LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME
CIIAP. V.
rntéchismo à la première messe, c'est que les habitants des villages circonvoisins où l'on ne dit qu'une seule messe s'y rencontrent : tout le simple peuple vient en foule de toutes ses paroisses pour entendre celte première messe : et comme il n'assiste pas à une autre, et qu'il ne le peut pas môme si l'on enseigne la doctrine du salut en ce temps-là, tout ce peuple sera toujours dans l'ignorance; et c est à quoi les prélats, qui sont chargés de toutes les âmes de leurs diocèses, doivent beaucoup veiller.
Quelques curés objectent que, si l'on instruit aux premières messes, une partie des personnes qui y assistent ne s'y trouveront plus, parce que, ou elles s'y ennuient, ou elles ne veulent pas tarder si longtemps. Mais cette objection en fait voir de plus en plus la nécessité ; car elle ne peut venir que de l'aveuglement ou de la négligence effroyable où elles sont du culte de Dieu et de leur salut. Le comprenne qui pourra I depuis le matin jusqu'au soir l'on pense à la terre, et l'on ne voudra pas donner une heure le dimanche pour ménager les affaires de l'éternité 1
Il y en a qui objectent qu'ils ne sont pas obligés à instruire les peuples des autres paroisses qui assistent à la première messe. Mais si le Fils de Dieu s'est donné pour la règle de la charité que nous devons avoir pour le prochain, on leur peut demander s'il était obligé de descendre du ciel en terre pour heur salut ? Si ayant donné au milieu d'une infinité de douleurs jusqu'à la dernière goutte de son sang, si les hommes rpcstoliques pour la même fin, ayant passé jusqu'aux extrémités du monde, animés de son esprit, ils ne doivent pas bien, sans sortir de chez eux, ouvrir la bouche, et dire quelques paroles pourle salut de leurs frères ?
Dans les lieux où il ne se célèbre qu'une messe, et à laquelle souvent les bergers et autres serviteurs ne peuvent pas assister, il est nécessaire de choisir quelque temps qui leur soit libre, par exemple, à l'égard des bergers, lorsque leurs bêtes sont dans la bergerie : car enfin, il ne faut laisser personne dans la privation des moyens du salut. Hélas 1 on trouve cent accommodements pour de chétives affaires temporelles, n'y aura-til que la grande affaire de l'éternité qui sera négligée?
Le catéchisme doit être fait en deux manières : la première, en interrogeant les en- ; fants publiquement, parce que les vérités s'insinuent plus facilement par les demandes et les réponses, et les personnes qui les entendent les conçoivent et s'en souviennent mieux. La seconde, par une explication claire des vérités, à quoi servent grandement les comparaisons familières dont l'on peut se servir.
11 faut bien prendre garde de ne pas seulement apprendre par mémoire les vérités chrétiennes comme l'on pourrait faire à des perroquets, mais d'en donner l'intelligence selon la capacité des personnes à qui l'on parle : car il faut instruire des vérités d'une
autre manière les personnes d'esprit, et d'une autre manière les peuples grossiers; d'une autre façon les personnes âgées, et d'une autre façon les petits enfants ; et entre les petits enfants, il fautfaire distinction de ceux qui ont l'usage de raison, et de ceux qui ne l'ont pas. Il suffît d'apprendre par mémoire à ceux qui n'ont pas encore l'usage de raison : mais pour les autres, il est nécessaire de raisonner avec eux ; et pour cela, il ne les faut pas toujours interroger en la même manière,-et par ce moyen on verra s'ils entendent ce qu'ils disent ;'et pourle leurfaire concevoir, il faut s'accommoder, comme il a été dit, à la portée de leur esprit. En leur parlant de Dieu, par exemple, on doit dire que c'est lui qui a créé toutes choses, qui leur a donné et conservé la vie, qui a donné la vie à leurs pères et à leurs mères, 'qui donne tout ce qui est nécessaire pour leur nourriture ;qui a Lut un paradis, qui est un lieu de plaisirs pour ceux qui le servent bien ; un enfer, où l'on brûle impitoyablement, pour les méchants qui ne se soucient pas de l'aimer. En rai-onnant avec eux de cette manière, on leur fait entendre ce qu'on leur apprend ; et sans cela l'on peut dire que sachant tout leur catéchisme, ils n'en savent rien du tout.
