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CEUYRES COMPLETES DE BOIDON.
timent, la pauvre âme est toute pénétrée de ces vérités qui lui sont manifestées avec tant de force, que tous les hommes ne lui pourraient pas persuader le contraire. Ce n'est donc pas de merveille si, dans ce temps, elle ne dit et ne voit que Dieu seul. La difficulté est de demeurer ferme dans la pratique de cette vérité, hors de cet anéantissement passif, dans la répugnance des sens. C'est ici la pierre d'achoppement où tombent !a plupart des âmes. Dans l'oraison, on soupirait sur la vanité et le néant de tout ce que le monde estime; mais, se trouve-t-on en compagnie, l'on s'embarrasse des créatures, on a peur de leur déplaire, on en souhaite l'estime et l'amitié. Les sens qui trouvent de la beauté, du plaisir, de la satisfaction dans les choses créées, ou de la peine et de la douleur, engagent insensiblement l'esprit à penser qu'elles sont quelque chose : ainsi l'on sort de leur néant, et de cette grande vérité qu'il n'y a que Dieu seul. Oh 1 que de gens disent : tout le monde n'est rien! oh 1 combien de spirituels en sont même persuadés par des lumières surnaturelles I Mais qui trouvera une âme assez forte pour en avoir la pratique solide, vivant dans un continuel anéantissement de soi-même, el de toutes choses dans la vue de Dieu seul, malgré la répugnance des sens et des sentiments des hommes, ne se conduisant que par la pure foi.
Si donc la volonté se sent émue par l'affection de quelque bien particulier, à même temps, il la faut mettre en repos par cette vérité. Il n'y a que Dieu, ô mon cœur, ce bien que tu te sens pressé d'aimer n'est rien en sa divine présence, eh ! aimeras-tu ce qui n'est rien? Si dans l'entendement se présente quelque objet qui lui paraisse être considérable, et qui occupe son estime, aussitôt il l'en faut dégager par cette lumière de foi qu'il n'y a que Dieu seul qui soit véritablement grand. O pauvre esprit humain, à quoi penses-tu de mettre ton estime dans ce qui n'est rien? Si les sens nous représentent des sujets dont ils soient touchés, donnous-nons bien de garde de les croire: ce sont des menteurs qui ne sont propres qu'à nous tromper; la lumière de la pure foi doit conduire le Chrétien. O mon âme, mon âme, pourrions-nous bien mettre notre joie dans quelque bien créé? pourrions-nous bien craindre quelque mal de la vie? Oh 1 quelle folie de se réjouir, de s'attrister, ou de craindre ce qui n'est rien ! Ces passions , mon âme, ces pensées inquiétantes, ces tentations, ces distractions, ces privations, ces grandes peines, tout cela n'est rien, et pourquoi donc nous en inquiéter et nous en affliger? Une personne souffrait des maux grandement affligeants, et particulièrement dans son intérieur : «Vous voilà bien empêchée, lui dit un serviteur de Dieu, quand tous les diables de l'enfer vous attaqueraient, l'enfer et tous les diables devant Dieu ne sont rien : vous n'êtes donc empêchée que de rien. Ce peu de paroles, à ce que cette personne me dit, la consola beaucoup. O mon âme, tous les
accidents les plus étranges, toutes les contradictions les plus sensibles qui nous peuvent arriver ne sont rien.
Vois-tu bien cette grande foule de peuple dans ces assemblées nombreuses des plus grandes villes, et tout ce grand monde composé de tant de différentes nations, oui, toutes ces nations ensemble de toutes les provinces et royaumes de la terre, devant l'être infini de notre Dieu ne sont qu'un pur néant. C'est une vérité .de foi qui nous est révélée par la Vérité même, le Saint-Esprit, dans les divines Ecritures. (Psal. xxxvm, 6.) Nous la tenons de cet Esprit-Saint qui nous enseigne toute vérité, comme l'assure notre bon Sauveur et Maître. O esprit adorable ' ô Saint-Esprit mon Dieu I établissez bien mon âme dans une vue ferme et permanente du rien et de ce grand tout. Dans ces jours solennels consacrés à votre honneur, ces jours de fêtes que la sainte Eglise dédie à votre gloire, faites-lui quelque communication de cette pure grâce; eh 1 je vous en conjure par le sang de celui qui vous a envoyé, et par toutes les ardeurs du cœur très-aimant et tout aimable de votre divine épouse, la très-sacrée Vierge. Mais peut-on assez s'étonner de l'empressement des Chrétiens après les honneurs, les biens et les plaisirs de cette vie, si tous ensemble ne sont rien, que sera-ce ce que nous recherchons? Mais dans quels étonnements nous doit jeter la vie des âmes même les plus spirituelles, de les voir encore se mettre en peine de tant de ces choses de rien, chercher encore leur consolation dans les créatures, être dans la tristesse, dans leurs délaissements ou contradictions! Oh ! qu'il est vrai de dire que la pratique du tout et du rien est rare. Pour vivre comme s'il n'y avait que Dieu et nous au monde, ce qui est tant recommandé par les maîtres des voies de Dieu, il est nécessaire d'en être toujours pénétré; autrement nous verrons bientôt que nous ne vivons pes de la sorte, et qu'il y a bien autre chose que Dieu. Figurez-vous ce vaste monde comme un désert immense, où il ne se trouve pas la moindre créature : en vérité, si nous y étions seuls, à qui voudrions-nous plaire, ou qui craindrions-nous ? Pourrions-nous avoir soin d'autre chose que de plaire à Dieu seul et de Je contenter? Or, si nous savons bien que toutes les créatures qui sont sur la terre ne sont rien, n'est-il pas vrai qu'il nous sera facile d'y vivre comme s'il n'y avait personne?
