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CHAPITRE PREMIER

Avoir une haute estime de la vie cachée.

La vie cachée chrétienne possède tant d'avantages, établit dans une paix si glorieuse, renferme tant de grandeurs, élève à un état si divin, que tout ce que l'on en peut dire n'explique jamais assez les biens, .es excellences et la gloire d'une vie si sainte. Dieu tout bon favorisant une âme d'une lumière surnaturelle, qui lui découvrait quelque chose des grandeurs admirables qu'elle renferme, elle demeura grandement étonnée. Oh ! que si les hommes savaient, s'écriait ensuite cette personne, les richesses, les beautés, les douceurs et la gloire de la vie cachée ! il n'y a rien qu'ils ne fissent, rien qu'ils ne quittassent pour l'embrasser aveccourage et avec fidélité. La lumière qu'il avait plu à notre Dieu très-bon et très-miséricordieux, de donner à cette personne, ne lui avait été accordée qu'en passant, et comme un éclair, et cependant elle est demeurée tellement pénétrée des merveilles admirables de la vie cachée, qu'elle est tout hors d'elle-même quand elle y pense; ce n'est pas que le souvenir qui lui en reste soit autre chose qu'une vue confuse, mais après tout, cette connaissance, quoique obscure, la ravit. Elle se souvient bien que, environ durant un ou deux instants, elle a vu

OEUVRES GOMPL. DE P>OV;UO» l.

ce qui surpasse toute pensée humaine; cela lui suffit pour la faire vivre dans une continuelle admiration des grandeurs divines de la vie cachée. Il lui prendrait envie d'aller crier par tes villes et villages : O hommes ! à quoi pensez-vous, quand vous vousoccupez des créatures, que vous vous appliquez à les connaître et à en être connus ; à les aimer et à en être aimés; jusqu'à quand serez-vous pesants de cœur, et aimerez-vous le mensonge ? Ahl non, il n'y a que Dieu seul . ah 1 Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul. Que tout sorte des esprits et des cœurs, pour être remplis de sa plénitude, et que toute la vie des humains soit entièrement cachée avec Jésus en Dieu. O mon divin Maître 1 tirez-moi après vous. Mon aimable Sauveur, enlevez, emportez, ravissez mon esprit et mon cœur, qu'il n'y ait plus de créatures pourrnoi; que vous seul suffissiez à ma pauvre âme aussi bien dans le temps que dans l'éternité. O Jésus, mon Jésus, soyez l'Esprit de mon esprit, le cœur de mon cœur, la vie de ma vie, l'âme de mon âme; soyez mon unique tout en toutes choses et pour toujours. O sacrée Vierge, à qui Jésus seul a toujours été le grand et l'unique tout et dès le premier instant de votre conception immaculée. Bienheureux anges qui avez toujours été dans les flammes du pur amour, de l'amour de Dieu seul et particulière -

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mont vous qui êtes commis si miséricordieusement à ma garde; ô saints, ô saintes du pur amour de Jésus seul, que je ne vive plus que de cet amour pur; que ma vie soit toute cachée en sa vie divine par une heureuse sortie de l'humain à l'état surnaturel et surhumain. O vie cachée de mon Jésus 1 ô vie cachée chrétienne avec Jésus en Dieu, que je ne respire plus que pour ta glorieuse possession. O mes désirs, mes affections, allez, volez après une vie si peu estimée des mondains, et si précieuse aux yeux de Dieu et de ses saints anges. Mon Ame, n'avons plus que des éloignements infinis de ce qui donne de l'éclat aux yeux des hommes, de leur connaissance et de leur amitié. Ah ! qu'il est bon d'être anéanti dans leur esprit et dans leur cœur. Opprobres, rebuts, mépris, pauvretés, misères, délaissements, que vous êtes des choses précieuses, puisque vous nous en faites sortir 1 O vie cachée , ô vie cachée, que tu es aimable !

