‹ Œuvres complétesChapitre 190 sur 397 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si les voies éminentes de Voraison sont compatibles avec l'état de la vie active, si elles sont avantageuses aux personnes qui sont dans les fonctions de la vie apostolique.

Il semble de prime abord que la contemplation n'est pas propre pour la vie active, puisqu'elle n'en est pas la fin; mais si l'on considère qu'elle est un excellent, moyen pour arriver à la fin, et pour s'acquitter chrétiennement de toutes ses charges, on ne doutera plus qu'elle ne soit compatible avec l'état de la vie active. Mais ne semblet-il pas , dira-t-on , que ce moyen est un obstacle à cet état ; car un homme de grande oraison et contemplation pourra-t-il s'appliquera l'étude, à la régence, à la prédication, aux missions, au soin des pauvres et des affaires et enfin au gouvernement? Il est très-facile de voir que non-seulement il pourra s'appliquer à ces choses, mais qu'il s'y appliquera parfaitement. La raison est que" le véritable contemplalif étant très-uni à Dieu , il n'omet rien de ce que Dieu demande de lui; et c'est pourquoi les états véritablement passifs n'empêchent pas que l'on ne fasse ce qui est nécessaire dans l'ordre de Dieu, et si le contraire arrive, il ne sera plus passif, ce ne sera plus l'esprit de Dieu qui opérera. Tant s'en faut donc que la contemplation éminente serve d'obstacle, qu'au contraire, et elle fait faire tout ce que Dieu veut, et elle le fait faire d'une manière trèsdivine , puisque, dans cet état, l'on est mû et l'on n'agit que par les mouvements du Saint-Esprit. Ce qui fait peur donc à plusieurs, devrait les assurer, et ce qui les assure les devrait faire craindre; car l'autre état où l'homme est laissé et demeure dans ses propres opérations, quoique aidées de la grâce, la nature s'y glisse beaucoup, et souvent on n'y fait pas ce que Dieu veut, ou l'on s'y comporte avec bien de l'imperfection. Le contemplatif étudie bien, enseigne très-bien les lettres humaines et divines, lorsque l'ordre de Dieu l'y oblige. Il prêche bien, il fait bien des missions. L'oraison donne force à l'exemple et à la voix, qui sont les deux manières de- prêcher. La présence de Dieu est une source inépuisable de toutes sortes de grâces, les plus méchants s'abstiennent de pécher dans nos églises, et ils y pratiquent le bien, parce qu'ils y regardent Dieu. Or la contemplation le faisant regarder partout, élève le contemplatif dans une haute perfection qui sert d'une très-grande édification à tous les peuples. Les personnes d'oraison sont plus recueillies dans les conversations, y parlent davantage de Dieu, du mépris du monde, de l'amour de la croix ; elles sont plus mortifiées, plus dégagées du

OEUVRES COMPL. DE BOUPOX. I

point d'honneur, des respects humains, de rattache aux choses du siècle; plus dans l'amour de la pauvreté et rie la douleur; on les voit plus désintéressées, ne regardant et ne cherchant que l'intérêt de Dieu ; ces choses, sans doute, donnent un poids admirable aux prédicateurs et missionnaires. Les lumières infuses qu'ils reçoivent sont bien autres que tout ce que l'étude des lettres et toutes les sciences humaines peuvent donner; et comme ils goûtent les vérités chrétiennes tout d'une autre manière que ceux qui ne sont pas favorisés de ces grâces et instruits si immédiatement de Dieu, elles ont dans leur bouche des effets extraordinaires. L'esprit de Dieu qui est en eux touche efficacement les cœurs, aussi est-ce à lui seul à qui il appartient de pénétrer le cœur humain. Oh ! quelles missions faisaient les saints François d'Assise, François Xavier, les saints Dominique, qui étaient de très-grands contemplatifs. Où il y a moins de nature, il y a plus de Dieu, moins de Dieu où il y a plus de nature. Pour peu qu'il y ait de mélange de vue humaine, de respect humain, de propre intérêt dans les sermons, dans les missions, cela empêchera les plus grands effets de l'esprit de grâce. Le diable s'y prendra, car il s'attache aux choses de la terre ; la moindre imperfection lui donne des prises qu'on aurait de la peine à concevoir; s'étant pris à la moindre chose il y demeure, travaille puis>amment contre l'œuvre de Dieu et résiste, et empêche le bien. Un homme de grâce, un prédicateur, un missionnaire qui n'a plus que Dieu seul, qui ne connaît plus personne que Jésus, et encore Jésus crucifié, fait trembler tout l'enfer, parce que tout l'enfer craint Dieu, et cet homme en est plein, et les diables ne sauraient s'y prendre, ce qu'ils font dans les autres, où il y a le moindre petit mélange de la nature. De là viennent les grandes persécutions qu'ils suscitent contre ces personnes de grâce pour décharger leur rage et ôter la confiance que l'on pourrait y prendre II, y a plus, la vie pauvre, mortifiée, dans le mépris du monde, attire un déluge de grâces et de bénédictions dans les emplois apostoliques. Les prélats, comme nous l'avons rapporté autre part, dans la mission pour la conversion des hérétiques albigeois, durant plusieurs années, ne pouvant rien gagner, saint Dominique eut révélation que c'était parce qu'ils ne menaient pas une vie assez pauvre, ce qui fit que ce saint ayant persuadé à quelques-uns de ces prélats de se défaire de leurs carrosses et équipages, de la troupe de valets qui les suivaient, de leur grande table, en peu de jours il se fit des conversions prodigieuses. N'a-t-on pas vu, à la fin du siècle dernier, un saint Charles Borromée parler aux peuples un petit quart-d'heure et ne leur dire que des choses fort simples, et à même temps ces pauvres peuples fondre en larmes : un savant prédicateur, et éloquent et des plus grands prédicateurs du pays, montait ensuite en chaire: car ce discours d'un petit

