‹ Œuvres complétesChapitre 151 sur 397 · GIS · texte numérisé non relu

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tromperie où plusieurs doctes peuvent facilement tomber, leur esprit U-ur fournissant beaucoup île matière pour discourir et raisonner, li faut faire quelques pauses de temps en temps pour écouter Dieu, se tenant en paix en sa divine présence, et produisant quelques actes de la volonté. Si vous trouvez quelque chose qui vous touche, an êtezvous, laissez là les autres pensées. Je dois nie reposer, dit saint Ignace de Loyola, sur le point auquel j'aurai trouvé la dévotion que je cherche , sans me soucier de passer outre jusqu'à ce que j'en sois rassasié. Une terre sur laquelle l'eau ne fait que couler, quoiqu'à torrents et en abondance, ne demeure pas humectée, comme lorsqu'elle y tombe peu à peu et à loisir. Mais, me direz-vous, cela m'arrive dès le commencement de ma méditation. Dieu soit béni, laissez-vous aller à ses divins attraits, ne prenez pas cet exercice de l'oraison comme une tâche de travail, ny agissez pas par routine, ne vous imaginez pas que si vous n'avez pensé à tous les points de la méditation qu'elle n'est pas bien faite, pourvu que votre volonté soit unie à Dieu, n'importe guère que ce soit par ces points ou par d'autres pensées. Passez donc d'un sujet à l'autre quand vous en serez pressé, évitant néanmoins la légèreté de l'esprit qui pourrait naturellement vous faire changer sans vous arrêter à rien ; mais il est aisé de remarquer quand cela arrive par circonstance et légèreté d'esprit, ou par des mouvements qui nous touchent. Si quelques sujets vous portent beaucoupà aimer Dieu, ils pourront vous servir de matière durant le temps que vous les remarquerez utiles pour votre âme. Si rien ne vous arrête particulièrement , il est hon de changer de peur de dégoût et pour vous conformer à l'usage de l'Eglise. Quand on n'est pas incommodé, il est plus à propos de faire son oraison à genoux , cependant on la peut faire dans une autre posture, se tenant toujours dans un grand respect. 0 mon Seigneur, hélas 1 qui sommesnous pour oser prendre la hardiesse de vous parler?

On doit beaucoup s'humilier quand on manque aux résolutions prises dans l'oraison, mais l'on ne doit pas s'en inquiéter, il faut être fidèle à prendre de bonnes et fortes résolutions, et faire ce que l'on peut avec l'aide de la grâce pour les exécuter, mais il ne faut pas s'y appuyer. Souvent une secrète confiance, et dont à peine nous nous apercevons , que nous avons en nos bons desseins, est cause que nous y manquons; l'homme doit faire de sa part ce qu'il peut , tuais il ne doit prendre aucun appui qu'en Dieu seul.

Les hommes apostoliques faisaient des sermons qui touchaient puissamment les cœurs ; leurs paroles étaient toutes de feu et de flammes; c'est qu'ils étudiaient au pied du crucifix, et qu'ils recevaient leurs lumière- dans l'élévation de leur esprit à Dieu par la sainte oraison, notre divin maître leur communiquant en abondance la science des

saints. Mais il faut ici remarquer un abus de quelques prédicateurs qui, sous le prétexte de ces grâces accordées aux hommes apostoliques dans l'oraison , au lieu de les imiter dans leur application à Dieu, demeurent en eux-mêmes, ne faisant pas l'oraison, mais une simple étude des sujets de leurs sermons dans le temps de leur oraison. Ils font, durant l'heure de leur méditation, ce qu'ils font en autre temps durant le temps de leur étude, à la réserve qu'ils appellent cette étude oraison, parce qu'ils la font dans Theure destinée pour l'oraison. Je sais bien que si dans un sens celui qui étudie fait oraison, on peut dire de même de celui qui prêche, de celui qui va visiter les pauvres, de même de l'artisan qui travaille dans sa boutique, pourvu que toutes ces personnes dirigent leurs actions à l'amour et à la gloire de Dieu. Mais nous ne parlons pas ici de l'oraison prise en ce sens , mais de l'oraison qui applique amoureusement l'esprit à Dieu, qui l'élève à l'union de notre bon Sauveur par des pensées qui enflamment l'âme eu son amour, et qui fait produire plusieurs actes de la volonté en sa divine présence. Il y a bien de la différence de se servir dans les sermons des lumières et des bons mouvements que Dieu a donnés dans l'oraison, ou bien de faire une étude de la matière de ses sermons durant le temps de l'oraison. Le grand secret pour apprendre la science des saints, pour recevoir les plus pures lumières du ciel, n'est pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer. Tout est donné à l'amour, à l'esprit humilié, à un cœur saintement dégagé.

