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CHAPITRE XIV

De quelques autres défauts.

Après avoir traité des défauts marqués dans les chapitres précédents , nous en re- Luciiciuons encore quelques autres dans ce-

lui-ci, afin que l'âme qui va à Dieu parla connaissance qu'elle en aura, travaille avec le secours divin à s'en faire quitte, pour ne mettre aucun obstacle aux desseins de Dieu tout bon sur elle; et de prime abord nous en rapporterons quelques-uns remarqués par le saint homme, le bienheureux Jean de la Croix.

« Il y en a, dit cet homme séraphique, qui ont une secrète superbe, une certaine satisfaction occulte de leurs bonnes œuvres, une envie de faire leçon de la vie spirituelle, d'en parler devant les autres, qui n'approuvent pas les dévotions des autres, et ceux qu'ils ne voient pas être dans leur ferveur. Ils font quantité de bonnes œuvres par amourpropre. Quand ils ne sont pas approuvés, ils pensent qu'on ne connaît pas leur esprit, mais ils sont bien aises d'être approuvés et fuient ceux qui les blâment. Ils ont une secrète envie de faire paraître leur dévotion; et pour ce sujet font des signes extérieurs, comme de certains gestes et soupirs , ils ont de la peine à dire leurs péchés nettement, mais disent facilement leurs vertus. Parfois ils tiennent peu de compte de leurs fautes, et d'autres fois ils s'en attristent démesurément; ils désirent la perfection avec des désirs inquiets par amour-propre. Ils ne louent personne et veulent être loués ; bien au contraire des âmes humbles qui ne peuvent souffrir de louanges, ne pouvant même se persuader qu'il y ait quelque chose de Jouable en elles, quoi qu'on leur dise, et voudraient que tout le monde fût dans le même sentiment. Ils ne se contentent jamais des dons de Dieu, de livres, de conseils, de préceptes, ils se chargent de pièces curieuses de dévotion et il y en a même qui vont jusqu'à tel excès, qu'ils ornent les images des saints à la mode du monde. «J'ajouterai au sentiment de ce saint homme, que c'est un dérèglement insupportable de voir plusieurs images saintes avec des nudités honteuses, des gorges découvertes, des bras nus, ornées vainement, paraître avec des cheveux frisés et tout le reste de l'attirail mondain des femmes. Les personnes dévotes gardent ces images, on les voit dans les églises contre l'ordonnance des conciles, et particulièrement de celui de Trente, contre le sens commun même; car y a-t-il rien de plus sensible que d'orner les images des saints d'une manière qu'ils ont détestée durant leur vie, qu'ils condamnent du ciel et ont en horreur? N'est-ce. pas une vraie intention du diable pour mettre la profanation dans le lieu saint et l'abomination de désolation? C'est un désordre qui demande le remède aux prélats et à leurs olliciers dans leurs visites, et que toutes les personnes chrétiennes ne doivent en aucune façon tolérer dans leurs maisons particulières. Mais je reviens au bienheureux Jean de la Croix qui continue de la sorte. « Ils se lâchent et s'inquiètent quand ils n'ont plus de dévotion, ils traitent rudement les au très et se fâchent contre leurs défauts, par un zèle inquiet, et les reprennent dans ce

zèle. Ils sont si impatients qu'ils voudraient être saints en un Jour; et, comme ils ne sont I a^ humbles et se confient en eux-mêmes, tant plus ils iont de bons propos, et tant plus ils tombent. Ils tâchent de procurer des goûts dans leurs exercices, ils s'emportent en des pénitences, les cèlent à leurs confesseurs, contestent avec leurs pères spirituels pour faire ce qu'ils veulent. Ils se relâchent quand on les contredit, ils croient que tout ne va pas bien quand on les tire de leurs pratiques, ou qu'ils n'y trouvent pas leurs goûts, qu'ils tâchent de tirer comme à force de bras dans l'oraison, et quand la saveur n'y est pas, ils s'en dégoûtent et ensuite de la croix.» Quoique nous ayons traité de ce défaut, nous avons cru qu'il était bon de rapporter ce que ce grand homme en dit : « Ils sont envieux d'autrui et à se voir devancés dans les voies spirituelles. Ils s'attristent quand leurs exercices ne vont pas comme ils attendent, ils désireraient que Dieu fit leur volonté; d'où vient qu'ils pensent que ce qui n'est pas à leur goût, n'est pas la volonté de Dieu. Par une luxure spirituelle ils aiment plus le plaisir qu'ils prennent en Dieu, que Dieu même. »