Cependant, pour en dire quelque chose au milieu de nos ténèbres, il faut dire que ces grandeurs sont tout à fait admirables. On peut assurer qu'elle fait descendre le paradis en terre, on bien qu'elle rend les hommes angéliques, leur faisant mener icibas une vie céleste. Ces vérités paraissent manifestement dans la vie cachée des solitaires, dont les déserts ont été appelés le pays de Dieu, aussi bien que les villes sont appelées le pays des hommes; et de vrai il semble comme dans les villes les habitudes, les sociétés, les conversations et occupations des créatures sont fréquentes, et que l'exercice ordinaire est d'y voir et d'y être vu. De même, c'est le propre des solitudes dans la séparation des créatures, d'y jouir de Dieu «l'une manière ineffable, qui se manifeste à ceux qui le cherchent en vérité ; qui se donne par ses plus douces communications, à ceux qui quittent les communications du siècle pour son amour, qui favorise de sa conversation divine ceux qui, pour l'amour de lui, renoncent aux entretiens des créatures. O heureux échange des entretiens, des connaissances, des amitiés ûes créatures, à la conversation, la connaissance et l'amitié de Dieu. O mondains, que vous faites de pitié quand vous plaignez ces personnes qui renoncent au siècle pour se cacher dans une vie retirée, ou qui, demeurant dans le siècle, y sont anéanties par les opprobres, mépris et pauvreté; ne pleurez point sur ces bienheureux morts qui meurent au Seigneur, pleurez sur vous et pleurez inconsolablement de ce que vous êtes si aveuglés, de ce que vous ne connaissez pas votre aveuglement, de ce que votre aveuglement va a la folie ; mais folie bien cruelle, bien damnable, puisqu'elle vous attache plus à la créature qu'au Créateur. O quand il iaudrait quiiter mille mondes, et les millions de mondes, quand c'est pour Dieu, ce n'est rien, les millions de monde en sa présence n'étant que des néants. Messieurs et Mesdames qui avez tant de peine que vos enfants, vos amis vous quittent pour s'engager plus étroi-

tement au service de Dieu dans le cloître, ayez pitié de votre misère, répandez des larmes sur votre dureté de cœur pour un Dieu. J'avoue que l'un des étonnements dont je ne reviens point, est de remarquer cet aveuglement extrême dans des personnes chrétiennes, et quelquefois même qui font profession de quelque dévotion, ce qui fait assez voir combien le véritable amour de Dieu est rare quand il s'agit de se désintéresser, de renoncer à la satisfaction de la nature, à l'amour de la chair et du sang. Ces pauvres aveugles ne savent guère les avantages qui se rencontrent clans l'éloignement des créatures pour le Créateur. Peut-on assez admirer les grâces et les dons qu'il communique h ses fidèles serviteurs? mais il faut demeurer d'accord qu'il se communique d'une manière tout extraordinaire à ceux dont la vie est plus cachée; tant il est vrai qu'où il y a moins de la créature, il y a plus du Créateur. 11 ne faut que considérer la vie des solitaires, et vous verrez qu'ils conversaient familièrement avec les anges; qu'ils jouissaient d'une conversation ordinaire avec le souverain de toutes choses, qui ce semble, n'avait rien de caché pour eux, qui leur manifestait ses plus divins secrets, qui leur faisait couler dans le cœur des torrents de délices spirituelles; qui leur faisait part de ses plus saintes giik-es, et même assez de ses pouvoirs, leur assujettissant les animaux dépourvus de raison, les créatures même insensibles, les démons et tout l'enfer; dont les combats assez fréquents ne servaient qu'aux glorieux triomphes qu'ils en remportaient avec une générosité invincible.

