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CHAPITRE V

Du grand dégagement oii doit être l'âme pour être unie à Dieu.

Ce détachement doit être bien grand, puisque notre maître, la vérité même, le porte jusqu'au détachement de tout ce qu'il y a au monde qui nous peut être plus cher. Car y a-t-il rien qui nous touche de plus près qu'un père, qu'une mère, qu'un frère et une sœur; y a-t-il rien de plus proche à un mari que sa femme? mais enfin y a-t-il rien qui nous regarde de plus près que nous-mêmes? et cependant non pas par un excès de zèle de quelque saint, mais par le témoignage infaillible du Saint des saints, d'un Dieu, il en faut venir au dégagement de toutes ces choses, qu'il a voulu lui-même particulariser de sa bouche divine, pour ne laisser aucun lieu aux oppositions et fuites ordinaires de l'esprit humain. Dégagement si grand que ce Dieu homme l'appelé une haine, une horreur : car en saint Jean ( xii , 25 ,) il exprime ce renoncement de nous-mêmes par ces termes, abhorrer son âme. 0 Chrétiens, peu chrétiens, qui de vous a jamais bien pesé ces vérités de foi, qu'il faut haïr son âme, abhorrer son âme ? Considérez un peu la signification de ces mots, et voyez comme vous en usez. C'est donc un oracle prononcé par la bouche d'un Dieu, qu'à moins de renoncer à tout, l'on ne peut pas être son disciple. En quoi donc nous renoncerons-nous? en toutes choses ? Comment faut-il se renoncer ? jusqu'à se haïr soi-même, et avoir en horreur sa propre âme.

La raison est que l'amour-propre se rencontre en toutes choses, en l'âme, au corps, à l'intérieur, à l'extérieur, dans les actions les plus saintes. Vous verrez des gens doux, charitables, extérieurement pleins de zèle, mais souvent cela pour l'amour d'eux-mêmes. Ils ont dans leurs actions une secrète recherche d'eux-mêmes, dans les emplois de charité, et c'est ce qui est bien ordinaire dans les conversations avec les gens de bien, dans l'assistance du prochain, et même pour le spirituel. Combien d'amour-propre dans les fonctions extérieures, dans les directions, les sermons et œuvres semblables? On a des complaisances secrètes dans les voies de Dieu, on s'approprie les grâces et les dons. On s'attache à ses exercices de piété, l'on porte l'amour de soi-même jusqu'à la saciée communion.

Ce qui est encore bien digne de larmes, c'est que l'on se recherche même dans les pratiques les plus austères et les plus pénibles à la nature. Peut-on n'être pas saisi de

LE REGNE DE DIEU EN L'OltAlSON MENTALE.— LIV.

frayeur en lisant les austérités effroyables du bienheureux Henry de Suso? La seule lecture en donne peine à l'imagination, et après tant d'années de pratiques de ces austérités effroyables, le ciel lui révèle qu'elles étaient toutes pleines d'imperfection ; et ce qui est tout à fait surprenant en ce sujet, c'est qu'il le» pratiquait avec des répugnances et contrariétés inouïes, il tremblait en sa nature avant que de les faire. O mon Dieu, quel amour-propre y pouvait-il avoir ?que ceux qui s'appuient sur leurs austérités, considèrent ici que les jugements de Dieu sont bien autres que ceux des hommes, et que souvent ce qui paraît à nos yeux une haute sainteté, est une grande imperfection à ses yeux divins.