Voilà ce que dit ce grand maître de la vie spirituelle, à quoi nous ajouterons encore qu'il y en a qui se mettent dans des états élevés sans être assez mortifiés, et s'y entretenant avec quelques désirs, croient que ces choses leur étant familières se trouvent en eux : et parce qu'ils trouvent quelque chose qui apaisent pour un temps leurs passions, ils se dispensent de l'humiliation et pénitence. Ils semblent grandement spirituels, parce qu'ayant de l'esprit, le goût qu'ils ont des choses intérieures leur en fait parler comme s'ils en avaient l'expérience. C'est la remarque du P. Surin. Plusieurs personnes dévotes y sont facilement trompées, qui croient qu'une personne est dans l'expérience d'une chose dont elle parle bien, et souvent produisent ces gens et les îont voir aux autres dévots. Hélas 1 si on savait combien plusieurs sont éloignés des voies dont ils prêchent et dont ils parlent ou écrivent; cela ferait pitié. Le cardinal Cajetan donne avis, que plusieurs sautant au lieu de cheminer dans la vie intérieure, après s'être longtemps adonnés à l'oraison, se trouvent vides de vertus, deviennent impatients et superbes. Quelques-uns, sous prétexte qu'ils sont dans la vie unitive, ne pensent plus à la mortification, et ne font plus (ie réflexion sur leurs fautes, ce qui est cause qu'ils ne s'en corrigent pas. Il y a des Ames à qui Dieu ôte leurs fautes sans réflexion de leur part, mais il faut prendre garde de s'y tromper. Quelques autres penj-ent être fort avancées qui n'ont pas fait le premier pas. Ohî qu'il y en aura de trompées au jour du jugement! Plusieurs qui passaient pour saints , et qui croyaient avoir fait grand progrès en Sa vie spirituelle se trouveront très-pauvres et destitués de vertu aux yeux de Dieu. Vous en voyez qui s'enflent des faveurs du ciel, qui s'en ren-

dent propriétaires, qui quasi sans y penser se préfèrent à ceux qui n'ont pas leurs grâces ou le degré de leur élévation; ils croient que leurs pensées viennent de Dieu, et s'y attachent et appuient; ils en parlent aussi comme si l'esprit de Dieu les leur avait inspirées, et disent et écrivent : Dieu m'a fait agir, m'a inspiré, m'a poussé, m'a fait dire. C'est la grande porte à toutes les illusions de la nature et du démon. Ils se familiarisent avec Dieu, et s'imaginent pouvoir lui parler et traiter avec lui, comme il est rapporté de quelques saints Ce défaut de respect est une source de plusieurs malheurs. Ils font grand état de leurs grâces ou do leurs peines et cela assez souvent. A les entendre dire, leurs dons et grâces sont incomparables, leurs peines n'ont rien de semblable. Pauvres gens bien abusés qui, par défaut de lumière, croient que des atomes sont des montagnes. Là-dessus ils élèvent leurs états, et sans le connaître se laissent aller à une secrète superbe, vanité ou complaisance, et se persuadent porter des souffrances merveilleuses.

«11 faut remarquer, »dit Grenade,» une erreur fort commune entre les personnes vertueuses, qui e>t que ceux qui se sont avancés par quelque moyen, s'imaginent quo comme cette voie ieur a réussi, il n'y en 'a point d'autres que celle-là pour arriver à Dieu, ils voudraient aussi la montrer à tout le monde. Les personnes tombent dans cette erreur, qui pensent que les prédicateurs, directeurs, livres, dévotions, certaines pratiques et moyens dont ils ont été touchés, feront ie même effet à l'égard d'un chacun, et seront propres pour tout le monde.» « Il y en a, » dit encore cet auteur, « qui considérant les grâces d'un état, les élèvent si fort, qu'il semble que tous les autres ne sont rien; par exemple voyant le profit manifeste de la vie active, ils avilissent autant qu'ils peuvent la vie contemplative, ne pouvant l'approuver; de sorte que, chacun faisant plus d'état de ce qu'il a, il arrive que par un orgueil caché, chacun se flatte soi-même, faisant valoir plus qu'il ne doit les richesses qu'il possède. » « 11 faut éviter deux écueils,» ajoute cet auteur : « l'un de ceux qui estiment si fort l'intérieur qu'ils comptent pour rien l'extérieur, et l'autre de ceux qui se donnent entièrement à l'extérieur, mettant er\ oubli l'intérieur. » Cela nous donne lieu de parler d'un abusde plusieurs, qui s'attachant à de certains ordres ou communautés, n'ont quasi pas d'estime pour les autres. L'on entendra dire à quelques-uns : Je n'approuve pas cet ordre, sa pauvreté ou ses emplois pour le prochain le mettent trop dans l'extérieur, je fais état des ordres solitaires qui sont éloignés des occasions. Aux autres: Je ne puis goûter les religieux qui vivent dans la retraite, ils ne sont bons que pour eux et inutiles pour le prochain, j'estime les religieux qui travaillent pour le bien public» Cet abus se glisse même quelquefois parmi de certains particuliers des ordres ou communautés. Mais il faut approuver tout ce que

