CHAPITRE IV
Des empêchements à la sainte oraison.
Comme nous traiterons dans tous les chapitres suivants du présent livre du dégagement où doit être l'âme pour être unie à Dieu, et des défauts qui empêchent, on pourra lire ce que nous y dirons, pour remarquer les obstacles a la sainte oraison, outre ce qui en a été montré au chapitre second, qui parle des dispositions; cependant nous dirons ici que toute attache est un grand empêchement à l'oraison , ( puisqu'il n'y en a aucune , pour légère qu'elle soit , qui ne soit comme un lien qui arrête l'âme, et par suite qui lui sert d'obstacle uour s'é-
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lever à Dieu. Il y faut doue bien veiller, et à ne commettre aucune faute avec une entière connaissance et réflexion. Mais nous parlerons de ceci plus amplement. Or, entre toutes les fautes il n'y en a point qui éloigne plus l'âme des approches de Dieu, que la superbe, comme il a été remarqué dans le chapitre des dispositions. C'est un vice qui porte une opposition extrême à l'esprit de Dieu; l'on doit donc bien le fuir et l'avoir en horreur, et une certaine suffisance qui porte insensiblement à croire que l'on est quelque chose, se piquant de bon esprit , de sr.ience et d'autres talents naturels.
La curiosité d'apprendre des nouvelles, les entendre volontiers dans les occasions et avec plaisir, vouloir savoir ce qui ne nous regarde pas, faire des lectures curieuses > particulièrement des choses relevées de questions subtiles quand l'on n'y est pas engagé par sa profession , rechercher les raisons et causes des conduites de Dieu , apprendre sans nécessité des langues étrangères, tout cela est un grand empêchement à la sainte oraison, comme toute curiosité dans les habits, meubles , maisons, peintures, fleurs, livres et choses semblables.
Le trop de conversation, visites, de compagnies, d'occupations et affaires quoique même bonnes, les discours des choses du siècle quoiqu'avec bonne intention, comme il est remarqué dans le livre de Ylmitation de Jésus-Christ, nuisent beaucoup. Il faut dire le même des pensées et réflexions inutiles et oisives, de la perte du temps, des ressouvenirs dont les sens remplissent continuellement l'âme , dit un serviteur de Dieu, et dont elle demeure obscurcie et embarrassée jusqu'à ne se pouvoir pas connaître, comme celui qui marche dans la campagne, où le vent élève une grande poussière qui l'empêche de voir. Ohl que bienheureuse est la désoccupation des choses créées 1 Oh! que bienheureuse est la personne qui retranche toute réflexion volontaire sur ce qu'elle a vu, entendu, qui entre dans un saint oubli des créatures, pour se ressouvenir de Dieu, et avoir le très-grand honneur de sa divine conversation.
L'immortification des sens intérieurs et extérieurs retarde beaucoup l'âme dans les voies de l'oraison. Celui qui est occupé au dedans avec Dieu, ne se laisse pas aller aux objets extérieurs : et celui qui se répand facilement au dehors ne sera jamais bien intérieur. 11 faut ici remarquer que, quoique la vue des beaux tableaux de choses saintes, de belles églises et ornements, comme aussi une excellente musique, soient des moyens pour nous élever h Dieu , que nous approuvons de tout notre cœur, puisque c'est l'usage de l'Eglise, qui est conduite par le Saint-Esprit; néanmoins, nous donnons avis que l'on peut abuser d'un usage si saint, et que si l'on n'y prend garde, au lieu de nous servir de ces moyens pour aller à Dieu, nous descendrons dans les sens qui y prendront attache, et le plaisir qu'ils y goûteront nous retirera insensiblement de Dieu.