LA GLOIRE DE LA SAINTE TRAITE. - PART. II, PRATIQUES
Assistance spéciale de son aimable Providence.
TROISIÈME PRATIQUE
Exercer les œuvres de miséricorde à leur intention.
Comme Veau éteint le feity V aumône détruit le péché (Eccli. m, 33); elle fait trouver miséricorde, et gagner la vie éternelle : ce n'est point ici une doctrine des hommes, qui est sujette à l'erreur, ce sont des vérités révélées par le Saint-Esprit, il les faut donc croire sans hésiter; mais pouvonsnous dire avec sincérité que nous les croyons? Si nous avions la foi, puisque l'aumône purifie les péchés comme l'eau éteint le feu, que ne ferions-nous pas pour éteindre les flammes du purgatoire ? Certainement nous ferions des aumônes à bonne et. surabondante mesure. Ce serait une excellente pratique, que saint Jean Chrysostome conseillait, de ne passer aucun jour sans faire quelque réserve pour les pauvres, et pour ce sujet mettre ce que l'on réserve dans un petit coffre pour distribuer à la fin de la semaine. Il ne faut qu'une bonne volonté, avec le secours de la grâce, pour trouver les moyens d'épargner quelque chose pour assister les pauvres : il est aisé de se retrancher des dépenses qui ne sont pas nécessaires, ou sur le vivre, ou sur les divertissements.
Mais malheur aux riches ! (Luc. vi, 2i) et ils sont déclarés malheureux par le Fils de Dieu; sa sainte parole a peu d'effet dans leurs esprits et dans leurs cœurs, leurs richesses sont des épines qui étouffent la divine semence, l'attachement qu'ils ont aux faux biens de la terre les rend tout terrestres, ils ne vivent, ils ne s'occupent que de la terre, ils font des bâtiments magnifiques, comme s'ils n'en devaient jamais sortir; la meilleure partie de la dépense qu'ils y emploient serait un puissant secours pour les âmes qui sont purifiées par la justice de Dieu. On perd au jeu et en bien d'autres occasions ce qui a coûté bien de la peine à un père, à une mère; et à peine voudrait-on donner quelques pistoles pour leur soulagement ; on est revêtu magnifiquement d'habits précieux, pendant qu'ils sont revêtus de feux et de flammes. Alexandre, qui a dépensé plus de sept millions dans les funérailles d'Ephestion, et plusieurs autres infidèles qui n'ont rien épargné en de pareilles occasions, s'élèveront contre tous ces gens-là au jour dujugement, et Jes condamneront. Acquitter les dettes, ou les remettre à des personnes qui sont dans le besoin, pour empêcher leur ruine, ou pour les rétablir, ou pour les mettre en état de continuer leur négoce ou d'autres emplois, comme ceux des fermiers qui soutiennent des familles entières, est l'un des plus puissants moyens pour satisfaire à la justice de Dieu.
Mais il y en a d'autres, et qui sont plus au pouvoir de toute sorte de personnes ; ce sont les œuvres de miséricorde spirituelle, qui surpassent autant les œuvres de misé-
ricorde corporelle, selon la doctrine de saint Thomas, -que l'esprit surpasse en excellence le corps. Un auteur considérable écrit qu'une veuve, au lieu de se venger, ayant envoyé, par une charité très-singulière, un chevalet de l'argent à un homme qui avait tué son fils, pour le faire évader, l'âme de son fils lui apparut, et lui déclara qu'elle avait été délivrée du purgatoire par cette charité. Si vous voulez que Dieu tout bon pardonne à vos amis qu'il punit dans les supplices de l'autre monde, pardonnez à vos ennemis, Dieu les traitera et leur fera du bien comme vous les aurez traités. 11 arrive tous les jours mille occasions de petits déplaisirs que l'on reçoit des uns et des autres : n'y ayez point d'égard, surmontez-vous, agissez avec bonté envers ceux dont l'humeur et les manières vous rebutent : offrez le tout pour les âmes du purgatoire, Dieu aura pitié d'elles.
