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n'aurait sous sa charge qu'une seule âme, si elle venait ?i se perdre par sa faute, c'est un crime capital. Il serait obligé de lui apprendre la doctrine chrétienne, et de l'exnorter à la vertu, sous peine de damnation éternelle. La justice des hommes condamnera un homme à restituer un cheval qu'on lui aura prêté, s'il vient à mourir par sa faute : hé! que pensons-nous que fera la justice de Dieu, si une âme est damnée parla négligence de son pasteur? Mon Dieu, si nous savions bien regarder les choses dans la lumière divine, nous verrions très-clairement que d'avoir une seule âme sous sa charge, est plus que si Ton était chargé du gouvernement de tout le monde. Ah! si les pasteurs qui disent qu'ils ont peu de charge, parce que le nombre de leurs paroissiens est petit, comprenaient bien cette vérité! Un Dieu fait homme nous la fait bien entendre, lorsque, tout Dieu qu'il est, il s'arrête à une femme pour l'instruire des vérités du salut. Ce n'est donc pas une excuse recevable au jugement de Dieu, de dire que l'on a peu de monde dans une paroisse.
La troisième excuse est que le catéchisme sert de peu, que les personnes n'en profitent pas. Mais cette excuse est bien faible, . puisque le Fils de Dieu, dans les exemples qu'il nous a laissés en sa précieuse et divine vie, nous apprend bien qu'il ne faut pas se rebuter, ni se lasser d'enseigner les voies du salut à ceux même qui n'en font pas l'usage qu'ils en devraient faire. Il y a plus, ce bon Sauveur n'a jamais cessé d'annoncer sa divine doctrine, qui est la doctrine chrétienne, quoiqu'il sût bien qu'il lui en coûterait la vie, et qu'elle serait rejetée par la plupart de ceux qui l'écoutaient. C'est pourquoi le grand Apôtre, qui était tout plein de son esprit, avertit de deux choses r^de prendre soin des âmes par la doctrine qu'on leur doit donner, et de le faire en toute sorte de patience; il veut dire que l'on doit souffrir avec douceur le peu de capacité qu'elles peuvent avoir pour apprendre les choses qu'on leur enseigne, la grossièreté de leur naturel, le peu de succès que l'on a dans les peines que l'on prend, quelquefois l'inutilité de tous ses soins. Hélas 1 pour combien de réprouvés Jésus-Christ a-t-il souffert la mort la plus cruelle et la plus ignominieuse, quoiqu'il connût très-clairement que son amour et ses souffrances leur seraient inutiles par leur malice. Il faut même en supporter avec douceur les ingratitudes, les rebuts et les mépris, à l'imitation de notre Sauveur, qui non-seulement en a souffert bien d'autres des Juifs, qui l'ont crucifié, mais encore qui en supporte tous les jours incomparablement davantage de nous. Cependant (mais hélas ! qui y pense bien sérieusement?) sa divine conduite doit être la règle de la nôtre.
La quatrième excuse est que, si l'on fait lu catéchisme, les peuples n'assisteront pas à la sainte messe, ou aux offices divins. Pour répondre à cette excuse, il faut dire que l'on doit agir avec prudence; qu'ordinaire-
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
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ment parlant, dans les campagnes, il faut prendre garde de n'être pas long, et qu'une petite demi-heure peut suffire : mais après cet avis, il faut considérer que Dieu demande des adorateurs en esprit et en vérité, et non pas seulement un peuple qui l'honore des lèvres. Que servira à ce pauvre peuple d'assister à la messe et aux offices divins, s'il ignore les vérités fondamentales de la religion? Que lui scrvira-t-il de les connaître, s'il ne pratique ce qu'elles lui ordonnent ? Mais n'est-il pas nécessaire de l'animer, de le presser à l'observance des lois d'un Dieu par de fervents discours et de saintes exhortations? Que l'on remarque ici une des grandes ruses du diable, qui se sert de ce malheureux prétexte pour porter les pasteurs à négliger de donner la nourriture spirituelle qu'ils doivent à leurs ouailles. Le maudit esprit qu'il est, il sait bien que les âmes ne seront pas sauvées seulement par un culte extérieur, et tous ses efforts vont à détourner l'esprit intérieur, qui fait adorer Dieu en esprit et en vérité. C'est pourquoi l'Eglise, toutes les fois, je le répète, toutes les fois que l'on célèbre le très-saint sacrifice de la messe, fait toujours lire quelque chose du saint Evangile. Mais pourquoi lire le saint Evangile, dont la langue n'est pas entendue du vulgaire, si l'on en donne quelque explication, soit de la partie de l'évangile que l'on vient de réciter, soit de quelque autre vérité du même Evangile, selon qu'il est plus à propos? Mais pourquoi les saints conciles ordonnent-ils aux pasteurs d'annoncer la parole de Dieu tous les dimanches et les fêtes? Ce pauvre peuple, qui a de la peine à entendre la doctrine chrétienne, en cela marque qu'il n'en sait pas le prix et la valeur, et c'est ce qui doit presser davantage à l'en instruire. Il est vrai que souvent les pauvres gens de la campagne font peu d'état de la parole de Dieu : mais c'est qu'à peine ils connaissent Dieu ; et voilà un motif bien pressant pour travailler à leur en donner la connaissance. Hélas ! nous l'avons dit, plusieurs viennent à la sainte messe par pure routine, parce que c'est la coutume.
