CHAPITRE VII
Ce que le directeur doit faire en la conduite des âmes.
Comme la vocation divine aux emplois est le fondement des bénédictions que Dieu tout bon y répand; aussi le défaut d'appel est la cause de tous les désordres qui y arrivent. Celui donc qui voudra s'employer en la direction des âmes , doit examiner avant toutes choses si Dieu l'y appelle, et en prendre bon conseil, à loisir et sans se hâter, de personnes intelligentes, sages et expérimentées. Les meilleures intentions ne suffisent pas, il faut que Dieu veuille et demande de nous les choses , auparavant que de les vouloir et les faire ensuite, sans se presser par activité de nature, à l'exemple du Fils de Dieu qui a attendu tant d'années auparavant que de paraître publiquement. Il faut entrer dans les emplois et y persévérer dans la pure vue de l'intérêt de Dieu seul, se séparant autant que l'on peut en la vertu de Notre-Seigneur de tout autre mélange. L'on doit avoir horreur de tout intérêt propre qui peut se rencontrer en la direction des personnes riches et illustres, n'en attendant aucune récompense, soit pour soi, soit pour les maisons où l'on est, n'y recherchant aucun éclat et honneur, les mépris et la confusion étant le partage des disciples d'un Dieu-Homme crucifié, ne
prétendant pas s'établir par les connaissances de ces personnes et par les habitudes qu'elles donnent, et renonçant entièrement à toute l'estime que leur conduite peut donner, ou celle des âmes éminentes en sainteté, ne s'en prévalant et n'en parlant, que dans la nécessité. On doit encore grandement veiller à la douceur et satisfaction que l'arnour-propre peut prendre dans la conversation des personnes aimables que l'on dirige ; il est bien aisé à l'ainour-propre de s'y glisser, soit à raison de l'esprit, de l'humeur, de la douceur, ou d'autres qualités agréables, et si le directeur n'y prend garde, sous prétexte de travailler pour Dieu, il satisfera beaucoup sa nature, et il verra qu'au jugement de Dieu ses œuvres se trouveront vides. Il y a des directions où l'on ne rencontre rien que de doux et d'agréable, et où la croix du Fils de Dieu à peine paraît; tout y est dans l'applaudissement, c'est ce qui est bien à craindre. La grande maxime donc du directeur, est d'avoir en horreur tout intérêt, et ensuite de tâcher d'en donner des marques en toutes choses. 11 est bon de dire ici que le P. Balthasar Alvarez, directeur de sainte Thérèse, ne jugeait pas à propos que les directeurs se mêlassent des affaires temporelles de leurs pénitents, et assurément il y en a de trèsbonnes raisons; cependant il se peut faire que quelques-uns s'en mêleront saintement; mais, parlant généralement, cela esta éviter. Le directeur désintéressé, recevra les pauvres et abjects aussi bien que les riches et grands dans le siècle; il s'appliquera avec autant de soin à leur direction, et môme avec plus d'estime, puisque Dieu seul y paraît davantage. Cet article mérite bien que les directeurs s'examinent sur sa pratique, qui est bien rare.
Il faut qu'il ait recours à l'oraison, soit pour y recevoir les lumières qui lui sont nécessaires, ou la force et les autres vertus dont il a besoin, se donnan*. bien de garde de s'appuyer, ni sur ses propres lumières ni sur les autres talents ou expérience qu'il peut avoir. Après l'exemple que le Fils de Dieu nous a donné, qui passait les nuits entières en oraison auparavant que de faire les choses, comme il fit voulant choisir ses apôtres; après l'exemple de tous les saints, l'on en peut bien découvrir la nécessité, et un directeur qui n'est pas homme d'oraison ne fera jamais grande chose. Après l'oraison il faut venir à l'action, faisant quantité de bonnes œuvres pour les âmes que l'on conduit, jeûnant, veillant, se mortifiant, et après tout, se ressouvenant de la maxime du Fils de Dieu : Que sert à l'homme de gagner tout le monde, s'il perd son âme. (Matth. xvi, 26.) Qu'il soit donc le premier à faire ce qu'il dit aux autres, et qu'il les conduise davantage par la sainteté de sa vie que par ses paroles. C'est une chose déplorable de dire des choses si saintes, de veilier avec tant de soin sur les imperfections des autres, de les mener si bien par les voies de la mortification et du dégagement, et ceoendant d'être
quelquefois très-imparfait soi-même. Ce que l'on dit aux autres, il se le faut dire à soi-même, et profiter des bons exemples que l'on y remarque, surtout quand ce sont des âmes éminentes, car cela peut servir beaucoup.