Pour bien apprendre ce qu'on leur enseigne, il faut se donner de garde de charger trop la mémoire ; ainsi il ne faut pas instruire d'abord de tant de choses, mais tantôt d'une vérité, tantôt de l'autre, insistant spécialement sur la doctrine des vérités nécessaires ; on enseigne après à loisir les autres vérités. Il est bon de se comporter à l'égard de ia nourriture spirituelle, comme l'on fait à l'égard de la corporelle ;il ne faut pas tant donner à la fois, et l'on doit attendre que la digestion des viandes que l'on a prises soit faite auparavant que d'en servir d'autres. Le moyen donc de bien instruire les ignorants et les enfants qui ont l'usage de raison, est de leur apprendre une vérité et de la leur faire concevoir, en sorte non-seulement qu'ils répondent par mémoire , mais qu'ils entendent ce qu'ils disent; ce que l'on discerne en raisonnant avec eux, et en ne se bornant pas à leur demander les choses telles qu'elles sont écrites dans le catéchisme : ensuite on leur enseignera une autre vérité, et en la même manière ; et de la sorte, peu à peu on leur apprendra à connaître Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nous avuns remarqué que souvent le catéchisme est inutile,'parce que l'on se contente d'apprendre le catéchisme par mémoire.
Ainsi l'on trouve des enfants de douze et quatorze ans qui répondent parfaitement aux questions marquées dans les livres, sans connaître Dieu. L'expérience déplus de quarante-deux ans de visites ne nous laisse pas lieu d'en douter. Ils diront et rediront qu'il y a un Dieu en trois personnes, que la seconde personne s'est faite homme, que l'on est damné pour un péché mortel, qu'on ne ne l'est pas pour un véniel ; et autres pareilles vérités ; et lorsqu'on leur deinande si leur père n'est pas Dieu ils restent muets. Ayant
demandé à des enfantssi leur père était gentilhomme, ils répondirent sans difficulté que non; mais parce qu'on pouvait supposer qu'ils répondaient ainsi, parce qu'ils voyaient de la différence entre la condition de leur père et celle des gentilshommes qu'ils connaissaient, je leur demandai si leur pèreétait roi, ils répondirent sans délibérer qu'il ne l'était pas : ensuite les ayant pressés de me dire si leur père était Dieu, ils déclarèrent qu'ils n'en savaient rien.
Il faut encore observer qu'ils n'entendent pas ordinairement les définitions qu'on leur apprend. Ainsi, après avoir bien dit que Dieu est le créateur du ciel et de la terre, et le premier principe, et le souverain de toutes choses, ils disent (ce que nous savons par notre expérience) que leur père a fait le ciel. Nous le répétons, nous parlons de jeunes gens de douze et quatorze ans; ils ignorent ce que c'est que péché mortel et véniel ; ils répondent que l'on est damné pour un péché léger, pour un mensonge dit en riant; en sorte que si l'on ne raisonne pas avec eux, et qu'on ne les interroge pas en différentes manières, ils demeurent dans une ignorance pitoyable des vérités fondamentales de la religion. Cependant ces enfants ont l'usage de la raison, et sont en élat d'être damnés ou sauvés, et l'on doit savoirque pour être damné, il suffit de connaître le bien et le mal ; et ils en ont plus deconnaissance que les infidèles qui ont cinquante ans. Enfin ils sont obligés d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et pour cela il faut qu'ils connaissent qu'il est plus que toutes choses ; et on doit leur faire entendre qu'il y a une autre vie où il y a un paradis et un enfer, où le bien est récompensé et le mal puni, et que tout notre bonheur consiste à servir Dieu.
