‹ Œuvres complétesChapitre 221 sur 397 · AIME TRINITE. — I" TRAITE · texte numérisé non relu

AIME TRINITE. — I" TRAITE

boire et manger comme Jésus-Christ a fait, il doit dormir de la même manière, et ainsi doit-il faire dans tout le reste des actions de sa vie, dont il n'y a pas un seul moment qui ne doive être divin; il doit souffrir, comme cet humble Sauveur a souffert ; il ne. doit point avoir de part à l'espri t et aux maximes du monde, son divin chef n'en étant point ; il doit être dégagé de toutes les choses de la terre, des biens temporels, des plaisirs et des honneurs; il doit au moins être pauvre d'esprit, avoir de l'estime, de l'affection pour la pauvreté, le mépris et la douleur; car ce sont les inclinations de celui dont il est le membre. Il doit aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui lui font du mal, ne vouloir que ce que Dieu veut, ne vouloir rien de ce qu'il ne veut pas, se contenter de tout ce qui arrive.

Mais c'est ce que l'on n'entend guère, bien loin de le pratiquer. Hélas 1 faut-il que parmi les enfants de lumière il s'y trouve encore tant de ténèbres! Ohl si les Chrétiens savaient le don de Dieu ! Mais comment un Chrétien peut-il ignorer ce qu'il est, ce que' c'est d'être Chrétien? O mon Sauveur et mon Dieu, est-ce de la sorte que vos amours inénarrables sont reconnus? il est vrai, c'est ainsi que vous aimez les hommes, de les faire une même chose avec vous: et ces ingrats a peine connaissent-ils, aimant mieux les ténèbres que votre lumière, la grâce inestimable que vous leur faites. Ne nous lassons point de le répéter : Combien de Chrétiens sont bien pénétrés de cette vérité, qu'ils doivent vivre comme Jésus-Christ a vécu, qu'ils sont une même chose avec lui en qualité de membres, qu'ils n'ont que le même esprit qui les doit animer et gouverner en toutes choses ; que leur vie n'est pas seulement une vie innocente, mais que c'est une vie surhumaine, au-dessus de tous les mouvements de la nature, une vie toute divine? Ensuite l'Apôtre déclare nettement (ICor. n, 16) que nous devons avoir les mêmes sentiments que Jésus-Chrùt a eus.

Nous devons donc être occupés de la trèssainte Trinité, puisqu'elle a été son occupation continuelle.

QUATRIÈME MOTIF

La très-sainte Trinité a été la grande occupation de la très-heureuse Vierge, et des plus grands saints de la terre.

Comme le mystère glorieux de la Trinité a été l'occupation continuelle de Jésus- Christ notre bon Sauveur, il faut par une suite nécessaire qu'il ait occupé fortement toutes les personnes qui lui ont été unies. 11 a donc été sans doute la grande occupation de la bienheureuse Vierge, et de tous les saints de la terre qui ont été les plus éminents en sainteté. Jamais il n'y a eu en terre rien de plus divin que la sainte famille deNotre-Seigneur, et jamais il n'y a rien eu de plus rempli de la gloire de la suradorable Trinité; toutes les sacrées personnes qui la composaient étaient tout absorbées dans sa contemplation. Voici <:c qu'en a écrit

ïfG'S

OEUVRES COMPLETES I>E BOUDO.N.

le P. Amelotte, homme d'une rare érudition et d'une piété singulière, en la Vie de la vénérable sœur Marguerite du saint Sacrecrement, religieuse carmélite, de Beaunc, approuvée et hautement louée par les docteurs de Paris , par plusieurs professeurs en théologie de différents ordres , et même par plusieurs des plus grands évoques du royaume. Il rapporte donc que cette fdle ayant reçu des lumières particulières sur la sainte famille, disait que leur silence et leur séparation des créatures avaient été admirables ; qu'à peine ne parlaient-ils durant leur vie, gardant le silence qui était digne de la grandeur et de la majesté des mystères, de la sainteté , de l'humilité, et de leur sublime oraison; qu'ils n'avaient point d'entretiens de choses indifférentes, et même de plusieurs états intérieurs qu'ils ont portés; que saint Joseph ne parla point a la bienheureuse Vierge de la peine qu'il avait eue de sa grossesse, ni elle, de celle qu'elle avait soufferte de le voir ainsi peiné; qu'ils sortirent de l'étable en silence, et qu'ils portèrent le divin Enfant au temple sans parler; qu'ils revinrent en Nazareth gardant le même silence; que le Père éternel les avait conduits en Egypte comme dans un lieu de retraite et de solitude , et afin de leur parler au cœur; qu'ils sortirent d'Egypte en silence comme ils étaient entrés; qu'il n'était sorti de leur bouche que les paroles que le Saint- Esprit leur avait fait dire; que la sainte Vierge et saint Joseph avaient peu parlé au K-ainl Enfant, et le divin Enfant à eux ; que c'était par ses opérations intérieures qu'il leur découvrait les plus hauts secrets de Dieu-, et leur embrasait la volonté.

