CHAPITRE XIII
Jésus caché dans sa très-sainte Mère et dans ses saints.
Ce n'est pas assez à l'adorable Jésus de demeurer caché dans sa personne, dans ses états et mystères : il veut de plus se cacher dans sa très -sainte Mère, dans ses saints, dans tout ce qui lui est plus étroitement uni, et enfin dans tout ce qui lui appartient. Selon la multitude de ses grandes miséricordes, et à raison de son excessive charité, le Fils de Dieu consubstantiel à soniPère, prend le dessein de descendre des cieux en notre terre pour s'y faire homme; et pour ce sujet il fait choix d'une mère vierge, dans laquelle il veut bien [s'incarner; mais, ô la profondeur des conseils d'un Dieul c'est une mère qui sera pauvre, peu considérée des créatures, rebutée des hommes, et qui sera l'épouse d'un artisan, d'un charpentier. Je laisse ici à tous les Chrétiens à considérer, mais avec une profonde atten-
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tion, les conduites toutes saintes et toutes divines de notre Sauveur; je les invite à méditer à loisir des vérités qui se disent en peu de paroles, qui se conçoivent bien peu, dont la plupart des âmes sont bien peu pénétrées , mais qui demandent nonseulement tous les jours de notre vie, mais une éternité tout entière pour être considérées avec tous les respects, toutes les reconnaissances et tous les amours possibles. O mon bon Maître, ô mon aimable Sauveur, que ne faites-vous pas pour apprendre aux hommes les grandeurs infinies de Dieu votre Père, et le néant de tout l'être créé ! ô quel exemple nous donnez-vous de nous cacher en toutes choses afin que Dieu seul paraisse, soit connu et soit aimé ! Ah ! amour, ah J amour de mon Jésus, que tu es admirable ! Mais mon Sauveur, que vos anéantissements sont extrêmes en toutes choses ! Je vous regarde depuis le moment de votre divine incarnation jusqu'au dernier instant de votre précieuse vie, je vous regarde en vous-mêmes, je vous regarde dans tous vos états, dans tous vos mystères ; je vous regarde dans tout ce que vous dites, dans tout ce que vous faites, et je vois qu'en toutes choses et partout vous ne cherchez point votre gloire, vous ne prenez pas même la moindre complaisance ; vous renvoyez tout à votre Père, vous anéantissant en sa divine présence. Je vois de plus que vous recherchez ces anéantissements incompréhensibles dans tout ce qui vous touche, dans tout ce qui vous appartient. Certainement, après ces vues, il faut demeurer convaincu que, dans tout ce que vous êtes, dans tout ce que vous faites, vous expiez amoureusement l'attentat des créatures, qui, n'étant rien, veulent toujours être quelque chose, au préjudice de votre Etre souverain. Répétons ici, et répétons-le avec larmes, le rien veut toujours être pendant que le grand Tout s'anéantit. O mon âaie ! sais-tu bien ce que tu crois? Jésus, le grand Tout, s'anéantit non-seulement dans son incarnation, dans sa mort, mais depuis plus de mille six cents ans, et il le fera jusqu'à la consommation des siècles, non-seulement dans quelque province, ou royaume, mais en autant de lieux qu'il y aura d'autels en la terre habitable. O mon Dieu! combien yen a-t-il dans tout le monde? 11 portera sans cesse cet état d'anéantissement devant la souveraineté de son Père, pour apaiser sa justice si puissament irritée par les élévations des créatures, et ces créatures auront toujours l'insolence de s'élever? Cet état d'un Dieu-Homme, infiniment épouvantable, ne gagnera rien sur les cœurs? qu'un Dieu-Homme, il faut le répéter, qu'un Dieu- Homme se cache tant qu'il lui plaira, le ver de terre, ce chétif rien se produira toujours autant qu'il le pourra faire. En vérité, l'esprit se perd dans cette considération. O mon âme! racontons-nous des illusions ou des vérités ? Ah ! il n'y a point à douter, ce sont des vérités indubitables; mais comment pouvoir vivre après leur connaissance? Oh!
que les saints disaient bien que la vie était en patience aux âmes éclairées, et la mort en désir!