Consolez les affligés, donnez avis à ceux qui en ont besoin, instruisez les ignorants, travaillez à la conversion des pécheurs, ayez une sainte condescendance pour les personnes qui ont des peines d'esprit, qui sont travaillées de scrupules, de grandes et de fortes tentations; ne les rebutez point, ne les découragez point; exhortez-les à la confiance, écoutez leurs peines et leurs tentations sans vous en étonner, aidez-les à les relever dans leurs chutes : faites ces choses pour les âmes qui sont dans le purgatoire, et Dieu leur fera miséricorde. Mais l'un des plus puissants secours qu'on leur puisse donner, c'est de faire des missions à leur intention ou de leur en procurer.
QUATRIÈME PRATIQUE
L'application des indulgences.
C'est assez de savoir ce que c'est que les indulgences, pour en faire un saint et fidèio usage ; si l'on considère que l'indulgence est une application des satisfactions de Jésus-Christ, comment ne s'en pas servir pour satisfaire pour les âmes du purgatoire?
Nous l'avons dit : il faut prier, il faut veiller, jeûner, faire des pénitences, donner des aumônes pour elles, mais hélas! tout ce que nous pouvons faire n'est pas grand'chose. La moindre des satisfactions de Jésus-Christ est d'une valeur infinie; voilà bien de quoi payer les dettes de ces âmes : avoir entre les mains un trésor si précieux et n'en faire point d'usage, c'est ce qui sera puni sévèrement. Il faut ici remarquer l'aveuglement do quantité de personnes qui sont chargées de médailles bénites, qui sont associées à des confréries à qui le Souverain Pontife a accordé plusieurs indulgences qui peuvent être appliquées aux défunts, et qui les ignorent, au lieu d'en faire un saint usage.
Cependant n'accuserail-on pas justement de cruauté une personne à qui on aurait confié, dans un temps de famine, un coffre plein d'argent pour assister les pauvres dans leurs nécessités, et qui, par négligence, n'en ferait aucun usage? et cette personne ne serait-elle pas grandement coupable, devant Dieu et devant les hommes? Quel sujet fie
OEI'WIES COMPLETES DE BOl'DON.
plainte auraient les pauvres qui n'auraient pas été secourus dans leurs grands besoins? ei celte personne pourrait-elle s'excuser sur ce qu'elle n'y aurait pas fait réllexion? La négligence, néanmoins, des indulgences, est quelque choso de plus cruel, et d'une conséquence hien plus considérable, puisque tous les besoins de cette vie ne sont pas comparables à ceuxdu purgatoire, ni les moyens de les soulager, aux satisfactions d'un Homme-Dieu.
On donnera, dit saint Augustin, conformément à l'Evangile, à celui qui aura bien usé des dons de Dieu ; celui qui ne les fait pas profiter sera châtié. Le serviteur de l'Evangile qui avait caché son talent en terre, fut jeté dehors dans les ténèbres : prenons donc garde à ne pas rendre inutile le prix du sang du Sauveur de tous les hommes. Pour ce sujet, ceux qui ont des médailles bénites ou qui sont associés dans quelque sainte confrérie, doivent s'instruire des indulgences qu'elles peuvent gagner pour les âmes des personnes décédées. Le Pape Innocent XI a donné le pouvoir de leur appliquer toutes les indulgences des médailles ordinaires. 11 y en a pour tous les dimanches, les fêtes des apôtres, les fêles de Notre- Seigneur, de sa sainte Mère, et même pour tous les jours, en faisant les choses marquées. Il faut avoir le petit livre qui en parle. Il y a plusieurs jours de l'année, dans la plupart des grandes associations, où il y a délivrance d'une âme du purgatoire, et où l'on peut leur appliquer les indulgences que l'on gagne pour elles dans les stations de Rome, que le Pape accorde à ces associations.
Mais il faut prendre garde à s'acquitter exactement des conditions requises, à être en état de grâce, à faire ce qui est prescrit avec attention, et avec la profonde vénération qui est due aux satisfactions de Jésus- Christ, qui, par un excès de charité incompréhensible, veut bien nous donner de quoi satisfaire h toutes les dettes dont nous sommes redevables. 0 amour 1 ô amour de mon Dieu, que tu es peu connu, et que tu es peu estimé et aimé l
CINQUIÈME PRATIQUE
Offrir le saint sacrifice de la messe.