Malheur à nous qui, t.ssis sur le rivage de la Babylone du monde, ne trouvons que des sujets de larmes dans l'éloignement où nous sommes des faveurs de lasainteSion. Héla;* î lesconversations divinesetangéliquessont rares parmi nous, parce que les ent: etiens et occupations des créatures y sont tropfréquentes. Dieu s'apparaît a Jacob, et il le voit face à face, selon les paroles de l'Ecriture : mais c'est lorsque s'étant séparé de ses troupeaux, de ses enfants, et de sa famille, il demeure seul durant les ténèbres de la nuit. La divine parole nous enseigne que Moïse fut quarante jours en contemplation , conversant familièrement avec la majesté infinie de Dieu; mais pour jouir d'un bonheur si divin, il entre dans un nuage où Dieu était, dans lequel il demeure caché. Si Dieu se manifeste au grand patriarche Hélie d'une manière si extraordinaire, ce n'est qu'après une solitude de quarante jours et de quarante nuits. Nous lisons au chapitre vr du Levitique, qu'aucun homme ne se devait trouver dans le tabernacle quand le pontife entrait dans le sanctuaire: c'était une figure de la disposition où doivent être nos cœurs pour recevoir le pontife de nos âmes. Je parle de la disposition qu'il serait à désirer que nous eussions. 11 faut que toutes les créatures en sortent, afin que Dieu y entre; il faut que l'entrée en soit cachée aux hommes. C'est pourquoi il est écrit du môme

tabernacle, qu'après qu'on y eut mis l'arche, dos chandeliers et un autel , il se trouva rempli de la gloire du Seigneur ; mais ce ne fut qu'après qu'il eut été couvert d'un nuage sacré. Aussi est-il encore écrit que le Seigneura dit qu'il demeurerait dans unnuage. Mais ce n'est point assez de dire que les plus précieuses communications de la grâce sont accordées abondamment à la vie chrétienne; il faut de plus assurer qu'elle élève heureusement jusqu'à l'union du principe et de l'auteur de toutes les grâces, jusqu'à l'union de Dieu môme. L'un des plus grands serviteurs de Dieu dé notre siècle , le Père de Condrcn, disait qu'il ne suffisait pas au Chrétien d'agir en toutes choses pour Jésus comme pour sa fin, qu'il devait de plus , le regardant comme son modèle, imiter sa vie et ses mœurs ; et qu'enfin il le devait considérer comme un arbre dans lequel il était entré, et par suite très-étroitement uni: et n'est-ce pas ce que le Saint-Esprit nous enseigne, nous apprenant que nous sommes participants de la nature divine? Mais qui pourra jamais expliquer jusqu'où va cette union divine de l'âme avec la Divinité? si Jésus, qui est la vérité même, ne nous l'avait révélé, qui l'aurait jamais pu penser : Quils soient, dit cet aimable Sauveur, parlant à son Père de ses fidèles, une même chose en nous, comme vous, mon Père, êtes en moi, et que je suis en vous. (Joan. xvn, li.) 0 paroles d'une charité excessive ! ô paroles que tous les anges et tous les hommes ne pourront jamais assez admirer! ô paroles capables de ravir d'étonnement et d'amour tout le ciel et la terre ! ô paroles d'une consolation infinie! ô mon Dieu! mon Dieu, ma pauvre âme ne sait plus que devenir après un amnur si admirable. O créatures 1 mais que je voudrais ici me faire entendre d'un bout du monde à l'autre, et par toute la terre habitable: Créatures, écoutez, nous sommes appelés, par le propre témoignage d'un Dieu, à êire une même chose avec lui. Certainement il est doux de répélerdes paroles si divines, à être une même chose avec Dieu. Oui la créature, ce morceau de boue , ce vaisseau d'iniquité, ce rien, et ce rien criminel, à devenir Dieu par participation. Mon âme, mais es-tu bien pénétrée de cette vérité ? sais-tu bien, et le crois-tu iermement, que tu es appelée à être une même chose avec Dieu? Chrétiens, le croyez-vous? car commentaprès cela aurons-nous quelque chose à craindre étant unis à sa toute-puissance ? comment pouvoir nous plaindre de pauvreté , jouissant de ses richesses? comment nous plaindre de nos misères , de douleurs, d'humiliations, étant unis au Dieu de tout bonheur, de toute joie, et de tout plaisir? En vérité il n'y a point de foi. 0 mon Dieu si nous croyions fortement une vérité qui cependant est indubitable, il faudrait mourir d'amour, il faudrait mourir de douceur et de joie. 0 hommes, ô hommes, et après cela nous avons encore le courage d'offenser un Dieu si aimant! Voilà