l'Eglise et Souverains Pontifes ont approuvé. La conversation des ordres et communautés qui s'emploient aux sermons, missions, confessions et autres fonctions extérieures est grandement louable, la solitude des autres l'est aussi. Les ordres réguliers ne sont pas une invention de l'esprit humain, mais une inspiration de l'esprit de Dieu, qui les a établis en retraite pour s'adonner plus facilement à la contemplation; ou qui les a envoyés en son Eglise, pour y faire les grands biens qui en sont arrivés, et quoi qu'ils ne soient que troupes auxiliaires, ils ne laissent pas d'être des troupes de l'armée du Tout-Puissant , envoyées pour combattre les démons, les hérésies et Je péché, et défendre sa sainte Eglise. Ceux-là manquent grandement qui disent qu'ils airaent bien de certains particuliers des ordres, mais qu'ils n'aiment pas les ordres. Il faut aimer les ordres, car Dieu les aime bien, aimer bien tous les particuliers vertueux des ordres, et ne pas soutenir mal à propos ceux qui ne gardent pas leurs observances. C'est Dieu qu'il faut regarder dans les choses et non pas les personnes ni le propre intérêt ou satisfaction que l'on y peut trouver. La charité doit être commune, et elle n'exclut personne. Elle aime les communautés des prêtres qui vivent dans le service des paroisses; elle aime les communautés des religieux qui vivent dans les cloîtres; elle est douce et patiente, qui ne pense point de maî, qui n'est point envieuse ni superbe, ni colère, elle souffre tout, elle supporte tout. Ainsi, dit saint François de Sales en son livre de Y Amour de Dieu, si elle pousse les uns à la pauvreté et qu'elle en retire les autres, elle n'a pas besoin d'en rendre raison à personne, car elle a la plénitude de la puissance en la loi chrétienne selon qu'il est écrit : La charité peut toutes choses. Elle a le comble de la prudence, selon qu'il est dit : La charité ne fait rien en vain.

Que si quelqu'un veut contester, et lui demander pourquoi elle fait ainsi, elle répondra hardiment : Parce que le Seigneur en a besoin. Laissons donc les communautés, et les personnes particulières dans leurs voies, soit de pauvreté, d'austérité, d'emplois extérieurs, soit de silence et de solitude. Dieu ne demande pas de tous qu'ils entrent dans la pratique de ces voies, mais il demande qu'on les honore, qu'on les estime, et que l'on en parle avec respect.

Ceux-là font mal qui quittent l'oraison, sous prétexte du secours du prochain ; ceuxlà manquent qui sous prétexte de vaquera l'oraison ne s'acquittent pas de leurs obligations. Il ne faut être ni triste ni impatient quand il faut agir, et quitter la retraite : il ne faut être trop actif quand il est temps d'être retiré et vaquer à l'intérieur. C'est aussi une tromperie dangereuse, que de laisser l'oraison sous prétexte de changement d'état, d'affaires et de ménages, c'est pour lors que l'on n'en a plus de besoin. Nous ràvbris dit: J.J l'on trouve ibujoursdu temps

pour dormir et manger, il en faut trouver nour la nourriture spirituelle de l'âme, dont tes besoins sont bien d'une autre suite et d'une autre conséquence. L'on ne doit pas être si craintif, que l'on abandonne ses affaires, faute d'y veiller, ni si présomptueux que de s'engager en des affaires ou conversations, sans nécessité.