Que la bienheureuse Vierge n'avait visité aucun de ses parents ou de ses amis , que sainte Elisabeth; qu'elle n'avait point reçu de visite de ses proches; qu'elle n'avait point de familiarité avec personne ; que jamais elle n'avait fait un pas, ni une action , ni dit une parole indifférente; que les âmes qui recherchent encore les amitiés des créatures, qui s'amusent aux compliments de la terre, et qui désirent quelque chose de ce monde, sont bien éloignées de l'intime union avec Dieu; que Jésus-Christ veut être cherché tout seul sans amusement , ni en nousmêmes, ni dans les autres créatures.

Que la très-sainte Trinité avait disposé saint Joseph, dès sa naissance, au grand ministère de sainteté auquel il était destiné ; qu'il avait été .sanctifié, comme Jérémie et saint Jean-Baptiste, dès le ventre de sa mère; qu'il n'avait jamais eu d'amitié puremenl^naturelle avec personne; que la trèssainte Trinité se l'était conservé et l'.avait fortifié par une protection spéciale contre la corruption du siècle; qu'il a été le plus éclairé après la glorieuse Vierge ; que ses avantages avaient été d'autant plus excellents par-dessus ceux des autres saints , que les qualités du père nourricier de Jésus et d'époux de la très-pure Vierge étaient plus sublimes que le ministère de tous les autres hommes ; qu'il a été élevé à la plus haute

contemplation de Dieu qui ait jamais été après sa très-pure Epouse; que l'état de l'un et de l'autre était si divin, que l'entendement humain n'était pas capable de le comprendre; que tout avait été rempli de Dieu en eux; qu'ils avaient rendu un honneur si particulier au Père éternel avec, lé divin Enfant dans leur retraite et séparation des créatures, que c'est ce qui fait le sujet des étonnements et des vénérations des anges. Ah! si une âme vraiment possédée de Dieu, comme l'écrit l'un de ses serviteurs , s'occupe de ses mêmes occupations ; si elle contemple les beautés de ce grand jour de l'éternité où elle voit naître d'une lumière infinie une lumière infinie, lorsque le Père éternel produit son Fils; que'le devait être l'occupation de la glorieuse Trinité dans l'immaculée Vierge et saint Joseph? La sainte famille, dit un autre serviteur de Notre-Seigneur, avait Dieu seul pour tous biens et pour toutes richesses . Elle demeurait cachée, menant une vie inconnue, sans se produire au dehors, ne recherchant aucune conversation des créatures , dans une entière indifférence à tout, sans attachement a rien, dans les souffrances, et mépris et pauvreté ; mais dans la séparation de tout, elle était tout absorbée dans le grand tout, en Dieu seul en trois personnes , par une continuelle contemplation.

C'est cette contemplation de Dieu seul en trois personnes qui a été l'occupation des divins solitaires. On s'étonne de ce qu'ils faisaient au milieu des affreux déserts qu'ils habitaient. On demande ce qu'a pu faire un saint Paul ermite, durant quatre-vingt-dix ans de solitude; car il s'y était retiré environ à l'âge de vingt ans, et a passé de cette vie en l'autre, âgé de cent dix ans. On admire la vie de tant d'autres anachorètes qui n'avaient rien à faire de tout ce que le monde fait. Les mondains ne comprennent pas quelle était leur occupation , et une occupationsi tranquille, comment ils pouvaient vivre sans ennui et sans dégoût d'un état perpétue), d'une privation générale de toutes les choses de la terre , eux qui se trouveraient bien empêchés s'il leur fallait passer un seul jour sans voir ni parler à personne. Mais ils ne savent pas cette vérité de l'Apôtre (Philip., m, 20), que la conversation du véritable Chrétien intérieur est dans les eieux; qu'il imite en terre ce que les bienheureux font dans le ciel, adorant, contemplant , et s'occupant de la glorieuse Trinité. Mais si cette occupation fait les plaisirs divins du paradis, pourquoi ne fera-t-elle pas le bonheur de la terre? c'est ce que l'on n'entend guère, l'homme, animal terrestre, demeurant dans l'humain , ne comprenant point- les choses de Dieu.

Ceux qui ont été pleins de son Saint-Esprit les ont comprises, et les ont connues dans une lumière admirable par une douce et bienheureuse expérience. C'est la sciein e des saints qui les a appliqués à Dieu seul en trois personnes, par un souvenir si fréquent et si plein de grâces. Saint Etienne