Tout ce que le Liban a d'arbres, dit le prophète Isaïe, ne suffirait pas pour allumer le feu de raulel du Seigneur ; et tout ce qu'il y a d'animaux serait trop peu pour être un holocauste digne de lui : tous les peuples du inonde sont devant lui comme s'ils n'étaient point. (Isa. xli, 16, 17.) On chercherait donc en vain parmi les pures créatures de quoi lui faire un sacrifice digne entièrement de sa grandeur infinie : mais remercions-le continuellement, avec l'Apôtre (Ephes. i, 7), de la grâce qu'il nous a faite par Notre-Seïgneur Jésus- Christ, de ce qu'il nous a comblés par lui de toutes sortes de richesses, de sorte qu'il ne nous manque aucune grâce.
Mous avons des obligations infinies à Dieu, et quand nous nous consumerions en actions
de grâces avec toutes les créatures, nous ne pourrions pas l'en remercier autant qu'il le mérite. Quand toutes les créatures du ciel et de la terre s'anéantiraient devant lui, nous ne pourrions pas en rigueur de justice lui satisfaire pour nos péchés. Mais nous avons en Jésus des actions de grâces infinies, et des satisfactions infinies pour reconnaître toutes ses miséricordes, et pour satisfaire à sa divine justice. Possédant l'être divin, il n'a rien ravi à Dieu de se tenir égal à lui; toutefois il s'est anéanti lui-même en prenant l'être d'un esclave ; il s'est humilié jusqu'à la mort et à la mort de la croix. Par cet anéantissement infini, il a rendu un digne témoignage de la grandeur incompréhensible de son Père, et il lui a satisfait pour tous les péchés du monde.
C'est ce grand sacrifice qu'il continue toujours sur nos autels, et ce doit être notre recours pour les âmes du purgatoire : ceuxlà manquent beaucoup, qui le diffèrent ou le font différer. Souvenons-nous toujours que les âmes pour qui il est offert sont dans le feu. Gens de peu de foi que nous sommes, si un charbon tombait sur notre habit, aussitôt nous le secouerions; et nous tarderions à secourir des âmes qui brûlent, dont les moments de peines sont épouvantables? Si les services que l'on fait pour les morts ne peuvent pas être célébrés les jours qui son» marqués, il est bien plus juste de les avancer que de les différer : mais quel compte, auront à rendre à Dieu les prêtres qui les retardent sans sujet, ou les parents et les héritiers qui y sont négligents. Le bienheureux Henri de Suzon écrit qu'un religieux mort lui apparaissant, se plaignit à lui de ce qu'il en était délaissé; et comme le saint lui eut répondu qu'il offrait tous les jours ses prières pour lui : Il faut du sang de Jésus, lui répliqua-t-il ; voulant parler du saint sacrifice de la messe. C'est ce sang adorable qui éteint l'ardeur des brasiers du purgatoire : mais il Je faut offrir sans aucun retardement; et pour ce sujet il vaut bien mieux faire célébrer des messes par un grand nombre de prêtres , et en différents lieux, que de s'arrêter à un lieu, ou à un petit nombre d'ecclésiastiques. Hélas 1 si on ne retarde point du tout à courir au feu d'une maison qui brûle, que doit-on faire à l'égard des âmes créées à l'image de Dieu, et qui quelquefois sont les âmes de nos pères, de nos mères, et des personnes qui nous doivent être les plus chères? Comme les souverains pontifes appliquent à de certains autels des indulgences extraordinaires pour les âmes du purgatoire (et c'est pour ce sujet qu'on les appelle privilégiés), l'un des grands soins que l'on doit prendre poulies morts est de procurer que l'on célèbre des messes sur ces autels pour eux.
SIXIÈME PRATIQUE
Exécuter fidèlement les testaments et les legs pieux.
