PRATIQUES
PREMIÈRE PRATIQUE
Prier beaucoup pour les âmes du purgatoire.
Prenez garde à ce que vous entendez, dit notre divin Maître : La même mesure que vous ferez aux autres, vous sera faite (Luc. iv, 24); c'est assez qu'un Dieu ait dit une vérité pour n'en point douter. Il suffît qu'il nous ait dit d'y prendre garde, pour y donner toutes nos attentions; et cependant qui croit et qui fait réflexion qu'il nous sera fait comme nous faisons aux autres? Si l'on regarde la manière doi.t l'on en use à l'égard du prochain, qu'il soit encore en vie, ou qu'il soit mort, qui pourra penser que l'on ait la foi de cette vérité: La même mesure que vous ferez aux autres, vous sera faite ? Qui voudrait être traité de Dieu comme l'on traite les autres? Soupirons inconsolableinent sur notre incrédulité, et demandons avec larmes le don de la foi. Si quelqu'un, dit encore le Fils de Dieu, a des oreilles pour entendre, quil entende. (Matth. xi, 15.) Ecoutez donc, mon cher lecteur, la voix d'un Dieu qui se fait entendre par les choses les plus insensibles. Après avoir considéré qu'on nous fera la même mesure que nous aurons faite aux autres, méditons dans un profond recueillement ce que nous voulons qu'il nous soit fait, si, par les mérites du sang du Sauveur, étant délivrés de l'enfer que nous méritons, nous expions nos péchés dans les brasiers du purgatoire. Tout ce que vous voudriez que l'on fit pour vous
OFuvnES COMPL. DE ROLDON. I.
soulager au milieu de ces feux épouvantables, faites-le pour les âmes qui y sont. Hé 1 y a-t-il rien au monde que vous ne voulussiez qu'il vous fût fait ?
Donnez, vous crie l'adorable Jésus, et il vous sera donné (Luc. vi, 38) ; on vous versera dans le sein une bonne mesure pressée et entassée, et qui se répandra par-dessus : si vous donnez vos soins à ces pauvres âmes, la divine Providence prendra le même soin de vous; si vous les négligez, on vous négligera. Hélas! c'est ce que l'on voit tous les jours; on n'y pense pas, ou l'on y pense peu; et Dieu, par un juste jugement, permet que l'on oublie ceux qui ne s'y sont pas appliqués.
Voici des pratiques pournepas vivre dans cette insensibilité. La première est de beaucoup prier pour elles : comment peut-on se lasser de prier pour des personnes qui sont dans un état si pitoyable? mais, à ceux qui aiment Dieu, il leur suffit de savoir que les prières qu'on lui offre pour elles lui sont très-agréables, et qu'elles contribuent à le glorifier hautement.
Il est bon pour ce sujet de réciter l'office des morts, et c'est l'usage de l'Eglise universelle; les sept psaumes de la pénitence ; le chapelet, que l'on peut dire en cette manière : dire sur les gros grains: Gloire soit au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ; sainte Marie mère de Dieu, bienheureux anges et saints, intercédez pour les âmes du purgatoire ; et sur les petits grains : 0 Père éternel, je vous offre toutes les satisfac'ionr, dé
Ktl
Jésus votre Fils bien-aimé pour ces âmes. Il faut dire : Pour une telle âme en particulier, lorsqu'on le récite à son intention. Seulement il faut bien prendre garde à bien faire ce que l'on fait. Pensez avec quelle application vous agiriez s'il était question en cotte vie de solliciter pour délivrer du dernier supplice une personne qui vous serait tout à fait chère, comme un père, ou une mère, ou un enfant, et pensez ensuite comment votre esprit est appliqué, lorsque vous priez pour des personnes qui brûlent dans les flammes de la justice vengeresse deDieu. Certainement ce devrait être avec des torrents de larmes, mais que ce soit dans un gémissement intérieur. Un psaume récité <ie cette sorte aura plus d'effet, que cinquante avec négligence; c'est pourquoi l'usage des oraisons jaculatoires, qui se font avec une sainte ardeur, et sans beaucoup de peine, leur est grandement utile : il est bon de s'en servir fréquemment, offrant le sang de Jésus pour elles, et criant miséricorde, miséricorde, en son nom. On peut otfrir l'oraison mentale à leur intention, se servir de l'horloge pour s'en. souvenir à toutes les heures du jour, la nuit même quand on s'éveille. Nous avons dit que le grand saint François- Xavier criait par les rues durant les nuits, que l'on s'appliquât aux âmes du purgatoire; et c'est une sainte coutume de quelques lieux , gù il y a des gens députés de quelques confréries pour faire la même chose.