donc un état tout divin où la grâce nous

ap-

pelle ; le seul obstacle qui nous en prive est

l'attache aux créatures, le grand moyen qui nous y conduit est leur séparation; et leur séparation ne s'étiblit jamais mieux que par la vie cachée. O vie cachée! donc non-seulement tu renfermes des grandeurs incomparables; non-seulement tu fais des hommes des anges, mais tu en fais des dieux. Peut-on concevoir rien de plus élevé, et déplus glorieux !

En suite peut-on concevoir rien de plus doux ? puisque la joie parfaite est un etîet de la parfaite union de l'âme avec Dieu. C'est pourquoi je vous conjure de bien remarquer ici, mais pour vous en souvenir de temps en temps, et pour en faire le sujet de vos médilations , que le Fils de Dieu, après avoir demandé à son Père cette union d'amour inestimable , il le prie que sa joie soit parfaitement accomplie dans ses fidèles ; et ceci est rapporté en saint Jean, au chapitre xvne. La raison en est bien claire; car celui qui est parfaitement uni à une chose, participe parfaitement à ses qualités. Après cela je ne suis plus étonné si l'adorable Jésus parle de la joie de ses fidèles comme d'une joie pleine; car c'est ainsi qu'il l'appelle. C'est une joie pleine ; car rien ne lui manque, puisqu'elle vient île la possession d'un Dieu: ainsi elle remplit toute la capacité de l'âme ; elle ne laisse aucun vide dans le cœur, elle contente pleinement tous les désirs. Dieu est un bien infini, et l'on ne peut pas s'imaginer même quelque chose de plus à désirer: il est la fin et le centre de nos cœurs ; c'est donc en lui, et en lui seul qu'ils peuvent trouver un entier repos; il est éternel, et éternellement il veut se donner à l'âme, r.insi sa confiance est bien douce, puisqu'elle ne trouve point de bornes, et ne voit point de fin à ses divins plaisirs. Ici un mot aux mondains. O mondains, hé, à quoi pensez-vous? vous voulez de la joie, et sous ce prétexte vous vous répandez dans les créatures, où vous ne la trouvez jamais; et vous vous éloignez de Dieu, dont le pur amour seul la donne parfaitement, et pour un jamais. L'on "apporte d'un saint homme enfermé dans un sombre cachot, au bas d'une tour, chargé de chaînes, et accablé de toutes les misères de la vie présente, et cela durant bien des années; qu'enfin on l'y trouva rempli d'une joie et d'une paix ineffable : c'est qu'il était uni à Dieu seul par le pur amour. Oui, cette union met l'âme dans des joies indicibles, au moins quant à la partie suprême; car cela n'empêche pas quelquefois que la partie inférieure ne soit abîmée dans la douleur , comme il se voit clairement en Notre-Seigneur ; et ces joies subsistent au milieu de tout ce qu'il y a de plus affreux et de plus horrible à la nature : niais sans cette union, quand vous jouiriez de tous les plaisirs, de tous les biens , de tous les honneurs de tout le monde ensemble, vos désirs ne seraient pas satisfaits, ni votre cœur pleinement content.

