CHAPITRE XIII
Sentiments de sainte Thérèse qui décrit sa voie et n improuve pas les voies des autres, mais les abus.
Sainte Thérèse , après avoir rapporté les sentiments de quelques personnes spirituelles touchant l'oraison au chapitre ^2 de sa lie et déclaré qu'elle ne voulait pas contredire ces personnes, elle dit ces paroles : « Je veux seulement rapporter ici par quel chemin il a conduit mon âme , et déduire le danger auquel je me suis vue pour m'avoir voulu conformer à ce que je lisais. Quant au reste, je ne m'y entremets point. » Ces paroles font assez voir que la sainte a dessein particulièrement de montrer le chemin par lequel elle a été conduite et que c'est de sa voie qu'elle traite dans ses livres; et quand elle déclare qu'elle ne se mêle pas du reste, elle marque évidemment qu'elle ne prétend pas décider entièrement des opinions qu'elle ne suivit pas, et elle eût mal fait de suivre, Dieu demandant autre chose d'elle. Elle avait lu ces opinions dans quelques livres qui avertissaient de rejeter toute sorte d'imagination corporelle , et de s'appliquer à la divinité, d'autant que l'humanité même de Jésus-Christ embarrassait ceux qui étaient bien avancés ; que ce que l'on doit procurer, est de se représenter qu'on est tout plongé dans la Divinité. Elle enseigne nettement en plusieurs lieux d«> ses livres qu'elle se fût bien trompée d'aller par cette voie et que le diable l'a voulu surprendre par là. Elle exhorte ses filles mêmes de ne point croire aux personnes qui les voudraient conduire par ce chemin , parce qu'enfin cette grande amante de l'adorable Jésus proteste qu'elle ne peut souffrir que l'on quitte du tout Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Mais elle ne laisse pas de dire au chapitre 7 de la demeure 6e du Château intérieur , que possible elle s'abuse , et qu'elle dit la même chose que les autres : Voici ses paroles : « Possible que je m'abuse et que nous disions tous la même chose. «Voici encore ce qu'elle dit au chapitre 22 de sa Vie : Néanmoins je ne le contredis pas, parce que ce sont des personnes de lettres et spirituelles, et qui savent bien ce qu'elles disent qui avancent ceci, et parce que Dieu conduit les âmes par plusieurs voies. Ce qui l'empêche donc de contredire ces sentiments est non-seulement parce que ce sont des personnes savantes et pieuses qui les soutiennent , mais parce qu'il y a plusieurs voies par lesquelles Dieu conduit les âmes. Or si elle demeure d'accord qu'il y a plusieurs voies, et voies même de l'esprit de Dieu, et qui sont autres que celle dont elle parle, il est bien clair qu'elle ne les improuve pas : car comment improuver des voies par lesquelles Dieu conduit? et que c'est principalement de la sienne dont elle traite, et quant au reste qu'elle ne s'y entre-
LE REGNE DE DiEL EN L'ORAISON MENTALE. -L1V. i".
met pas, comme elle parle, ainsi que nous venons de rapporter ci-dessus.
11- serait même bien difficile de soutenir les sentiments de cette séraphique sainte, si, comme quelques-uns veulent, elle était d'avis qu'en toutes sortes d'états, on n'eût point d'autre application qu'à Notre - Seigneur Jésus- Christ, et qu'on dût se servir toujours d'images et avoir toujours des connaissances distinctes. Car comment l'accorder avec saint Bernard et les autres saints qui ont eu d'autres sujets de leur contemplation , comme par exemple les fins dernières? Saint Bernard, que nous venons de citer, assure qu'il avait besoin de les considérer de temps en temps. Comment l'accorder avec tous ceux qui ont écrit des sujets d'oraison , car ils en ont donné d'autres que ceux de la vie et passion do Notre - Seigneur , comme il a déjà été dit? Comment l'accorder avec l'expérience journalière qui ne laisse pas lieu de douter que plusieurs âmes sont appliquées aux attributs et perfections de Dieu, à la présence de Dieu en toutes choses , et à plusieurs autres vérités de la religion? Il y aurait même du danger de se blesser la tête si on voulait sans cesse conserver l'image de Notre-Seigneur dans