C9 DIEU INCONNU. — EXHORTATION A LA CONNAISSANCE DE DIEU
Certainement ils sont bien grands , et ils sont bien extrêmes , puisqu'ils sont cause do la perte d'une infinité d'âmes. C'est pour cela, dit l'Esprit de Dieu , que reniera étendu ses entrailles, et qu'il a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini , et tout ce qu'il y a de puissant , d'illustre et de glorieux dans Israël, avec tout le peuple, y descendra enfouie. Rentrons ici , mon cher lecteur, dans un profond recueillement en nous-mêmes , et dans un profond silence méditons des vérités si terribles, mais si certaines. L'enfer a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini. 0 vérité infiniment terrible , qui nous apprend qu'une intinité d'à mes sont damnées 1 Tout ce qu'il y a de plus puissant, d'illustre et de glorieux dans Israël, avec tout le peuple , y descendra en foule. Israël est la figure de l'Eglise, et cependant ceux qui y sont considérables , avec le peuple, descendent en foule dans l'enfer. Nous lisons ces vérités , nous les entendons , nous les disons , et la plupart les entendent , et les disent presque comme si c'étaient des fables. Où trouverons-nous des personnes qui aient une vive fui de l'enfer et une vive foi du grand nombre d'âmes qui s'y perdent tous les jours ? Oh ! si l'on savait les horreurs de ce lieu de malédiction 1 si l'on connaissait la grandeur et la durée des supplices! si l'on pensait sérieusement à la multitude nombreuse des personnes qui y purteront la colère de Dieu pour jamais 1 Cependant on ne peut douter de ces vérités, qui ne sont point appuyées sur le témoignage des hommes, mais sur l'autorité de la parole de Dieu qui est infaillible, et qui, nous apprenant la cause de ces malheurs infinis, nous déclare que c'est parce que son peuple n'a point eu d'intelligence.
On ne saurait trop le dire , la science de Dieu et ue ses saintes voies est bien ignorée ; il faudrait aller crier de tous côtés : Au Dieu inconnu. (Act., xvn, 23.)On apprend néanmoins tous les jours aux enfants qu'il y a un Dieu; mais ils n'en ont aucune intelligence. Nous parlons de ceux qui ont l'usage de la raison : l'on se contente de leur apprendre par mémoire, comme à des oiseaux , et ils disent sans intelligence, comme des bêtes, qu'il y a un Dieu. Dans la vérité il n'y a rien qu'ils connaissent moins. 11 le faut pourtant aimer sur toutes choses ; mais comment l'aimer souverainement, si l'on en a moins d'estime que des créatures? Cet abus dont je parle est déplorable; et il n'y a rien de plus commun , il règne presque universellement. Nous le savons par notre propre expérience des visites que la divine Providence nous oblige de faire depuis tant d'années; et de ce que nous avons connu en différents royaumes où la même divine Providence nousaconduits.il serait beaucoup à désirer que les prélats y apportassent le remède, et que des personnes zélées qui auraient accès auprès du souverain Pontife en obtinssent quelque ordre pour toute l'Eglise. Les saints conciles ordonnent aux pasteurs de faire le catéchisme; l'on veille maintenant plus que jamais à ce que ces ordonnances soient gardées; mais cela souvent très-inutilement , parce qu'on se contente d'apprendre les vérités seulement par mémoire. On fait des visites; l'on interroge des enfants, et quelquefois fort avancés en âge, nous en avons trouvé de treize et quatorze ans : ils répondent parfaitement à toutes les questions qui sont dans le catéchisme : ils se confessent , et quelques-uns même s'approchent de la vivifiante communion du corps adorable de Noire-Seigneur Jésus-Christ. Mais si vous leur demandez leurs pensées et leur sentiments à l'égard de Dieu, dont ils vous disent qu'il n'y en a qu'un en trois personnes , vous verrez qu'ils n'en ont pas la moindre connaissance, parce qu'on ne raisonne pas avec eux dans les instructions qu'on leur donne. Ils vous diront que la très-sainte Vierg>3 est Dieu, ou qu'ils l'aiment autant que Dieu; que Dieu n'a pas toujours été; quelquefois qu'ils aiment autant leurs pères et leurs mères. Cet abus est semblable à l'égard ûqs autres vérités : ils répondront que l'on est damné pour un péché mortel , et que l'on ne l'est pas pour un péché véniel. Mais si on leur demande si on est damné pour un grand péché, un péché qui offense beaucoup Dieu , et pour un péché qui n'est pas si considérable, que l'on commet en choses légères, ils ne répondent plus, ou ils répondent mal. Us n'entendent en aucune manière ce qu'ils disent, ils sont sans intelligence.
11 ne faut pas s'étonner après cela, s'ils s'abandonnent si facilement au péché, s'ils ont si peu de respect dans les églises, s'ils aiment si peu Dieu : mais le peuple dont Dieu se plaint qu'il est sans science, se trouve dans les personnes âgées aussi bien que dans les jeunes, parmi celles même qui dans le monde passent pour de grands esprits. C'est cequa nous ferons voir avec le recours divin dans ce petit Traité; et comme la gloire de Dieu est la seule chose que tous les hommes doivent rechercher, et que Dieu ne peut être glorifié sans être connu ; c'est ce qui nous presse de déplorer plus que nous ne pouvons dire, le peu de connaissance qu'il y a sur la terre de cet être infiniment suradorable, et de lâcher de réveiller les hommes en sa divine vertu, afin qu'ils ouvrent les yeux à ses saintes lumières, et qu'ils connaissent qu'il n'y a rien qui lui soit semblable, et qu'il leur paraisse qu'il est le Seigneur qui est le seul grand, qui a créé les cieux, qui fait marcher dans un si bel ordre l'armée des étoiles, et qui les appelle toutes par leur nom, sans qu'il manque rien à leur harmonie, tant il excelle en grandeur, en vertu et en puissance; que c'est lui qui s'assied sur le globe de la terre, et qui voit tous les hommes qu'elle renferme comme des sauterelles; qui a suspendu les deux comme une toile, et qui les étend comme un pavillon qu'on dresse pour s'y retirer; que toutes les îles sont devant ses yeux comme un petit grain de poussière ; que t ut ce que les anges et les hommes en peuvent dire de grand, est infiniment éloigné de ce qu'il est, puisqu'il est incompréhensible.
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
DIEU INCONNU