Mais ce qui nous doit donner la dernière estime de la vie cachée, est la gloire qui en arrive à Dieu ; car enfin à celui qui connaît un peu Dieu, il n'y a rien qui lui soit con-

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sidérable comme ses divins intérêts. La vie cachée glorifie Dieu d'une manière incomparable; car si la gloire de Dieu consiste dans une grande et claire connaissance de ce qu'il est, suivie de louange, et pleine d'amour, il faut dire que la majesté infinie de Dieu reçoit une grande gloire des âmes cachées, puisque fuyant les vues des créatures, et se privant de leur estime, et de leur amitié, elles se contentent de la vue de Dieu seul , et de son unique amour ; et dès lors que Dieu seul suffit à ces âmes , elles font voira tous les anges et à tous les hommes, qu'il n'y a rien de semblable à lui; elles rendent hautement témoignage de ce qu'il est ; elles déclarent le néant de tout l'être créé, et par suite l'inutilité, la vanité, et la folie de ceux qui s'en occupent et qui s'y attachent. Elles font une leçon admirable de ces deux grandes vérités; quo Dieu est le grand tout, et que tout ce qui n'est pas lui en sa divine présence , n'est rien. Leur séparation des créatures marque efficacement la connaissance qu'elles ont du Créateur: elles le découvrent si infiniment grand , que hors de lui elles ne voient plus rien : et comme elles ne connaissent que lui seul, elles n'aiment que lui seul. Ah 1 Dieu seul est leur grand et unique tout en toutes choses : il est tout leur honneur, tout leur bien, tout leur plaisir : il est leur science, leur estime, leur amour: il est leur trésor , leur gloire, leur récréation , leur joie , leur vie : il est leur parenté, leur crédit, leur appui , leur fortune, toute leur ambition , tout ce qu'ils désirent, tout ce qu'ils recherchent, tout ce qu'ils veulent. En vérité n'est-ce pas là rendre un merveilleux témoignage à la Divinité de ce qu'elle est? n'est-ce pas en avoir les plus divines lumières? n'est-ce pas lui chanter un cantique nouveau^d'une louange incomparable, et d'un amour trèspur, ei tout divin ?

Après cela, si l'on me demande à quoi servent les âmes cachées, quelle gloire Dieu en tire, quels biens en arrivent au prochain, et au public; il m'est aisé de répondre que la gloire qu'elles rendent à Dieu est ineffable, et que tout le monde en reçoit des secours qui ne se peuvent dire. Nous avons dit en peu de paroles ce qu'elles font pour Dieu ; et ce peu qui en a été dit, s'il est entendu en quelque manière, enseigne nettement que les âmes cachées glorifient Dieu d'une manière incomparable: et de vrai, pour dire encore quelque chose sur un sujet si vaste, et qui ne peut pas être épuisé par l'homme ; quoiqu'il soit très-assuré que Ja vie conversante et publique de soi, soit le grand moyen de la plus haute gloire de Dieu, '.e qui l'a lait appeler par l'un des premiers Pères de l'Eglise, la chose la plus divine de toutes [es divines ; quand elle est employée a laconversiondes pécheurs, à la sanctification des justes, à la publication des mystères, et des grandeurs de la Divinité: cependant ilfaut avouer que le mélange de la nature corrompue, qui souvent s'y rencontre, la propre satisfaction, le propre intérêt, sont

