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CHAPITRE PREMIER

De la persévérance en la sainte oraison.

Sainte Thérèse compare les personnes d'oraison aux enseignes qui doivent plutôt se laisser mettre en pièces que de quitter leur drapeau ; car à quelque prix que ce soit, il faut persévérer et ne quitter jamais, soit pour les difficultés que l'on rencontre, pour les peines que l'on souffre, ou pour les contradictions des hommes et des démons qui arrivent : mais surtout ne se pas laisser tromper par de faux prétextes qui ont de belles apparences, mais qui dans la vérité sont de dangereux pièges du démon. C'est donc une illusion pernicieuse que de quitter l'oraison à raison de ses péchés. C'est le sentiment de notre grande maîtresse qui enseigne au chap. 8 de sa fie, que celui qui a commencé l'oraison ne .a doit quitter quelque péché qu'il commette; et au chap. 16, du Chemin de perfection, que par un pour perdu qu'il soit ne la devrait laisser; c'est pourquoi elle exhorte de tenir bon au chap. 19 de sa Vie, quoique l'on soit faible et imparfait; et elle assure au chap. 8, ci-dessus, que si une âme persévère dans l'oraison, encore qu'elle ne soit si bien disposée qu'il faut, nonobstant les tentations du diable, et les chutes, elle tient pour certain que Dieu la sauvera. O mon Dieu! comment rebuteriez-vous ceux qui ont un recours continuel à vous? Que si par la fidélité ils ne méritent pas de participer aux consolations des saints, au moins ils connaîtront le chemin du ciel; nous ne pouvons en avoir un exemple plus pressant que la sainte qui nous parle ; puisqu'ayant persévéré dans ce saint exercice, quoiqu'elle demeurât dans bien des faiblesses et imperfections., non-seulement elle est arrivée à la gloire, mais à une très-éminente gloire par une sainteté admirable : mais ce qui donne consolation indicible aux personnes qui ont de la peine à faire l'oraison, c'est que cette séraphique sainte a été longtemps dans une impuissance presque tout entière de la pouvoir faire, et elle était obligée de prendre un livre pour se soutenir un peu par le

moyen d6 ce qu'elle lisait, son entendement n'ayant point de facilité pour la méditation. Elle rapporte au chap. 8 de sa Vie, cité déjà plusieurs fois, que lorsqu'elle faisait l'oraison elle songeait quand l'horloge sonnerait, et que souvent elle eût mieux aimé choisir toute sorte de pénitence, que de se retirer pour faire oraison, le diable y contribuait ; la mauvaise habitude ;une tristesse qui la saisissait. Je ne vois pas, après cet exemple, le moyen de se décourager, de ne pas tout espérer, et d'attendre en paix tant d'années qu'il plaira à la divine Providence.

Il ne faut non plus quitter l'oraison pour toutes les distractions qui arrivent, quand elles dureraient toujours, tâchant de son côté de n'y pas consentir volontairement ; pour toutes les sécheresses et aridités que l'on peut souffrir, pour toutes les répugnances et peines que l'on peut porter ; mais y persévérer constamment, y pratiquant ce que nous avons dit dans le livre ier*. Qu'on ne se mette pas en peine, dit notre sainte au chap. 21 de sa Vie, quand on ne peut pas avoir une bonne pensée. Se peut-il rien ajouter à ce sentiment. Elle appelle cela en un autre lieu, tirer le sceau tout sec du puits sans aucune eau. Si l'on tombe en telle aridité et distraction que l'on ne puisse méditer, dit le P. Surin, on ne doit perdre courage, ni abandonner l'oraison, mais avec humilité, et patience persévérer toute sa vie, quand besoin serait ; croyantfaire serviceà Dieu, et que Notre-Seigneur en saura bon gré, et en donnera une grande récompense. Demeurez donc constante en ce saint exercice, ô mon âme, pour peinée que vous y puissiez être, quoiqu'il vous semble que vous n'y fassiez rien, que vous y perdiez le temps ; car Noire-Seigneur sait bien que votre dessein est de ['y glorifier ; c'est pour cela que j vous vous mettez en sa divine présence, et toutes les distraclionsjn volontaires, toutes les aridités, toutes vos impuissances ne peuvent empêcher votre bonne intention. (Lisez ce qui est écrit au livre i", clans les chapitres qui traitent de l'oraison de foi, et dans l'état des peines.) Sainte Thérèse, au chap. 8 de

sa Vie, dit qu'il est juste d'être en la compagnie de Dieu, même avec les pensées du monde, et dans la 2e demeure du Château intérieur, que Notre-Seigneur fait un grand état de ('oraison pour lâche qu'elle soit. Il ne se peut rien dire de plus consolant.

On doit bien se donner de garde de quitter aussi l'oraison, sous prétexte que l'on est indigne de converser avec Dieu, et que ce n'est pas aux pécheurs de s'approcher de sa divine majesté. Notre sainte tomba dans celte illusion, par la grande honte qu'elle avait, retombant toujours en ses imperfections, de converser avec Notre-Seigneur, ce qui lui fit quitter l'oraison durant un an. Elle appelle cette tromperie la plus terrible de toutes celles dont le diable s'était servi en son endroit. Il me semblait, dit-elle au chap. 7 de sa Vie, que c'était le meilleur de faire comme la plupart du monde fait, et. suivant cela, de dire vocalement ses prières; et au chap. 8, quelle superbe humilité le diable me suggérait-il de me faire quitter mon appui ; à présent je suis tellement surprise que j*en fait des signes de croix, et il ne me semble pas avoir échappé de plus grand péril. Elle dit encore que le diable lui représentait qu'il lui suffisait de prier vocalement ; et que même ne s'acquittant pas bien de cette prière, elle n'en devait pas l'aire de plus excellente. Que ceux, dit la sainte, qui s'adonnent à l'oraison, prennent bien garde à ceci, et quel bon remède le diable conseille. J'ajoute à ce sentiment, que les prédicateurs et directeurs y doivent aussi bien prendre garde. Saint Grégoire le Grand écrit que saint Benoît remarquant un de ses religieux qui n'était pas fidèle à l'oraison, vit un diable qui l'en lirait. Ah ! que si nous étions plus éclairés, l'on verrait souvent la même chose; mais notre sainte, au chap. 19 de sa Yie, assure qu'elle n'avait que faire de diables pour la traîner en enfer, qu'en quittant l'oraison elle s'j en allait d'elle-même.

, Il faut donc demeurer ferme. Il n'est pas juste, enseigne la Sainte, au chapitré 22, du Chemin de perfection, d'ôter à Notre-Seigneur ce qu'on lui adonné une fois. On ne voudrait pas agir de la sorte avec les créatures; si donc on lui donne quelques heures tous les jours par l'oraison, quel moyen de les lui ôter. Pour cela ilfaut une grande résolution, dit la sainte, au chap. 21 du livre cité, pour suivre ce chemin. Vienne ce qu'il pourra, arrive ce qu'il voudra, qu'il coûte tant de travaux que vous voudrez, soit que j'y aborde, soit que je meure en chemin, soit que le monde abîme et périsse. Lisez ce qui en a été dit au chap. 1 du livre ii.etauchap. 1 du livre m.

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