Ayons donc une grande fidélité à aemeurer toujours dans cet anéantissement : le P. Canfeld l'appelle actif passif, à (a différence de celui qui est purement passif. Dans le passif, dit-il, il n'y a pas d'images et de sentiment; dans l'actif passif, il y a quelque image ou sentiment, mais on connaît par la lumière de la foi que tout cela n'est rien. Voici encore ce que cet auteur en dit : 1 un consiste dans une connaissance expérimen-j taie, l'autre qui est l'actif en la connaissance vraie , mais non expérimentale selon les sens qui nous disent le contraire. L'actif es*
plus parfait, car il anéantit quand les choses demeurent, et que l'on est en stérilité : ni !a multitude des affaires, ni les opérations intellectuelles no l'empêchent, il anéantit même ce qui anéantit l'esprit en sa connaissance, il ne permet que rien demeure que Dieu seul, peu le pratiquent. Le purement
f assit' est facile, car il ne faut que souffrir opération divine ; il n'en va pas de même de l'autre, qui demeure malgré la résistance des sens qui embarrassent plusieurs, parce qu'on estime quelque chose les objets qu'ils nous représentent.
Quand on y est fidèle, en voyant on ne voit pas, en entendant on n'entend pas; quand on a des formes et des images, on ne les a pas, vivant ainsi en une perpétuelle mort, et en mourant en une éternelle vie. Le passif n'est pas pour toujours, il n'est pas en notre pouvoir; l'actif doit toujours demeurer par un fidèle usage de la foi. Au reste, Dieu n'est pas plus lorsqu'on en aie sentiment, et que 1 on en est vivement pénétré d'une lumière purement passive, que lorsque l'on est dans la sécheresse et la résistance des sens et des passions, qui ne peuvent empêcher la pure lumière de la foi dans la suprême partie de l'âme.
D'autant que plusieurs pourraient objecter que les créatures ayant l'être qu'elles ont reçu de Dieu, l'on ne peut pas croire qu'elles ne sont rien; je dirai ici en passant, renvoyant le lecteur à ce qu'en a dignement écrit Te P. CanfelJ (De la Volonté de Dieu, part, m), que les créatures sont et ne sont pas : ce sont les termes du grand saint Augustin. Elles sont à raison de l'être qu'elles ont reçu de Dieu, mais elles ne sont pas en la présence de l'être infini de Dieu, car quelle proportion entre ce qui est fini et infini. Or, nous disons qu'elles ne sont rien dans le sens de l'Ecriture, qui le dit formellement, mais que nous avons un exemple pressant en Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour ne regarder que Dieu seul en toutes choses. Une personne, qui ne le regardait que comme un grand prophète, l'ayant appelé bon, aussitôt il lui dit : Pourquoi in appelez-vous bon, il n'y a personne de bon que Dieu? (Luc, xvm, 19.) Voyez-vous comme il ne peut souffrir que l'on estime autre chose que Dieu seul? N'est-ce pas pour cela tueuse mère de Chantai écrivant dans un qu'il disait encore : «N'appelez personne billet à saint François de Sales , dit ces pamaitre, seigneur ou père, il n'y a qu'un seul rôles : « Mon très-cher Père , je ne puis plus maître, qu'un seul seigneur, qu'un seul faire aucun acte, mon esprit se trouve en père. » (Matth. xxm, 8-10.) C'est dans ce une très-simple unité quant à la partie susentiment que la sainte Eglise chante en la périeure; il ne s'unit pas, parce que quand célébration du divin sacrifice : 0 Dieu, vous il veut faire un acte d'union , ce qu'il tente-