L'une des grandes maximes de l'Evangile, est qu'il faut aimer ses ennemis. Sainte Thérèse, au chapitre 36 du Chemin de perfection, remarque que Notre-Seigneur ne dit pas pardonnez-nous comme nous pardonnerons, car il suppose que nous l'ayons déjà fait, et qu'il ne dit pas pardo»nez-nous, parce que nous faisons de grandes pénitences, parce que nous avons tout quitté, mais parce que nous pardonnons ; que parces paroles il fait comme un pacte avec son Père éternel, de même que s'il disait, faites Seigneur cela, et mes frères feront cette autre chose. Il faut en cette matière se soumettre, quelque pénible qu'elie soit, à la volonté de notre Souverain, qui nous ordonne d'aimer ceux qui nous haïssent, et de faire du bien à ceux qui nous iont mal. Il est bon de prendre garde ici à un abus que j'ai reconnu en plusieurs qui confondent les sentiments qu'ils ont d'aversion, avec les mouvements de la volonté ; et comme ils ne peuvent pas empêcher les sentiments, ilsdisentqu'il leur est impossible d'aimer leurs ennemis, par une grande erreur où ils sont, ne voyant pas qu'avec tous les sentiments possibles de haine, on peut fort bien aimer du véritable amour, qui consiste à vouloir du bien, et à tâcher d'en faire malgré toutes les opposi tionsde la nature, à laquelle il ne faut pas céder par un consentement de la volonté, mais s'élever au-dessus par la force de la grâce, et ne se mettre pas en peine de l'amour tendre ni d'inclination, ce n'est pas celui-là que l'Evangile nous commande. Or dans l'amour des ennemis, l'amour- propre ne laisse pas de s'y glisser, car quelquefois on les aime de peur d'en recevoir du mal, ou pour en tirer quelque bien. O mon Dieu, (lue cette pensée nous donne lieu de faire des réflexions bien sensibles. Il est vrai que l'homme fera pour soi-même dans la crainte de quelque. mal, ou dans la vue de quelque bien, ce qu'il ne ferait jamais par la considération de Dieu. Ah 1 le conçoive qui pourra, mais est-ce une chose concevable ? Il y a plus, souvent des gens de bien se mortifient en plusieurs rencontres, agissent ou n'agissent pas dans des vues de leur propre intérêt, ce qu'ils ne feraient pas en la vue de Dieu seul. Par exemple, il faudra dissimuler une chose qui touche vivement, la pensée de la

mortification chrétienne en vient; on délibère, on a peine, on cherche des refuites, des détours; la vue de notre intérêt se présente, aussitôt l'on se rend. N'est-ce pas encore une chose bien surprenante que dans les plusgrandes croix, ce malheureux amourpropre s'y trouve ; car quelque affligeantes qu'elles soient, s'il se rencontre l'ombre de je ne sais q,uoi qui puisse arrêter notre complaisance, souvent l'on y sera pris. C'est se tromper que de dire il n'y a point d'amourpropre dans cette voie, où la nature ne trouve rien que de terrible. Hélas l le propre intérêt est si subtil qu'il se mêle où on ne le croirait jamais. Heureuse l'âme qui ne regarde que Dieu seul dans les croix aussi bien que dans les consolations, car pour peu que l'on réfléchisse sur soi-même, et dans les plus affreuses peines, l'on trouve ce malheureux soi-même; il est vrai que l'amour-propre est un venin qui gâte tout; hélas! presque toutes nos œuvres en sont empoisonnées et les meilleures.

On doit bien savoir que ce venin est si subtil, que très-souvent on ne s'en aperçoit point. Voici ce qu'en dit la divine Catherine de Gênes: Je sens consumer en moi plusieurs instincts, qui auparavant me semblaient bons et parfaits ; mais après qu'ils sont consumés, je reconnais qu'ils étaient dépravés. Il faut venir, dit encore cette sainte, à une si grande subtilité de vues que les choses qui semblaient être perfections se découvrent à la fin imperfections et larcins. Que ces vues des saints nous doivent mettre dans des humiliations profondes I Hélas ! où en sommes-nous? au milieu même de leurs grandes lumières et dans leur état de perfection, tous les jours ils découvraient des imperfections, que non-seulement ils ne connaissaient pas, mais qu'ils croyaient être perfections ; et nous, pauvres et chétifs que nous sommes, qui vivons dans les ténèbres et l'imperfection, que devons-nous penser de nous ? Hélas ! encore une fois, où en sommes-nous ? Nous avons un monde d'imperfections que nous ne voyons pas, outre ce que nous en connaissons. O mon divin Sauveur, ayez pitié de nous, nos justices en votre présence ne sont que taches et ordures. O mon Sauveur, ayez pitié de nous. O sainte Vierge, obtenez-nous miséricorle.

