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et mettez toutes vos forces pour vous défaire de cet absorbement.
Que si elles ne sont pas suffisantes pour vous en retirer, dites-le à la prieure, afin qu'elle vous donne un olfice où il y ait tant «l'occupation, que cela vous délivre de ce danger. Cette sainte a grande raison de parler de la sorte, et de donner ces avis aux religieuses de son ordre, que les autres communautés, et directeurs ou maîtres et maîtresses des novices doivent peser. La nature et le démon souvent contribuent à mettre l'âme dans un certain absorbement, comme parle la sainte, qui met dans l'oubli de toutes choses, et même les plus saintes, et quoiqu'il y ait de l'opération divine, et je veux môme de celle que les mystiques appellent surnaturelle ou extraordinaire : il s'y fait un mélange de la nature et de l'opération du malin esprit; c'est pourquoi il est à propos de retirer l'âme de cet absorbement.
Cet abus étant remarqué pour éviter toujours les extrémités, il faut savoir que l'on trouve de certaines âmes véritablement conduites par l'esprit de Dieu, et dont la bonne vie en est un très-grand témoignage, dont la passiveté est si grande et si continuelle, qu'elles ne sont jamais laissées à leurs industries. Or l'on voit de ces âmes qui passent plusieurs années dans la contemplation confuse et générale, sans avoir des vues distinctes, et sans aucune application aux mystères, et même durant le temps que l'Eglise les célèbre. L'ermite dont j'ai parlé était en cet état lorsque je le vis. J'ai connu plusieurs bonnes âmes conduites de la sorte, et leur ayant conseillé de s'appliquer au souvenir de Notre-Seigneur, ce que je tâche toujours défaire aux âmes qui veulent bien quelquefois s'abaisser jusque-là que de prendre mes petits avis, elles ne l'ont pu faire. La très-vertueuse mère de Chantai, dont la vie est une odeur de vie divine et sainte, a été conduite de même manière ; et comme elle était en peine de ce que pendant même les plus grandes fêtes, son esprit ne pouvait s'appliquer aux mystères que la sainte Eglise honore en ce temps-là, elle eut recours à saint François de Sales, qui lui fit réponse qu'elle demeurât dans le repos, et que n'ayant pas le souvenir des mystères elle en "avait l'essence, il voulait dire la fin, qui est Dieu et sa divine volonté. Il faut donc prendre garde que les avis généraux, quoique très-bons et nécessaires, H que l'on doit suivre ordinairement, ne doivent pas être appliqués à de certaines âmes, dont l'esprit de Dieu veut être maître idisolument ; et ces âmes ne doivent pas se gêner pour ce qu'elles lisent ou entendent, »t ceux qui les conduisent doivent faire attention a la conduite particulière de Dieu .sur elles.
Enfin quelques-uns ont remarqué trèsjudicieusement ce que la vénérable Mère .Madeleine de Saint-Joseph, religieuse carmélite de sainte mémoire, dit, qu'il se glissait un grand abus en notre siècle, sous prétexte de hautes élévations à Dieu dans
l'oraison, qui mettait les âmes dans de faux étals d'une union admirable, et semblable à celle de la bienheureuse Catherine de Gênes. Ces personnes ont des termes extraordinaires, toutes leurs lumières sont ravissantes; niais le malheur est que l'extase d'opération ne suit pas celle de Ja pensée. Pendant que leur esprit se porte aux choses les plus sublimes, leur cœur se trouve encore engagé dans des affections fort basses, elles ne parlent que le langage des anges, et vivent d'une vie fort humaine : et ce qui est déplorable, est que quelquefois ils ne connaissent pas leur illusion. Comme elles ne parlent et ne rêvent que de hautes élévations, elles s'imaginent être fort élevées, aussi bien que leurs directeurs qui sont trompés avec elles. Cela n'empêche pas qu'il ne se trouve des âmes dans des voies éminentes de la perfection, dans une pureté admirable de l'amour divin, dans une véritable haine d'ellesmêmes, et grandement favorisées de Notre- Seigneur, dont le bras n'est pas raccourci pour parler de la sorte, et qui dans tous les temps a ses favoris, et des personnes, choisies. Le grand cardinal Bellarmin appelait notre siècle le siècle des saints. Le P. de Condren estimait qu'il y en avait un trèsgrand nombre de cachés; les sentiments de ces grands personnages, qui ont été la lumière de notre siècle, sont beaucoup à révérer : et enfin il me semble que le tout se réduit à bien examiner les choses devant Dieu. Il est écrit qu'il faut éprouver les esprits; il est écrit qu'il ne faut pas étouffer l'esprit. C'est une chose également blâmable, de croire trop facilement et avec légèreté , ou bien de ne pas croire quand il y en a de véritables fondements.
CHxVPITRE XIV.
Qu'un chacun doit marcher par sa voie, mais
toujours dans l'union avec Notre-Seigneur
Jésus-Christ.