Il y a un certain abus dans plusieurs communautés, particulièrement dans les communautés de filles qui, étant obligées de rendre compte de leur oraison, se gênent tellement l'esprit dans l'application qu'elles ont pour rendre ce compte qu'elles passent une partie du temps à penser et repenser à ce qu'elles diront, en sorte qu'au lieu de s'occuper de Dieu, ou des mystères, ou de quelques vérités chrétiennes par amour de Dieu, elles sont toutes dans l'occupation de leur supérieure, ou mère, ou maîtresse, ou de leur directeur, ne faisant que rêver à ce qu'elles leur diront. Je ne blâme pas ici la pratique établie en plusieurs lieux de rendre compte de l'oraison, mais j'en blâme l'abus. C'est autre chose de rendre compte simplement de ce qui est arrivé dans son oraison, ou bien de s'occuper de ce compte durant l'oraison. Cependant cet abus est fort ordinaire, particulièrement parmi les jeunes personnes qui, n'ayant pas grande facilité de s'expliquer, ou n'étant pas encore fort versées dans l'exercice de l'oraison, dans la crainte qu'elles ont de la confusion, si on les oblige de parler, passent, comme il a été dit, une partie du temps destiné à la méditation à se préparer à cette reddition de compte. Ceux qui gouvernent les novices dans les maisons religieuses, ou qui ont soin des jeunes personnes dans les autres communautés, doivent veiller à empêdier

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cet abus, en donnant avis aux personnes qui sont sous leur conduite, en ne les pressant pas pour ces comptes qu'ils obligent de leur rendre qu'avec une modération qui les laisse dans la liberté de s'occuper de Dieu. ' J'aiquelquefoisdéploré de voirie peu d'esprit d'oraison qu'il y avait dans certaines communautés à raison de cet abus ; le démon ne s'oublie pas dans ces rencontres, car il fait tous ses efforts pour désoccuper les âmes de Dieu et les occuper de la créature, quoique sous de bons prétextes. 11 sait, le malheureux qu'il est, qu'il n'y a pas à attendre de grandes choses dans les communautés, où il y peu d'occupation affectueuse et cordiale de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Sainte Thérèse, au chapilre 19 du Chemin de la perfection, découvre un abus qui arrive, en ce que, dit-elle, quelquefois, pour considérer ce qui est convenable pour nous délivrer du mal, nous nous jetons de nouveau dans le péril. Par exemple, je considère ce que c'est que le monde pour en faire mépris et presque sans y penser nous nous trouvons enveloppés dans les choses qui y sont, que nous y aimons; et quoique nous désirions de les fuir, si est-ce qu'au moins cela nous détourne un peu de penser comme telle chose a été, comme elle sera, et ce que nous ferons.

Enfin la même sainte, au chapitre 11 de sa Vie, enseigne que les méditatifs ne doivent quitter l'oraison pour leurs sécheresses, et appelle cela tirer l'eau du puits à force de bras, et en tirer le seau tout sec sans aucune eau. Il faut aller à l'oraison pour y porter sa croix, et non pas poury avoir de la satisfaction. L'âme qui ira de la sorte ne se rebutera pas, pour les sécheresses, ni pour les distractions , ni pour les obscurités ; elle persévérera courageusement, s'y tenant purement pour le bon plaisir divin. Aussi la sainte, au chapitre 22 de sa Yie, donne avis qu'on ne se mette pas en peine, quand même on ne pourrait pas avoir une bonne pensée, et que ces personnes-là ne sont pas pauvres d'esprit, qui croient que tout est perdu,

auand elles ne travaillent pas avec l'entenement, ou bien qu'elles n'ont pas une dévotion sensible* Il est vrai que c'est un orgueil de rechercher de hautes connaissances: c'est un amour-propre de s'arrêter aux douceurs et plaisirs. 0 que ceux-là se trompent bien qui pensent avoir fait un grand profit, quand ils ont eu de grandes lumières, qu'ils ont trouvé de belles pensées, et qui ne sont pas fâchés de les dire aux autres par une recherche d'eux-mêmes : et c'est une pitié de voir l'applaudissement que plusieurs donnent à ces personnes. J'ai connu de certaines gens , qui sous, prétexte de se dire les lumières de leur oraison , s'étudiaient à qui dirait le mieux, en donnant plus de lieu à la vanité de l'esprit humain, qu'à la vérité de l'esprit de Dieu. J'ajouterai encore ici, «lue les sujets trop amples de méditation accablent la mémoire, et ne donnent pas assez de lieu à l'opération divine, particulièrement dans les oersonnes qui sont un peu

habituées dans les exercices spirituels ; et ayant dit ici-dessus qu'il y a des imaginations faibles, q.ue l'on doit prendre garde de ne pas trop appliquer, je donne ici avis qu'il suffit à ces personnes de se représenter les choses d'une manière intellectuelle, je veux dire sans distinction particulière ni des corps ni des lieux.

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