Il ne faut pas manquer, aux prières du matin et du soir, d'offrir des prières four elles, à la sainte messe, à ïangelus, et enfin s'en souvenir toujours dans toutes ses oraisons, et tous les autres exercices de piété. Il faut prendre quelquefois pour sujet de son oraison quelques-uns des motifs que nous avons marqués, s'appliquer même h Notre-Seigneur par un simple regard dans la contemplation , se mettre à genoux, et se prosterner de temps en temps, implorant pour leur délivrance la divine miséricorde; et à la vue du feu et des autres peines de la vie, prendre Occasion de se souvenir de celles qu'elles souffrent.
Choisir un jour toutes les semaines, comme les lundis, pour s'en occuper particulière-, ment ; aller en pèlerinage en des lieux de dévotion, faire des neuvaines et des quarantaines à leur intention, et surtout ne point se désister de prier pour elles : avoir recours aux personnes d'une vertu éminente, afin qu'elles en prennent soin ; car souvent Dieu leur accorde ce qu'il ne fait pas à grand nombre d'auires. Que Dieu est bon, et que ses bontés sont admirables ! Il fait la volonté de ceux qui le craignent, dit le Psalmisle [Psal. cxliv, 3, 19) ; et la prière dujuste, dit saint Jacques, faite avec instance, a beaucoup de force (Jac.x, 16), c'est-à-dire, faite sans relâche, avec persévérance et assiduité ardente etaccompagnée de bonnes œuvres. Mais si l'on a recours aux amis de Dieu qui sont dans cette vie mortelle, il faut aussi recourir à la très-
lorieui, et aux
pure Vierge, aux anges saints qui sont dans le ciel
, DEUXIÈME PRATIQUE
Offrir des œuvres de. mortification pour elles.
Nous avons remarqué que Dieu tout bon, ayant découvert la grandeur des peines du purgatoire à quelques personnes, elles en ont été touchées si vivement, qu'elles ont pratiqué des pénitences et ont souffert des maux qui ont été l'étonnement de leur siècle et de tous ceux qui les ont suivis. Nous n'avons pas ces vues extraordinaires, niais nous avons la foi : Et en vérité je vous dis, nous assure le Fils de Dieu, que si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, rien ne vous serait impossible. (Matth. xvh, 19.) Malheur à nous qui vivons comme si nousn'en avionspoint; rienn'estimpossible, selon le témoignage de la Vérité même, à celui qui en a seulement un grain. (Ibid.) O mon Seigneur et mon Dieu, quel sujet d'humiliation pour nous, qui trouvons tout difficile; et qui sous prétexte de quelques peines qu'il faut souffrir dans la pénitence, qui doit être, selon la doctrine desconciles, fa vie du> chrétien, menons une vie molle, aisée et sensuelle. Oh 1 si nous avions un peu de foi, quelles mortifications ne ferionsnous pas pour le soulagement des âmes qui souffrent d'une manière si terrible ! les jeûnes, les cilices, les disciplines et autres austérités seraient nos exercices ordinaires; mais au moins on peut bien se priver quelquefois d'un morceau délicat, s'abstenir de quelque chose qui serait agréable à nolro goût, mortifier ses sens, particulièrement les yeux, les oreilles; mortifier sa langue, garder le silence durant quelque temps, veiller quelquefois, souffrir avec patience les maladies, des états d'une infirmité continuelle, les douleurs aiguës des maux de tête, de dents, de colique, de goutte, de pierre, le froid, le chaud, et toutes les autres incommodités de la vie : faire des actes de renoncement à soi-même, crucifiant sa chair avec tous les vices et la convoitise, dompter ses passions, sa propre humeur, ses inclinations, la propre volonté, enfin porter avec soumission aux ordres de Dieu, et avec action de grâce, tout ce qui donne de la peine à l'extérieur et à l'intérieur.
Ainsi les laboureurs , les artisans, les serviteurs, et tous les gens de travail ont bien de quoi otfrir à Dieu pour les âmes qui sont dans les flammes purifiantes de la justice divine ; il en est de même de tous ceux qui ont des peines de corps et d'esprit: c'est ce qu'il leur faut apprendre. En même temps que cette charité donnerait du secours à ces pauvres âmes, elle obtiendrait une abondante bénédiction à ceux qui l'exerceraient, pour être soutenus dans leurs maux. On rapporte que des gens ayant otTert à Dieu, en faveur des âmes du purgatoire, tout le travail de quelque voyage qu'ils faisaient, et s'étant trouvés en de grands périls, eu ont été délivrés extraordinairement, Dieu récompensant leur charité par une