Je ne puis taire ici un procédé de quelques Chrétiens, dont je ne puis assez m'étonner. Je veux parler de ces messieurs et de ces dames qui font célébrer le redoutable sacrifice de notre religion dans des chapelles domestiques, dont il est vrai de dire que ce sont les parties de leurs maisons qui sont les moins ornées. Les ameublements de leurs salles et de leurs chambres seront plus beaux incomparablement; les lits destinés pour des misérables créatures seront plus précieux et de plus grand prix, que ce qui sert à recevoir le corps d'un Dieu. Nous savons, par notre expérience, qu'à peine voudra-t-on faire la dépense d'un autel portatif raisonnable , la plupart étant trop petits et peu décents ; nous savons qu'à peine donnera-t-on quelques corporaux au corps d'un Dieu , pendant que les coffres sont pleins de beau linge à l'usage des créaluresa; et, ce qui fait horreur, l'on trouve quelquefois des calices d'étain où la vaisselle d'argent ne manque pas. Que dirai-je du peu de respect que l'on a pour ces lieux divins? Une dame crie, si elle aperçoit quelque ordure dans sa chambre, et la chapelle en sera remplie ; il faudra bien prendre garde à ne lui donner que du linge blanc, et on fera servir à l'autel des nappes, des aubes, des corporaux des temps conMdérables sans les blanchir. On gardera avec soin la clef du cabinet, de la cassette, la clef de la chapelle sera abandonnée; et nous disons ce que nous savons, il en arrive des profanations honteuses. Ce seront encore quelquefois des chapelles proche des chambres où l'on couche, où l'on joue, où l'on dit cent sottises, et où même il se commet bien des offenses. Combien y en a-t-il qui sont dans un état qui marque plutôt que ce sont des infidèles qui en prennent le soin, que non pas des catholiques ? Je ne prétends pas ici blâmer l'usage des chapelles particulières, approuvé par la permission qu'en donnent les prélats ; mais j'en déplore l'abus ; j'avoue que toutes ces choses me font voir d'une manière que je ne puis expliquer, combien il est vrai que Jésus est le Dieu caché. Mais je vous demande, ô créatures, hé! à quoi pensez-vous? Hélas ! les anéantissements qu'un Dieu porte pour vos élévations, ne vous sulïïsent-il.s pas ? faut-il encore que vous lui en procuriez par vous-mêmes? Je n'ai pas pu m'enpècher de faire cette digression, me trouvant vivement touché et tout à coup, en écrivant ces lignes, de ces traitements que l'on fait à mon cher Maître. Ah! que je m'estimerais heureux si leur considération pouvait toucher quelques-unes deces personnes qui ont des chapelles, à les regarder comme les maisons du Dieu vivant, et à en prendre les soins qu'en doivent avoir des gens qui disent qu'ils ont la foi. Oh! qu'il serait à désirer que plusieurs se privassent de quelques satisfactions de leur dévotion particulière
allant entendre >a très-sainte messe dans les églises publiques, et non pas dans des chapelles domestiques ; et qu'ensuite Tusage en fût très-rare, et qu'il ne s'accordât que pour des considérations tout à fait extraordinaires, el jamais sans toutes les conditions que l'ordre de l'Eglise demande, et la sainteté du lieu et des mystères. Oh 1 que si les hommes savaient un peu ce que c'est que la grandeur de Dieu! Malheur à nous, morceaux de boue et de fange, qui nous familiarisons avec si peu de respect avec une majesté infinie, devant laquelle les puissances des cieux tremblent 1 Que souvent il vaudrait bien mieux s'abstenir d'entendre la sainte messe, quand on ne le peut pas, que sous prétexte d'y assister, traiter un Dieu comme nous le faisons. Envie me prendrait ici d'aller crier par toute la terre: O hommes! ô hommes! apprenez ce que c'est que mon Dieu ; sachez une bonne fois qu'il est infiniment grand, mais infiniment redoutable. La sainte Eglise chante avec étonnement que, voulant se faire homme, il n'a pas eu horreur du ventre de la Vierge. Que deviendrez-vous ici, vous qui le faites venir dans vos chapelles domestiques, si mal placées, et dont vous avez si peu de soin? Ecoutez, chélives créatures, encore un peu, encore un peu, et vous apprendrez ce que c'est (pie la grandeur infinie de mon Dieu ; mais hélas! ce sera sans remède, et vous y aurez tout loisir de l'apprendre pendant toute une éternité.
Je reviens au dessein de ce chapitre, et je dis que le Dieu de toute gloire a même voulu être caché dans sa sainte Mère et ses proches, puisqu'il a choisi une mère pauvre, pour père putatif un charpentier, pour ses apôtres des pêcheurs. Le saint Evangile nous rapporte qu'on lui en faisait des reproches, et que ceux qui l'entendaient prêcher, disaient, comme l'enseigne saint Matthieu (xm, 55), et comme nous l'avons déjà dit autre part : N'est-ce pus le fils d'un charpentier ? Sa'mcrc, n'est-ce pas celle quon nomme Marie? et saint Marc (vi, 3) assure que l'on disait : N'est-ce pas ce petit charpentier, fils de Marie ? Conduite adorable d'un Dieu-Homme qui, par ses exemples, détruit fermement toutes les excuses et vains prétextes de l'homme. Que diront ces prédicateurs, ces ministres, ces directeurs, ces personnes ecclésiastiques ou religieuses qui se piquent encore de condition, et quelquefois sous les apparences de quelque bien? Certainement mon Dieu et mon Maître l'entendait bien, il savait bien comme il fallait s'y prendre, et cependant combien est-il éloigné de ces conduites humaines? Apprenez, ô Chrétiens, ô Chrétiennes, à modérer cette inclination, de paraître par votre naissance, et prenez garde à ne vous pas damner, pour le point d'honneur que vous y prétendez. O l'horreu^ et l'abomination de ces gens qui se tuent, ou qui font des querelles si malheureuses au sujet de la dispute de ce maudit point d'honneur, et qui quelquefois? on vont dans un tel excès d'impiété et de
rage, qu'ils n'épargnent pas la sainteté auguste de nos temples, et la présence de Dieu qui les doit juger, qui y réside corporeilement. Maudites et malheureuses créatures qui en êtes la cause, el qui faites damner pour un jamais les personnes qui vous doivent être les plus chères. Vous verrez, vous verrez dans l'enfer ce que sera pour vous ce point d'honneur; vous verrez quel traitement les diables vous feront pour votre qualité, pour vos préséances, et quel pas ils vous donneront dans ce lieu de supplices. Apprenez, ô Chrétiens, à ne pas rougir de vos pauvres parents, si vous en avez ; à ne vous pas affliger si vous n'êtes pas de qualité, ou si, paraissant quelque chose dans le monde, l'on vient à connaître que vous êtes de médiocre ou de basse condition. Soyez honteux, quand vous avez quelque avantage de naissance, de vous en faire accroire, d'en parler souvent, de faire naître les occasions aux autres de s'en entretenir. Mais nous avons déjà traité de ce désordre dans le second chapitre de cette première partie.