LA DEVOTION A LA TUES-SAINTE TRINITE. — 1" TRAITE

rie Graramont,qui a excellé dans cette science divine, a excellé en même temps dans la glorieuse Trinité. On a écrit qu'il s'était dévoué à ce grand mystère dès le premier jour de sa retraite en son désert ; qu'il avait mis toute sa vie , son ordre et ses desseins sous sa protection; que c'est envers ce mystère qu'il a employé ses principales et ses plus ferventes dévotions pendant qu'il a été en terre; et en vérité, s'il est toute l'occupation des anges du ciel, il ne faut pas être surpris s'il l'est aussi des anges de la terre. On peut dire avec bien du fondement que saint Etienne de Grammont a été l'un de ces hommes angéliques , par le dégagement de la matière et la vie spirituelle et surnaturelle qu'il a menée. On peut bien l'appeler le saint de Dieu seul, car Dieu seul lui était toutes choses. Jl avait établi ses religieux dans un désert, où , comme les oiseaux du ciel, ils ne semaient, ni ne recueillaient, ni ne serraient point de blé dans les greniers, attendant leur nourriture uniquement de leur Père céleste; comme les lis des champs, qui ne travaillent ni ne filent pour se vêtir, ils ne prenaient point de soin de leur vêtement. Ils ne se mettaient donc pas en peine, disant : Que mangerons-nous, ou que boironsnous, ou de quoi serons-nous vêtus? Ils accomplissaient à la lettre ce que dit Notre- Seigneur Jésus-Christ dans l'Evangile : Ne soyez pas en souci pour le lendemain. {Matin. vi, 33.) Non-seulement il avait établi ses religieux sans rentes, sans provisions, sans aucuns biens; mais il ne souhaitait pas qu'ils allassent mendier le secours des hommes en demandant l'aumône. 11 y a bien plus, c'est qu'ils demeuraient dans une solitude , éloignés de la vue de toutes sortes de personnes qui les auraient pu assister : car encore, lorsque les maisons des personnes destituées de tous moyens humains sont dans les villes, quoique même ces personnes , toutes dévouées à la Providence divine, ne demandent pas de secours, leur vue, les exercices de piété qu'elles pratitiquent. leurs fonctions sacrées, excitent puissamment à les assister. Mais il n'en va pas de même des gens qui mènent une vie cachée dans la retraite, d'où ils ne sortent jamais sans se produire au dehors. En vérité tout leur secours est au nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre, toute leur provision est en Dieu seul.

Que le monde dise : Heureux ceux dont. les celliers sont pleins et regorgeants, dont il n'y a point de masure qui tombe en ruines, qui ont des terres et des rentes , qui abondent en toutes sortes de biens temporels ; je dis avec le Psalmiste, mais je le dis du plus profond de mon cœur : Heureux le peuple qui a le Seigneur pour Dieu! (Psal. cïlii, 15.) Que le monde mette sa confiance dans les enfants des hommes , et dans ceux même qui en sont les premiers et les plus puissants, je dirai toujours, avec le secours divin : Heureux celui qui a le Dieu de Jacob pour son défenseur, et qui met son espérance au Seigneur son Dieu, qui conserve éter-

OElyres compl. de Boldon. I.

nellement la vérité de ses promesses (Psal. xlv, 7) ; les deux et la terre passeront, mais ses paroles ne passeront point. (Mat th. xxiv, 35. ) Il a dit : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses vous seront données par surcroit (Matlh. vi, 33.) Cette promesse d'un Dieu est plus certaine que les millions de revenus, et tous les contrats les mieux faits qui les assurent. Cependant, ô misère déplorable des hommes chrétiens 1 un méchant morceau de papier, une lettre de change, les mettra hors de souci; avec une pareille lettre ils feront des voyages sans se mettre en peine de leur subsistance'; et l'on ne s'assurera pas sur la promesse d'un Dieu.

La sainte Famille n'avait que Dieu seul pour tous ses biens quand elle alla en Egypte, et Dieu seul lui a servi de proviseur dans ce pays étranger, où elle ne connaissait personne et n'était connue de personne. N'estce pas ce Dieu seul qui a nourri tant de divins solitaires dont nous avons déjà parlé ? Ohl quo c'est une grande vérité, mais peu connue 1 Où il y a moins de la créature, il y a plus du Dieu. C'est ce qu'a expérimenté heureusement le glorieux saint Etienne de Grammont, qui a été appelé avec bien du sujet la victime de la divine Providence, et que nous nommons, avec une profonde vénération, le saint de Dieu seul en trois personnes. Nous avons été consolés sensiblement, ayant rencontré depuis peu Tune de ses saintes images, où il était représenté à genoux, les yeux élevés vers ces sacrées et divines paroles, Dieu seul, écrites vers le haut de la même image, et nous n'y pouvons penser sans être vivement touchés. Ohl qu'il est doux et qu'il fait bon de lever ses yeux vers Dieu seul on trois personnes , de l'avoir entièrement dans l'esprit et dans le cœur par un parfait vide de tout l'être créé. 11 est bien diiîicile d'avoir quelque attrait particulier pour la divine Providence, sans avoir une dévotion spéciale à cet incomparable saint. On en fait la fête le huitième de février; mais il est bon de l'honorer tous les jours, et le bienheureux ange qui l'a garué. C'est une excellente pratique, et qui est aisée , à même temps que l'on honore les saints, de révérer les anges qui les ont gardés. Les mêmes pratiques peuvent servir pour la vénération des uns et des autres.