l'imagination. C'est pourquoi Alphonse Rodriguez, auteur si considéré dans les choses spirituelles, donne avis qu'il y faut prendre garde et recommande fort la présence de Dieu par foi. Je sais qu'il y a des âmes privilégiées qui ont toujours l'image de Notre-Seigneur , mais c'est par grâce spéciale et extraordinaire. Mais écoutons parler la sainte au chapitre 12 de sa Vie « Je ne veux pas dire ici qu'il ne faille pas porter et élever sa pen^ sée aux merveilles du ciel, aux grandeurs de Dieu et à son éminente sagesse ; car bien que je ne l'aie fait , n'ayant pas l'habileté et l'adresse requises, si est-ce que toutefois d'autres personnes en tireront du profit. » Voyez-vous comme elle loue et approuve ces voies qui ne sont pas la sienne? Dans !a h' demeure du Château intérieur parlant de la vue de Dieu présent en soi, elle dit: Cela est bon, et c'est une manière excellente de méditation, parce qu'elle est fondée sur la vérité. Au chapitre 28 du Chemin de perfection, traitant de la présence de Dieu en nous, elle assure que l'âme n'a pas besoin d'aller au ciel ni de crier à haute voix, et dans le même chapitre, que celles qui se pourront ainsi renfermer dans le petit ciel de notre âme, où est celui qui l'a faite et qui a créé le monde, croient qu'elles marchent par un excellent chemin, et qu'elles viendront enfin à boire de l'eau de la fontaine, car elles font beaucoup de chemin en peu de temps. Elle dit encore que cette oraison s'appelle recueillement, parce que l'âme recueille toutes ses puissances et entre au dedans de soi avec son Dieu , et son maître l'enseigne plus promptement et vient à lui donner l'oraison de quiétude en moins de temps que par toutes les autres voies. Voilà donc comment la glorieuse sainte appelle ce chemin bon , elle ne l'improuve
donc pas; elle l'appelle excellent, donc elle l'estime et le loue ; elle déclare que l'on en tirera du profit et qu'enfin on viendra à boire de l'eau de la fontaine, elle le croit donc avantageux et plein de grandes grâces. Elle marque que l'on fait beaucoup en peu de temps par cette manière d'oraison, que c'est la voie la plus courte pour arriver à l'oraison surnaturelle, telle qu'est celle de quiétude ; donc les personnes qui s'y adonnent font très-bien, selon le témoignage de cette grande maîtresse de la vie spirituelle. Cependant penser aux merveilles de Dieu, à ses grandeurs, à son éminente sagesse, croire Dieu présent ne demande pas d'images. Mais comment, dira quelqu'un, la sainte semblet-elle en d'autres lieux dire le contraire? Je réponds que dans ces lieux-là elle parle de sa voie, ou bien qu'elle crie contre les abus dont nous allons parler.
Pour ce sujet je remarque touchant l'abstraction des choses corporelles, le dénûment de toutes images, qu'il arrive qu'on les quitte trop tôt et hors de temps sans y garder la modération requise, qu'on s'élève faussement par soi-même, ce que la sainte appelle suspendre l'entendement : qu'on fait ces choses sans mouvement de grâce qui y attire, mais par les tromperies d'une nature superbe, ou par l'imagination déçue par la lecture de quelques livres , qui pense être dans les états lus, et la sainte crie contre cet abus.
Je remarque de plus, touchant l'image de Notre-Seigneur, qu'on peut la rejeter quand elle se présente sous prétexte qu'elle sert d'obstacle dans l'union avec Dieu , ou bien qu'on n'apporte pas la diligence requise pour se la procurer quand un ne l'a pas, soit dans l'oraison active, soit dans la passive, quand l'âme est laissée en partie à ses industries : car lorsque le trait est totalement passif, tout ce que l'on a à faire est de ne rien faire, et laisser agir Dieu se laissant aller à ses attraits divins par un simple acquiescement et une parfaite soumission. Or la sainte ne peut souffrir qu'on rejette l'image de Notre-Seigneur quand elle se présente, ou qu'on ne la recherche pas lorsqu'on en est privé, chacun conformément à sa grâce; et elle enseigne que c'est une source de quantité d'abus et de dangers contre lesquels elle crie.