11 faut revenir à la considération de notre bon Sauveur caché dans tout ce qui lui appartient davantage. Il a été caché dans sa religion, qui a été en scandale aux Juifs, et qui a paru une folie aux gentils. Disons plus, elle a été dans une telle horreur aux sages du monde, que jamais il n'a été entendu, ni dit une persécution pareille à celle qu'elle a soufferte. Qu'on lise les peines, iestourments el les supplices des glorieux martyrs d'une si sainte religion, et il n'y a point d'esprit raisonnable qui ne demeure pleinement convaincu de cette vérité. Mais ce n'est pas tout : qui aurait pu jamais s'imaginer que ce qu'elle a de meilleur et de plus divin, demeurât même caché parmi les personnes qui font gloire de suivre ses lois, et qui font profession de la foi catholique ? Cependant l'expérience ne nous laisse que trop savants sur ce sujet. N'est-il pas vrai qu'il est rare de trouver parmi les fidèles des personnes qui soient dans l'estime de ses plus saintes maximes, de la pauvreté, du mépris et de la douleur? N'est-il pas vrai que la pureté de sa doctrine est encore persécutée parmi plusieurs catholiques? Que des hommes apostoliques parlent et insinuent le renoncement chrétien, le dénûment de toute attache, le mépris des richesses, le pur amour des souffrances, le néant des créatures; on a de la peine à les souffrir, on les rebute, on les contredit, on leur fait mille pièces. Mais ce qui parait le pi ixs étrange est de voir que la dévotion, oufaitpeur à quelquesuns qui ont crainte de la pratiquer ; ou donne de la honte à d'autres qui n'oseraient en faire profession ; ou bien enfin sert de sujet de raillerie et de mépris. Il yen a qui sont si peu éclairés qu'ils penseraient mener une vie misérable s'ils embrassaient la vie dévote ; il y en a qui ont quelque dévotion, mais ce sont des disciples cachés, ils se donnent bien de garde d'en donner des marques publiques, ils vous disent qu'ils veulent seulement l'intérieur. Je sais qu'à la
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vériléyil ne faul rien faire paraître au dehors qui soit extraordinaire ; si Ton prend la discipline; si l'on fait des austérités particulières, si l'on porte le cil ice, si l'on fait des charités rares et d'autres actions semblables, il faut tenir ces sortes d'actions cachées. Maisde n'oser dire que l'on aspire à la dévotion, que l'on désiresuivre Jésus-Christ selon les règles de l'Evangile, qu'il n'y a que ses maximes véritables, que celles du monde sont trompeuses et le monde trompé; que l'on fait profession de vivre en homme chrétien, et non pas en homme du siècle, c'est ce qui ne se peut souffrir. C'est rougir de Jésus-Christ et de son Evangile ; c'est avoir honte du Dieu que nous adorons, si l'on a honte de la dévotion. Mais l'aveuglement passe bien plus avant, puisqu'il va jusqu'à la raillerie de la dévotion. Vous verrez, non pas des païens, non pas des Turcs ; mais des Chrétiens, des catholiques faire de la dévotion des dévots et des dévotes, des sujets de leurs risées et de leurs moqueries.