Ce n'est pas tant les choses qu'il faut considérer, comme les attaches. Il arrive quelquefois qu'un pauvre est plus attaché à un morceau de pain qu'un riche à une bonne table ; ainsi les moindres choses sont capables de nous arrêter. On rapporte de Mme de Chantai, quelle laissait des let',re3 sans lire des quinze jours, jusqu'à ce qu'elle fût obligée d'y répondre; autrement, disait-elle, ce n'est que propre satisfaction. La nouvelle d'un ami absent peut nous donner une vaine joie ; un soulier neuf, disait feu M. de llenty, si l'on n'y prend garde, donne une je ne sais quelle satisfaction. La reliure d'un livre, l'ajustement de petits meubles de dévotion, entin un rien, l'on se prend partout.

Cependant l'amour de nous-mêmes qui est très-subtil, tâche toujours de trouver des prétextes de la gloire de Dieu ; par exemple dans l'empressement où l'on sera de faire de certains biens. Mais il n'en faut point faire plus que Dieu ne demande de nous; autrement c'est une imperfection. Considérons l'adorable Jésus trente ans dans le silence, et ne conversant que trois ans et demi avec les hommes. A votre avis, quels biens n'aurait-il pas faits durant tant d'années de sa vie cachée? Après cela il me semble que l'esprit humain doit être terrassé dans son activité qui le porte toujours à agir, et demeurer dans un grand repos, en ne faisant rien quand la divine Providence en dispose de la sorte par quelque voie que ce soit. On pourrait citer un saint Jean-Baptiste qui ne paraît aussi qu'à la fin de sa vie, quoique le plus grand d'entre les hommes; mais l'exemple de Jésus-Christ doit foudroyer notre empressement.il s'agit de faire ce que Dieu veut seulement, et ne rien faire quand Dieu veut que nous ne fassions rien, le surplus ne vient point de Dieu. Ohi que de gens par un zèle déréglé manquent ici 1 Vous diriez que Notre-Seigneur, pour empêcher cette activité de l'homme, a voulu que les premiers du paradis aient été des saints cachés, comme la très-sainte Vierge et le glorieux saint Joseph.

Jl faut donc dire Dieu seul, et avec l'homme de Dieu seul, le bienheureux Jean de îa Croix, rien dans les sens extérieurs, rien dans les sens intérieurs, rien en l'entendement, rien en la mémoire, rien en la volonté, il veut dire rien de l'imperfection. Ce saint personnage a été terrible à l'enfer par cette doctriij? de l'abnégation en toutes choses, et les diables forcés par l'autorité de l'Eglise ont avoué qu'il était l'un des plus grands ennemis qu'ils eussent eu, à raison qu'il enseignait, disaient ces malheureux esprits, ces voies du rien ; c'est pour cela qu'ils tâchaient de lui empêcher l'accès aux monastères des religieuses par toutes les calomnies qu'ils firent courir contre lui, par les informations qui furent faites contre sa vie, quoique dans ces informations, à ce que rapporte l'histoire de sa vie, il n'y eût rien même qui allât jusqu'au péché mortel, quand les choses auraient été véritables. Us savaient bien, ces misérables esprits, quelle gloire Dieu tire des directeurs qui portent à un dégagement entier. Un de ces gens leur est plus redoutable que mille et mille autres; c'est pourquoi ils laissent facilement les autres au repos, pendant qu'ils déchargent leur rage contre eux.

Or voici la doctrine de cet homme angélique et céleste, qui enseigne que la volonté ne doit pas prendre aucune joie que de Dieu seul et de ses intérêts ; et ensuite qu'il ne faut mettre sa joie dans les biens temporels, comme richesses, étais, grandeurs, parents. Qu'il ne la faut mettre dans les biens naturels comme beauté, bonne grâce, belle humeur, esprit, prudence humaine. Qu'il ne la faut mettre dans les biens sensibles;

c'est-à-dire en tout ce qui peut tomber aux sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, de l'attouchement. Qu'il ne la faut mettre dans les biens moraux, qui sont les vertus et habitudes en tant que morales. Dans les biens spirituels gratuits, car plusieurs seront damnés, qui auront chassé les diables, prophétisé au nom du Seigneur et fait d'autres miracles. Dans les moyens qui conduisent à Dieu, si ce n'est en tant que Dieu seul et sa gloire y sont considérés. Vous verrez, dit ce saint personnage, des gens de dévotion attachés à la curiosité, à l'ornement, à la valeur des images, ou autres meubles de dévotion. Bien que Dieu seul, et toujours Dieu seul. Après tout, si l'on a beaucoup de lumière, l'on verra que, dans la plupart des actions, il se présente une vue subtile de nos intérêts; c'est à quoi il faut veiller pour mourir à tout.

