LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — CHAP. VIII
io:o
sieurs diocèses; et, entre autres, à l'égard de celui de Cahors, qui a eu pour très-digne pasteur et'évêque Mgr Alain de Solminiao, décédé dans une grande opinion de sainteté. Aussi a-t-il été la merveille, et, j'ose dire, un miracle de désintéressement dans la haine évangélique de soi-même, dans l'unique attache à Dieu seul et à ses seuls intérêts.
Mais plusieurs causes empêchent les grands effets que l'on doit attendre des ordonnances synodales, le peu d'application que l'on donne pour les faire observer : ainsi on les publie assez, mais elles se gardent très peu. Un grand moyen pour les l'aire garder, serait d'envoyer exprès, outre les visites, des personnes zélées dans tous les cantons et lieux différents du diocèse, pour examiner avec soin si elles s'observent. Il est certain que si l'on envoyait sur les lieux de temps en temps, comme de trois mois en trois mois, des personnes considérables qui en fissent la recherche, pour en donner ensuite avis au prélat, ces soins ne seraient pas sans grands effets , et il y aurait bien à espérerde la miséricorde de Dieu quelque remède, si ensuite on faisait venir les pasteurs négligents; si on les traitait avec douceur, leur faisant connaître leurs obligations que plusieurs savent très-peu; si on les obligeait à quelque retraite pour s'en convaincre, et pour implorer le secours de Notre- Seigneur; et, ce qui aurait un effet très-puissant avec l'aide de Dieu, ce serait d'envoyer, après une correction douce, de temps en temps, sans se lasser, dans les paroisses de ces pasteurs négligents, pour voir s'il' y aurait du changement en leur conduite.
Si l'on trouve des curés qui ont peu ou presque point de talent, l'un des remèdes est de leur donner pour le temps du prône, la lecture de quelque livre propre pour l'instruction et pour 1 observance des commandements de Dieu ; j 'ai appris d'un fort ancien curé, auparavant sa mort, que c'était la pratique du savant cardinal du Perron, dans son gouvernement. Mais il faut bien choisir les livres et prendre soin qu'ils soient lus hautement et distinctement. Le Catéchisme de l'éminentissime cardinal de Richelieu a été fait pour ce sujet; celui de Bellarmin, celui de Turlot et autres semblables, sont très-propres pour la même fin. C'est encore un remède d'ordonner que l'on ne reçoive personne au mariage, ou à être parrains ou marraines, qu'ils ne soient instruits, et nonseulement par mémoire, mais par une bonne connaissance, des vérités principales de la religion, et u'interroger, dans le confessionnal, sur les mêmes vérités, avant que de donner l'absolution. Or s'il arrivait que l'on rencontrât des personnes si pauvres de mémoire, comme quelquefois cela arrive à l'égard des personnes fort âgées, qui, après tout ce que l'on aurait pu laire, ne pussent pas retenir les vérités fondamentales, il faudrait leur en faire faire des actes de temps en temps, dans Je confessionnal, d'autres
fois en d'autres occasions, et surtout auparavant la mort.