Je demande ici à tout esprit raisonnable un peu de, réflexion, et je le prie de considérer deux choses : la dévolion en elle-même, ou la dévotion pratiquée par de certaines gens qui la mettent où elle n'est pas, ou qui ne sont pas sansj plusieurs défauts, et qui tombent en quantité de fautes. Si l'on considère la dévotion en elle-même, elle n'est autre qu'une promptitude d'une volonté fortement déterminée à servir Dieu, et à faire ce qui lui sera agréable. Elle ne dit pas simplement quelque amour de Dieu, mais un amour excellent ; en sorte qu'aspirer à la dévotion, c'est aspirer au service et à l'amour du Souverain de toutes choses ; pratiquer véritablement la dévotion, c'est exécuter ses ordres, c'est accomplir ses divines volontés avec courage, avec générosité, avec promptitude. Or je demandera regardant de la manière qui est la véritable vue que l'on en doit avoir, qui sera l'esprit raisonnable qui pourra dire que l'on ne prétend pas être dévot, ou qui n'osera dire qu'il fait profession de la dévotion, ou qui sera assez impie pour s'en railler ? Car comment je ne dis pas un Chrétien , mais un Turc qui reconnaît une divinité, pourra-t-il avancer qu'au moins il n'aspire pas à servir Dieu, et à accomplir ses volontés ? ou comment pourra-t-il avoir de la honte dans le service d'une majesté si adorable? comment pourra-t-on en faire le sujet de ses divertissements et risées? J'entends que l'on me dira que ce n'est pas du service de Dieu que l'on rougit, et dont on fait le sujet de ses railleries. Mais si la dévotion n'est autre chose qu'une promptitude d'une volonté déterminée au service de Dieu, qui se porte non-seulement à le servir, mais à le servir avec ferveur et générosité ; de dire que ce n'est pas du service de Dieu que l'on a honte, et dont l'on se moque, quand on se rit et que l'on a confusion de la dévotion ; c'est ce qui ne se peut pas soutenir par une personne, pour peu raisonnable qu'elle puisse être. J'ajoute
que si la dévotion non-seulement renferme une fidèle obéissance aux ordres de Dieu, mais de plus un amour généreux de ce qui regarde sa gloire; est-il bien possible qu'il se trouvera des créatures, est-il possible qu'il s'en soit jamais trouvé qui n'osent faire une haute et publique profession de servir leur Créateur généreusement et de la plus belle manière? Voilà pourtant ce que vous faites quand vous n'osez pas faire profession de la dévotion devant le monde, dans les belles compagnies ; quand vous dites que vous ne pensez pas à être dévot, à être dévote, que vous n'êtes pas de ces gens qui veulent être saints. Mais je vous prie de rentrer un peu dans vous-même, et de penser à ce que vous dites. Pour moi , il faut que je vous dise que je suis saisi de frayeur par la seule pensée que j'ai de la chose, et qu'elle me fait trembler. Quoi 1 oseriez-vous bien traiter un roi ou quelque grand de la terre de la sorte ? je dis même un ami, une personne qui vous serait un peu considérable? S'il s'agissait de lui faire protestation de service, ne le feriez-vous qu'à la dérobée et en secret, et voudriez-vous dire en sa présence que vous n'êtes pas dans le dessein de le servir de la bonne manière? Non, la créature ne pourrait endurer un procédé si lâche, et il faut qu'un Dieu le supporte de vous ! Effroyable renversement de toute bonne raison ! on n'oserait pas traiter une chélive créature comme l'on fait le Créateur de tout l'univers,! Ah 1 que lui direz-vous quand vous le verrez dans la majesté de sa gloire? Ne savez-vous pas que l'adorable Jésus ne reconnaîtra pas devant son Père ceux qui auront rougi de lui devant le monde ? Il est vrai qu'on tient à honneur d'être au service des rois et des princes ; on le dit, on le publie, l'on s'en vante, et combien de courtisans souffrent et travaillent pour en être du nombre? 11 n'y a que vous, ô Hoi des rois, devant qui tousïes monarques ne sont qu'un peu de poussière, ne sont que des riens, qui n'êtes pas considéré. O mon Seigneur , comment êles-vous traité dans ce bas inonde? Après cela que doit-on penser de ceux qui joignent à la honte la moquerie, qui non-seulement n'osent passer pour dévots, mais qui s'en moquent. Ocieux, entendez; entendez, ô terre, écoutez le morceau de boue. Qui dit la dévotion, dit un excellent amour de Dieu; railler donc de la dévotion, c'est se moquer du véritable et fervent amour de Dieu; est-ce chose qui puisse être comprise ?Mais la comprends-tu, toi qui le fais?
