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ŒUVRES COMPLETES DE BOL" DON
yeux, pa?ce que ses regards l'ont obligé de se retirer. 11 veut dire que ses regards sur elle étant suivis d'une complaisance secrète, elle demeure et s'arrête dans elle-même, s'éloignant d'autant plus de la parfaite union avec cet Epoux céleste, qu'elle s'approche plus de ce qui la regarde, de ses propres intérêts. De là vient que cet Epoux divin, pour la guérir de ses plus secrètes maladies, pour la tirer des imperfections qui lui sont presque inconnues, quoique par sa faute, lui <Me Jes réflexions sur le bien qui s'opère dans son intérieur , couvre toutes les grâces qu'il lui fait de ténèbres sacrées; il lui ouvre les yeux sur ses misères ; il lui fait ressentir ses faiblesses ; il permet que ses passions se révoltent, qu'elle soit attaquée de fortes tentations, et qui sont humiliantes; qu'elle soit vivement exercée par les diables ; il semble qu'il se soit retiré d'elle, il lui paraît qu'elle n'a plus de foi , d'espérance et de charité, qu'elle est abandonnée de Dieu ; elle ne voit plus que des supplices, que l'enfer; elle est tourmentée par des scrupules, par des doutes si elle consent aux tentations ; et quelquefois elle s'imagine y donner un plein consentement , quoique dans son fond elle en soit très-éloignée ; elle voudrait toujours recommencer ses confessions, en faire tout de nouveau de générales ; elle a de la peine à s'approcher des sacrements, elle croit que tout est perdu. Comme nous avons traité de ce sujet plus amplementjdans notre livre Des saintes voies de la Croix, et dans celui Du règne de Dieu en l'oraison mentale , nous nous contenterons de rapporter ici ce peu que nous venons de dire des états de peines intérieures: mais nous donnons avis aux personnes qui les portent, que ces états crucitiants conservent les dons de Dieu dans leur pureté, et empêchent que des choses si précieuses ue reçoivent le mélange de l'infection de l'amour-propre ; ensuite ils donnent lieu aux plus pures unions divines , ils établissent les plus saintes voies de la grâce , et élèvent à une gloire inestimable dans l'éternité bienheureuse. O que bienheureuses donc les âmes qui les souffrent! Courage , ô âmes crucifiées par ces peines ; donnez-vous bien de garde de vous affliger, de vous inquiéter d'un état qui est un effet des plus douces miséricordes d'un Dieu. Si vous ne connaissez pas le bien qu'il renferme, humiliezvous: mais sans vous en rapporter à vos propres lumières , qui n'y découvrent que des conduites fâcheuses, rendez-vous aux solides et véritables lumières des saints, qui nous enseignent que cet état est le grand moyen de vous unir parfaitement avec Dieu, quoiqu'il nous semble tout le contraire. Je ne demande pas de vous que vous l'entendiez, que vous en compreniez le bonheur au milieu de vos obscurités ; car quel moyen de voir parmi les ténèbres épaisses d'une sombre nuit? mais je demande une soumission de votre esprit à la doctrine des personnes éclairées des plus pures lumières du Saint-E-prit Dieu. Dans cette soumission
apprenez que ce qui fait le sujet de vos afflictions et "de vos inquiétudes doit être le sujet de vos joies. O plût à Dieu que vous connussiez le bonheur que vous possédez! Ah 1 que si jamais vous êtes dans le ciel, le pays des lumières, vous reconnaîtrez clairement combien il vous a été avantageux d'être privées de vos lumières, de marcher au milieu des plus sombres nuits, d'être destituées de toutes consolations sensibles soit divines , soit humaines, et de porter toutes les peines dont nous avons parlé. Ah ! que d'actions de grâces vous en rendrez à la divine bonté. Commencez donc à faire dès à présent ce que vous devez faire pour un jamais, quoique vous n'entendiez pas ce que vous connaîtrez évidemment dans la bienheureuse éternité.