Finissons par un abus de certains spirituels qui nous disent qu'ils ne peuvent pas se défaire de leurs attaches. Il est vrai que nous ne le pouvons de nous-mêmes, comme de nous-mêmes ; mais en Jésus-Christ nous pouvons tout. C'est une illusion dangereuse du démon, qui, par ce prétexte, tient les âmes dans une négligente lâcheté, pour ne pas s'appliquer avec le secours de la grâce à travailler fortement à la mortification, et ainsi ces âmes demeurent toujours dans leurs imperfections. 11 faut savoir qu'il n'y a point d'état dans la vie même la plus parfaite, où l'on ne doive combattre, l'Ecriture nous assurant que notre vie est us ji.-mbat sur la terre. [Job vu, 1.) Il faut donc toujours travailler à la mortification jusqu'au dernier soupir de la vie, et nous y appliquer avec soin de notre part, et prier le Dieu de toute miséricorde qu'avec le secours de ses plus abondantes grâces il perfectionne et accomplisse ses desseins en nous. Dieu ne nous commande pas l'impossible, selon la doctrine du dernier concile général, mais il nous commande de faire ce que nous pouvons avec l'aide de la grâce ordinaire, et puis il donne la grâce d'oraison pour obtenir les grâces plus spéciales pour faire ce que nous ne pouvons pas avec les secours communs de sa divine grâce.

CriAPITRE VI.

La moindre imperfection empêche la parfaite union avec Dieu.

Qui dit être parfaitement uni à Dieu, dit vouloir la même chose que Dieu ; et comme Dieu ne peut pas vouloir la moindre imperfection, il est très-évident que l'âme en doit être dégagée pour arriver à sa très-sainte union. C'est ce qui fait dire à dom Barthélémy des Martyrs, en la part, n de Y Abrégé, chap. 11, parlant de ce sujet : Hélas lj qu'il y en a peu à qui il arrive de parvenir jusqu'ici, car une petite affection avec laquelle on est attaché à une créature mortelle, une parole oiseuse, ou une bouchée prise autrement qu'il ne faut, et d'autres choses semblables, quoique pailles fort menues, font que Dieu qui est la pureté souveraine, ne