On doit lire les livres qui traitent de matières spirituelles , et conférer avec des personnes expérimentées. Le défaut de lecture des livres des saints et docteurs mystiques, est cause que souvent des personnes, d'autre part très-versées en la théologie scolastique , condamnent ce qu'elles devraient approuver; c'est ce qui arrive ordinairement. Ces gens sont bien intentionnés, mais ils ne sont pas excusables ; il faut examiner à loisir les choses auparavant que de les improuver, et pour les bien examiner il faut lire les auteurs qui en traitent. L'une des choses qui rend un directeur plus capable, est la conférence avec des personnes fort éclairées ; c'est pourquoi l'on ne {.eut pas expliquer les avantages qui en arrivent aux personnes qui dirigent, quand ils ont vu et conféré avec grand nombre d'âmes spirituelles et favorisées des grâces de Dieu, et spécialement quand ils ont trouvé ces âmes conduites par ces manières bien différentes, il n'y a rien qui donne plus de secours, et j'estime bienheureuses les personnes qui tombent entre les mains de ces directeurs.
Le directeur ne doit prendre en sa direction que les âmes que Dieu lui adresse, fuyant grandement l'activité naturelle qui porte à vouloir beaucoup faire, ou l'inclination que l'on peut avoir pour certaines personnes, ou quelque autre motif humain, vue humaine; nous l'avons dit, rien que Dieu seul. Pour cela il faut savoir que Dieu ne demande pas que l'on prenne la direction de toutes sortes de personnes, les directeurs n'étant pas pour tous, ni pour toutes sortes d'états. 11 y a des âmes qu'ils ne pourraient diriger, et Dieu ne leur adresse pas toutes celles pour lesquelles ils pourraient avoir lumière. Il y a des directeurs qui ont grande bénédiction pour les commençants. 11 y en a qui sont appelés pour les parfaits. Quelque zèle que l'on ait, il faut demeurer dans son degré. J'ai su un trèssaint homme de notre temps, dont les moindres paroles animaient incomparablement à la perfection, grand conducteur de saintes âmes, qui avait très-peu pour les commençants. J'en ai connu d'autres dont l'esprit et les paroles servaient merveilleusement aux pécheurs et ceux qui commençaient à marcher dans les voies de Dieu, qui n'étaient pas propres pour les personnes plus avancées. C'est une chose rare que de rencontrer un directeur qui ait vocation'à la conduite de toutes sortes d'états, et la fidélité à Dieu du directeur, est de ne se charger pas d'autres âmes que de celles que la divine Providence lui amène, ou dont les états lui sont bien connus. 11 faut pour cela Dieu seul ; car le petit point d'honneur et l'intérêt, la ueur de se déeréditer empêchent
cetle fidélité ; particulièrement ceci est bien à remarquer, quand la personne dirigée a besoin de changer de direction, et qu'il y a longtemps qu'où la dirige avec bénédiction, ayant eu grâce pour les états précédents. j'ai connu un grand prédicateur et excellent religieux, qui avait de très-grandes grâces pour la direction, qui dit simplement à une dame de qualité : Je puis vous diriger jusque-là, pour le reste, je n'ai plus de lumière. Cet exemple est rare, et cependant c'est ce que tout le monde doit faire. Le léu Père de Condren, générai de la congrégation de l'Oratoire, conseilla à feu M. Bernard, piètre de sainte vie, et dont la mémoire est glorieuse, de quitter sa direction pour prendre celle d'un Père de la Compagnie de Jésus. Ce n'était pas par défaut de lumière, car il en avait d'angéliques, mais il crut que c'était un ordre de Dieu. Il avait tous les talents imaginables pour le conduire, mais il croyait que Pieu l'adressait à un autre. Les séraphins ont bien plus de lumière que les anges du dernier chœur, cependant, pour l'ordinaire, Dieu ne les envoie pas conduire les âmes, mais les anges inférieurs. Mais même, comme il a été dit, tous n'ont pas assez de lumières. Tous, dit le bienheureux P. Jean de la Croix, en sa Vive flamme d'amour, n'ont pas une science suffisante pour tout ce qui arrive au chemin spirituel ; au moins ils ne doivent penser tout savoir, comme tous ceux qui savent polir du bois, n'en