La cinquième excuse est que le catéchisme est ennuyeux aux personnes d'un certain rang; ainsi que les pasteurs, sous ce prétexte, ne le font que dans des temps où il n'y a presque personne: car il n'.est que trop vrai que le peuple ne s'arrête pas ordinairement à écouler la doctrine de Jésus- Christ, si on ne la lui annonce dans des temps où il se trouve assemblé et arrêté, comme par exemple après l'évangile. Mais je demande à ces pasteurs s'ils doivent avoir plus de considération pour ces personnes 'distinguées que pour Dieu? S'ils doivent écouter leur voix plus que celle de Dieu? S'ils doivent se mettre en peine de les contenter davantage que de plaire à Dieu ? Si la crainte qu'ils en peuvent «voir, doit avoir plus de force que celle des redoutables jugements divins ? Encore un peu, encore un pou, et ils verront quel secours ces gens leur
donneront, quand ils paraîtront devant le tribunal du souverain de toutes choses. L'on dira que ces personnes n'assisteront pas à la messe. Mais faut-il pour leur dérèglement que les âmes rachetées du sang d'un Dieu périssent par défaut de nourriture spirituelle ? Faut-i.lque le pasteur même avec ses ouailles tombe dans le précipice d'une damnation éternelle ?
La sixième excuse qu'on allègue est fa peine qu'il faut prendre, si l'on veut s'acquitter dignement de l'obligation que l'on a de faire le catéchisme. Mais c'est ici où il faut crier comme dans les autres prétextes vains et ridicules : ô ténèbres ! ô aveuglement 1 Que l'on repasse un peu dans son esprit tous les travaux des hommes, et que l'on considère ce qu'ils prétendent par toutes ces peines. Que, sans sortir des villages, l'on fasse réflexion sur toutes les fatigues des pauvres paysans, des laboureurs, des vignerons durant tout le cours de l'année. Que l'on compare ensuite le peu de peine qu'il faut souffrir avec tous ces travaux; que l'on compare la récompense infinie qui est donnée à ce peu de peine, au peu de fruit que les hommes remportent de toutes leurs fatigues ; et ensuite que l'on juge si cette excuse a la moindre apparence de solidité.
Enfin, la septième excuse se prend de ce que l'on ne peut pas mieux faire. Mais nous avons déjà dit qu'un ho. nme qui ne peut pas s'acquitter de sa charge, ou par soi-même, ou par quelque autre, est obligé de s'en défaire; et je demande, dans l'exemple que j'ai cité dans le chapitre précédent, un homme serait-il satisfait, donnant une [tension à un autre pour être nourri, si on lui disait en recevant néanmoins son argent, qu'on ne peut pas lui donner sa nourriture? Serait-ce une excuse recevable en bonne justice, si, pour s'en défendre, on alléguait que les infirmités corporelles, le défaut de santé ou bien l'incommodité de ses affaires ne le permettent pas? ÎN'est-il pas vrai que celui qui tient la pension serait condamné ou à nourrir son pensionnaire, ou à ne pas prendre son argent, et même à restituer celui qu'il aurait reçu pour le temps dans lequel il ne l'aurait pas nourri ?
L'on a beau dire qu'on fait tout de son mieux ; car si en faisant tout de son mieux, l'on ne peut pas s'acquitter de son devoir, c'est une excuse qui n'est pas recevable. Je demande à un pasteur qui s'en sert, si un homuie se mêlait de lui faire des souliers, et qu'en faisant de son mieux il gâtât tout, trouverait-il sa raison bonne, s'il lui disait qu'il ne peut pas mieux faire? Ne lui seraitil pas défendu en justice de faire un métier qu'il ne sait pas, quand il prolesterait cent fois qu'il y fait son possible ? O mon Dieu, et mon souverain 1 ô ciel 1 ô terre 1 et cependant il ne s'agirait que de la perte dos souliers; ici il s'agit de la perte des âmes, de l'éternité, de Dieu même, de la profanation du sang de Jésus-Christ, et l'on y est insensible ! Voilà quelques-unes des excuses dont certains pasteurs tâchent de se cou-