C'est une tromperie, dit-elle, de croire que le souvenir de ^otre-Seigneur serve d'obstacle aux plus hautes unions. O Monseigneur! s'écrie cette amante du Fils de Dieu, est-il possible que cette pensée me soit venue dans l'esprit un seul moment, à savoir que vous me détourniez d'un plus grand bien, et d'où me sont venus tous les biens que je possède sinon de vous? Le voilà notre compagnon au très-saint Sacrement de l'autel, mais en sorte qu'il semble qu'il n'a pas été en son pouvoir de se séparer un moment de nous, et après cela, Monseigneur, que j'aie pu m'éi'oigner de vous pour vous rendre plus de service : retirer ^a pensée des choses corporelles, certaine-
nient cela doit être bon; ce que je voudrais faire comprendre , c'est que la très-sacrée humanité de Notre-Seigneur ne doit pas entrer dans ce rang. Mais ils allèguent, dit-elle dans le Château intérieur, ce que Notre-Seigneur dit à ses disciples, qu'il était expédient qu'il se retirât. Je m'assure qu'il ne le dit point à sa bénite Mère, parce qu'elle était bien ferme dans la foi, puisqu'elle savait bien qu'il était Dieu et homme tout ensemble, et quoiqu'elle l'aimât plus qu'eux, c'était néanmoins avec tant de perfection qu'au lieu de recevoir du dommage de sa présence corporelle, elle en tirait de l'aide et du renfort pour son avancement. Or les apôtres n'étaient pas lors si affermis dans la foi comme ils ont été depuis, et comme nous le devons être à présent. Je vous dis, mes filles, que je tiendrai ce chemin pour dangereux (elle entend celui où l'on rejette l'image de Noire-Seigneur) et que par là le diable nous pourrait enfin faire perdre. Le bienheureux Père Jean de la Croix, au chapitre premier du livre m de la Montée du Mont- Carmel, enseigne qu'il n'est nullement convenable de lâcher d'oublier la très-sainte humanité du Fils de Dieu, attendu que par elle on montera plus facilement au plus haut de l'union , et que l'étude d'oublier les notices et figures ne s'entend jamais de l'image de Jésus. La raison de cela est que l'adorable Jésus est Dieu et homme; ainsi s'il est la voie, il est la vérité et la vie. S'il est le moyen, il est la fin.
Mais il faut prendre garde à ne se pas arrêtera la seule humanité, ou même s'y arrêter principalement, en sorte qu'elle soit le principal objet qui remplisse l'esprit, mais il la faut voir comme absorbée dans la divinité. C'est donc Dieu principalement qu'il faut regarder dans cette humanité sainte, un Dieu qui souffre, un Dieu chargé d'opprobres, un Dieu qui naît dans une crèche, un Dieu qui meurt sur la croix. O quel étrange spectacle à l'âme pénétrée des grandeurs de la Divinité ! C'est pourquoi le P. Simon, de Bourg en Bresse, estime que l'on doit bien, et même dans les commencements, considérer les grandeurs de Dieu et ses perfections infinies, afin que l'on puisse mieux considérer la dignité de la personne de Jésus-Christ dans ses anéantissements épouvantables ; et il pense qu'on aura de la peiné à le bien faire , à moins qu'on ne soit habitué à la vue de la Divinité et dans l'exercice de sa divine présence. 11 n'estpas nécessaire d'aller chercher Notre-Seigneur en Jérusalem et de s'occuper de toutes les circonstances de sa douloureuse passion : cela est pourtant excellent en son temps ; mais il y a d'autres temps où une simple vue suffit, soit de Notre-Seigneur en la crèche, ou en la colonne , ou sur le Calvaire , ou en quelque autre mystère, selon l'attrait que l'on en aura. Le P/Canfeld dit que l'image de la Passion ne doit pas être universelle, mais de quelque point particulier, afin qu'elle demeure imprimée davantage. Ce conseil est bon . mais enfin les attraits :-ont différents.
A plusieurs il suffit de se représenter Notre- Seigneur d'une façon intellectuelle, c'est-àdire confusément sans faire distinction des membres et des parties du corps; et cette manière est plus propre ordinairement aux personnes avancées, qui conçoivent Jésus- Christ homme et Dieu d'une seule vue d'esprit, sans aucune pensée distincte. Le tout cependant consiste à suivre l'attrait de la grâce ; et si quelquefois l'imagination est remplie de la forme de l'homme, toujours la foi ne se sert d'aucune forme dans le simple regard de Dieu dans l'humanité.