Après cela si vous me dites que vos étals sont si extraordinaires dans leurs peines, qu'il vous est encore bien difficile de les supporter avec patience, je vous réponds que les croix les plus grandes sont les faveurs les plus considérables que le ciel communique à ses plus chers favoris. Je dis donc, quand vous souffririez les exercices les plus rudes que l'on puisse porter, comme les obsessions et possessions des démons , bénissez les conduites de la divine Providence ; conduites toujours infiniment adorables, conduites toujours infiniment aimables, quelques pensées contraires qui nous en puissent arriver. Ah! jetez les yeux sur un Dieu-Homme, et voyez-le emporté par le diable du désert où il était, en la sainte cité , voyez-le emporté sur le pinacle du temple , voyez-le emporté sur une haute montagne; considérez qu'il le mène, qu'il le fait aller où il veut. Cette vue qui est une vérité de foi , dont Dieu a voulu que Ton en fit une mention expresse dans l'Evangile, que toute l'Eglise annonce à tous les fiuèles, est plus que suffisante pour nous convaincre qu'il n'y a point d'état, pour humiliant et rude qu'il puisse être, que nous ne devions supporter avec douceur , avec joie , avec action de grâces. Après tout, si vous me dites encore que ce qui vous afflige le plus, est l'obscurité où vous êtes, qui ne vous permet pas de découvrir rien de bon parmi vos peines, qui ne vous laisse aucuns signes de la grâce de Dieu en vous, je vous réponds qu'en cela vous faites assez paraître votre amour-propre, quoiqu'il se déguise sous de beaux prétextes : car si c'était l'amour de Dieu qui vous pressât, voudriez-vous autre chose que ce qu'il veut? Orne savez-vous pas que sa conduite est que personne ne sache si elle est digne d'amour ou de haine. Il en faut donc demeurer là, puisque c'est un ordre de Dieu: mais l'amour-propre n'est pas content de celte voie; il veut voir, il veut savoir, il veut être dans des connaissances que Dieu ne veut pas lui donner. Au reste soyez dans un entier abandon pour tous les états qu'il plaira à Dieu de nous envoyer; n'y apportez pas la moindre petite réserve, ni pour la qualité des peines, ni pour la quantité, ni pour la durée. Un grand serviteur de Dieu
ne voulait la vie, qu'à la condition que notre Seigneur l'a reçue, c'est-à-dire pour la sacrifier; il se donnait môme à Dieu pour souffrir durant tous les siècles; il lui semblait qu'il n'y avait rien à regretter en ce monde, sinon de n'être pas attaché à la croix avec Jésus-Christ. '
Finissons ce chapitre par d excellentes remarques d'un religieux de l'ordre de Saint-Dominique dans son livre de la Croix sur la personne de saint Elle. II considère donc que ce saint patriarche et prophète se prépare aux plus douces communications de Dieu par des croix très-grandes, par des soustractions de grâces sensibles si fortes, qu'il demande de mourir tout abattu au pied d'un arbre, par une solitude extrême, se trouvant seul au milieu d'un désert, par une privation générale de tout secours humain, mourant de faim et de soif, par la suspension de tout secours sensible divin en étant abandonné de Dieu, et délaissé aux ennuis qui l'accablaient. Ensuite pour se rendre à la présence de Dieu, il se cache encore lui-même, se couvrant sous le voile de son manteau dedans l'obscurité de sa grotte; [et c'est en cet état qu'il est fait participante la plus sublime connaissance de Dieu , état dans lequel il semblait être vide de sa connaissance; et il arrive par ces délaissements et obscurités à cette vue admirable, que les dévotions de ses sacrifices et les actes héroïques de sa religion n'avaient pu obtenir. Apprenons de là que les délaissements les plus pénibles sont des présences des communications phis divines. Apprenons que l'amour appréciatif qui est un amour de force, le véritable amour d'amitié et de charité, a d'autant plus de vertu qu'il est mêlé de l'amour intentif qui est un amour sensible, un amour de tendresse.