CHAPITRE II
Dieu inconnu dans sa toute-puissance.
O Dieul qui est égal 5 vous, qui racontera vos miracles? qui publiera vos louanges ? Les cieux et la terre sont à vous ; vous avez fondé le rond de la terre, et tout ce qu'il renferme dans son étendue ; vous avez créé .e Septentrion et le Midi ; Thabor et Hermon retentiront des louanges de votre nom, votre bras est tout-puissant. Que votre main s'affermisse, que votre droite s'élève ; la justice et l'équité sont les bases de votre trône. Vous préparez et affermissez les montagnes par votre force, vous êtes revêtu de puissance, vous troublez le fond de la mer, et apaisez le bruit de ses flots. Avant que les montagnes fussent créées, et que vous eussiez créé la terre et le monde, vous êtes Dieu. Faites luire sur nous votre visage, et faites éclater votre puissance. Que toutes les nations sachent qu'elles ne sont que des néants devant vous.
Sachez, ô hommes, que le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu dans le ciel et sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes. Il a fait venir les nuées des extrémités de la terre ; il résout les ténèbres en pluie ; il tire les vents de ses trésors ; son nom est glorieux et plein de majesté ; c'est lui qui fait seul des choses admirables ; il est lé commencement et la fin, le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui sera le Tout- Puissant, qui tient l'empire sur toutes choses, qui les tient toutes en sa main. 5 qui la vie
et la mort obéissent, qui appelle les choses qui ne sont point comme celles qui sont.
Et cependant celui qui regarde la terre, et qui la fait trembler, ne trouve dans la plupart des hommes qu'une résistance pleine de rébellion à ses divins commandements. Les eaux, dit le Psalmiste, s'élèvent audessus des montagnes, et elles fuient soudain à la voix de ses menaces, ellestremblent au bruit de son tonnerre; et le cœur allier de l'homme ne s'humilie point. Si l'on considère avec attention ce qui se passe sur toute l'étendue de la terre, on verra que partout les puissances y sont redoutées, que l'on a peur de tomber dans leur disgrâce, que l'on se donne bien de garde de les offenser, parce qu'enfin généralement on craint de s'attirer la colère des personnes qui ont le pouvoir de nous faire du mal, et surtout des puissances souveraines. Comment donc le péché est-il si commun, si ce n'est parce que l'on a peu de foi de la toutepuissance de Dieu?
Si l'injuste a résolu dans lui-même de pécher, c'est parce que, selon le témoignage de la divine parole, il n'a point la crainte de Dieu devant les yeux. C'est pourquoi il agit devant lui avec déguisement et tromperie, afin que son iniquité se trouve un objet de la haine. C'est parce que les paroles de sa bouche ne sont qu'injustice et que tromperie, et qu'il ne veut pas apprendre à faire le bien, qu'il se trouve dans toutes les voies qui ne sont pas bonnes, et qu'il n'a point aversion de la malice.
Le Fils de Dieu, connaissant cet aveuglement des hommes, a bien voulu leur ouvrir les yeux, en leur enseignant que c'est Dieu seul que nous devons particulièrement craindre. Pendant qu'une grande foule de peuple était assemblée autour de lui, en sorte qu'ils marchaient les uns sur les autres, il commença à dire à ses disciples : Je vous dis à vous qui êtes mes amis, n'ayez pas peur de ceux qui font mourir le corps, et de qui le pouvoir ne s'étend pas plus loin; mais je vous dirai qui vous devez craindre : Craignez celui qui après avoir fait mourir le corps peut envoyer l'âme dans l'enfer : Oui, je vous le répète, craignez celui-là.
Notre grand et divin Maître ne se contente donc pas de nous enseigner fortement celte vérité ; mais, en l'enseignant, il nous la répète, afin que nous ne l'oublions pas, et que nous nous en souvenions toujours : et néanmoins les esprits n'en sont point pénétrés. Celui qui est la vérité même nous déclare qu'il ne faut pas s'embarrasser de la crainte des créatures ; et c'est cette crainte qui domine presque universellement. Il nous dit que c'est Dieu que nous devons craindre, et il n'y a rien qui soit moins redouté que lui. Oh! quelle différence de la considération que l'on a dans le monde pour les puissances du siècle, et de celle que l'on a pour Dieu ! Celui qui craint le Seigneur, dit le Saint- Esprit, ne craindra plus rien, parce qu'il est
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son espérance. Si donc les vaines craintes sont si communes, c'est parce que celle de Dieu est rare : et elle est rare, parce qu'il est peu connu dans sa toute-puissance.