Quelqu'un pourra encore me répondre, car l'amour déréglé de soi-même n'est pas sans excuse, que ce n'est pas tant de la dévotion que l'on rougit et dont l'on se moque, comme de certaines pratiques de la dévotion. Mais je demande à ces gens que nous examinions ensemble ces pratiques qui leur déplaisent, afin qu'une bonne fois l'iniquité se ferme la bouche, et qu'elle découvre ses propres mensonges et les tromperies dont elle se sert à sa perte. La dévotion a pour pratique de bien régler Texte-
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rieur, de se contenter d'habits propres, mais qui ne soient pas vains, de ne pas souffrir de honteuses nudités de bras et de gorges; d'avoir un train raisonnable, mais réglé; de faire les dépenses nécessaires selon son état, mais d'éviter les excessives ; de faire et de recevoir des visites selon sa condition, mais d'y .garder des mesures ; de prendre les divertissements nécessaires , soit pour soi, soit pour sa famille, mais de ne pas perdre le temps dans des occupations inutiles et oisives ; d'avoir ses heures réglées pour vaquer à la prière et à la méditation des vérités chrétiennes, mais sans rien ôter des soins que l'on doit avoir de ses affaires, de son ménage, s'acquittant fidèlement dans l'ordre de Dieu des obligations de son état, de ses charges et emplois; d'être de bonne humeur dans les compagnies, s'y comportant avec une sainte gaieté et une joie chrétienne, y supportant de la mauvaise humeur des autres, y usant de condescendance, y gardant la douceur et la paix, mais le tout sans rien pt-rdre de la modestie, ne souffrant jamais aucune cajolerie, jamais les moindres libertés qui s'éloignent en quelque manière que ce puisse être de la pudeur, jamais de paroles à double entente, jamais de railleries sur la religion, jamais de jurements, de médisances, de moqueries du prochain, jamais aucun divertissement qui aille à l'offense de Dieu et qui choque personne ; jamais de parties, de liaisons, d'amitiés dangereuses, ou qui diminuent de l'esprit de piété. La dévotion a pour pratiques de portor honneur à tout le monde, de n'offenser personne, de bien paver ses dettes, de bien récompenser ses serviteurs, de les traiter avec douceur, d'être paisible dans le domestique, sans criailler et faire bruit au dedans, élevant sa famille avec soin et douceur, rendant au mari, à la femme tous les respects et toute l'amitié que l'on doit, portant à se supporter les uns les autres dans une grande patience et bonté. Elle a pour pratiques de faire justice à un chacun, de n'entreprendre jamais aucun procès que par la pure nécessité, de ne se défendre qu'à regret, de n'user d'aucune industrie, d'aucun pouvoir, crédit ou faveur, pour ne pas donner à qui que ce soit ce qui lui appartient, de ne point vexer ses sujets; à prendre soin que les fermiers puissent gagner honnêtement leur vie dans la tenue des fermes, ne les baillant pas à trop haut prix, considérant les pertes extraordinaires qui arrivent ; dans les charges, gardant rigoureusement le droit des pauvres aussi bien que des riches, de ne point se laisser aller à l'attache du bien, d'en user libéralement envers les pauvres. Elle a pour pratiques d'être fidèle dans ses paroles, de n'user point de tromperies, d'être franche et ouverte dans ses discours, de bien aimer ses amis et les servir généreusement, d'aimer même ses ennemis et en dire du bien, les obliger dans les occasions. Elle a pour pratiques de consoler les affligés, d'assister de conseil, d'argent les personnes qui sont dans le besoin, d'aller visiter les
hôpitaux, les prisons et oe bien faire à tout le monde. Après cet examen, je demande quel sujet l'on a de rougir de la dévotion, et où l'on peut trouver matière de rire et de railler?
Mais allons à l'examen d'autres pratiques, qui donnent plus de prétextes aux mondains. Il est vrai que c'est le propre de la dévotion de parler de Dieu, et d'en entendre parler avec joie, d'appliquer à la lecture des livres chrétiens, à l'oraison et à laconversation divine, à différents exercices de piété conformément à sa vocation, de porter à la fréquentation des sacrements et autres bonnes œuvres. C'est son propre de travailler avec un saint zèle pour soutenir tout ce qui regarde le culte de Dieu, la décoration des temples, l'établissement desœuvres pieuses, et de ne rien oublier pour empêcher tout ce qui s'oppose à son Souverain, comme la lecture des livres méchants, des mauvais discours dans les compagnies, des conversations et amitiés dangereuses, les jurements, les médisances, les querelles, les injustices, les impuretés, le libertinage. Or, c'est dans l'exercice de ces pratiques que le Chrétien rougit, et que le libertin trouve des prétextes à ses railleries. Il y en a qui à peine oseraient parler de Dieu dans les compagnies, de peur de passer pour dévots, qui ne font leurs exercices de piété qu'en cachette pour la crainte du monde, qui