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

quart d'heure ne passait pas pour sermon ; il prêchait à merveille, et tout le monde demeurait insensible. 11 faut ici remarquer, en passant, que c'est un grand abus de mettre le fruit des sermons précisément dans le grand nombre de peuples qui écoutent; car souvent l'auditoire est rempli, et l'on ne peut pas entrer dans les plus vastes temples, parce que le prédicateur est bien disant ou a de belles pensées, ou bien parce qu'il y a quelque brigue faite pour y faire aller le monde; et de vrai, c'est le monde qui y va, et l'esprit du monde qui y fait aller ; le plaisir d'y trouver de la satisfaction pour l'esprit ou l'oreille, ou pour se trouver où les autres vont : et, hélas ! après cela, combien voyons-nous de conversions, où est le gain pour Dieu? chacun dit, voilà un grand homme ; on s'amuse de ce qu'on y a trouvé qui contente, qui pense à renoncer à soi-même et à porter sa croix? Au contraire, quelquefois un prédicateur n'éclatera pas, et n'aura que peu de personnes à sa suite; mais si plusieurs s'y convertissent aux yeux de Dieu, les sermons de cet homme auront eu effet. Disons encore que s'il faut prendre soin des choses et avoir les plus grands emplois, les gouvernements des ordres entiers, 3a contemplation non-seulement n'en est pas un empêchement, mais un secours trèsgrand. Nous l'avons déjà dit : quelles personnes plus employées qu'un saint Bernard, qui avait soin de son ordre, des affaires de l'Eglise, des Papes, des rois, et quel plus grand contemplatif? jusque-là même que souvent il était si abstrait qu'il ne voyait pas ce qu'il voyait, et qu'il n'entendait pas ce qu'il entendait; qu'un saint Xavier, chargé des affaires de tout un monde, qui passait les nuits en oraison, et si élevé en Dieu qu'il allait quelquefois par les rues, sans savoir ce qu'il faisait et où il allait, son abstraction étant si grande qu'il retournait à la maison, après avoir marché dans les rues d'une grande ville, aussi retiré en soi-même que l'ermite le plus solitaire dans un désert. Mais où saint Ignace a-t-il puisé les lumières qui lui ont été infuses pour le gouvernement de sa compagnie, que dans l'état passif de l'oraison? car pour lors, est-il rapporté de lui, il souffrait les choses divines, et il était sorti de ses premières pratiques de la méditation.

Si vous me dites que la contemplation n'est pas pour tous, je le dirai aussi avec vous. 11 est vrai, dit le saint homme, le P. Baltazar Alvarez, de la Compagnie de Jésus, que ce chemin d'oraison n'est pas pour tous, selon la constitution du saint P. Ignace, mais il est pour tous ceux à qui Dieu le communiquera, et ceci est conforme à ce qui advint à notre saint P. Ignace, lequel, encore qu'il allât au commencement par la voie, laquelle il a prescrite, il fut depuis élevé à celle-ci, et il souffrait les choses divines, et qu'il s'en trouve en la compagnie, en laquelle on désire tant de plaire à Dieu, cela e'st tout clair, et il ne me semble raisonnable en bonne conscience, que ceux qui

n'en ont pas l'expérience les fassent descendre de ces degrés auxquels Dieu les a élevés au dommage de l'âme et du corps.