La glorieuse Trinité , qui a choisi saint Etienne de Grammont pour être glorifiée en sa personne et en tout son ordre par un culte particulier, a destiné aussi très-particulièrement saint Jean de Matha et saint Félix de Valois pour servir hautement à sa gloire par un ordre qui lui est tellement dévoué qu'il est distingué des autres par le nom qu'il port', puisqu'il est appelé l'ordre de la sainte Trinité, et ses religieux les religieux de la sainte Trinité. Cet orJre, qui a Je pr vilége d'une qualité si glorieuse, a eu aussi Dieu même pour son instituteur, comme le déclare le Souverain Pontife Innocent III, quoiqu'il se soit.servi des bienheureux Jean de Matha et Félix de Valois pour accomplir

ses

Jes grands desseins qu'il a eus dans son institution; c'est pour un si grand sujet qu'il les a fait vivre en terre de la vie du ciel ; qu'il les a élevés tous deux à la cime d'une perfection admirable par la pratique héroïque des plus éminentes vertus (c'est ce que nous avons déjà écrit dans le traité que la divine Providence nous a fait donner au public, des secours de N.-D. du remède, association érigée dans l'ordre de la sainte Trinité); tous deux ont été un spectacle d'amour aux yeux de Dieu, un spectacle d'admiration aux anges, un spectacle d'étonnement aux hommes : tous deux ont été des hommes tout de grâce, dans lesquels il semblait qu'Adam n'avait point péché, par la sainteté de leurs inclinations et l'innocence de leurs mœurs ; aussi tous les deux ont été consacrés à Dieu sous la protection de l'immaculée Vierge, Mère de Dieu, aussitôt qu'ils sont venus aii monde. Ce moment inspiré par le Saint-Esprit était un grand préjugé des desseins singuliers que Dieu avait sur tous les deux, ayant été mis de si bonne heure entre les mains de celle aux soins de laquelle un Dieu même a bien voulu se confier. Après une prévention si douce d'une protection si puissante, il ne faut pas être surpris si leur vie et leur moit précieuses ont été comblées des plus saintes bénédictions du ciel.

Mais l'une des bénédictions plus parlicudières dont ils ont été si avantageusement favorisés, a élé de servir à l'honneur et au culte de la glorieuse Trinité. Non-seulement leurs religieux écrivent, prêchent, parlent en particulier, s'emploient de toutes leurs forces pour établir la gloire de ce mystère suradorable ; mais il y aura encore dans l'ordre de la sainte Trinité une confrérie pour toutes sortes de personnes, en l'honneur de la même Trinité, et qui a eu ses commencements dès l'origine de L'ordre, ayant été établie en même temps par le Pape Innocent III.

Les religieux de l'ordre de Carmel ont été aussi singulièrement les adorateurs en esprit et en vérité de ce plus divin des mystères. Sa dévotion particulière est ancienne dans l'orde; mais elle a été renouvelée avec une ferveur inexplicable dans ces derniers temps dans les personnes de la séraphique Thérèse, et du bienheureux Jean de la Croix, dont la divine Providence s'est servie pour rétablir le premier esprit de ce sacré institut.

Sainte Thérèse, dans une vision intellectuelle, dit avoir connu le mystère de la trèssainte Trinité, comme des personnes qui en verraient d'autres dans une salle en plein jour, et qu'il y a cette différence entre la connaissance de la foi, et celle-ci, comme celle qui se trouve entre la vue des personnes dont nous venons de parler, ou des mêmes à qui l'on fermerait les fenêtres par où entrerait le jour et. qui ne laisseraient pourtant, pas de savoir qu'il y a des personnes dans le lieu. Elle assure que quand on emploierait toute sa vie pour se figurer

une pareille lumière, on ne le pourrait pas ; que la clarté du soleil n'est qu'une obscurité en comparaison.

Les connaissances arrivent par des espèces infuses immédiatement de Dieu, qui le représentent avec tant de majesté et de grandeur que si le même Seigneur qui les communique à l'âme ne la soutenait, elle serait en danger de perdre la vie. C'est ce qui a fait dire à son bienheureux coadjuteur Jean de la Croix, dans l'expérience qu'il en avait, que la communication du mystère de la très-sainte Trinité était si pénétrante et si forte, que, sans un secours spécial, il lui eût élé impossible de vivre. En parlant un jour à la grille avec la sainte, il en dit des choses si divines, qu'on les trouva tous deux dans un ravissement admirable aux deux côtés de la grille, et le bienheureux élevé de terre avec la chaire dans laquelle il était assis. Il avait même des connaissances des trois personnes divines, dont il n'est pas permis a l'homme d'e parler; mais quand il s'en exprimait autant que l'esprit de Dieu lui en donnait le pouvoir, c'était d'une manièro qui tenait plus du ciel que de la terre, et les cœurs de ceux qui l'entendaient en étaient vivement touchés. 11 en célébrait la messe très-souvent,et quoique ordinairement il parût tout plein de Dieu en la célébration du très-divin sacrifice, néanmoins la grandeur divine éclatait pour lors en lui d'uno manière extraordinaire.