n'ont aucune vigueur pour soutenir le parti de Dieu dans les occasions, qui n'oseraient pas avoir dit quelques paroles pour empêcher des jurements, des cajoleries, des immodesties, des irrévérences qui se commettent dans nos églises, des médisances du prochain : personnes dignes d'une grande compassion, puisqu'elles n'ont pas la hardiesse d'ouvrir la bouche, ou de faire la moindre action pour la défense des intérêts du Dieu qu'elles adorent, et même qu'elles n'osent pas faire une haute profession d'être du nombre de ses dévots, c'est-à-dire de ceux qui le servent d'une manière excellente, pendant que les mondains et les dévots aussi tiennent à honneur, se glorifient, se vantent d'appartenir aux grands de la terre, pendant qu'un chacun se remue hautement pour en soutenir les intérêts. L'un des grands hommes du siècle dernier, le Père La j- nez, l'un des compagnons de saint Ignace, et sou successeur au généralat de la compagnie de Jésus, disait que le défaut de hardiesse et de courage à parler dans les occasions pour Dieu était la cause de nos {dus grands maux, et la raison en est bien manifeste. Car, en vérité, n'est-ce pas un traitement bien indigne d'un Dieu d'avoir honte de lui devant les créatures, pendant que les créatures se soutiennent hautement les unes les autres. Oui, vous verrez dans une église des personnes causer, parler , s'y tenir immodestes : les unes ne fléchissent qu'un genou devant la majesté adorable d'un Dieu, désordre qui devient bien commun particulièrement dans les grandes villes; les autres y demeurant dans des états indécents, comme les femmes et filles, par leurs nudités et autres atféle-
ries ; mais hélas ! qui pense à parler pour la majesté de Dieu présente sur nos autels? mil prend sa défense? J'ai remarqué que la chose est si rare, et je le remarquais encore hier dans lune des plus grandes églises de France, que si quelqu'un se mêle de reprendre sagement ces gens qui commettent ces irrévérences, l'on en demeure tout étonné, chacun le regarde comme une personne extraordinaire. O mon Dieul ô mon Souverain! quelle misère! devant un Dieu qui repose sur nos autels, l'on a bien la hardiesse de parler, de s'entretenir d'affaires; et vous verrez des troupes de Chrétiens parlant et s'entretenant ensemble de la terre, du monde, de nouvelles, de bagatelles, et à peine se trouvera-t-il une seule personne qui ose parler pour Dieu à ces gens, les faisant rentrer en eux-mêmes par quelques sages réflexions! Aveuglement extrême Je ces personnes qui, ayant des maisons, des places publiques pour parler et s'entrenir, viennent à nos églises pour en faire le sujet de leurs profanations, et font de ces maisons de propitiation et de miséricorde, des lieux de la colère et de l'ire de Dieu sur leurs urnes. O Chrétiens, à quoi pensezvous? encore une fois, mais savez-vous bien ce que vous faites? Je renvoie le lecteur au livre que nous avons composé : De l'amour de Notre-Seigneur Je'sus-Christ, où il est traité des devoirs du Chrétien ; et, en particulier, nous avons parlé dans un chapitre, du zèle qu'il faut avoir pour empêcher les irrévérences de nos églises, et des moyens qu'il y faut garder. Ce que nous disons à l'égard des irrévérences des temples sacrés, il le faut dire à l'égard de tous les autres péchés. Hélas! qui a le courage d'empêcher, autant qu'il le peut, les jurements 1 On les entend dans les maisons, dans les rues, chacun passe son chemin et garde le silence. Où est le magistrat qui ait des gens pour y prendre garde, pour y veiller, pour lui en faire le rapport? Ce qui serait fort à souhaiter dans plusieurs villes, et spécialement sur les ports et les avenues, où quantité de crocheteurs et d'autres personnes qui ly travaillent, font, des jurements exécrables. On pourrait bien y avoir des personnes fidèles qui y veilleraient pour en faire le rapport, et d'une manière judicieuse sans bruit; et il est certain que si l'on en avait puni quelques-uns de la sorte, cela mettrait la peur dans tous les autres. Après tout, n'est-il pas vrai que si l'on conspirait dans ces lieux contre l'autorité du roi, l'on y apporterait bientôt le remède ? Juges, ô magistrats ! n'aurez-vous point autant de considération pour un Dieu? personne ne se mettra-t-il en peine pour lui? Nos rois ont saintement donné des arrêts contre ces désordres, mais qui prendra la peine de les faire exécuter? O Monsieur, Madame, l'on bat votre chien, vous vous en ressentez; l'on tue l'un de vos pigeons, vous en poursuivez la justice, vous plaidez; mais qu'avez-vous jamais fait pour votre Créateur? Certainement; certainement, mou esprit et mon cœur se sentent défaillir,
écrivant ces insensibilités de la créature pour son Créateur, et je ne sais que devenir. Enfin il faut dire de même de tous les autres péchés ; l'on pense bien peu au remède, et l'intérêt de mon Dieu est tout-à-fait négligé ; l'on a honte, l'on a de la confusion de s'en mêler.
