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CHAPITRE XV

Du fond de lame.

Nous avons cru devoir parler du fond de .âme, d'autant que c'est une erreur assez ordinaire de confondre les deux portions de l'âme raisonnable, les prenant toutes deux pour la partie suprême, et n'entendant autre chose par la partie inférieure que l'appétit sensitif. La suprême partie de l'âme, dit l'éloquent évêque du Bellay en son livre de la Réformation intérieure, a été ignorée nouseulcment de la plus grande partie des pli i — losophes,mais encore de plusieurs chrétiens, même de grands théologiens qui ne l'ont pas voulu reconnaître, mettant le faîte de 1 âme dans l'étage moyen, qui est celui des puissances. De là vient, que Dieu les touchant souvent en cette portion, où sont les principales atteintes , comme le lieu où se

communique sa grâce plus immédiatement, grâce qui de là se répand aux autres étages inférieurs, ils y correspondent si peu, semblables à Samuel, qui appelé de Dieu répondait à Héli ; car attirés en ce faîte de l'âme, ils cherchent Dieu dans les puissances qui sont dans un département plus bas et plus sujet à multiplicité. Il faut donc soigneusement établir trois étages en l'âme, deux en la partie raisonnable, et un en l'appétit sensitif, et ne se contenter pas, quand on parle de la partie raisonnable, de l'appeler simplement supérieure, pour dire suprême, et quand il est question de marquer la cime de l'esprit.

Si vous me demandez, dit encore ce grand prélat, quelle différence il y a entre les puissances de l'âme et le centre, je vous dirai qu'elle est telle que celle qui se trouve entre l'unité et la multiplicité, entre la simplicité et le mélange. Le propre acte du fond ou centre, est de rendre plus subtiles et plus simples ceux des puissances; de sorte que ce qui est distinctement dans l'entendement, la mémoire et volonté, semble comme réuni dans celte unité de l'essence de l'âme par une simple vue, acquiescement : car s: la foi est dans l'entendement avec beaucoup de ratiocinations et de discours, si la mémoire se remplit des espérances des divines promesses, si la volonté nourrit en soi la charité par divers motifs, la cime et suprême pointe de notre esprit admet tout cela d'une façon si nue et si pure, qu'il semble que cette multiplicité y devienne comme unité ; et, tout de même que de nos deux yeux et de nos deux oreilles il ne se fait qu'une vue et qu'une ouïe, aussi ce qui est regard en l'entendement et amour en la volonté, ne semble être qu'un regard amoureux en l'unité de l'esprit. Ce fond de l'âme a en soi généralement ce qui est répandu en particulier par toutes les autres facultés : mais il l'a d'une façon beaucoup plus pure et plus excellente; de sorte que sa fonction, et en étendue et en éminence, surpasse toutes les autres fonctions. C'est un acte puissant, qui dans sa simplicité, contient la force de tous les autres.

Nous remarquons, écrit saint François de Sales, au livre i de Y Amour de Dieu, chap. 11, manifestement en notre âme, en tant qu'elle est raisonnable, deux degrés de perfection, que le grand saint Augustin et après lui tous les docteurs, ont appelés deux portions de l'âme, l'inférieure et la supérieure. 11 ajoute dans le même chapitre : Or, ce n'est pas pourtant à dire qu'il y ait en l'homme deux âmes ou deux natures, comme pensaient les manichéens; et après avoir apporté l'exemple de Notre-Seigneur, qui demande dans le jardin des Olives que Je calice de sa passion soit transporté de lui, il dit ces paroles: Par où l'on remarque clairement que la portion inférieure de l'âme n'est'pas la même chose que le degré sensitif d'icelle, ni la volonté inférieure une même chose avec l'appétit sensuel : car l'appétit sensuel, ni l'âme dans son degré sensitif ne sont pas capables de

faire aucune demande ni prières, qui sont des actes de la faculté raisonnable.

Le P. Simon, de Bourg-en-Bresse, religieux capucin, admet en son livre De Coraison trois sortes de connaissances. Une première faculté connaissante, qui est la sensitive, composée de tous les sens intérieurs et extérieurs, qui est suivie de l'appétit scnsitif, formé de l'irascible et concupiscible. Une seconde faculté, qui est la raisonnable, c'est-à-dire l'entendement en tant qu'il déduit une conséquence d'une autre : à cette faculté correspond l'appétit raisonnable , qui est la volonté, en tant qu'elle se porte au bien qui lui est représenté par raisons : et quand l'entendement déduit ses connaissances des objets sensibles, et de l'imagination, emportant avec soi la volonté, il est nommé la portion supérieure de la raison. La troisième faculté connaissante est appelée intelligence, et est le même entendement, en tant qu'il connaît par une vue simple, sans discours, d'une manière angélique. A cette faculté correspond la volonté, en tant qu'elle est portée au bien par cette simple vue. Quand cela se fait par la seule force et lumière naturelle, il est nommé la portion inférieure de l'intelligence; quand cela arrive par une lumière infuse et surnaturelle que la volonté embrasse, il est appelé portion supérieure de l'intelligence, suprême ciel, pointe d'esprit.

Les auteurs ont donné divers noms^àla suprême partie de l'âme : les uns l'ont appelée cime ou pointe de l'esprit, les autres centre, ou fond de l'âme: cela importe peu, pourvu que l'on ne confonde pas les deux portions de l'âme raisonnable, et que ce qui se dit de la partie inférieure raisonnable ne soit pas pris pour l'appétit sensitif: tout de même il faut prendre garde de ne pas prendre l'inférieure portion de l'âme pour la supérieure ou suprême, mettant le faite de l'âme, comme il a été dit, dans l'étage moyen des puissances.

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