Or ces connaissances divines font vo r dans un grand jour la vanité de toutes &j choses du monde. Elles paraissent comme une vilaine fourmilière de vers; leur rien est manifesté à découvert, la misère, l'aveuglement, la folie de ceux qui s'y attachent. Elles délivrent du mensonge qui règne par toute la terre; elles font marcher dans la vérité. Ensuite de ces vues ouest comblé de honte lorsque l'on considère que l'on y pense encore, et à plus forte raison que l'on peut s'y engager d'affection. Elles laissent un respect que l'on ne peut donner à entendre de la grandeur infinie d'un seul Dieu en trois personnes , et ce respect est bien différent de celui que Ton peut acquérir par les voies ordinaires. On s'étonne de ce que l'on peut offenser une si haute majesté, et lorsque l'on y pense, dit sainte Thérèse, les cheveux hérissent à la tête. Dans cet état, l'âme séparée de l'être créé est tout unie à Dieu, et tout le reste lui est à dégoût. Elle est comme dans un banquet perpétuel, et sa paix au moins dans la cime de l'âme surpasse toute pensée.

Oh I que bienheureux l'homme, mon Seigneur et mon Dieu, que vous enseignez ! mais ces lumières admirables sont rares, parce que les ténèbres volontaires que l'on se forme par l'attachement aux choses créées sont très-communes et ordinaires. Les esprits ne sont remplis que de pensées terrestres, et les cœurs de vaines affections. On passe la vie à parler des créatures, du siècle et de ce qui arrive ; voilà le sujet des e tretiens des compagnies. On reçoit des

LA DEVQTiON A LA TRES-SAINTE TRINITE. I" TRAITE.

visites et l'on en rend : on tâche de se divertir, ou l'on est tout appliqué aux affaires de la terre. Peu prennent du temps pour penser à l'éternité, ou au Dieu de l'éternité. Peu ménagent tous les jours quelques heures de retraite pour parler à Dieu, pour entendre Dieu ; on dit même quelquefois que l'on n'en a pas le temps. O folie inconcevable et souvent des sages du monde 1 On n'a pas le loisir de travailler, de considérer avec attention ses affaires éternelles, de veiller à ne pas perdre un bonheur infini, le paradis, le Dieu du paradis; à ne pas s'engager dans un malheur éternel, l'enfer, parce que, dit-on, les affaires de la vie présente, affaires de rien et dont bientôt il ne restera rien, quoique l'on fasse. Peut-on concevoir un aveuglement plus déplorable ?

Dieu est la lumière même ; si l'on veut être éclairé, il faut s'en approcher, et l'on s'en approche par l'oraison; je parle de l'oraison mentale, qui est une élévation de l'esprit à Dieu, un souvenir de ses vérités, de ce qu'il a fait, de ce qu'il a souffert pour nous ; une conversation divine avec notre Père qui est dans les deux; un entretien angéliqueavec Notre-Seigneur, notre Dame, les bons anges et les saints : mais c'est ce qui ennuie les gens du siècle; une heure de conversation avec Dieu leur est à dégoût, pendant que l'on ne s'ennuie point d'être et de converser avec les créatures.

Mais l'oraison doit être accompagnée de mortification. Il est écrit : l'homme qui vivra ne verra point. Il faut mourir à soi-même. Le bienheureux Jean de la Croix disait que, comme pour arriver à la connaissance divine de l'autre vie, il fallait mourir à la vie naturelle; de même, pour arriver à ces pures lumières et au pur amour, on doit mourir au vieil homme, à ses passions, à l'usage imparfait des puissances occupées des choses créées. Sainte Thérèse assurait que Notre-Seigneur lui faisait voir tout ce qui se passait en ce monde, comme une espèce de songe, en sorte qu'il lui semblait que tout ce qu'elle y voyait n'était- qu'un rêve. Mais afin que les choses arrivent en songe, il faut être dans le sommeil, et le sommeil est une image de la mort.

> C'était dans un heureux état que le glorieux saint Ignace, fondateur de la compagnie de Jésus, se trouvait, lorsqu'étant encore ignorant et sans lettres, auparavant qu'il se fût appliqué à l'étude des sciences, ayant été ravi dans l'oraison, il reçut, par des lumières infuses, des connaissances si sublimes de la suradorable Trinité, qu'il en parlait d'une manière surprenante et qui laissait dans l'étonnement ceux qui l'écoutaient. Comme la divine Providence l'avait choisi pour établir une société d'hommes apostoliques, dont la voix devait se faire entendre jusqu'aux extrémités de la terre, pour enseigner le mystère de la très-sainte Trinité à toutes nations, elle lui en avait inspiré une dévotion spéciale dès le commencement de sa conversion, et il l'hono-

rait par différentes pratiques; mais, dans la suite de sa vie, il y fut appliqué plus particulièrement, et on a su de ce grand saint et très-grand saint que, lorsqu'il en célébrait la messe, il recevait des grâces toutes singulières.