Quoique j'aie insinué cette vérité en plusieurs lieux des chapitres précédents, je la crois de telle importance et si nécessaire, que j'ai estimé qu'il était à propos d'en faire un chapitre en particulier, pour donnée lieu d'y faire plus d'attention ; car enfin le grand secret des voies de Dieu, est de n'aller ni au deçà, ni au delà de la grâce, car ce serait être dans la nature, mais de lui adhérer avec fidélité. Ce ne sont pas les états élevés qui font notre perfection, les moindres états ne l'empêcheront pas non plus. 11 n'y a qu'à faire ce que Dieu demande de nous ; le tout consiste à accomplir la divine volonté. Qu'avons-nous donc à faire, sinon nous mettre dans une parfaite indilférence pour tout ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner de nous? Sainte Thérèse, au chap. 18 du Chemin de perfection, dit qu'il faut se disposer à recevoir tel état d'oraison qu'il plaira à Notre- Seigneur. non pas seulement une année, ni deux, ni dix, car à la vérité, il faut que ce soit pour toujours.
Quelqu'un dira : Mais n'est-ce pas une bonne chose que d'avoir des lumières? les
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oraisons de quiétude et d'union ne sontelles pas des états excellents et des dons de Dieu? Pourquoi donc ne pas désirer ce qui est bon? pourquoi ne pas aspirer après les dons de Dieu? Notre séraphique sainte répond au chap. 9 de la sixième demeure du Château intérieur, qu'au lieu de désirer d'aller par de certaines voies, le plus sûr est de ne vouloir que la volonté de Dieu. Tout ce qui est bon ne nous est pas bon ; tous les dons de Dieu ne nous sont pas propres. La lumière est bonne, il est vrai; mais combien se sont perdus dans l'abondance de leurs clartés! combien sont demeurés attachés à eux-mêmes par une secrète complaisance de ce qui se passait en euxl La vue qu'ils en avaient les éblouissait, et les mettait même dans l'aveuglement de certains défauts, quoique très-notables. Si Dieu nous met dans la lumière, qu'il soit béni ; mais s'il nous veut dans les ténèbres, bénissons-le. Les directeurs doivent prendre garde en élevant beaucoup de certains états, de ne pas porter imperceptiblement les âmes h les désirer, les tenant toujours dans une entière indifférence. Un directeur qui dira souvent : Je voudrais bien un tel état de lumière ou un tel état de repos, insensiblement donnera les mêmes désirs à ceux qui sont sous sa conduite. O mon Seigneur, qu'il vaut bien mieux perdre tous ses désirs en votre bon plaisir 1 vous savez à quoi un chacun est propre, et vous avez plus de soin de nous, que nous n'en pouvons avoir nous-mêmes. Sainte Thérèse, au chap. 17 du Chemin de perfection, apprend qu'elle a été durant bien des années sans pouvoir méditer qu'avec un livre, et à même temps donne avis que les personnes qui n'ont que la méditation doivent s'en contenter ; que Notre- Seigneur leur payera tout d'un coup dans le ciel, qu'il nous faut toujours laisser conduire par Notre-Seigneur; et au chap. 22 de sa Vie, après avoir blâmé ceux qui veulent s'élever, elle ne laisse pas d'assurer qu'il n'y a rien à craindre quand Notre-Seigneur veut que l'âme soit Marie, bien que ce soit dès le premier jour. Si donc l'esprit de Dieu nous élève, laissons-nous tirer à ses divins mouvements ; s'il nous arrête dans les dernières places, demeurons-y, car si après plusieurs années, dit notre sainte au chapitre 17 du Chemin de perfection, il veut que chacune serve encore en son office, ce serait une plaisante humilité si vous vouliez pour lors choisir : les uns se trouvent bien d'une manière d'oraison, dit Grenade et les autres d'une autre.