Comme donc la contemplation n'est pas pour tous, c'est pour cela que très-sagement l'on donne des sujets de méditation et de saintes méthodes dans des communautés bien réglées, parce que les supérieurs regardent le bien commun et ce qui est le plus ordinaire. Mais ces personnes, ces hommes de grande oraison, ne feront pas comme les autres. Sainte Thérèse, au chap. 2 de la 1" demeure du Château intérieur, répond à cette objection par ces paroles. « Ces âmes prendront garde si l'on ne dira pas que ces?, singularité, ô mon Dieu! Mes filles, que le diable doit avoir jeté d'âmes dans la perdition parce chemin, parce que tout cela leur semble humilité. » Plût à Dieu, s'écrie un grand serviteur de Dieu de la Compagnie de Jésus, qu'il y en eût un plus grand nombre de ces gens qui, en cela, ne font pas comme les autres. La perfection est de peu de personnes, et c'est un grand malheur. Le train ordinaire, même parmi les gens de bien, est de marcher dans les voies de Dieu avec bien de l'imperfection, et encore avec l'esprit de nature. O plût à Dieu qu'il y en eût davantage, qui allassent avec plus de générosité à la perfection. Il n'y a que trop peu d'Ignaces qui souffrent les choses divines, trop peu de Bernard, de Xavier, de Dominique, d'Alvarez qui soient contemplatifs. Mais cela ne serait-il pas plus propre à des, Chartreux, à des Bénédictins, à des ermites? Je vous demande si ces hommes ne sont pas connus de Dieu, à qui il donne ces grâces sublimes d'oraison, si Dieu ne sait pas que ce sont des prédicateurs missionnaires, qui vivent dans des compagnies toutes destinées pour le prochain, et qui ne sont ni solitaires, ni dans des communautés monacales? Si cela est, comme vous n'en pouvez douter, est-ce que Dieu ne sait pas bien conduire les âmes, ne sait pas bien leur donner les grâces qui leur sont propres et nécessaires.

Tant s'en faut donc que l'oraison éminente empêche les fonctions de la vie active et apostolique, qu'au contraire c'est un moyen admirable, très-efficace, plein de bénédictions inestimables pour bien s'en acquitter. La Compagnie de Jésus a pour un non-seulement de servir au salut des sujets qui la composent, mais de servir au salut de toules sortes de personnes ; elle embrasse tous les moyens raisonnables pour arriver à cette fin , comme la régence , le soin de la jeunesse , le confessionnal, les sermons, les catéchismes, les missions , et travaille d'un bout du monde à l'autre pour faire connaître et adorer le saint nom de Jésus ; et cependant Suarez et Alvarez de Paz disent que la contemplation est propre à celte Compagnie. Le Père Claude Aquaviva le témoigne aussi dans l'une de ses épltres. Le bienheureux Louis de Gonzagues disait que la contemplation en laquelle Dieu l'avait mis ne réloignait pas de la vocation où il était ap-

LE REGNE DE DIEU EN I/ORAISON MENTALE. — LiV. III.