soit pas uni intimement à l'âme. De là vient la nécessité du purgatoire, y ayant très-peu «l'ânies à qui il ne reste quelque chose à purifier en l'autre vie, car il est écrit que rien de souillé n'entrera dans le royaume des cieux. ( Apuc. xxi, 27.) Or, selon saint Thomas, souiller ou salir, est joindre une chose excellente à une chose basse et sale ; par exemple un diamant est sali quand vous le mettez dedans la terre ; c'est pourquoi le bienheureux P. Jean de la Croix, au livre i de la Montée du Mont-Carmel, dit que tout appétit encore qu'il soit de la moindre imperfection, tache et souille Tâme en sa manière, et il compare l'imperfection a une remore qui est un très-petit poisson, et qui ne laisse pas d'arrêter les plus grands vaisseaux. Là-dessus, l'homme de Dieu s'écrie : Que c'est une chose bien déplorable de voir des âmes éminentes chargées, comme de grands navires, de toutes sortes de richesses spirituelles, et ne pouvoir arriver où elles tendent pour quelque petite attache. Il est vrai que c'est une chose entièrement digne de compassion de voir des personnes qui, avec la grâce de Dieu, ont rompu de grosses chaînes dont elles étaient misérablement garrottées avec un courage invincible, demeurer arrêtées le reste de leur vie par un petit filet, dont elles ne se déprennent jamais. Am.es saintement favorisées de grâces bien particulières, qui, étant appelées aux plus pures communications divines, allant à grands pas, et courant même dans la voie de la perfection, après y avoir fait beaucoup de chemin se trouvent détenues sans avancer plus avant par des choses qui ne semblent rien, car il est très-certain que le divin amour dans sa pureté ne peut souffrir que le seul intérêt de Dieu seul. L'oeil de, l'âme qui ne doit regarder que Dieu seul, aussi bien que l'œil du corps, ne peut supporter la moindre petite ordure. Ces vérités font bien voir le petit nombre d'âmes qui sont entièrement unies à Dieu seul, et- marquent assez que pour des choses bien légères nous nous privons des biens inestimables. Hélas 1 s'il est vrai, et il n'en faut pas douter, que le moindre degré de grâce vaut plus que tous les biens ensemble de tout ce monde visible, quelle perte de perdre le moindre de ces degrés, puisque c'est perdre plus que tout le monde. Oh! si les nommes entendaient bien cette vérité 1 Mais que sera-ce donc de se priver d'un nombre infini de degrés de grâces les plus précieuses ? Non cela ne se peut dire, l'aveuglement et l'insensibilité du cœur humain sont inconcevables. L'on peut remarquer ici la raison pourquoi, de tant de femmes dévotes, il yen a si peu qui arrivent à la sainteté; c'est que, pour l'ordinaire, il leur demeure une je ne sais quelle tendresse sur ellesmêmes qui les arrête; peu se défont de certaines petites faiblesses, et entrent dan^ une véritable haine évangélique de tout ce qui les touche, aimant d'être méprisées, rebutées, délaissées, négligées, et mises comme dans l'oubli, se réjouissant d'è-

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tre maltraitées, et d'être dans l'opprobre.

Voilà ce qui se doit dire de la pureté de l'âme pour arrivera l'union divine, qui consiste à n'estimer plus les choses, non-seulement par les sens, mais encore à n'en juger pas seulement par la lumière naturelle de la raison; car cette lumière par exemple ne nous apprend pas qu'il faut aimer la pauvreté, le mépris et la douleur, mais à ne voir toutes choses que par la lumière de Dieu, par la foi, les regardant comme il les regarde. Nous traiterons de cette lumière en un autre lieu; et pour la volonté, elle ne doit vouloir que ce que Dieu veut, ne rien vouloir de ce qu'il ne veut pas, vouloir sans réserve tout ce qu'il désire. Tous les Chrétiens doivent aspirer à cette union, et c'est cette union que sainte Thérèse dit vouloir toujours désirer.

11 y aune union de l'âme avec Dieu qui se fait dans l'oraison, dont nous avons parlé dans ses différentes espèces, qui est une grâce extraordinaire. Or pour celle-là, les maîtres de la vie spirituelle enseignent que des choses, quoique bonnes, peuvent y servir de grand empêchement. Au temps de l'union de l'âme avec Dieu, dit dom Barthélémy des Martyrs, au lieu cité ci-dessus, on doit chasser toutes sortes d'images, quoique bonnes', parce que ce sont des milieux entre l'un et l'autre. Albert le Grand, au livre de 1 Adhérence à Dieu, chap. k, enseigne qu'il y a des choses, quoi qu'elles ne soient péchés, voire des plus légers, si estce qu'elles sont de grands empêchements à ce saint exercice : et au même chapitre, parlant des choses susdites, il dit : quoi qu'elles aient semblé utiles et nécessaires, soit grandes, soit petites, elles doivent aussitôt être rejetées comme nuisibles. Saint Thomas (quest. 13, de la vérité, art. k) enseigne que la pureté de l'intellect est en quelque façon salie des opérations sensibles. Ceci doit être bien remarqué par ces personnes d'oraison, qui sont toujours après l'union sensible, la recherchant quoique imperceptiblement; la peine qu'elles ont d'en être privées le faisant bien voir, et ne se contentant jamais d'un amour pur et nu. Quelle folie, dit Benoît Canfeld, de se vouloir unir à celui dont la nature est plus pure infiniment que les anges, et par le moyen du sens qui est commun avec les bêtes 1

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