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CHAPITRE II

Jésus caché à l'égard de sa naissance éternelle et temporelle.

Mon Seigneur et mon Dieu, non, le ciel n'est pas si éloigné de la terre, que vos conduites le sont de celles des hommes. Vos voies ne sont fias les noires. L'homme pense en homme, et vous pensez en Dieu. Vous voulez, ô Fils incréé du Verbe éternel, naître dans les temps en vous faisant homme, pour des fins infiniment glorieuses à voire Père, infiniment avantageuses à l'homme. Vous entrez donc dans notre terre avec des desseins admirables ; et pour les exécuter, vous voulez enseigner les peuples, vous les voulez sauver. Certainement l'homme pensant en homme, ne pourra s'imaginer des moyens plus propres pour faire réussir de si grands desseins, que le choix d'une naissance éclatante et d'une vie glorieuse qui fasse grand bruit parmi le

monde; car ne semble-t-il pas que prenant pour mère quelque grande reine , et paraissant ici-bas en souverain, avec tous les accompagnements et les suites de la majesté royale, vous eussiez plus trouvé d'entrée pour faire recevoir et établir votre doctrine, pour faire garder vos maximes, et observer vos lois? L'imagination est toujours frappée de la naissance , de la qualité, de ce qui paraît. L'on prétend faire merveilles dans les emplois ecclésiastiques par l'éclat d'une illustre naissance, par le bruit des carosses , des trains , et la magnificence des tables. 11 est rare dans l'exercice même des choses les plus divines, de sortir de l'humain. On voit par des yeux de chair ce qui est surnaturel; on mesure les voies de la grâce par la politique de la prudence humaine; tant d'exemples de personnnes éminentes en sainteté, que tous les siècles do la loi nouvelle nous donnent, ne font presque aucune impression sur les esprits. La longue expérience de tous ces siècles ne dissipe point nos ténèbres, quoiqu'elle nous fasse voir très-clairement que Dieu, pour l'exécution de ses plus grands desseins, comme pour la publication de l'Evangile dans les lieux où il avait été annoncé , s'est servi des mêmes voies qu'il a prises en se faisant homme , de gens pauvres et abjects selon le monde, ou qui cachaient leur naissance , s'ils en avaient, dans l'obscurité d'une vie méprisable; qui se faisaient pauvres , s'ils étaient riches. L'Esprit de Dieu est toujours l'Esprit de Dieu, et l'esprit de l'homme, l'esprit de l'homme, s'il ne se laisse élever par la sortie de soi-même avec l'aide de la grâce, à ce qui est surnaturel et divin; ce qui demande une pratique exacte et fidèle du renoncement de soi-même , que Jésus-Christ demande de tous ses disciples.

0 hommes , je vous invite à venir en esprit au lieu de la naissance de votre Dieu et du mien; particulièrement vous qui vous piquez d'être de bonne famille , ecclésiastiques qui pensez à vous soutenir par le vain éclat d'une illustre naissance. Après avoir arrêté les yeux sur l'enfant de la Crèche , que vous reconnaissez pour votre Dieu , je vous demande : Est-ce donc là ce Verbe divin? l'image du Père éternel, la splendeur de sa gloire , et la figure de sa substance , engendré de toute éternité dans son sein? comment celui qui n'a aucun commencement veut-il naître dans le temps? celui que les cieux et la terre ne peuvent comprendre, se renferr.er dans les entrailles d'une petite fille vierge? celui qui est infini, se borner sous la figure d'un enfant? Contemplez bien à loisir ce divin enfant , et vous verrez qu'il cache d'une manière ineffable toutes les grandeurs de sa génération éternelle; mais il les cache avec tant de force , que le grand Apôtre prononce, par le mouvement du Saint-Esprit, qu'il s'est anéanti soi-même.

Considérons encore que cet aimable Enfant qui, en tant qu'homme, tire son origine du sang de tant de rois , obscurcit toute

cette gloire par la naissance qu'il prend de la femme d'un pauvre charpentier; que celui qui est l'innocence môme, veut dans l'ordre de sa providence, que l'on parle dans sa généalogie temporelle , de femmes pécheresses; pour nous apprendre à faire peu d'état de la noblesse des familles, à ne nous en pas faire accroire , à ne nous pas produire sur ce sujet, à ne pas rougir de nos parents s'ils sont pauvres, ou humiliés, s'ils sont tombés dans quelque faute. Les saints qui avaient l'esprit de notre Seigneur, n'ont oublié rien pour cacher leur noblesse, se sont même servis de saintes industries pour n'être pas connus personnes de qualité, souffraient beaucoup quand ils étaient considérés à raison de leur famille; mais ceux qui sont mus par l'esprit humain , parlent volontiers , ou au moins ne sont pas fâchés quand on parle de leur naissance, sont industrieux à en donner les occasions; ou bien s'ils ne sont pas de famille, font tous leurs efforts pour se déguiser, fuient avec empressement toutes les occasions qui peuvent faire connaître ce qu'ils sont, sont affligés quand ils ne le peuvent pas empêcher; et ce qui est étonnant , c'est que cela se rencontre même parmi plusieurs ecclésiastiques et personnes religieuses , parmi même quelques prédicateurs , confesseurs et directeurs. Où trouvera-t-on une personne qui désire être ensevelie avec Jésus dans le tombeau d'une vie cachée ? Hélas 1 que dirons-nous de ces chrétiens qui font tant de vanité de leur naissance, qui font tant de querelles et tant de maux au sujet de leur qualité? cependant l'on dit que l'on est chrétien, le disciple d'un Dieu- Homme qui a bien voulu passer pour le fils d'un charpentier, qui n'a pas cru faire tort aux fonctions de son sacerdoce , et de son épiscopat , ni de faire obstacle aux grands biens attachés à sa mission , ou de n'y pas donner assez de lieu, s*exposant aux reprochés qu'on lui faisait de la bassesse de sa naissance, comme il est rapporté en saint Matthieu (c. xm, v. 55) , où il est écrit que les habitants de Nazareth l'ayant ouï prêcher, disaient : N'est-ce pus le fils d'un charpentier? et saint Marc (vi, 3) assure qu'ils disaient : N'est-ce pas ce petit charpentier, fils de Marie?

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