Une autre tromperie qui arrive, selon sainte Thérèse, dans le peu d'application à Notre-Seigneur, est que l'âme n'est pas assez soutenue par ces vues simples de la Divinité; et elle appelle cela marcher en l'air. Elle rapporte qu'ayant voulu s'entretenir, dans un absorbement, sans tant penser en Notre-Seigneur, elle avait été dans l'abus, et qu'elle avait beaucoup perdu de temps, ne profitant pas dans les vertus et dans l'oraison, et que c'en était la cause, qu'elle ne savait pas, jusques à ce qu'un serviteur de Dieu lui eût fait connaître. C'est pourquoi saint François exhortait les siens de feuilleter jour et nuit le pieux livre de la Passion de Notre-Seigneur : et on voit, disait-il, que Dieu communique sa grâce à ceux qui le suivent en la susdite façon, et au contraire, qu'il la retire de ces présomptueux qui disent se vouloir joindre à lui par d'autres voies, qui ne sont que chimères, sans qu'ils sortent jamais d'eux-mêmes : aussi, les voiton enfin tomber malheureusement. 11 est bien vrai que le plus efficace moyen de triompher du diable, du monde, de la chair et de ses inclinations, est la vue de la Vie et Passion de notre bon Sauveur. En la seule vue de la Divinité, nous ne trouvons pas ces exemples ravissants d'humiliations, de mépris, d'opprobres, de mort et d'anéantissement. Que plusieurs prennent garde à ce (pie disent saint François et sainte Thérèse, h ne pas perdre le temps, ne pas profiter dans les vertus, à ne pas sortir d'eux-mêmes. C'est une chose assez ordinaire de trouver bien des gens qui s'adonnent à l'oraison, et, dans une élévation d'oraison assez simple, qui, après bien des années, sont dans un amour merveilleux d'eux-mêmes, sensibles a ce qui les touche, curieux de ce qui les regarde, attachés à leurs familles, enfants, intérêts; désireax d'être aimés des créatures et d'être bien venus dans les compagnies, s'attachent aux bonnes personnes quand ils se séparent des autres; et ils seraient bien fâchés de n'être pas en estime parmi les gens de bien. De là il leur arrive un empressement de les entretenir, d'en recevoir des lettres, de dire qu'ils les connaissent; ils courent plus par nature que par grâce aux bonnes œuvres, voulant être de tout, se mêlant de tout, ne faisant que parler, que voir, qu'être vues.
Sainte Thérèse avertit «l'une autre tromperie qui se rencontre en ce que, quand l'on ferait quelque progrès, après tout, l'on n'a-
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vancera pas dans les voies de l'amour divin, comme l'on ferait par la vue de notre divin Maître. Elle assure qu'ils n'entreront pas dans les dernières demeures, et que ce sera beaucoup s'ils demeurent dans les autres aveu assurance. Elle tient que c'est pour cette raison que plusieurs âmes, qui sont parvenues à l'oraison d'union, ne font plus de progrès, et que celui qui n'aura passé l'oraison d'union pourra bien croire l'opinion contraire meilleure, comme autrefois elle l'avait fait.
La sainte se plaint de l'ingratitude et du peu d'amour que l'on aurait dans l'oubli de ce que Dieu a opéré si amoureusement pour notre amour : et de vrai, quel moyen de ne pas aimer celui qui nous a tant aimés, et quel moyen de l'aimer sans penser à lui? Dieu, le Dieu de toute grandeur, s'anéantit jusques à prendre la forme d'un enfant : le Dieu de toute gloire quitte le ciel pour se mettre dans une étable avec des bêtes; l'Etre des êtres meurt sur un gibet, et tout cela pour l'amour de l'homme, et l'homme le Taissera-t-il dans ces opprobres et anéantissements sans l'y considérer, sans y penser? O quelle ingratitude! Mais que deviendra la connaissance de Jésus-Christ et de ses mystères? n'est-ce pas en cela que se trouve la vie éternelle? 4