II y a un zèle faux et amer dont plusieurs se laissent emporter; il y a un zèle véritable, et de l'esprit de Dieu, dont beaucoup manquent, et qui est bien contraire à l'intérêt de Dieu. Saint François de Sales parlant du premier, dit :« L'esprit malin est turbulent, âpre, remuant, et ceux qui suivent ses suggestions infernales, pensant que ce soient inspirations célestes , sont ordinairement connaissables, parce qu'ils sont inquiets, têtus et fiers, entrepreneurs et remueurs d'affaires, qui, sous prétexte de zèle, renversent tout sens dessus dessous, censurent tout le monde, taxent un chacun, blâment toutes choses. Gens sans conduite, sans condescendance, qui ne supportent rien, exerçant les passions de l'amour-propre sous le nom de jalousie de l'honneur divin. » Saint Denis parlant à ce Démophile qui voulait donner le nom de zèle à sa furie : « Nous n'approuvons point vos impétuosités d'un zèle indiscret, quand mille fois vous répéteriez Phinées et Helie : car telles paroles ne plurent pas à Jésus-Christ, quand elles lui furent dites par ses disciples, qui n'avaient pas encore participé de ce doux et bénin esprit; et cependant elles avaient bien belle apparence : car elles étaient fondées sur le refus que l'on fit à Notre-Seigneur de le loger. » Le grand serviteur de Dieu, et l'un des plus savants hommes de son temps, qui a assisté au concile de Trente, et qui y fit dans l'assemblée des Pères, cette excellente et admirable harangue en faveur de l'Immaculée Conception de la très-sacrée Vierge, le Père Lainez, compagnon de saint Ignace, et qui lui succéda au généralat , estimait que la plupart du monde étaient damnés par faute du véritable zèle. L'expérience peut bien faire voir les grands désordres dont ce défaut est cause. Les blasphèmes-Jurements, impudicités, médisances, oppressions, et tant d'autres maux qui régnent dans le public et particulier, seraient en partie détruits si l'on avait un peu de zèle; mais les gens de bien même [tassent légèrement sur ces choses; et pendant que toute la terre travaille avec force pour le propre intérêt,, hélas 1 qui pense à l'intérêt de Dieu? 0 horreur et abomination de toute désolation 1 vous entendrez même des gens qui devraient par leur état donner leur vie pour l'intérêt de Dieu, qui ont peine de voir que les autres y pensent, et qui les traitent en de certaines occasions de macules. Oh ! combien de méchants livres, de tableaux déshonnêtes, de chansons impudiques que l'on chante publiquement dans les plus grandes villes 1 mais quand il ne s'agit que de l'intérêt de Dieu, l'on est insensible. Vous verrez des femmes de dévotion, qui souffriront à leurs tilles,

-(il

dit le Catéchisme spirituel, des entretiens de jeunes gens pleins d'indiscrétion, et qui viennent du diable; mais parce que c'est la loi du monde, cela suflit; de zèle pour la gloire de Dieu on ne s'en occupe pas. Cela me fait souvenir du sentiment d'un serviteur de Dieu, qui, blûmant le peu de zèle de quantité de femmes pour les divins intérêts, remarque bien, que sous prétexte de simplicité, qu'elles ne pensent pas au mal , sont cause de grands péchés dans les hommes, par leurs entretiens, conversations, par la liberté de leurs regards, de leurs discours et actions.

Juger des actions du prochain, être facile à censurer et reprendre, comme nous le venons de dire, parlant du faux zèle, est une chose qui déplaît grandement à Dieu, et qui est un défaut qui arrête l'Ame d'une manière étrange, empêchant qu'elle ne fasse progrès dans l'amour de Dieu. Il y en a qui sont toujours dans le souvenir des manquements du prochain, qui en parlent et font souvenir les autres, qui sont dans une secrète envie du bien que l'on en dit. Gens qui ont peine, et qui paraissent froids quand on loue quelqu'un, qui ne trouvent rien de bien fait que ce qu'ils font; ceux qui sont véritablement à Dieu interprètent toujours en bonne part .es actions et desseins des autres, ont de la charité pour tout le monde, ne haïssent ,'amais les plus grands pécheurs mais leurs péchés, ne les méprisent pas, ce qui attire id malédiction de Dieu. Des personnes trèschastes sont tombéesd'une manière effroyable dans l'impudicité, et jusqu'à ieur mort, pour avoir eu un zèle amer et superbe contre d'autres personnes qui étaient dans le. vice de l'impureté. Us ne se lassent aussi, ni se découragent de servir les pauvres pécheurs, attendant avec patience, quelques rechutes qu'ils fassent, jusqu'au dernier soupir de la vie, pour voir s'ils ne feront pas pénitence de leurs crimes. Us ne s'occupent point des fautes d'autrui, ils n'en parient point, ils excusent et supportent ses défauts, ils les excusent autant qu'ils peuvent. Ils sont doux et atfables, et se donnent garde d'une certaine manière d'agir, rebutante et sévère ; ils savent que le grand A pôîre était tout à tous pour tout gagner à Jésus-Christ. {ICor. ix, 22.)