C'est une chose bien à remarquer dans les campagnes, que les personnes les plus âgées sont celles ordinairement qui sont plus dans le besoin d'instruction : ainsi il faut veiller et ne se pas laisser tromper dans une affaire de telle importance, et de s'imaginer qu'une paroisse est bien instruite, parce que les jeunes gens le sont bien ; c'est à quoi les visiteurs doivent bien prendre garde, et ils sont souvent trompés en ce sujet. Onfait la visite, on interroge quantité d enfants qui savent assez bien les vérités chrétiennes, l'on s'en va content, et cependant quelquefois il y a dans ces lieux quantité d'âmes qui ignorent les vérités nécessaires au salut.
De là vient la nécessité d'instruire nonseulement dans le public, mais dans le particulier. Souvent les bonnes gens de la campagne penseront à leurs affaires temporelles, lorsqu'on les entretient de l'affaire de leur salut : c'est pourquoi on doit les interroger au confessionnal. Dans les instructions communes une personne d'âge aurait honte de répondre publiquement ; ce qui n'arrive pas dans un temps où l'on expose des péchés qui sont capables de bien donner une autre confusion. On doit aussi, toutes les fois que l'on administre le sacrement, se servir de cette occasion pour les instruire ;
et puisque la divine Providence me met cette pensée en l'esprit, je ne puis ici m'empêcher de soupirer amèrement sur la négligence criminelle de quelques pasteurs en ce sujet , qui sert d'occasion à la perte éternelle de plusieurs âmes.
Un pasteur doit savoir qu'il est obligé d'exposer sa vie, et de la perdre même, quand il s'agit du salut d'une âme commise à ses soins. Ainsi il n'y a point d'heure, soit du jour, soit de la nuit, dans laquelle il ne doive courir pour l'administration du sacrement de pénitence, quelque danger qu'il puisse y avoir : il n'y a point d'affaire qu'il ne doive quitter; il n'y a point d'obstacle qu'il ne doive surmonter. Si donc il est obligé de donner sa vie, comment ne donnera -t-il pas ses soins? Attendra-t-il à visiter les malades quand il v est appelé? Ne les préviendra-t-il pas^? Remettra-t-il leur confession , sous prétexte qu'ils ne sont pas en danger? O aveuglement digne de larmes de sangl Quand on serait certain que les personnes reviendraient en parfaite santé, est-ce qu'il ne les faut pas réconcilier avec Dieu? Faut-il les laisser quelquefois dans l'état effroyable du péché mortel? Mais combien sous ce prétexte qu'il n'y avait encore rien de pressé, combien de personnes sont mortes sans la confession , et ont été damnées 1 Je parle de ce que je sais à l'égard de la confession. Mais un pasteur ne doit pas se contenter d'administrer les sacrements au malade, il doit les visiter souvent; et surtout ne les pas laisser, quand ils sont proches de la mort. O mon Dieu, ô mon Dieu! découvrez le prix d'une âme pour laquelle vous avez donné votre vie; quel désordre, et quelle pitié, de voir le délaissement des pauvres gens de la campagne en plusieurs lieux dans un besoin si extrême 1 Comment les derniers sacrements leur sont-ils administrés"? Avec quelle négligence, et souvent à la hâte, et avec un empressement digne de la dernière pitié 1 Quelle application ne faut-il pas pour lors prendre pour faire faire une bonne confession , pour examiner sérieusement l'état de sa vie , pour voir s'il n'y a point de restitution à faire, quelque désordre à remédierl 11 y a même des occasions où il est très-bon de proposer doucement une liberté tout entière pour choisir loi confesseur qu'on voudra : et j'ai appris d'un docteur de la Faculté de Paris , assez connu pour sa rare vertu, et qui est décédé en odeur d'une piété toute singulière, qu'il s'est trouvé à la mort de certaines personnes qui, s'étant confessées à leur confesseur ordinaire, ayant reçu l'extrême-onction, étaient dans la malheureuse résolution de plutôt être damnées >quc de dire certains péchés qu'ils avaient celés dans cet état. On ne doit donc rien omettre pour faciliter les moyens du salut à de pauvres âmes, et principalement au sujet de la confession. Pour l'extrême-onction, c'est une coutuu.e louable de plusieurs diocèses de la donner aux enfants qui ont l'usage de raison.