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Oh ! que c'est une bonne chose de passer do la vue d'un saint tableau à la vue de Dieu, d'élever son esprit à Dieu par l'harmonie d'une excellente musique, mais, ô mon Dieu! que la misère de l'homme est grande, au lieu de faire un saint usage de ces moyens selon le dessein de l'Eglise, l'on fait tout le contraire. N'est-ce pas un désordre digne de larmes de sang, de voir dans un temps de pénitence et de douleur dans les jours de la mémoire des souffrances douloureuses d'un Dieu-Homme, en la présence d'une majesté infinie, qui réside d'une manière si spéciale dans nos temples, un concours de personnes qui viennent en foule dans ces lieux saints, comme l'on fait à la comédie, pour prendre leur plaisir à entendre quelque belle voix durant l'office qui s'y chante, parlant et s'entretenant ensemble comme dans une halle, ou place publique. O dureté du cœur ingrat de l'homme, durant; une leçon de ténèbres chantée par quelque belle voix, il se fait un silence profond » tout le monde est en respect, pour un chétif plaisir d'oreille ; et aussitôt qu'elle est finie, on n'entend que bruits, tumulte, on ne voit qu'irrévérences, chacun parle; et un Dieu, et un Dieu mourant pour l'homme n'a pas tant de pouvoir sur cet homme pour le tenir dans le respect , et l'application de son amour , comme un misérable plaisir d'entendre une belle voix. Répétons-le encore, ô dureté du cœur ingrat de l'homme, le corps d'un Dieu sera exposé sur nos autels, l'église sera bien parée, et l'homme misérable sera tout occupé des tapisseries , tableaux et autres ornements , des personnes de qualité si ejes s'y rencontrent, et il laissera là ce Dieu d'une majesté infinie. Hélas 1 ne voyons-nous pas tous les jours dans les grandes villes le très-saint Sacrement étant exposé, le monde entrer en foule dans nos temples sans aucun respect, y parler et deviser sans aucune crainte, ce qui est fort ordinaire en attendant le sermon? O mon Seigneur, quelle préparation î C'est pourquoi il serait fort à désirer que durant ce temps que l'on s'assemble, le très-saint Sacrement ne fût pas exposé; car c'est une chose merveilleuse , on le voile durant le sermon , et cependant pour lors tout le monde est en silence, il n'y a que le prédicateur qui parle, et qui • parle pour l'intérêt de Dieu, et pendant qu'une foule de peuple est dans l'irrévérence , le bruit, la confusion, on ne pense pas à le voiler, et on le laisse exposé publiquement. Mais encore quand bien même il serait voilé, hélas 1 il ne laisse pas d'y être véritablement, mais qui y fait attention même parmi plusieurs gens de bien ? On n'oserait avoir craché dans une mosquée de turcs , on n'oserait avoir passé devant ces mosquées dans la rue , même à cheval ; il faut descendre pour marquer le respect, et voilà comme l'on agii dans nos temples, où un Dieu repose corporellement. Qui s'en met en peine? j'ai su une église où le pasteur du lieu pendant que /'on s'assemblait pour
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
le sermon, allait de tous côtés, avertissant sans cesse que l'on eût à garder le silence et la modestie requise à la sainteté du lieu; mais cela est bien rare. J'ai cru devoir marquer ces choses dans la vue que peut-être ce livre tombera entre les mains de quelques personnes qui pourront donner quelque ordre à ces irrévérences. Je reviens aux personnes d'oraison, qui à moins que d'être fort détachées, si elles n'y veillent beaucoup se trouveront diverties dans les sens par la musique, ou par la vue des belles choses quoique bonnes, et tirées de l'occupation pure avec Dieu par la foi.
L'épanchement aux communications sensibles de la grâce sur les sens intérieurs et extérieurs, ne se pas modérer dans les sentiments de ferveur , s'appliquer fortement l'imagination, se bander la tête, croire que la bonne oraison consiste à avoir des sensibilités, des tendresses, des lumières, de belles pensées, de beaux raisonnements ; qu'il faut s'y adonner avec contention d'esprit, c'est le moyen de n'y pas persévérer longtemps, de se tromper, et de n'y être pas dans l'ordre de Dieu.
C'est un grand empêchement que de regarder l'oraison comme quelque chose d'affreux, se lier trop aux méthodes, ne laissant pas l'âme dans la liberté d'ailer à Dieu selon le mouvement qu'elle en aura, par la voie et les pensées qui l'y porteront davantage ; car il n'importe guère, pourvu que l'on soit dans la volonté de Dieu. Se tenir l'esprit resserré et à la gêne, l'avoir dans !a crainte, la tristesse, le trouble, le scrupule, le découragement et l'inquiétude. Il n'y a rien de plus nécessaire qu'une confiance filiale en Dieu, une certaine amplitude d'esprit, la joie et la paix au moins dans la suprême partie de l'âme, une sainte gaieté en ce que l'on fait. Sainte Thérèse, au chapitre 13 de sa F&, dit que la trop grande crainte et trop grande retenue empêchent l'âme , qu'il faut prendre de la récréation, et croire que nous pourrons arriver où les saints sont venus. Elle dit encore qu'il est expédient que l'on tombe quelquefois, afin qu*e l'on connaisse ses misères. Elle remarque encore autre part que le diable tâche de donner des troubles pour empêcher les âmes. Contester contre les distractions qui ne sont pas volontaires , et s'en embarrasser est encore un autre obstacle.
Se chagriner quand, dans l'ordre de Dieu, il faut quitter son heure d'oraison, c'est une imperfection. Faire des gestes extérieurs "orsqu'on est en public, qui marquent son occupation intérieure. N'avoir point de secret, mais se produire facilement, parlant de ses dispositions intérieures et de ses grâces. Mais c'est un grand mal quand on se relâche de la mortification et de l'oraison pour reprendre des divertissements dans les compagnies ou dans d'autres occasions, et n'avoir pas assez de courage pour passer par les travaux et peines qu'il faut porter à la suite de Jésus-Christ crucifié. Voilà le grand obstacle de l'avancement dans la sainte oraison.
Enfin, Grenade remarque qu'un grand empêchement à l'oraison arrive de la mauvaise disposition du corps, qui vient d'une trop longue et sévère abstinence, et qu'ainsi il est bon d'y garder quelque modération raisonnable, comme aussi dans les justes et nécessaires occupations, non-seulement n'en prenant pas trop, comme il a été dit, mais même ne s'en occupant pas trop, ni ne s'y attachant pas trop fortement.