Mais quand le libertinage en va jusqu'à la raillerie , que l'on se moque de ceux qui communient souvent, qui s'adonnent à l'oraison et autres œuvres semblables; c'est ce qui ne peut pas entrer, je ne dis pas dans un esprit véritablement ebrélien, mais dans un esprit à qui il demeure encore quelque reste de raison ; et pour convaincre même ces railleurs et libertins, je leur demande quelle raillerie l'on peut faire d'une personne qui s'applique avec soin à demander à Dieu miséricorde, qui le prie, qui l'adore? Je les prie de me répondre si ce sont là des sujets pour rire et se moquer; je leur demande si le plus grand honneur que jamais créature puisse avoir, n'est pas celui de recevoir chez elle le Dieu de toute grandeur, qui lui donne son corps et son sang pour la nourrir; et si ce Souverain de toutes eboses lui veut bien faire cet honneur souvent, comme c'est même le dessein qui l'arrête sur nos autels, -je les prie encore de me dire, ce qui m'est incompréhensible, comment leur esprit peut-il trouver non pas des sujets, mais des apparences, mais des ombres de sujets de raillerie dans des pratiques qui jettent le respect, l'étonnement et l'admiration dans toutes les hiérarchies des anges; et cependant l'on entend ûes Chrétiens railler ouvertement des dévots et des dévotes qui s'appliquent à l'oraison, qui fréquentent les sacrements, qui se retirent pour vaquer plus sérieusement à leur salut ; ce qui marque la plus haute des folies quoiqu'elle arrive aux sages et aux prudents du siècle ; car il faut demeurer d'accord que si ces sages du monde croient une éternité, un paradis, un enfer, un Dieu, il faut être dans la dernière folie pour se rire de ceux qui servent Dieu avec plus de fidélité, et des exercices qui tendent à son honneur et à sa gloire ; il faut être dans la dernière folie pour se moquer de ceux qui, faisant plus d'état de Dieu que de la créature, et de l'éternité que du temps, travaillent avec soin et avec attention à donner ordre aux affaires de leur salut ; il faut être dans la dernière folie pour se railler de ceux qui prennent les véritables moyens de se sauver, et qui s'éloignent de tout ce qui peut les engager dans une damnation éternelle; qui préfèrent le ciel à la terre, une vie qui ne finira jamais à une vie qui disparait comme les ombres ; les délices, les grandeurs du paradis, à des biens apparents du siècle; qui se détachent d'un monde volontairement, qu'il leur faudrait quitter nécessairement. J'ajoute encore à ces vérités une autre vérité incontestable, et je dis que quand même tous les hommes seraient assurés de leur salut, comme dans le ciel la gloire est tout à fait différente, selon le témoignage de l'Ecriture, après tout,
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ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
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ce serait encore une extrême folie que de mépriser des gens qui aspirent aux meilleures grâces, selon l'avis de l'Esprit de Dieu, et qui travaillent avec son secours pour être des premiers dans l'éternité glorieuse. Ah ! oui, dans le siècle présent, il est facile de prouver, par une induction générale, que les hommes aspirent toujours à quelque chose de plus que ce qu'ils sont. L'avocat serait bien aise d'être conseiller; le conseiller, président; le président, chancelier; le soldat, capitaine ; le capitaine, lieutenant général d'armée; le lieutenant général, chef; le comte, le duc, seraient ravis d'être princes; le prince, monarque; et ainsi, dans toutes les conditions, l'on a une certaine tendance à quelque chose de plus excellent et de meilleur. Après cela, sera-t-il bien possible que ce qui passe, enlevant tous les cœurs, ce qui est éternel ne fera aucune impression? ou bien que l'on se raillera de ceux qui, avant une véritable foi, s'appliquent sérieusement à réussir dans l'éternité glorieuse; et c'est ce que fait la dévotion, le sujet des railleries des libertins.
Après tout, je n'ignore pas qu'on m'objectera que les défauts des dévots et des dévotes donnent lieu aux railleries que l'on en fait. Mais je réponds que la dévotion n'est, point cause de ces manquements, que ce sont fautes personnelles qui, à la vérité, sont blâmables; mais pourquoi crier contre la dévotion qui les condamne? peut-on commettre une plus haute injustice? Ce dévot, celte dévote ont leurs défauts, je le veux, et en cela ils manquent de dévotion ; pourquoi donc s'en prendre à la dévotion ? Je demande à ces critiques des dévots si ces gens qui passent pour ne l'être point, sont des gens parfaits? Ces gens qui rougissent de la dévotion, ou qui s'en raillent, mènent-ils une vie innocente, sans commettre au moins un seul péché mortel? souffrent-ils volontiers les afflictions qui leur arrivent, les pertes et les disgrâces? Sont-ils plus doux dans la patience des injures qu'on leur fait, plus charitables à l'égard des misérables, plus obligeants à leurs ennemis, plus dégagés de J'attache au monde et aux désirs du siècle? Sont-ils plus désireux de l'éternité, plus occupés de Dieu, plus engagés dans sa divine conversation, plus zélés pour ses intérêts? Que l'on compare les défauts des uns avec les autres, et l'on verra sans doute que ceux qui font profession de la dévotion en ont bien moins que les autres, si l'on veut bien peser toutes choses, et les considérer sans passion. Je dis encore plus, qu'on ne peut envier aux dévots la louange qui leur est due dans la haute profession qu'ils font de servir Dieu, quand, d'autre part, ils ne seraient pas sans plusieurs manquements.
N'est-ce pas toujours faire honneur à un grand du monde, à un prince, que de se oirè à son service, et de soutenir partout ses intérêts? Et quand ces personnes n'auraient pas toutes les qualités qu'il serait à désirer, faudrait-il décrier le service du prince, sous
prétexte que ceux qui sont à son service ne s'en acquittent pas comme ils doivent. Blâmons ces fautes personnelles ; mais donnonsnous bien de garde d'improuver leur état, qui les engage justement dans le service du prince. Oh! que si les hommes savaient ce que c'est que le moindre péché 1 l'on donnerait mille vies pour en empêcher un seul. Je dis ensuite que la profession de la vie dévote, quoique imparfaite, est toujours en cela louable, qu'elle exemple de bien des offenses où la vie des autres se laisse aller sans y faire réflexion.