Les bons vicaires et autres zélés ecclésiastiques sont toujours d'un grand secours dans toutes sortes de paroisses négligées, pour suppléer au défaut des soins que les pasteurs sont obligés de prendre. Sur quoi il faut remarquer un abus déplorable, et qui n'est que trop ordinaire, c'est de voir dans ces paroisses des vicaires ou autres prêtres aussi négligents que les curés, soit à raison de leur incapacité, soit à raison de leur peu de zèle ; désordre extrême qui ne choque pas seulement la religion, mais le bon sens; car, pour me servir toujours de comparaisons familières, où trouvera-t-on un homme dans les choses temporelles, qui, ne pouvant pas s'acquitter de ce qu'il doit faire, appelle à son secours un autre qui est dans la même impuissance? Un laboureur, un vigneron, un procureur, un régent dans les écoles tombent malades, ou se trouvent dans quelque obligation qui les empêche d'exercer leur travail et de faire leurs fonctions ordinaires ;.je demande s'ils mettront à leur place des gens qui ne sachent travailler, qui ne puissent écrire, qui ne puissent enseigner ?0 monDieu 1 n'ouvrirons-nous jamais les yeux dans les affaires de l'éternité? Disons dans cette occasion ce qui arrive même quelquefois, qu'il y a des pasteurs qui ont peine à souffrir de zélés ecclésiastiques, qui instruisent et assistent fructueusement les peuples : ô l'horreur des horreurs 1 Un homme, dans la crainte qu'il a de n'être pas assez considéré et dans la jalousie qui le saisit, que l'on ne fasse plus d'état d'une autre personne que de lui, abandonnera les âmes en proie aux démons, y abandonnera la sienne propre, foulera aux pieds les intérêts d'un Dieu! Certainement l'on devrait bien contraindre ces pasteurs, non-seulement à souffrir que l'on fasse ce qu'ils doivent faire, et ce qu'ils ne font pas ; mais même à donner le temporel nécessaire, selon la disposition des conciles ; et les supérieurs ne devraient jamais permetlre dans ces lieux délaissés, des vicaires ou autres prêtres qui ne fussent capables et zélés pour y catéchiser dignement et y rendre les autres assistances nécessaires.
Mais quel ordre pourra-t-on donner aux paroisses négligées, dont le curé ne peut pas prendre les soins qu'il en doit avoir, dans lesquelles on ne peut pas mettre de vicaire, à raison de la pauvreté et du curé et des peuples? Il semble qu'on doit donner commission à quelque prêtre voisin d'y aller de temps en temps, comme au moins tousles mois, pour y donner des instructions chrétiennes ; et s'il est nécessaire en cette occasion, il faut user d'autorité; car enfin lais sera-t-on perdre des âmes qui sont si chères à un Dieu? De plus, le prélat qui est le premier et principal pasteur de tout son diocèse, et qui en répond devant Dieu, est obligé d'y donner ordre, soit d'une manière, soit d'une autre, car il est véritablement chargé de ces âmes.
Si les missions de l'avent et du carême se faisaient bien dans le zèle de l'intérêt de Pieu, ce serait encore un grand remède à la négligence des pasteurs ordinaires ; mais il faudrait pour cela que les prédicateurs y allassent dans la pure vue de Dieu, qu'ils traitassent de matières propres aux peuples des campagnes, qu'ils y fissent des catéchismes ou instructions familières de deux dimanches l'un. 11 faudrait pour cela , sans considérer la recommandation de la créature, faire le choix d'ecclésiatiques qui eussent le zèle et la capacité nécessaires.
Un autre moyen avantageux pour remédier à l'ignorance, serait de faire bien comprendre aux élèves du séminaire l'obligation qu'un pasteur a d'instruire son peuple, leur enseignant les moyens de le bien faire, nonseulement en général , mais en particulier; leur découvrant les abus ci-dessus marqués, leur faisant faire quelque excercice de catéchisme, pour les rendre capables de s'en acquitter dans la suite des temps. C'est un excellent ordre de quelques diocèses d'obliger tous les diacres de catéchiser dans les paroisses , et c'est le propre de leur état, auparavant que d'avoir la grâce de la promotion au sacerdoce. Ces soins remédieraient aux vaines excuses des curés, qui disent qu'ils ne peuvent pas parler en public, ou bien qu'ils n'en ont pas la hardiesse. De plus, faire connaître aux confesseurs l'importance de bien interroger les gens du peuple sur les articles de la foi, et de les en instruire dans le confessionnal, serait encore un moyen avantageux pour détruire l'ignorance et donner la lumière nécessaire.