savent pas faire une image , ni tous ceux qui la peuvent tailler ne la savent aussi polir, ni celui qui la saura polir n'y saura asseoir les peintures, ni celui qui saura la peindre n'y pourra mettre aussi la dernière main et perfection, parce que chacun de ceux-là ne peut faire sur l'image que ce qu'il sait, et s'il en voulait entreprendre davantage, il la gâterait. Or, voyons si vous, maître spirituel, qui ne savez seulement qu'ébaucher, voulez mettre l'âme dans le mépris du monde et la mortification de ses appétits, ou comme bon sculpteur, l'exercer en saintes méditations, et ne savez autre chose pour guider, pourrez guider l'âme jusqu'à une entière perfection d'une délicate peinture, qui ne consiste plus ni à ébaucher, ni à tailler, ni pourfiler, mais en l'œuvre, que Dieu doit faire en elle successivement. Dites-moi, je vous prie, où aboutira l'image, si vous ne faites jamais que la coigner et l'ébaucher? Est-il possible que vous sachiez tous ces métiers, et que vous vous estimiez si capable que celte âme ne doive jamais avoir besoin d'un autre que de vous? Et supposé que vous soyez suffisant pour quelque âme, il est comme impossible que vous ayez capacité pour toutes celles que vous ne laissez sortir de vos mains. Sainte Thérèse, auchap. 5 du Chemin de perfectionnai que tous les confesseurs, quoique doctes et pieux, ne savent pas ce que l'âoie doit embrasser, ne connaissant pas toutes les voies de Dieu; ainsi qu'il fait bon en consulter plusieurs. Le directeur doit animer courageusement à la perfection, et n'être pas de ceux dont
notre sainte parle au chap. 13 de sa Vie, qui ionl aller l'âme comme les crapauds, qui disent que les saints sont bons à admirer ; niais que pour les pécheurs ce n'est pas leur fait que de les vouloir imiter. Que le diable par là pourrait bien causer un grand mal; mais surtout voici une des principales choses de la direction; il doit montrer clairement en quoi consiste la perfection ; de ce point presque dépend tout le bonheur de la vie spirituelle; qu'elle ne consiste pas ni en goûts, ni en lumières, ni en la multitude ou excellence des pratiques et bonnes œuvres ; mais à accomplir la volonté de Dieu selon sa vocation, s'acquittant de ses devoirs, ne faisant que ce que Dieu veut, et faisant d'une manière parfaite ce qu'il veut que nous fassions. On peut lire ce que nous avons écrit dans les défauts de ceux qui tendent à Dieu, dont nous avons parlé en plusieurs chapitres.
Pour se prendre comme il faut à porter les âmes dans la perfection, il" faut savoir, dit la très-vertueuse Mère de Chantai, qu'il y a de petites âmes de qui l'on ne doit pas attendre une autre chose que de les voir marcher au service de Dieu petitement et doucement , et on ne les doit violenter ni presser : car on les ferait tomber, et elles s'embarrasseraient dans le chagrin. Le zèle immodéré à l'égard de ces âmes est cause de grand mal ; mais c'est une pitié, on veut ce que l'on veut, et la perfection en la manière que l'on pense, et on afflige et pousse de petites âmes à bout par son zèle indiscret. Il y a d'autres âmes fortes qu'il faut faire aller à grands pas et jusqu'où Dieu veut, les détachant du point d honneur, des amitiés, de l'estime, des objets créés, de la santé, de l'intérêt, des parents, les mettant dans une parfaite indifférence pour toutes choses, dans une entière résignation ; les engageant à l'acceptation des croix par un pur abandon, sans réflexion, sans vouloir connaître leurs états , les portant à l'amour du mépris, de la douleur, de la pauvreté, leur ôtant une certaine tendresse et réserve sur elles-mêmes, sous prétexte de leur bien spirituel, les faisant entrer dans un abandon entier à Dieu pour le salut et l'éternité, aussi bien que pour tout le reste, les désapropriant des movens les plus saints, et pour ce sujet les en privant quelquefois (le P. Balthasar Alvarez priva sainte Thérèse de la communion durant trois semaines). Les exerçant par diverses épreuves et mortifications, et n'oubliant rien de ce qui peut les faire aller courageusement dans Jes voies divines. Pour ces âmes fortes, il ne faut pas se contenter d'un certain état de bonne vie ; mais il faut les faire aller, comme il a été dit, jusqu'où Dieu les veut. Une seule de ces âmes est plus considérable aux yeux de Dieu que mille autres; c'est pourquoi l'on doit s'y appliquer avec plus d'attention, et soullri r courageusement et constamment les croix qui arrivent pour la direction de ces âmes; car le diable, qui en enrage, en suscite de tous côtés. Sainte Thérèse dit du P. Baltha-