pelé do procurer le salut du prochain. Mais ec qui est bien remarquable , est ce que le P. du Pont écrit en la vie du grand serviteur de Dieu , le Père Baltazar Alvarez , que Notrc-Scigneur lui donna le don de contemplation l'année de sa profession solennelle , en laquelle il se dédiait particulièrement au service des âmes, afin qu'il .sût, dit ce Père, qu'il ne lui donnait pas pour se retirer en solitude, mais pour l'assistance du prochain; ce qui est beaucoup plus facile quand dans l'oraison or. ne va pas à force de rames, mais que l'on vogue le vent en poupe. Comment donc dira-t-on que le don de contemplation est un obstacle aux fonctions apostoliques, puisque Dieu le donne pour les exercer avec plus de perfection? Après cela il est difficile de concevoir le procédé de certains supérieurs, qui s'imaginent que c'est un fait suffisant pour ne pas admettre dans leurs communautés les personnes qui s'y présentent quand ils ont quelque don d'oraison, et qu'elles marchent par la voie de la contemplation, qui veulent, sansavoir respect pour l'attrait de Dieu, le faire quitter, qui les obligent à se tirer de la voie de Dieu, pour entrer dans la voie qu'ils forment eux-mêmes. Est-ce qu'ils ont peur que leurs prières ne soient trop efficaces, ]es sermons qu'ils feront trop touebants, leur vie trop exemplaire, leurs opérations divines? Assurément ils n'ont pas ces vues, car ils sont trop à Dieu , mais sans en avoir ]a vue par leur peu de lumière, ils ne laissent pas d'empêcher tous ces biens. Si quelqu'un répond que l'on craint les abus, c'est bien fait que de les craindre et de les ôter, mais il ne faut pas détruire le bien , de peur des abus. 11 y en a dans la science et des plus dangereux, puisqu'elle enfle selon le témoignage même du Saint-Esprit ; pour cela faut-il ne plus étudier, ne doit-on plus recevoir dans les ordres les personnes d'étude? et ne serait-ce pas un très-grand désordre et un très-grand abus que d'en user de la sorte sous prétexte d'ôter les abus? Le P. Ealtazar Alvarez dit ces paroles suivantes, parlant de ceux qui détournent de la contemplation : Osius, dit en son Abécédaire que ceux qui se détournent de Dieu sont coupables ; et un autre dit que les supérieurs qui s'opposent à ces voies , Dieu en abrégera les jours s'ils ne s'en désistent. C'est comme parle ce grand homme. Toujours est-il assuré qu'ils en souffriront grandement; car ils privent l'Eglise des grands biens qu'y feraient ces âmes. Que ne fit pas ce grand serviteur de Dieu par l'efficace de son oraison dans le noviciat de la Compagnie de Jésus? Il fit de ses novices des saints, et plusieurs ont mérité que leur vie ait été écrite avec celle de leur saint maître. Ses lumières infuses lui faisaient donner des pratiques bien éloignées de la prudence humaine, mais elles ne venaient que de la plénitude de la science des saints. O Dieu , quel maître, quels disciples , quel noviciat! 11 a été confesseur de sainte Thérèse; mon Seigneur, mon Dieu, quel confesseur, et quelle pé-

nitente! Après sa mort elle a révélé qu'elle l'hononorait dans le ciel; je veux dire que sainte Thérèse, depuis son heureux décès, a manifesté qu'elle le connaissait au ciel, et qu'elle l'y honorait. Que ne lit-il pas dans le collège de Salamanque , dont il fut recteur, et dans l'Université même au dedehors? quel soin ne prit-il pas de la jeunesse pour ce qui regarde la langue latine? Que ne fit-il pas étant visiteur et provincial? Quoiqu'il ne manquât pas de contradictions, et de la part des plus graves de la Compagnie, et qu'en pleine assemblée il eût été accusé d'une chose très-fâcheuse, cet homme qui , aux yeux de Dieu , comme il a été dit , n'avait personne de son temps qui le surpassât en perfection, selon la révélation de sainte Thérèse. Le bienheureux François de Rorgia était général de la Compagnie et no laissait pas d'être un très-grand contemplatif; et sainte Thérèse lui disant un jour que son oraison était sans pensée, c'est-à-dire distincte et réfléchie, il lui répondit que la sienne était semblable. Mais que peut-on dire à l'expérience de tous les siècles oui fait voir que les saints qui ont opéré de plus grandes choses, étaient habitués à la contemplation. Si l'on remonte jusqu'aux premiers patriarches des ordres , on les trouvera de grands contemplatifs; que l'on descende après de sièrle en siècle , on remarquera que c'était la même chose. 11 ne faut que savoir l'histoire pour ne pas ignorer cette vérité. Mais l'adorable Jésus, durant les jours de sa conversation avec les hommes, n*a-t-il pas joint la contemplation à l'action? ce qui a fait dire aux saints docteurs que la vie mixte, c'est la vie active soutenue de la contemplative, était la plus parfaite; et quand les docteurs spirituels ont trouvé à redire à Ja contemplation des prélats ou missionnaires, ce n'était qu'à l'excès de ces personnes, qui ne s'acquittaient pas de leurs charges pour la douceur qu'ils goûtaient dans le repos de l'oraison ; mais nous l'avons dit, pour lors on se retire de la véritable contemplation qui, unissant parfaitemenfà l'dcu , lait faire inviolablement ce qu'il demande de nous, et rien autre chose, C'est pourquoi la véritable oraison ne nuit à aucun état, elle ne porte point à des voies où l'esprit de Dieu ne met pas , elle laisse toutes choses dans leur orure; celui qui est conduit par la méditation, elle le fait marcher par ce chemin , elle travaille à ce qu'un chacun fasse ce qu'il doit, parce qu'elle a l'esprit de Dieu. Ce n'est pas comme ces gens qui demeurent fort dans leuis propres opérations , ils suivent en partie la pente de leur nature; les lumières de leur esprit; et se trompant facilement, ils sont cause que les autres se trompent, les tirant hors de l'ordre de Dieu , quoique avec de bonnes intentions. 11 faut ici remarquer l'erreur de quelques-uns qui approuvent bien la contemplation; mais, a leur avis, il faut que les gens à qui Dieu la donne aient des choses bien extraordinaires, en sorte que quand ils n'y voient rien de particu-

