéressées, et les plus généreuses, afin de s'exciter à procurer l'établissement du règne de la très-sainte et suradorable Trinité, s'en communiquant les moyens qui leur seront inspirés, et même en déterminant quelques pratiques pendant une semaine, ou un mois, et s'en rendant compte, afin qu'elles y fussent plus exactes ; distribuant les imprimés de ce petit discours, pour en donner la dévotion.
C'est une pratique très-louable de plusieurs communautés, et d'autres personnes particulières , qui a commencé de s'établir en différentes provinces , et même en différents royaumes, de finir et de commencer toutes les années par une application spéciale au règne de Dieu. Que nous serions heupeux si nous y donnions l'attention de tous nos esprits*, et l'affection de tous nos cœurs durant toute notre vie , et à la mort, pour le pouvoir faire éternellement après notre mort! On ne peut jamais ni mieux finir , ni mieux commencer les années. Pour cela on commence une neuvaine de dévotions le jour de la fête des saints Innocents, qui se termine la veille de la fête de la sainte Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qui est le jour qu'il a commencé de régner sur nous autres gentils en la personne des mages; et ainsi c'est la grande fête de tout le christianisme. Tous les jours de cette neuvaine sont occupés trèsspécialement à penser aux moyens de l'établissement du règne de Dieu, selon les manières différentes dont nous en avons parlé, et qu'il faut lire pour y foire réflexion: et .surtout à examiner s'il y a quelque chose en nous qui y soit opposé, soit par le péché, .soit par les inclinations déréglées et la pente aux honneurs , aux plaisirs et aux bien" temporels du siècle; pour détruire en ia vertu de Notre-Seigneur courageusement tous ces ennemis de son règne, et nous délivrer de la tyrannie de nos passions, et des démons. On assiste tous les jours au saint sacrifice de la messe ; lorsque l'on communie on le fait à ce dessein, afin que le règne de Dieu vienne, non-seulement en nous, mais sur toutes les créatures raisonnables, par la destru< .ion de l'idolâtrie, de l'infidélité, de l'hérésie , du schisme parmi les infidèles et les hérétiques, du péché parmi les catholiques, par l'étendue de la vraie religion et du service de Dieu par toute le terre, par l'établissement et l'augmentation de son saint amour, l'exaltation de la sainte
Eglise, une véritable union entre tous les princes catholiques , et la paix parmi tous les fidèles. On fait quelques mortifications extérieures. Il y en a qui jeûnent durant tous ces neuf jours,'on s'applique àl'oraison plus particulièrement, on fait des œuvres de miséricorde, soit spirituelles, soit corporelles, on pense plus sérieusement à vaincre ses passions, et à ne laisser dans son cœur aucun ennemi de l'empire de Dieu. Enfin tout le bien que l'on fait, toutes les peines que l'on souffre , tout cela est destiné pour obtenir l'avènement du règne de la très-sainte et suradorable Trinité.
On a un recours spécial à l'immaculée Mère de Dieu ; car c'est par elle que l'adorable Jésus a commencé de régner, qu'il continue et qu'il achève d'établir son règne. Aussi l'Eglise chante de cette grande Reine du ciel, qu'elle est terrible comme une armée rangée en bataille,, et que c'est par elle que toutes les hérésies, les plus cruelles ennemies de l'empire divin , ont été détruites. Tous ceux qui aiment l'avènement du règne de Jésus, doivent avoir une dévotion trèsspéciale à son immaculée Conception , dans laquelle elle a été préservée de la tyrannie universelle du péché originel , et à son précieux cœur, qui a toujours été assujetti sans aucune réserve à l'empire de la trèssainte Trinité. On doit aussi avoir une dévotion très-particulière aux neuf chœurs des bons anges , et spécialement aux sept princes qui sont proche du trône de Dieu, dont saint Michel , saint Gabriel , et saint Raphaël sont du nombre; car ce sont ces esprits glorieux qui ont eu l'honneur de combattre les premiers pour le règne de Dieu. Pendant la neuvaine on honore chaque jour l'un de ces saints chœurs, afin qu'ils s'unissent à nous et interviennent puissamment auprès de la divine Majesté pour obtenir l'avènement lie son règne. On révère le premier jour les saints anges du dernier chœur; et c'est de ce chœur dont la divine Providence les prend ordinairement pour être les gardiens des hommes : le second jour, les archanges ; ce sont ces esprits bienheureux qui ont soin des provinces et des affaires publiques : le troisième , les principautés, qui veillent sur l'Eglise et sur les royaumes, et sur ceux qui les gouvernent : le quatrième, les puissances ; ce sont les anges qui résistent spéciament aux démons, etqui en empêchent le pouvoir :1e cinquième , les vertus; Dieu s'en sert pour prendre soin des cieux, de la terre, des eaux, des éléments, et ce sont les ministres de ses grandes merveilles et de sa toute-puissance : le sixième, les dominations, qu'il emploie pour détruire ce qui est opposé à son divin empire, et pour l'établir: le septième, les trônes; ce sont les anges de sa paix divine dans les particuliers et dans les Etats : le huitième, les chérubins ; ce sont les esprits de sa science et de ses admirables lumières : le neuvième, les séraphins; c'est par -eux qu'il opère les grands effets de son plus saint amour.
On implorera aussi le secours de tous les