Un grand prélat parlant des défauts de ceux qui tendent à Dieu, dit : « 11 y en a qui par un zèle indiscret se portent a des austérités excessives, d'où naissent de mauvais effets, et principalement de superbe occulte. Souvent ces gens agissent de telle sorte, et avec si peu de secret , que quantité de femmes dévotes sauront leurs austérités, en parleront, l'on en fera bruit dans une ville. « C'est une grande tentation, mais ordinaire, remarque Grenade, et la tromperie en va là que l'on se gâte, et rend inhabile pour ce que Dieu demande de nous; parce que, pendant plusieurs années, on se voit en bonne santé. Le diable ne laisse pas d'y avoir ses desseins, il travaille afin que celui qui ferait beaucoup pour la. gloire de Dieu durant

vingt ou trente années, ne puisse agir que durant dix ou douze. » Sainte Thérèse donne avis aussi de cette tentation. Ces gens austères se complaisent dans leurs œuvres pénibles, s'y mirent et regardent, s'imaginent faire grand chose. Saint François de Sales assurait que celui qui se mettait en devoir de surmonter les moindres désirs, rend plus de gloire à Dieu, que s'il prenait la discipline jusqu'au sang, et jeûnait autant que les anciens ermites.

L'artifice, la ruse, les équivoques sont choses que l'esprit de Dieu éloigne de ceux qui sont à lui. La simplicité est un des principaux effets du baptême, le Fils de Dieu l'exige de ses apôtres, dit un auteur, dans le plus grand dessein qu'il leur ait jamais commis, qui est la conquête du monde. Il est plus facile d'être prudent que d'être simple, notre intérêt nous ouvrant assez les yeux à fuir ce qui nous préjudicie, et à rechercher ce qui nous est utile. C'est manquer contre cette vertu que de se servir des termes extraordinaires, parlant des voies de l'oraison, la simplicité est bonne en toutes choses. Les docteurs des voies intérieures ont eu leurs raisons pour prendre des termes qui leur étaient particuliers; mais pourquoi, comme le marque fort bien saint François de Sales, se servir de mots extraordinaires, étant facile de bien expliquer les choses par des termes communs? Pourquoi ne pas dire la vie chrétienne ou la vie spirituelle aussi bien que la vie mystique ; et cependant cela sonne bien haut parmi les femmes qui n'entendent pas le terme de mystique, et le simple peuple croit que ces gens, qu'on appelle mystiques , sont des personnes qui sont dans quelque vie étonnante et prodigieuse; au lieu que si l'on parlait simplement, l'on serait entendu, et on ne tomberait pas dans plusieurs abus qui ne sont que troo communs.

Se presser pour avoir des charges, soit ecclésiastiques, soit séculières, sous prétexte du dessein que l'on a de glorifier Dieu dans ces états, c'est une forte illusion. «Demander des hommes à commander, » dit la Recluse de Flandre, dans son excellent livre de la Ruine de f amour-propre, «. est comme si l'on demandait quelque part aux enfers. » Elle veut dire que le désir de dominer est une occasion de pêne. Plût à Dieu que tant de jeunes religieuses, ou anciennes, qui ont tant de désir d'être abbesses, fussent bien pénétrées de ces vuesl Je ne dis rien de l'amour de l'argent, qui ne laisse pas de se rencontrer parmi des gens de bien d'autre part : c'est une passion si basse, si honteuse, si indigne d'un Chrétien, qu'il me semble que c'est assez que de l'apercevoir, pour vouloir s'en défaire avec la grâce de Dieu. Cependant, c'est une attache si grande qu'elle est comparée à l'idolâtrie dans l'Ecriture. (Ephes. v, 5.) Ce n'est pas assez de d'ire que l'argent que l'on amasse ou que l'on conserve, ou les acquisitions que l'on fait, que tout cela ne porte préjudice à personne. O mon Dieu ! l'aine qui va b vous et qui n'aime

pas la pauvreté, n'y va pas par vos voies. Enfin, redisons, pour conclusion, que le moindre défaut empêche la sainte union divine; et c'est pourquoi I>ieu les a voulu punir quelquefois sensiblement. Des religieuses, aimant trop la propreté, ont été châtiées grièvement. On rapporte d'une fille d'un saint ordre, qu'ajustant trop curieusement son voile, le feu y prit par irois fois miraculeusement. D'autres parlant au temps du silence, ensevelissant une morte, la religieuse morte haussa son bras et se mit le doigt sur la bouche les reprenant. Une autre, étant a la porte conventuelle qui était ouverte pour quelque nécessité, voulant embrasser sa mère qui s'y rencontra pour lors ; la mère prieure, qui était décédée, sortit de son tombeau, et on la vit venir à grands pas pour empêcher cette action. Oh! que les yeux de Dieu voient bien d'une autre manière que les nôtres!

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