sar qu'il n'eut pas peu à souffrir pour les mauvais jugements que l'on faisait d'elle, car l'on s'en prenait à lui ; mais il lui manda, que tout cela ne lui ferait pas quitter sa direction, et qu'il ne lui manquerait pas. C'est l'esprit des saints dont il n'y a rien de plus généreux, ils ne craignent que Dieu, et tout le mal que les hommes et les démons leur peuvent faire, c'est ce qui fait le sujet de leur joie. Mais pour conduire à la perfection, il est nécessaire, comme nous l'avons montré au chapitre précédent, d'en bien savoir les voies par expérience, les voies de l'oraison commune , celles de la passive et surnaturelle, discerner la véritable paix de Dieu d'avec la fausse qui vient de la nature et du démon, les peines qui viennent de la grâce purifiante d'avec celles qui viennent de la nature et mélancolie, faisant faire à l'âme bon usage de ses peines, qui consiste, selon les sentiments d'un excellent auteur : 1° à se tenir à sa croix sans s'efforcer d'opérer trop pour se tirer de la pauvreté, attendant que Dieu redonne Tusage libre des puissances; 2° se détournant de tout mal ; 3° conservant un regard simple vers Dieu, qui n'est pas souvent aperçu, et se contentant de cela ; accomplissant néanmoins au dehors tout ce qui est de l'obligation de sa charge.
Le directeur doit reconnaître dans l'âme les principes intérieurs du mal, afin d'y remédier; mais il faut attendre la disposition de l'âme, non-seulement pour en oter les défauts, mais encore pour les lui faire connaître, à l'exemple du Fils de Dieu, qui disait à ses disciples qu'il avait beaucoup de choses à leur dire, qu'il leur celait, parce qu'ils n'étaient pas encore assez forts pour porter ces vérités. (Joan. xvi, 12.) La bienheureuse Catherine de Gênes rapporte qu'elle fut dans l'ignorance de plusieurs imperfections qu'elle jugeait môme perfections, et dont Notre-Seigneur lui différait la connaissance à raison du découragement qui lui en fût arrivé. Le P. du Pont loue sur ce sujet la prudence du P. Alvarez à l'égard de sainte Thérèse, ne lui arrachant pas violemment ses amitiés, mais l'acheminant doucement à ce que Dieu y mît la main, et lui ordonnant pour cette fin d'avoir recours au Saint-Esprit par le Feni Creator. Mais écoutons parler la sainte elle-même, au chap. 23 de sa Vie. Elle dit donc qu'un saint prêtre (il s'appelait Gaspard Dacej l'ayant voulu mener d'une manière trop forte, elle vit bien que ces moyens ne lui étaient pas propres, n'étant pas encore assez avancée, et que si elle n'eût traité avec d'autres qu'avec lui, son âme n'eût fait aucun progrès, parce que la seule affliction qu'elle avait de voir qu'elle ne faisait, et même comme il lui semblait qu'elle ne pouvait faire ce qu'il lui disait, était suffisante de la jeter dans le désespoir et de l'induire à quitter tout; qu'un autre serviteur de Dieu la consola en lui disant qu'elle ne pensât pas se défaire tout d'un coup et en un jour de tout, et que pour lui il avait demeuré plusieurs années sans se pou-
voir entièrement dégager de certaines choses très-légères. Ces paroles de la sainte méritent bien que les directeurs y fassent réilexion. Premièrement pour ne pas trop presser les âmes, mais attendre la correction de leurs fautes en toute patience; c'est pourquoi nous avons dit qu'ils doivent être très-patients, car s'il est besoin, il faut attendre jusqu'au dernier soupir de la vie, ne se rebutant point des défauts, ne se lassant point de travailler pour le bien des âmes qui y sont sujettes. C'est la conduite de Dieu qui ne cesse de solliciter l'âme h son amour jusqu'au moment de la mort ; aussi les saints anges qui en sont les