Enfin, la séraphique sainte déclare, de plus, un autre abus, qui est que le dénûment de toutes formes et une trop grande abstraction pourraient bien faire perdre la dévotion de Notre-Seigneur, de la très-sacrée Vierge et des saints. Voici comme elle parle au chapitre 7 de la sixième demeure du Château intérieur : « Quelques âmes aussi croient qu'elles ne peuvent penser à la Passion de Noire-Sauveur, et moins encore à la sainte Vierge et à la vie des saints, dont la mémoire nous apporte tant de profit et nous donne tant de courage. Pourquoi je ne puis comprendre à quoi elles pensent, se retirant ainsi de toutes les choses corporelles, parce que d'être toujours embrasé d'amour, cela est propre aux esprits angéliques, et non pas à nous qui sommes détenus en la prison de ce corps mortel; qui avons besoin de traiter, de penser, et d'avoir la compagnie de ceux qui, vivants dans cette chair corruptible, ont fait des oeuvres si héroïques pour Dieu. Rusbroche dit que les faux oisifs croient avoir passé au delà de toutes choses, et que selon leur jugement, ils ont passé au delà de tous les exercices, et sont parvenus en un simple et pur repos; et ils ne s'arrêtent en aucune manière aux pratiques de l'Eglise. »
11 faut, après cela, remarquer, comme je l'ai déjà insinué, que dans l'oraison entièrement passive, l'âme n'a qu'à se laisser aller au trait de l'esprit de Dieu qui s'y communique quand il lui plaît; et il n'est pas souvent à son pouvoir de rien faire autre chose, sinon de souffrir l'opération divine. J'appelle n'être pas au pouvoir, quand bien même il n'y aurait qu'une très-grande difficulté, et qu'on ne pourrait se dépendre de l'attrait qu'avec des peines extrêmes, quoi-,
que absolument on le pût faire. L'état étant reconnu pour venir de l'esprit de Dieu, il faut se tenir en repos. Or, dans l'état entièrement passif, quelquefois la simple vue de Notre-Seigneur, soit confuse, soit évidente et distincte, quelquefois aussi la vue de l'humanité sainte est ôtée. En ce cas, dit sainte Thérèse, quand Dieu veut suspendre toutes les puissances, à la bonne heure; car, encore qu'on ne le veuille, on lui fera quitter l'exercice auquel elle est. Elle dit que ce que l'on perd pour lors n'est que pour le mieux retrouver. Le bienheureux P. Jean de la Croix, au liv. ni de la Montée du Mont- Carmel, chap. 1, dit que quelquefois, au haut de la contemplation et simple vue de la Divinité, l'âme ne se souvient plus de la très-sainte humanité, parce que Dieu élève l'esprit de sa main à cette comme confuse et très-surnaturelle connaissance. Don Barthélemi des Martyrs, en la seconde partie de Y Abrégé y chap. il, enseigne que lorsque l'âme se repose immédiatement et jouit de la pure union divine, elle n'a plus besoin d'aucune image, et que c'est de la manière qu'il faut admettre l'opinion de plusieurs, qui disent que l'union peut être empêchée par quelques sortes d'images que ce soit, commo .es images des mystères de l'humanité e* des attributs divins; mais que si l'on entend vjue ces images, toutes et quantes fois qu'elles se présentent à celui qui contemple purement, empêchent la vigueur et perfection de l'union, il croit que cela est faux; car ces images, non-seulement n'empêchent pas, mais ont coutume d'avancer. Cela veut dire que l'image de l'humanité même étant ôtée dans l'union simple de la Divinité, on ne doit pas se peiner pour l'avoir, mais hors de ce temps-là on ne la doit pas rejeter. Mais quand le Saint-Esprit applique passivement l'âme, elle ne doit plus agir par sa volonté, ni par son choix : ainsi qu'elle reçoive ce qui lui sera donné, lumières ou ténèbres, vue confuse ou distincte, regard de Jésus- Christ ou de la seule Divinité.
Il y a aussi à considérer une chose dans ceux qui sont dans l'oraison entièrement passive et par état, qu'il est bien difficile que quelquefois ils ne pensent à Noire-Seigneur et à ses mystères, quoi que ce ne soit pas par des considérations raisonnées. «Les âmes qui sont parvenues, a dit sainte Thérèse, » à la parfaite contemplation, ont raison de dire qu'elles ne peuvent plus avoir de ces considérations; mais elles n'auraient aucune raison de dire qu'elles ne peuvent se souvenir des mystères, spécialement quand l'Eglise lescélèbre, lesconsidérant d'un simple regard." » Elle ajoute, que si on ne fait cela, c'est bien fait de le procurer. Celle qui dirait (elle déclare toutes ces choses dans le chap. 7 de la sixième demeure du Château intérieur) : je demeure toujours dans un état, je tiendrais la chose pour suspecte, je parle de celle qui ne peut jamais faire co qui a été dit ( c'est-à-dire de penser à Notre Seigneur et à sa sainte Mère) et vous prie de le croire ; ainsi tâchez de sortir de cet abus,