ŒUVRES COMPLETES DE BOl'DON.

lier, ils ont de la peine à se persuader qu'ils possèdent en vérité ce don de Dieu. Cependant l'on doit savoir qu'il n'est pas nécessaire que tous les saints fassent éclat, il y en a dont tout l'honneur est au dedans, aussi bien que la fille du roi , dont parle le Psalrniste, dont les vertus sont d'autant plus saintes qu'elles sont cachées, et ne sont aperçues que de très-peu de personnes, par une lumière divine spéciale. (Psal. xuv, H.) Enfin sainte Thérèse au chap. 15 de sa Vie, assure que les personnes d'une grande oraison, elle parle là de l'oraison d'union, qui est passive, sont celles qui soutiennent Je monde. Au chap. 19 du même Livre, que l'Ame qui s'avance en l'oraison, commence à profiler au prochain, sans, presque l'entendre. En d'autres lieux qu'une âme d'oraison n'ira jamais au ciel toute seule. On a imprimé de notre temps la Vie de la sœur Marie de Valence , que saint François de Sales, après l'avoir vue, lorsqu'elle vivait encore , appelait une relique vivante, et qui a été hautement louée des premières personnes de notre siècle , comme de feu l'éminentissime cardinal de Richelieu, qui lui parla, et d'autres personnes d'une grande doctrine, et d'une haute sainteté. Cette vie parle commandement de feu la reine mère de glorieuse mémoire, a été examinée par plusieurs docteurs en théologie des plus considérahles de la Faculté de Paris, et cela par un examen très-exact et particulier. Or -1 y est rapporté qu'elle convertissait un très- £rànd nomhre d'âmes par ses oraisons, mais un si grand nombre que cela surprend. Dieu quelquefois lui disait qu'en sa considération il allait tirer de l'infidélité, oude l'hérésie un nombre prodigieux d'âmes; d'autrefois qu'il allait tirer du crime une multitude nombreuse de pécheurs, et d'autres fois qu'il allait mettre dans les voies de la periection , je ne sais combien de mille âmes , et cependant elle ne faisait que prier dans sa petite chambre ; et pendant qu'aux yeux des hommes les missionnaires et prédicateurs , les directeurs avaient la gloire de la conversation, ou sainteté de ces personnes converties, et sanctifiées ; aux yeux de Dieu, elle était due à cette pauvre femnie , car elle était veuve, ayant été mariée un peu de temps en sa jeunesse. Or, si les âmes retirées l'ont de si grandes choses pour le prochain , que doit-on penser de celles qui mêlent l'action avec la contemplation, comme les saint Bernard , les saint Xavier et plusieurs autres? au reste, l'on ne doit pas s'étonner si on a fait tant de merveilles par l'oraison, étant très-assuré que tous les travaux des hommes ensemble, comme opérations humaines, ne peuvent pas convertir un seul pécheur; cela appartient à l'opération divine qui se sert des hommes comme il lui plaît. Or, cette opération de la grâce est impétrée par l'oraison le plus ordinairement ; car je sais bien que Dieu fait des faveurs quelquefois selon son bon plaisir, et sans môme qu'on les lui demande, touchant des cœurs à qui l'on ne pensait pas , et qui ne

pensaient pas eux-mêmes à leur malheur.

Un seul exemple de Moïse fait bien voir la force de l'oraison. Le peuple de Dieu combattait, et un seul Moïse priait, et cependant de l'oraison d'un seul homme dépendait tout le bonheur du peuple. Ce n'est pas par leurs armes, parleurs forces, parleur nombre qu'ils triomphaient de leurs ennemis, mais par la seule prière de Moïse. Oh 1 combien de braves soldats des armées de Jésus- Christ combattent contre le péché , et les démons par leurs sermons, exhortations , travaux apostoliques, qui ne triomphent aux yeux de Dieu que par l'oraison d'une simple personne. Finissons par ces paroles de saint Bernard : Heureuse la maison, où Marthe se plaint de Marie.

Page 1