C'est de la manière que les plus grands saints de la terre ont été appliqués à ce premier et plus sublime des mystères : si l'occupation en est rare parmi le reste des hommes, c'est qu'ils sont terrestres. Cependant Notre-Seigneur veut unir tous les Chrétiens en qualité de ses membres, aussi étroitement à lui que la branche de la vigne est à sou cep, ou que les bras sont unis à la tête. Mais comment lui être unis si intimement, sans entrer dans ces dispositions? Et comment entrer dans ses dispositions, sans penser, sans être appliqué à la très-sainte Trinité;, qui a été son occupation continuelle?

CINQUIÈME MOTIF

La très-sainte Trinité a été, est , et sera à jamais l'occupation de tous les bienheureux dans le ciel.

Le Prophète Isaïe (vi, 2) vit le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé, et des séraphins qui étaient autour de co trône. Plusieurs Pères estiment que dans cette apparition, les trois personnes divines lui parurent. Mais il est toujours certain que les séraphins étaient dans la contemplation de ces personnes suradorables ; et dans le cantique qu'ils lui chantaient, répétaient trois fois ces paroles : Saint, saint, saint, est le Seigneur Dieu des armées. (Apoc. iv , 8.) Ils ne disaient qu'une fois le Seigneur Dieu , pour marquer l'unité de l'essence divine , et ils répétaient trois fois saint, pour marquer la Trinité des personnes. Voilà l'occupation des bienheureux dans le ciel; et c'est ce qui peut rendre leur béatitude achevée et parfaite. Ces torrents de plaisirs divins qui surpassent toute pensée, qui les inondent si agréablement, leur viennent de la vue de la glorieuse Trinité.

L'Eglise militante, à l'imitation de la triomphante, a chanté de tout temps le même cantique à la louange de la très-sainte Trinité, dans la célébration de l'auguste sacrifice qu'elle lui offre. Les quatre animaux mystérieux qui furent montrés à l'aimable saint Jean, et qui, non-seulement sont la figure des quatre évangélistes , mais qui représentent toute la multitude des saints les plus parfaits, qui ont annoncé, établi et acquis le règne de Jésus-Christ, ne cessaient jour et nuit de dire le cantique des séraphins. Les vingt-quatre vieillards, animés du même esprit, avaient la même attention à donnerde la gloire et des louanges à Dieu.

C'est donc bien ce que tous les particuliers doivent imiter. Mais malheur à nous dans notre aveuglement : à peine faisonsnous rien de ce que nous devrions pratiquer, et ordinairem'ent nous faisons toute autre chose que nous ne devrions faire. Les animaux mystérieux qui , sans aucune interruption," chantaient le cantique des per-

ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DON

sonnes divines, étaient pleins d'yeux devant et derrière; ils en avaient encore à l'entour d'eux, des deux côtés, et dans l'enceinte de leurs ailes, afin qu'ils ne fissent aucun mouvement sans une continuelle contemplation de la glorieuse Trinité. Ils étaient donc tout pleins de lumières : et nous , misérables que nous sommes, bien éloignés de ces pures clartés, nous vivons et marchons dans les ténèbres, et nous ne voyons que ce que nos yeux de chair nous découvrent.

C'est de la sorte que nous sommes si inconsidérés dans nos actions extérieures et inléneures, et que nous ne sommes point touchés de la présence de Dieu. Ces animaux de V Apocalypse se cachaient à euxmêmes le visage de celui qui était sur le trône, témoignant par respect qu'ils n'étaient pas dignes de le regarder, et qu'il surpassait infiniment la force de leurs yeux et de leur science, et en cela, ils imitaient les séraphins montrés à lsaïe , aussi bien que les louanges qu'ils donnaient à Dieu seul en trois personnes. Grande et sainte instruction , qui nous doit bien apprendre à révérer en toutes choses l'infinie majesté de Dieu. Les anciens , pour ce sujet, se voilaient le visage , et ils se couvraient la tète quand ils priaient; quelques-uns estiment que c'est delà qu'est venu l'usage de i'amict, dont les prêtres se servent pour célébrer les redoutables mystères qui sont impénétrables.

Mais et les séraphins et les animaux montrés au disciple bien-aimé couvrent leurs pieds de leurs ailes, pour montrer qu'ils ne veulent point se regarder du tout, et qu'ils ne sont que de purs néants. En cela, ils font connaître leur entière séparation des créatures, et leur parfaite application au Créateur. Aussi dans leurs louanges, ils sont tout occupés de la sainteté de Dieu qui est séparé infiniment de tout l'être créé , et appliqué à lui seul ; et on a écrit dignement que nous devons être persuadés qu'il ne se peut rien dire, ni de plus digne, ni de plus haut de Dieu , que cette protestation des plus grands saints du ciel et de la terre.