admirable, cette proposition, dis-je, écrivit ce serviteur de Dieu, est si universelle qu'elle comprend son entendement, son esprit, son jugement, sa mémoire, ses richesses et trésors de science; la joie inénarrable qui lui devait arriver de la vision béatifique et de l'union ineffable de son âme sainte avec une personne divine, en tout cela il n'a pris aucune complaisance en soimême. Il ne voulait fias que la plénitude de sa grâce fit les impressions de joie sur sonâtne, qui en devaient arriver. Il a refusé les plaisirs innocents qui sont inséparables de la jouissance de la gloire. Sur le Thabor même, absorbé en la plénitude du bonheur éternel, qui fait en toutes ses facultés, tant inférieures que supérieures, un déluge de joies qui portent leurs effets jusque sur ses vêtements, au lieu d'arrêter son esprit à tant de bien, il ne pense qu'à l'anéantissement de la croix. Comme la nature humaine était en lui séparée de toute autre subsistance pour subsister immédiatement en l'hypostase du Verbe diyin, de même il a voulu que sa volonté et son amour fussent séparés totalement de tout ce qui est inférieur à Dieu. Quand l'Apôtre parle de sa venue en ce monde, ne J'appelle-t-il pas un anéantissement (Philip. ii, 7), et en sa mort et durant sa vie n'a-t-il pas toujours été continuellement anéanti? Ah 1 que ces vues sont terrassantes pour l'homme pécheur qui veut toujours être quelque chose. Jésus n'a jamais pris aucune complaisance en soi-même, et cependant y a-t-il jamais rieu de comparable à son humanité sainte, à ses grâces, à ses dons, à ses perfections, à ses grandeurs. Jésus mettait toute sa complaisance en Dieu seul, et il voulait que Dieu seul fût regardé en toutes choses.
Pour les pratiques de dévotion de l'état passif, à l'exception de celles qui sont d'obligation , il faut en cela suivre la motion divine qui applique différemment comme Dieu en ordonne. Ainsi l'on fera de certaines pratiques durant quelque temps, et puis ensuite on cessera de les faire: en toutes choses l'âme n'a qu'à suivre les attraits quo la grâce lui donnera, et il n'est pas à propos dans cet état de faire plusieurs choses qui sont très-louables en d'autres. La très-ver-
êtes le seul saint, le seul Seigneur, le seul Très-Haut. Qui pouvait avec plus de raison rechercher son honneur que cet adorable Sauveur, et cependant il proteste qu'il ne le cherche point. Mais ce qui est encore bien plus surprenant, c'est ce que l'Apôtre assure aux Romains, au chap. 15, que Jésus-Christ n'a pris aucune complaisance en soi-même. Cette proposition, écrit un très-pieux auteur de l'ordre de Saint-Dominique , dans son livre De la Croix de Jésus, qui est un ouvrage
trop souvent, il y sent de la difficulté; il connaît très-clairement qu'il n'est pas nécessaire de s'unir, mais de demeurer uni. Mon âme ne veut autre chose que cette union pour lui servir d'exercice du matin, de la sainte messe, de la communion, de la préparation à la communion, d'actions de grâces. » Et de vrai , que pourrait faire l'âme de mieux que de demeurer unie avec son divin Sauveur? N'est-ce pas à cette union que tendent tant de pratique* différentes? C'est donc ce que
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doit faire la personne qui est en cet état, sans prendre par elle-même aucun autre exercice, quoique très-saint. Nous avons dit qu'il faut excepter les choses d'obligation, car il est clair que la volonté de Dieu est que nous nous en acquittions; ainsi la véritable union, bien loin d'en éloigner, en donne indispensablement la pratique.
La personne, selon Je sentiment du P.
Canfeld , qui est arrivée à la vie suréminente , n'en doit pas descendre pour retourner aux autres vies, mais la pratiquer dans les autres ; car enfin il y a toujours quelque chose à faire dans la vie purgative et illuminative. Quelque saint que l'on soit, il y a toujours à purger , toujours à se sanctifier de plus en plus parles exemples de notre divin exemplaire , Notre-Seigneur Jésus- Christ. Ce serait une méchante tromperie que la pensée du contraire; mais il est vrai que l'on tient une autre manière d'agir en l'état passif pour se corriger de ses fautes, que non pas dans les voies ordinaires et des commençants.