Autant qu'il se peut faire, l'on doit établir les petites écoles; mais l'important est qu'elles soient bien réglées; que ceux qui les tiennent soient persuadés que la fin principale est d'y apprendre la science du salut, que tout le reste qu'on y enseigne doit tendre là. Ainsi, l'on ne doit pas manquer d'y faire l'instruction chrétienne, et en la bonne manière, dont il a été parlé ci-dessus. On doit veiller à en ôter tous les livres de fables et de ries apocryphes de quelques saints, que les hérétiques ou des personnes ignorantes avaient remplis de faussetés ou de choses ridicules. Faire aeheter aux écoliers de bons livres, où ils puissent apprendre la piété en même temps qu'ils apprennent. à lire, comme, par exemple, Y Introduction à la vie dévote, par saint François de Sales, le Pédagogue chrétien, en petit volume et autres semblables. Ce moyen est l'un des plus puissants pour instruire du véritable culte de Dieu. Il servira non-seulement aux enfants, mais à leurs parents et à tous les domestiques, si durant le temps de l'hiver ils lisent ces livres le soir. C'est pourquoi il est assez à propos que ce soient des livres où il y ait des exemples et des histoires saintes et authentiques , afin que la lecture en soit plus agréable aux bonnes gens pendant leur travail. 11 y a des pasteurs zélés qui, durant quelque temps commode de l'an- }ié<\ font assembler les paroissiens dans des
heures qui leur sont commodes, et leur font lecture de quelques-uns de ces bons livres , qu'ils leur expliquent quelquefois, et puis font quelques prières, et cela est suivi de bénédictions incroyables. Mais il faut prendre garde à se servir de ces pratiques de manière que l'on ne se rende pas ennuyeux. C'est pourquoi il est lrès-à-propos de ne les faire que durant de certains temps, et de veiU 1er à ce que les enfants fassent cette lecture dans leurs maisons, comme il a été remarqué.
Les écoles des garçons doivent ère entièrement séparées de celles des filles, et c'est ce qui est d'une extrême conséquence. A l'égard des personnes qui tiennent les écoles dans les campagnes, elles ne doivent jamais se découragera raison du petit nombre des écoliers, ou bien parce qu'ils ne viennent à l'école que durant quelques mois de l'hiver; car en vérité c'est encore une grande consolation d'avoir un peu de temps pour leur apprendre à connaître et à aimer Dieu, puisque c'est en cela que consiste, à proprement parler, tout, l'homme. Au reste, il est à propos que les enfants soient instruits dans les écoles, durant la semaine, des vérités dont ils doivent être interrogés publiquement les dimanches et les fêtes à l'église, afin que le catéchisme se fasse avec plus d'édification.
Il faut ménager à l'égard des bergers et autres personnes qui gardent les bêtes, un temps qui leur soit commode, afin qu'ils puissent dans ce temps-Jà se rendre à l'église pour être instruits ; car dans les paroisses des campagnes, où il ne se célèbre qu'une messe, très-souvent ils ne peuvent y assister. A l'égard des enfants, il serait à désirer que le pasteur en tînt un registre, où tous leurs noms seraient écrits, afin que pas un seul n'échappât à ses soins, et outre le catéchisme de toute l'année, que l'on fait publiquement, prendre les occasions de leur parler de temps en temps à loisir, et surtout dès le commencement du carême, il faut examiner ceux qui sont en état de pouvoir participer à la communion vivifiante du corps de Notre-Seigneur, et ensuite leur faire bien concevoir la grandeur de celte action, et les y bien préparer par quantité de saintes pratiques qu'on leur doit suggérer, comme de faire des prières tous les jours pour celte fin, de pratiquer quelques mortifications intérieures ou extérieures, et choses semblables, et les disposer à une confession générale. Celte dernière pratique est d'une conséquence plus grande que l'on ne peut dire, et pour remédier aux défauts qui peuvent arriver facilement aux confessions que font les enfants, et pour les mettre en état de grâce, pour ne pas recevoir indignement la première fois le précieux corps de notre Sauveur, je le répète encore une fois, la confession générale, dont la pratique est aisée dans ces jeunes gens, est d'une imporporlance incroyable.
Pour ce qui regarde les enfants qui no sont pas en état de communier, il faut