Nous avons une étroite obligation de donner du secours à toute sorte de personnes
ï.\ GLOIRE DL LA SAINTE TRINITE. - PART. II, PRATIQUES.
lorsqu'elles sout en des besoins extrêmes, aux personnes étrangères et inconnues, à nos ennemis même; à plus forte raison donc à nos proches, à nos pères, à nos mères. Quand ils ne nous auraient rien laissé, c'est bien assez que les liens les plus forts de la nature nous unissent à eux. Ah 3 quel moyen d'abandonner un père, une mère, des amis intimes au milieu des flammes sans les secourir? Sera-t-il dit que les lions et les tigres se jetteront dans le feu pour secourir leurs petits, comme les naturalistes le rapportent, et que des hommes, et des hommes Chrétiens, plus cruels que les lions et les tigres, épargneront un peu de faux biens et leurs soins sans qu'ils s'exposent comme les bêtes féroces pour délivrer ce qu'ils ont de plus cher des brasiers du purgatoire?
l'ne nécessité si extrême demanderait qu'au milieu de la pauvreté on fit des efforts pour y subvenir; mais tant que l'on a des biens de ceux dont on a hérité, tant qu'ils sont en nature, comment se dispenser de les employer pour ceux qui peut-être brûlent pour les avoir laissés? Le droit des nations, conformément è celui de la nature, en impose une obligation indispensable; la seule piété chrétienne nous presse assez de faire des fondations pour eux. Mais, ô dureté inconcevable du cœur humain! bien loin d'en faire, on n'accomplit quelquefois qu'en partie celles qu'ils ont ordonnées. J'ai connu un homme qui par sa profession devait être détaché des biens temporels, et qui, ayant hérité de grands biens et de gros revenus de l'un de ses proches, voulait que l'on diminuât une petite fondation qu'il avait faite, quoiqu'il ne s'agît presque de rien pour l'exécuter entièrement.
Il y a plus, si la moindre formalité manque dans un testament, on ne l'exécute point; et ce que l'on ne croirait jamais si l'expérience n'ôtait tout lieu d'en douter, on plaide pour n'y être pas contraint : ce sont néanmoins des fidèles qui disent qu'ils croient un purgatoire, et ces Chrétiens plâtrés, comme les appellent les saints Pères, plaident, sollicitent, se tourmentent pour ne pas assister des âmes auxquelles ils ont toute l'obligation possible, et qui brûlent dans les feux de la justice de Dieu. Chose étrange! la mort dont la seule pensée est plus que capable de donner un juste mépris pour toutes les choses de la terre, ne sert qu'à en augmenter la convoitise : on voit des gens s'animer, se quereller fortement pour quelques intérêts de la succession d'un homme qui vient d'expirer, avec moins de retenue que s'ils avaient élé sans foi; car les infidèles n'en usent pas de la sorte. Mon Seigneur et mon Dieu, que les ténèbres d'un cœur attaché sont épaisses, puisque la vue actuelle d'un corps mort, qui est dans une privation générale, n'est pas suffisante pour les dissiper.
On se fiera après cela h ses héritiers ; et
on est assez, aveugle pour croire qu'ils au-
Vont et plus d'amour et plus de soin pour
nous", que nous n'en. avons eu nous-mêmes.
On s'est oublié soi-même pendant sa vie, et on pensera que d'autres, quand ils ne nous verront plus, s'en souviendront. Un père disait h son fils : Je m'attends bien que vous prendrez soin de mon âme après ma mort; et le (ils lui répondit : Mon père, je n'en ferai rien; pensez-vous que je vous aimerai plus que vous ne vous êtes aimé vous même ? On ne paye point ses dettes malgré toutes les lois naturelles, humaines et divines, cherchant ses excuses dans ses péchés, et tâchant de se tromper malheureusement sous différents prétextes. On dit qu'on laisse du bien pour y satisfaire, on en charge ses héritiers ; et les héritiers, ou ne s'en acquittent pas, ou différeront de les payer. Le faux honneur portera à leur faire des funérailles magnifiques, à prendre un deuil qui éclate, et les créanciers, et quelquefois de pauvres ouvriers qui ont travaillé ne reçoivent point leur salaire, et les autres ce qui leur est dû. Il est vrai qu'un si cruel procédé arrive souvent par une juste punition de Dieu, ou pour châtier une criminelle négligence, ou pour punir l'injustice de ceux qui en ont usé de cette manière à l'égard des autres ; cependant ils brûlent ces pauvres malheureux, qui quelquefois ont laissé et bien de l'argent et des terres. S'ils en avaient donné quelque partie aux pauvres, ils auraient pleinement satisfait à toutes leurs dettes, et peut-être seraient-ils dans le paradis. Certainement, quand il s'agit de sa pauvre âme, il ne faut se fier à personne. J'ai connu un ecclésiastique qui avait amassé beaucoup d'argent et de blé. Après sa mort, on jeta son corps au milieu de son blé, et l'année expirée, les héritiers résolurent à la pluralité des voix de ne lui pas même faire célébrer un service.