Mais en quelque état que l'on soit, il faut toujours être dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, et cela ne se peut autrement, demeurant dans la grâce et dans l'amour de Dieu. Jésus-Christ est en vous, crie l'Apôtre aux Corinthiens, si ce n'est que vous soyez réprouvés. [II Cor. xm, 5. } 11 est dans ses fidèles par sa grâce et par son amour, il y est même par sa présence corporelle en la divine Eucharistie, qui leur étant donnée, il les nourrit de son corps et
de son sang, et ils ne deviennent qu'une même chose avec lui ; de telle sort.e, que les saints Pères n'ont pas fait île difficulté d'assurer, que comme de deux masses de cire fondues et mêlées l'une avec l'autre, il ne s'en fait qu'une seule masse; de même, enseignent-ils , il ne se fait qu'une même chose du fidèle et de Jésu^-Christ par la réception de la divine Eucharistie. C'est comme les Pères parlent ; mais le Fils de Dieu dit encore bien plus, lorsqu'ildemande que nous ne soyons qu'une même chose avec lui, comme il estavec son Père.Ohl que si les chrétiens savaient bien ce que c est que d'être chrétiens , s'ils connaissaient leur dignité et leur état : n'être qu'une même chose avec un Dieu-homme ! cela est bientôt dit, mais la signification n'en est pas sitôt comprise. O mon Dieu et mon Sauveur 1 n'être qu'une même chose avec vous 1.0 mon âme, mon âme 1 avons-nous jamais bien pénétré cette vérité? Jésus est notre chef, nous sommes ses membres, mais il n'est pas au chef, et hors des membres, il est tout au chef, et tout dans les membres. Ce n'est donc pas assez de le reconnaître au chef, il faut aussi le reconnaître dans les membres : mais, ô mon Dieu! oh! quel anéantissement le chrétien doit porter afin que Jésus soit tout en lui, que Jésus pense et aime en lui, que Jésus regarde et écoute en lui, que Jésus parle, mange, boive, souffre, agisse en lui ! Quelle sainteté dans notre estime, notre amour, nos regards, nos paroles, nos actions et souffrances, afin qu'elles soient de Jésus! Mais quel respect pour nos corps, s'ils sont les membres de Jésus 1 quelle attention à notre vie, si elle est la vie de Jésus! quelle consolation dans nos souffrances, si elles sont les souffrances de Jésus !
â' L'âme donc véritablement fidèle n'agit que par Jésus, en Jésus et pour Jésus. Il est toutes ses affections, tous ses désirs, toute sa joie; elle ne goûte que lui seul en toutes choses; elle ne connaît que lui seul en sa sainte Mère, dans tous les élus; enfin il est son grand et unique Tout en toutes choses. Cette union est nécessaire à tous les fidèles amants du Fils de Dieu. Elle leur est commune, mais l'application de leur esprit n'est pas égale. Jésus-Christ était le grand Tout de la bienheureuse Catherine de Gênes et de sainte Gertrude, il vivait et régnait en ces deux saintes âmes; mais leur application était bien différente. Sainte Gertrude était toute dans l'application de l'humanité sainte, la bienheureuse Catherine de Gênes toute dans l'application de la divinité : et l'on rapporte dans une révélation faite à une sainte personne , que Notre-Seigneur lui dit parlant de ces deux saintes, que l'une était la sainte de son humanité, et l'autre la sainte de sa divinité : et cependant il est indubitable que la bienheureuse sainte Catherine de Gênes était aussi bien appliquée par Jésus à la divinité, que sainte Gertrude à la. sainte humanité, et que toutes les deux n'agissaient, ne soutiraient, ne recevaient
OELYHES COMPLETES DE BOL DON
des grâces que par Jésus, n'y ayant point d'autre nom en la vertu duquel nous puissions rien faire de bien. L'âme donc unie à Jésus est appliquée selon son plaisir où il Jui plaît, nous sommes tous ses membres; mais tous les membres n'ont pas la même action. Ceux-ci sont les lumières de l'Eglise, ils en sont donc les yeux; ceux-là comme la bouche, étant destinés pour l'administration de la divine parole ; quelques-uns, comme les pieds et les mains, par les occupations de la vie active. Mais c'est à notre divin chef de donner le mouvement à ses membres, pour ce qu'il lui plaît , et non pas à ses membres de le prendre d'eux-mêmes.
C'est à lui de donner telle occupation à notre esprit qu'il voudra. Ainsi il occupe les uns très-particulièrement de la sainte humanité, et il occupe les autres des perfections divines, de l'éternité, et d'autres grandes vérités. 11 y a celte différence que l'occupation de son humanité très sainte fait bien sentir que c'est lui, et celle qui n'est que de la simple foi de sa divinité présente, n'est pas perceptible de la sorte. Mais l'âme, dit un pieux auteur, allant par Je désert de la foi est toujours appuyée sur son bien-aimé, quoiqu'elle ne sente pas son appui, et que souvent même elle n'y pense pas. Je conclus donc, disant qu'un chacun doit marcher par sa voie sans condamner celle des autres; que toutes les voies véritables sont par Jésus, et dans l'union avec Jésus, quoique sous des notions différentes; que généralement parlant , l'on doit même de temps en temps avoir de l'application à Jésus-Christ, quoique l'on marche par l'oraison simple de la présence de la divinité, ou par la contemplation de quelque vérité de la religion, pour obvier aux abus que l'on a remarqués. Qu'après tout, les règles ont de certaines exceptions, comme il se voit en madame de Chantai , et en plusieurs âmes saintes, qui ont été dès longtemps sans pouvoir être occupées dès mystères de INotre-Seigneur, même dans le temps des plus grandes fêtes: niais toutes sans réserve ont toujours été dans l'union avec ce divin Sauveur, toujours aooliuuées par lui, quoique non pas à lui.