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CHAPITRE XXI

De l'oisiveté et trop grande activité.

Rusbroche, parlant de certains oisifs, dit : « Ceux-là se trompent, qui se tiennent mollement dans le repos naturel, puisque ce repos consiste dans une oisiveté qui leur ôte toute sorte d'action à quoi il sont enclins, tant par la nature que par la coutume dans laquelle oisiveté on sent un grand etdéleetacle repos, qui toutefois n'est point péché, le considérant seulement en soi ; mais si quelqu'un le cherche et s'y veut adonner sans l'étude et les actes des vertus, il se change en vice et en orgueil spirituel, c'està-dire une complaisance de soi-même, lequel vice à grand'peine se guérit parfaitement.» Il ajoute qu'il y a des gens qui mènent une vie rude et désirant que Dieu leur accorde plusieurs choses rares, c'est pourquoi souvent ils sont trompés. Ce sont des gens, dit-il encore, qui n'agissent, en aucune manière, ni en haut ni en bas. Sainte Thérèse, au chap. 12 de sa Vie, assure qu'il ne faut pas suspendre l'entendement de soi-même;

c'est-à-dire le retirer des bonnes et saintes pensées: car, comme dit saint Thomas, l'entendement et la volonté d'un homme éveillé et jouissant de la raison, ne peuvent pas être suspendus sans faire aucun acte, entendant ou aimant quelque chose. Mais ils peuvent bien n'en pas i'aire à l'égard de Dieu par une fausse oisiveté.

Pour éviter donc la fausse oisiveté, il ne faut pas quitter ses propres opérations, industries, lumières et actes perceptibles que par l'impuissance ou l'attrait divin : mais ce serait une tromperie de se tenir de soimême dans une certaine inaction, pure attente, sans agir de sa part, quand on peut avoir de bonnes pensées et produire des actes distincts.

11 est vrai, ce qui a été dit, que, dans l'impuissance l'on doit se contenter de l'oraison de loi, puisqu'il est vrai que Dieu ne demande pas de nous ce que nous ne pouvons pas; et il ne faut pas pour lors s'inquiéter sur l'oisiveté, n'y ayant aucune interruption volontaire des actes de foi et d'amour que l'on exerce comme il a été montré, quoique d'une manière imperceptible, ni ayant pas d'actes réfléchis. Quand on est véritablement oisif on se laisse aller volontairement aux distractions, ce qu'on ne fait pas, bien au contraire, l'on en serait bien fâché, ce qui est une marque du véritable désir que l'on a de s'appliquer à Dieu; et, si l'on demandait

Fourquoi l'on passe celte heure de la sorte, on répondrait que c'est pour Dieu, et de vrai, l'on n'a pas d'autre intention. 11 arrive même quelquefois, que l'heure étant passée, quoique dans l'obscurité et sans sentiments, on a de la peine pour lors à quitter cette occupation, quoique de soi pénible et désagréable, qui est un signe que l'âme y était bien. Mais comment pourrait-elle, si elle n'y était pas soutenue de l'esprit de Dieu, être si résignée, si tranquille dans sa suprême partie, si persévérante dans un exercice, si rude à la nature, traversé de tam de sécheresses, d'aridités , de peines et de tentations? Certainement ce n'est pas rien faire que de mourir de la manière à Ja nature et d'offrir un continuel sacrifice à Dieu. Mais il ne faut entrer dans cet état que par impuissance ou par attrait, sans s'y mettre de soimême.

Ceci nous donne lieu de remarquer que plusieurs se trompent beaucoup, se formant des états élevés par leur imagination, soi, parce qu'ils les ont lus dans quelques livres, soit parce qu'ils en ont entendu parler, et vous en voyez dont l'imagination est si faible, qu'ils se persuadent aussitôt avoir entrée dans les états, dont ils ont ouï faire estime, ce que les personnes qui ont à traiter des choses spirituelles doivent bien considérer pour en donner avis et ôter les abus, dont Tun des plus notables est de ces gens qui pensent être mus de l'esprit de Dieu en toutes choses, et être dans l'état de la perfection de l'union divine, quoiqu'ils agissent fort naturellement et imparfaitement. Cet état est Won plu? rare que plusieurs ne pensent.

Il y a une activité dommageable opposée à l'oisiveté, qui porte à retenir ses propres actes et industries quand l'esprit de Dieu veut agir spécialement dans l'âme; mais il en a déjà été parlé. Cette activité excessive arrive encore quand on fait effort, qu'on se bande la tête pour avoir des sentiments et des goûts dans le temps que l'on est privé de sensibilité; que ne pouvant faire des actes, on en veut produire; qu'un acte étant suffisant, on les veut multiplier. La vénérable mère de Chantai ne faisait qu'anéantir continuellement ses pensées et ses réflexions et les affections de sa volonté, son esprit voulant toujours agir et Dieu la voulant toujours faire souffrir.

11 y a donc une bonne oisiveté et une fausse oisiveté; en voici les différences, selon le P. Canfeld : L'une rend l'âme stupide , grossière, endort la conscience à l'égard de ses fautes; l'autre opère et fait découvrir les imperfections. L'une rend la personne impatiente et triste quand il faut agir, l'autre la rend résignée et joyeuse; l'une cache plutôt les imperfections qu'elle ne les mortifie, l'autre les arrache jusqu'à la racine; l'une ne produit jamais aucun acte intérieur, encore qu'on se voie en la pure nature, l'autre a toujours au moins quelque petite adhésion à Dieu. Pour cette fausse oisiveté, dit encore ce Père, elle doit être volontaire, cela arrivant quelquefois par inadvertance ou fragilité aux âmes qui sont dans l'oraison : il parle là de la non application à Dieu.

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