Toutes ces pensées me sont venues insensiblement au sujet de Jésus caché dans ses serviteurs; car il est vrai que c'est une chose plus étonnante que l'on ne peut jamais dire, que, parmi même le monde chrétien, Jésus demeure inconnu dans les personnes qui lui appartiennent davantage. Je ne suis pas tant surpris de ce que les premiers disciples ont été regardés comme l'ordure du monde, puisque ceux qui les méprisaient de la sorte, n'avaient aucune estime pour leur maître. Mais qui pourra concevoir que des gens qui se disent de sa suite, et qui le reconnaissent pour Dieu, traitent si mal les personnes qui tâchent de le servir avec générosité. Heureuses personnes dont la vie est cachée, avec Jésus en Dieu, afin de paraître avec lui quand il manifestera sa gloire? Pour lors nos railleurs, nos libertins diront : Pauvres insensés que nous étions, voilà ces gens qui faisaient les sujets de nos divertissements et de ïios railleries; nouspen* sions que leur manière de vie était une pure folie, et voici qu'ils sont comptés au nombre des enfants de Dieu, et que leur sort est entre les saints. (Sap. v, 4, 5.) Voici qu'après avoir un peu souffert, après avoir été un peu humiliés durant une vie qui a disparu, ils entrent dans une gloire ineffable, dans la participation de la joie de Dieu même, bonheur qui surpasse toute pensée. Et nous, après.quelqueschétifs divertissements, quelques misérables applaudissements du monde, dont il ne nous reste plus rien, nous entrons dans des malheurs qui ne finiront jamais, dans la compagnie des diables et de tous les autres misérables damnés. 0 âme chrétienne, qu'il vaut bien mieux être caché, souffrir un peu avec l'adorable Jésus dans cette vie présente !
Oraison au Saint-Esprit.
Esprit cdorable, mon Dieu, je reconnais en votre divine présence que je ne suis rien, que je ne puis rien sans vous; je ne puis pas proférer chrétiennement la moindre parole, ni écrire aucun mot, non pas même avoir la moindre bonne pensée sans votre divin secours. 0 mon Dieu, établissez voire gloire dans mon néant; opérez en votre divine vertu, et tirez votre honneur du rien de voire chétive créature. Venez, ô Père des pauvres, dans l'esprit, dans le cœur de la plus pauvre et de la dernière de toutes vos créatures, en ce jour qui est consacré à la
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fête de voire amoureuse descente sur votre sacrée Mère, sur vos premiers disciples; faites-moi part de ces dons que vous leur avez communiqués avec tant de bonté et de miséricorde. Ah ! faites sortir de mon cœur tout ce qui n'est pas vous, afin que vous seul le remplissiez non-seulement par vos dons, mais par vous-même. Ah 1 que je ne respire plus que votre pur amour, que par votre pur amour, que pour votre pur amour. A jamais plus rien que Dieu seul, dans lequel toute ma vie soit cachée avec Jésus, avec Marie en Jésus, avec les saints en Jésus. Donnez, ô Esprit de lumières, de véritables et fortes clartés à mes frères qui liront ce petit ouvrage, pour connaître et pour aimer la vie cachée de notre bon Sauveur, qui soit éternellement glorifié avec le Père éternel, et avec vous. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
Oraison à la très-pure et toujours immaculée Mère Vierge, très-digne épouse du Saint- Esprit.
Souvenez-vous, ô très-pieuse Vierge, dans ce jour où l'on fait la mémoire des grandes communications du Saint Esprit votre époux avec votre très-pure et très-
sain'e Ame ; que vous êtes le sacré canal par lequel il intlue et fait couler ses plus divines grâces. Prosterné donc à vos pieds sacrés, où je veux vivre, où je veux mourir, désirant, avec le secours de mon bon Sauveur, y demeurer lié et attaché par les plus étroites liaisons de la grâce, et les plus forts liens du puramour, je vous demande, ô ma bonne Maîtresse, en toute humilité, que vous fassiez couler sur ma pauvre âme les torrents de grâces que votre époux adorable communique si amoureusement par vous aux personnes qui l'aiment et le servent avec générosité, zèle et fidélité. O amante sacrée de cet époux céleste 1 obtenez-moi donG un zèle tout désintéressé pour les seuls intérêts de ce Dieu d'amour, et l'amour même. Ah 1 que je l'aime uniquement, que je l'aime constamment; imnétrez-moi le grand don de le servir avec la persévérance finale, et qu'en attendant le dernier soupir de ma vie, je ne soupire et ne respire que pour lui seul; que je sois trouvé digne à ses yeux de pouvoir travailler pour sa gloire, pour le faire connaître aux hommes, pour le faire aimer, pour lui faire rendre les honneurs et les adorations qui lui sont dues avec le Père et le Fils ès-sièeles des siècles. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
SECONDE PARTIE