des obstacles à la gloire de Dieu, qu elle diminue d'un côté, quand elle l'établit de l'autre. L'on dit, l'on prêche qu'il n'y a que Dieu seul à estimer, à aimer; c'est ce que les directeurs insinuent, c'est ce que les prédicateurs enseignent, c'est ce que protestent les personnes publiques qui ont du zèle pour Dieu; et en cela ils glorifient sa majesté suradorable, et établissent ses divins intérêts. Mais voici le malheur; c'est que souvent après avoir bien dit et bien prêché qu'il n'y a que Dieu seul à estimer, et à aimer, on désavoue par ses actions ce que l'on a soutenu par ses paroles ; les directeurs, les prédicateurs, et autres personnes employées dans les œuvres extérieures r bien éioignés de se contenter de Dieu seul, recherchent l'estime et l'amitié des créatures, sont bien aises d'en être approuvés, d'avoir quelque paît dans leur esprit, et dans leur cœur ; leurs nature et amour-propre se trouvent dans leurs conversations , dans leurs entretiens, dans leurs amitiés. Quelquefois ce ne sont que des petits amusements de nature fort légers, et à peine perceptibles, mais après tout , ce sont amusements de nature. Hélas 1 où trouvera-t-on au milieu des occupations extérieures , un esprit , un cœur tout dénués de l'être créé , à qui Dieu seul suffise? Cette vérité se rend sensible par les petites plaintes que l'on fait par les peines que l'on a, lorsque l'on est maltraité de ses pénitents, de ses auditeurs ; que l'on ne réussit pas dans les bonnes œuvres que l'on entreprend, que l'on est désapprouvé non-seulement des mondains , mais des personnes de dévotion ; que l'on est délaissé, et rebuté, que l'on est déchiré par la médisance et la calomnie; car si l'on ne voulait que Dieu seul, où est le sujet de peine , puisqu'il nous demeure , et même demeure plus purement? Certainement c'est qu'avec Dieu on veut Ja créature, que l'on trouve facilement : ]e le répète , facilement, dans les emplois extérieurs. Je dis plus, qu'à moins de veiller extraordinairernent sur soi par une mortification entière, secourue des plus fortes grâces , l'amourpropre trouve de quoi se repaître, et se nourrir d'une manière très-délicate dans les emplois pour le prochain. L'expérience journalière apprend que les créatures dans l'état de corruption, ont je ne sais quelle infection, dont elles se gâtent les unes les autres : c'est pourquoi celui-là disait bien , qui assurait qu'autant de fois qu'il se trouvait parmi les hommes, il en revenait moins homme. L'on se prend les uns aux autres, si ce n'est par des attaches grossières, par des liaisons subtiles; mais souvent la nature est de la partie, l'amour-propre trouve son compte dans les assemblées de piété , dans les directions, dans les prédications : ce qui arrive très-souvent, quand on a du beau monde à diriger, à prêcher, à converser; mais les emplois parmi des gens qui ne sont pas si civilisés, n'en sont pas même exempts; partout où il y a de la créature, l'on trouve à se prendre. Or c'est ici que l'on peut remarquer les

avantages de la vie cachée ; vie cachée soit par la séparation de la vue, et de la connaissance des créatures ; soit par l'anéantissement dans leur esprit, et dans leur cœur par la pauvreté, les mépris et les opprobres. Celui qui connaît et qui est connu des créatures, qui en est aime, approuvé, recherché, et considéré, peut bien dire Dieu seul, et il le peut dire en vérité. Mais qu'il est difficile, et qu'il est rare, combien de fois ce Dieu seul, dont il parle, voit-il autre chose que lui dans son esprit et dans son cœur ? Ah 1 que souvent il y a du mélange de la créature. Un grand serviteur de Dieu, de notre siècle, l'eu M. de ttenty disait qu'il était certain que la plupart de nos maux venaient de vouloir être vu, et de vouloir voir ; que c'était un grand amusement qui portait un fâcheux venin pour l'avancement u'une âme, encore que souvent elle n'en aperçoive pas le dommage, et n'en sente pas la blessure ; que ce qui mettait l'impureté dans les actions de piété, était que l'amourpropre, était bien aise qu'on les sût et qu'on nous remarquât ; qu'on montrait toujours le plus beau, qu'on cachait les défauts et l'envers; que tout l'extérieur était si composé, que notre intérieur y était souvent plus occupé qu'en Dieu ; qu'il y avait peu de personnes qui n'eussent grande part au regard vain, passif et actif des créatures. Il n'en va pas de même de la vie cachée, les personnes qui la mènent véritablement disent Dieu seul, et elles le disent en vérité. Leurs ac

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