Cette barbarie est quelquefois punie sévèrement en ce monde; ainsi une âme apparut à Milan, qui déclara que depuis dix ans elle brûlait dans le purgatoire, parce que l'un de ses proches n'avait pas satisfait à ses dernières volontés; et que pour cette inhumanité la tempête l'avait ruiné. Ln autre fut puni de mort, parce qu'il avait différé de donner des aumônes qu'on lui avait mises entre les mains. Mais un saint religieux de l'ordre de Saint-Dominique se fit voir après sa mort, et ce fut à saint Thomas, et assura qu'il avait bien souffert dans les flammes de la justice de Dieu, parce qu'il avait eu quelque négligence à exécuter un testament que l'évèque de Paris lui avait recommandé. Si on traite de la sorte le bois vert, que ne sera-t-il point fait au bois sec'f (Luc. xxin, 31.)
11 faut ici remarquer une erreur de quelques-uns, qui ne se mettent pas tant en peine d'exécuter les testaments, parce que, disent-ils, la bonne volonté de ceux qui les ont faits a été reçue de Dieu : mais ils no considèrent fias que cela peut avoir lieu a l'égard du mérite, et non pas de la satisfaction entière: car autrement, pourquoi les saints canons lancent -ils les foudres de l'Kglise sur ceux qui ne les exécutent pas, ou
qui les diffèrent? Pourquoi les conciles généraux commandent-ils aux évoques de prendre soin que tous les legs pieux s'accomplissent avec soin, et non pas avec négligence? Si cette raison avait lieu, pourquoi des personnes, et des personnes d'une eminente vertu, qui sont décédées dans une volonté admirable de satisfaire à Dieu, ne laissent-elles pas d'expier leurs fautes dans le purgatoire? Il y a bien de i la différence de vouloir s'acquitter de ses dettes, et y satisfaire, ce dont tout le monde doit convenir.
C'est donc une obligation très-étroite d'exécuter les testaments , et de veiller à ce qu'ils soient entièrement accomplis. Pour ce sujet, les supérieurs et les visiteurs, comme les archidiacres, rendront un terrible compte à Dieu, si, par leur négligence, les fondations ne s'observent point ; et pour y apporter un ordre exact, on doit prendre garde à faire subsister dans toutes leurs charges, celles qui ont de quoi s'en acquitter; et à l'égard de celles dont le revenu est diminué par le défaut du bien qui a été donné, les régler justement à proportion du revenu, et ne les pas détruire sous prétexte que les legs pieux ne sont plus dans la même valeur : car si l'on ne peut pas s'acquitter de toutes les obligations , il faut en accomplir une partie , et tout autant qu'on le peut faire. On en trouve d'anciennes qui demandent, dans les services solennels, l'assistance d'un diacre et d'un sous-diacre , et d'autres officiers à qui il y a des distributions réglées pour leur assistance ; et comme en plusieurs lieux, par exemple dans la campagne, on ne peut pas trouver un si grand nombre d'ecclésiastiques , il faut suppléer à ces charges par d'autres prières et d'autres moyens. On pourrait faire célébrer quelques inesses basses pour y satisfaire ; car enfin les besoins des âmes qui souffrent sous la pesante main de Dieu , sont si grands , que c'est une cruauté de leur ôter le moindre secours. 11 faut une dernière exactitude pour remplacer toutes les fondations racquittées, et marquer expressément dans le contrat de remplacement, que c'est pour la fondation racquiitée, y nommant les fondateurs. C'est un abus que d'en employer l'argent dans les réparations de l'église, ou dans l'achat des ornements ; et si cela était arrivé, il est nécessaire que les marguilliers et les principaux de la paroisse passent un acte dans les formes , par lequel ils reconnaissent que les deniers des fondations ont été appliqués aux besoins de l'église, et qu'ainsi l'église est en obligation de les acquitter; et il ne suffit pas de dire que l'on s'en souvient bien ; car dans la suite des temps la mémoire s'en perd, et dans ce cas, et en d'autres pareils; et comme on ne trouve plus de titres des legs pieux, ils s'abolissent. Le bon ordre demande qu'il y ait des obitoires où toutes les charges iles fondations soient marquées dans les mois et jours qu'elles arrivent , et on y doit aussi mettre exactement ce que les supérieurs or-
donnent pour suppléer aux manquements, afin que rien ne périsse.