Nous devons tous faire la môme protestation, et par nos paroles et par nos mœurs. C'est la gloire , l'honneur et la bénédiction que nous devons rendre au Tout-Puissant, qui était, qui est et qui sera, k celui qui est assis sur le trône, qui vit dans les siècles des siècles. C'est pour cela que le Fils de Dieu, le Fils de l'immaculée Vierge, l'heure de sa mort étant venue , a prié son Père, afin qu'il fût glorifié avec lui, et avec le Saint-Esprit dans ses fidèles.

C'est la véritable sainteté qu'il a demandée pour eux ; adressant sa prière à son Père, il lui dit : Sanctifiez-les dans la vérité: volreparole est latérite, {Joan. xxn, 17.) Mes petits enfants, dit l'apôtre de la dilection sacrée, n'aimons pas de paroles, ni de langue, );:ais par œuvres et en vérité. (7 Joan. m , i8 ) il y en a qui confessent, enseigne

saint Paul, qu'ils connaissent Dieu , mais ils le renoncent par leurs actions. Tous les Chrétiens sont des saints par leur vocation, et ils se distinguaient du reste des hommes par cette qualité dans les premiers siècles; mais ils le devaient être en vérité, imitant dans leur vie la sainteté de Dieu.

Omon Père, dit notre maître et trèsdoux Sauveur, sanctifiez-les en vérité; voire parole est vérité. Il.y avait longtemps qu'il avait fait connaître à" son peuple qu'il voulait qu'il fût saint , parce qu'il était saint: c'était une doctrine enseignée dans les divines Ecritures : c'était donc une vérité bien assurée, puisque la parole de Dieu est la vérité même. Il n'y a donc point à délibérer, nous avons une obligation indispensable à être saints. La parole de Dieu est vérité, elle ne peut tromper personne:

elle nous déclare que sa volonté est que nous soyons des saints; il le faut donc être-

O Chrétien 1 c'est pour cela même que ton Sauveur a dit à son Père qu'il se sanctifiait soi-même , afin que tu fusses sanctifié en vérité. C'est pour cela qu'il s'est séparé du monde en notre nom, accomplissant pour nous, dans son cœur, ce qui se doit accomplir en nous. Comme il a aimé pour nous, il s'est sanctifié pour nous; c'est comme parle un pieux interprète. Comme il n'était pas du monde, il prie que nous en soyons séparés véritablement, en éloignant nos esprits de ses maximes, et nos cœurs de son affection. Oh 1 combien peu "de Chrétiens entendaient cette doctrine de leur divin Maître!

SIXIÈME MOTIF

Les bontés admirables de la très-sainlt Trinité envers l'homme.

0 Seigneur 1 s'écrie le Prophète-Roi, qu'estce que l'homme pour être l'objet des bontés étonnantes que vous avez pour lui? (Psal. vm, 5.) Cette vue était le sujet des ravissements de saint Rruno dans sa solitude; et étant vivement, pénétré, on l'entendait crier : O bonté, ô bonté, ô bonté 1 ce qu'il disait dans des sentiments d'une piété inexplicable ; mais c'est ce qu'il ne cessait de répéter, c'était la matière de son oraison, On autre contemplatif regardait le divin amour comme un abîme; et son esprit s'y perdant, il disait : O mon Dieu 1 pourquoi m'aimez-vous, et pourquoi voulez- vous que je vous aime?

certainement on ne peut trouver d'autre cause de l'amour de Dieu envers l'homme , que l'amour même.

O amour, ô amour de mon Dieu, je vous adore sans pouvoir vous comprendre, et à plus forte raison, sans pouvoir vous expliquer. C'est bien à vous, ô saint et pur amour, que l'hymne du silence est dû. Si je parle donc de vous, ce n'est pas pour mettre à découvert vos excellences, mais c'est pour les admirer, c'est pour les aimer, c'est pour les faire aimer parles petites et faibles idées que nous en pouvons prendre.

Ecoutez donc, ô hommes; la très-sainte Trinité nous a aimés jusqu'à nous faire à

LA DEVOTION A LA TRES-SAINTE TRINITE. - l" TRAITE.

son image. Faisons l'homme, ont dit les personnes divines, dès le commencement du monde, à notre image et ressemblance C'est de la sorte qu'elles l'ont couronne d'honneur et de gloire : cette faveur est commune à tous les hommes dans l'ordre de la nature; mais dans l'ordre surnaturel, l'homme chrétien par le saint baptême , porto sun image d'une manière encore bien plus noble, lia l'image du Père, parce qu'il a un être spirituel qui le sanctifie, qui est la grâce. Il a l'ûnage du Fils , parce qu'il est adopté pour enfant de Dieu. 11 a l'image du Saint-Esprit, parce qu'il a ses qualités par amour, comme cet Esprit-Dieu est produit par amour. Voyez , dit le disciple bienaimé, quel est le don de la charité du Père envers nous , de faire que nous soyons appelés ses enfants, et que nous le soyons en effet; et c'est ce qui nous fait prendre la liberté d'appeler Dieu notre Père.