très-parfaits imitateurs, n'abandonnent point les personnes qu'ils gardent, quelques faulesqu'elles commettent, et les assistent jusqu'à la mort avec une charité infatigable et une fidélité que tous les crimes ne peuvent ébranler. Qui sait si dans le dernier moment de la vie l'âme la plus criminelle ne se convertira pas parfaitement à Dieu? Secondement pour ne jamais décourager quand les personnes tomberaient cent fois par jour ; c'est une chose considérable que notre sainte assure qu'il y avait vingt ans qu'elle s'exerçait dans l'oraison, lorsqu'il la fallait encore traiter sansla presser. Mais ce qui est plus, c'est qu'elleavait eu, durant une extase de trois jours de suite, une connaissance extraordinaire des supplices des enfers, et sans que cela la tirât de ses imperfections; elle avait eu l'oraison de recueillement ou de quiétude, et même celle d'union, quoiqu'à la vérité elle ne les eût qu'en passant. Cela marque bien ce que la sainte dit, qu'il ne faut pas décourager dans la conduite, que cela pourrait produire un mal notable; ce qui est en troisième lieu à considérer. La sainte était très-courageuse, elle avait des grâces extraordinaires, il y avait vingt ans qu'elle s'exerçait dans l'oraison; cependant l'empressement de ce bon prêtre à la tirer de ses défauts élait suffisant, selon son témoignage, de la jeter dans le désespoir et de lui faire tout quitter. Que les directeurs prennent garde que souvent la violence de leur zèle n'est qu'un pur effet de leur bile ou de leur humeur prompte, ardente et impatiente. La sainte se plaint encore, au chap. 20 de sa fie, qu'on ne croit pas la pauvre âme qui est parvenue aux hauts degrés d'oraison, à cause qu'on l'a vue si imparfaite et vicieuse et qu'on la voit soudain aspirer à de grandes choses pour Dieu, et à ne se pas contenter de peu. On pense que ce soit une tentation et une rêverie; il est bien vrai que la vie chrétienne ne peut être sans la vie mortifiée ; mais la perfection n'est pas l'ouvrage d'un jour, en attendant, il faut attendre et ne s'étonner pas des imperfections.
Le directeur ne doit pas prévenir la conduite de Dieu mais la suivre; ce n'est pas proprement à lui à conduire, ou s'il conduit, c'est en faisant connaître la conduite de Dieu. Il doit donc connaître le mouvement dans 1 ame et l'attendre, ne se hâtant pas de donner des avis et pratiques comme plu-
LE REGNE DE DlEt EN L'ORAISON MENTALE. I.IV. III.
sieurs font, sans trop discerner, si Dieu donne mouvement pour les faire ; faire autrement, ce n'est pas faire grand'chose , mais troubler l'âme qui a de la peine à faire ces pratiques qui viennent de l'esprit humain et non pas de l'esprit do Dieu qui seul lui peut donner une véritable paix. Cependant lorsqu'on ne remarque rien dans une âme, on doit lui donner quelques conseils et lui insinuer des pratiques; car en eu cas, c'est l'ordre de Dieu, les proportionnant à la capacité du sujet. Nous ne voulons pas dire ici que les directeurs ne doivent pas donner d'avis; mais nous disons. qu'ils ne les doivent donner que conformément au mouvement de la grâce, qu'ils doivent tâcher de découvrir dans les âmes.
- Le P. Balthazar Alvarez dit pour la communion fréquente ces paroles : Qu'on prenne bien garde à qui l'on accorde la fréquente communion, selon que notre Père général nous l'a particulièrement recommandé, tâchant de réduire à un milieu l'affection démesurée de quelques - uns. Souvent les femmes en ont un désir qui n'est que naturel et qui vient d'une secrète superbe ; cependant il ne faut faire aucune difficulté de l'accorder tous les jours aux âmes qui y sont disposées. L'angélique Docteur enseigne que la communion journalière était de précepte en la primitive Eglise, et le dernier concile souhaite qu'elle soit rétablie, c'est-à-dire dans les sujets disposés. Il faut toujours éviter les extrémités, et les directeurs qui privent de la sainte communion, à moins que ce ne soit par quelque épreuve, les âmes qui ont de bonnes dispositions, privent à môme temps Noire-Seigneur d'une grande gloire et lui en rendront comote sévèrement au jour de leur mort.