Les visiteurs et les supérieurs doivent beaucoup s'appliquer à faire subsister toutes les fondations : mais comment y donner les soins nécessaires en faisant des visites en grand nombre par jour, et avec précipitation ? C'est ce qui a obligé un célèbre parlement du royaume, à ordonner que les archidiacres ne seraient point payés de leurs droits , s'ils en faisaient plus de trois chaque jour. On doit avoir un coffre qui ferme à deux clefs, dont le curé en garde une, et les marguilliers l'autre, pour y conserver tous les contrats des fondations et titres de l'Eglise, sans jamais en laisser prendre sans un récépissé. Il faut y mettre un inventaire exact de toutes les fondations, où l'on marque le lieu, le notaire devant qui elles ont été passées , avec l'année , pour y avoir recours dans le besoin. Si l'on trouve quelque église où l'on n'observe pas cet ordre d'un coffre fermant à deux clefs, pour y suppléer les marguilliers sortant de charge doivent donner par compte à ceux qui entrent , tous les contrats et titres selon l'inventaire, et les faire signer comme ils les ont reçus, pour être obligés de les représenter à ceux qui viendront après eux; et il est encore nécessaire de prendre garde aux contrats, et de les renouveler pour en empêcher la prescription.
Sans ces soins plusieurs contrats s'égarent ou se perdent, ce qui arrive par négligence ou malice : par négligence, les marguilliers les laissant entre les mains des officiers de justice, à qui ils les laissent pour faire payer les fabriques, ou entre les mains d^autres personnes; par malice, quelquesuns les retirant à raison qu'ils sont intéressés, ou eux ou leurs parents. C'est ce que nous savons par l'expérience de trente-six. années que nous avons faite des visites par l'infinie miséricorde de notre bon Sauveur, sous la protection de son immaculée Mère , des bienheureux anges et saints.
Nous avons su qu'il y a eu des personnes si aveuglées , qu'elles sont mortes dans ce crime, et d'autres qui y persévérant ne laissent pas de s'approcher des sacrements : et cependant, hélas 1 on ne fait pas réflexion sur l'énormité du crime, qui est terrible, puisqu'en retirant un contrat de fondation subtilement, et sans que l'on s'en aperçoive, après que plusieurs années se sont écoulées, ceux, qui sont intéressés le sachant,, ne veulent plus payer, demandant qu'on leur moutre des titres; ce qu'on ne peut plus: et ainsi une fondation qui est assurée et bonne, et qui aurait pu peut-être subsister jusqua la lin du monde, vient à manquer jet ceux qui en sont cause privent de ce secours, qui aurait duré jusqu'à la consommation des Mèeles, de pauvres urnes qui brûlent dans le purgatoire. Peut-on se figurer une barbarie plus cruelle , et une injustice plus épouvantable? Que dirait-on d'un homme qui aurait ôté tou*" les secours que l'on donne aux pauvres <ie toute la ter.-e, peur