Mais si Dieu est notre Père, il lui faut ressembler; c'est pourquoi notre divin Maître nous ordonne d'être parfaits, comme notre Père céleste est parfait. (Matth., v, 48.) Pour nous, écrit l'Apôtre, en gui le visage dr'couvert du Seigneur imprime sa gloire , comme dans un miroir, nous sommes transformés en sun image [Il Cor. ni, 18) ; comme un miroir exposé à la lumière la reçoit parfaitement, de même les perfections divines s'impriment dans nos âmes, ainsi nous sommes transformés en son image. Dans cet état s'accomplissent les paroles du Psalmiste : J'ai dit, vous êtes des dieux, vousétes tous des Enfants du Très-Haut. (Psal. lxxxi , 6.) Oh I quelle obligation nous avons à toujours former et conserver cette image divine. en nous, à l'y entretenir et perfectionner continuellement 1 Quel crime énorme de la souiller honteusement par le péché, et de l'y mettre à la place, ômon Dieul est-ce ce qui peut se dire, est-ce ce qui peut se faire? l'image du diable, l'imitant en sa malice.

Ce n'est pas pour cela que l'image de Dieu qui est en nous soit anéantie, comme quelques hérétiques l'ont pensé; mais c'est qu'elle est malheureusement salie et gâtée. Sainte Thérèse a écrit qu'elle est couverte d'une extrême noirceur; et elle a parlé en cette manière après s'être vue comme une glace de miroir où Notre-Seigneur était représenté , et qui ne paraît plus dans les âmes criminelles qui sont dans l'état du péché; elles sont comme une glace de miroir tout obscurcie, dit la sainte, et les âmes des hérétiques comme un miroir rompu. Il est vrai, si on prenait l'image d'un roi , et qu'on la jetât par mépris dans la boue, cette action mériterait un grand châtiment : de quels supplices donc sont dignes ceux qui profanent si honteusement l'image du Souverain du ciel et de la terre? Le temps de mille vies , dit encore la séraphique Thérèse, ne suffirait pas pour nous faire entendre avec quelle révérence nous devons traiter ce Seigneur de toutes choses, devant qui les anges tremblent. O notre Empereur, s'écrie-t-elle , souveraine puissance , souve-

raine bonté , la même sagesse , qui êtes sans commencement ni fin, dont les perfections sont sans bornes et incompréhensibles 1 ô abîme de merveilles, beauté qui comprend en soi toutes les beautés 1 6 lorce ineffable , et la même force , que ne vous connaît- on ?

Mais,ô prodiges, ô miracles de la glorieuse Trinilél Non-seulement elle a fait l'homme à son image , mais la seconde Personne de cette Trinité suradorable se fait homme comme nous; il ne lui suffit pas d'avoir formé les cieux , le soleil , la lune et les étoiles pour l'homme, de l'avoir établi sur les ouvrages de ses mains , d'avoir mis toutes choses sous ses pieds, les oiseaux du ciel, les bêtes de la campagne et les poissons de la mer, et tout ce qui est dans toute l'étendue de la terre; il ne lui suiïit pas d'avoir destiné tous les anges bienheureux pour son service. 0 Providence ineffable 1 après lui avoir tout donné, elle se donne encore ellemême. 0 don infiniment précieux 1 don infiniment inestimable , que tu es peu estimé l

Si nous aimons Dieu en vérité, le Père éternel, le Fils de Dieu, le Saint-Esprit sont à nous.

Mais quel excès de la divine charité 1 Le Père éternel n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous , et livré à une mort la plus cruelle et la plus ignominieuse qui fut jamais. LeFils de Dieu s'y est abandonné volontairement, et c'est par le Saint-Esprit qu'il s') est otfert, comme l'enseigne l'Apôtre. Ces vérités sont bientôt dites, mais il n'y a point d'esprit ni humain ni angélique qui les puisse comprendre. Au moins, ô hommes, méditonsles dans un profond recueillement, avec tous les respects, tous les amours et toutes les reconnaissances possibles. Souvenonsnous , considérons que quand tout le bien de Dieu dépendrait du bien de l'homme , il ne pourrait pas faire davantage.

C'est ainsi que Dieu a aimé le monde.

Mais monde, comment aimes-tu Dieu? O mon Dieu 1 ou il ne faut plus avoir de cœur, ou il faut vous aimer; mais nous en avons un, et il faut vous le donner tout entier : c'est à vous seul que doivent aller tous ses mouvements, tous ses désirs, toutes ses affections; il n'y a point de moment dans la vie qui ne doive être rempli de votre pur amour. Ah! mourir, ou vous aimer pour ne cesser jamais de vous aimer. Certainement , dit saint Augustin , le divin amour qui doit nous faire parler, si nous gardons le silence, c'est le divin amour qui nous doit faire taire ; c'est cet amour qui nous doit faire penser, c'est cet amour qui nous doit faire agir, qui nous doit faire souffrir. Le divin amour se doit trouver partout; le divin amour doit dominer partout, il doit être notre vie, toute la consolation, et tous le* biens de la vie.

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