LA SCIENCE SACREE DU C
considérer ceux qui ont l'usage de raison, et s'appliquer, très-particulièment (Jurant tout le carême, à les instruire de la confession, qu'il est très-à-propos de leur faire faire dès les premières semaines du carême, au moins vers la semaine de .a passion, ou dans les petites paroisses au commencement de la semaine .mainte, a(in que les soins qu'il faut donner aux personnes qui sont avancées en âge , ne détournent point de l'application qu'il leur faut donner. J'ai dit qu'on les peut confesser dès le commencement du carême; car, ne communiant point, ils peuvent satisfaire au précepte de la confession annuelle en quelque temps de l'année que ce puisse être. Mais comme la négligence des parents est souvent très-grande à l'égard de ces pauvres enfants , on doit interroger dans le confessionnal tous les pères et mères du nombre de leurs enfants, et s'ils ont soin de les instruire tous, ou de les faire instruire ; s'il n'y en a pas un seul ayant l'usage de la raison, qu'ils n'aient envoyé à confesse. Or, dans cette rencontre, particulièrement dans les campagnes , il ne faut pas s'en tenir à leur jugement ; mais le pasteur doit lui-même examiner avec beaucoup de soin l'esprit et le jugement des enfants, dans une affaire qui regarde leur bonheur ou leur malheur éternel. On doit refuser l'absolution à ceux qui y commettent des négligences notables , quand ce ne serait qu'à l'égard d'un seul de leurs enfants; et après la solennité de Pâques il est très-bon d'en faire voir la conséquence publiquement , et de presser fortement sur ce sujet, afin que s'il y avait quelques pères ou mères qui eussent manqué à ce devoir, ils pensassent au plus tôt à y satisfaire : car enfin un véritable pasteur doit veiller avec des soins indicibles sur toutes ses ouailles, sans en excepter la moindre. Là-dessus j'ai pensé bien des fois aux peines que ces pauvres bergers prennent pour leur petit troupean.
Bien des fois j'ai considéré avec étonnemeut ce qu'ils font , ce qu'ils souffrent, ce qu'ils espèrent de tous leurs travaux et de toutes leurs peines, et de quoi il s'agit. Je pensais avec attention que tous les travaux et souffrances des bergers se terminaient à conserver la vie d'une bête, dont la perte
f)Ouvait facilement se réparer, et dont la vaeur était bien peu de chose. Ensuite je me disais à moi-même : Ah ! que les âmes qui ont coûté la vie d'un Dieu-Homme sont bien d'une aulre conséquence ! La perte de la moindre est pour une éternité ; et c'est une perte que tous les anges et les hommes ne peuvent réparer. Je regardais ensuite à loisir ce que les bergers font et souffrent pour leurs troupeaux de bêtes : je voyais que, tous les jours de l'année sans réserve , ils sont occupés à y prendre garde; qu'ils y donnent tous leurs soins; qu'il n'y a pas une seule brebis de leurs troupeaux sur laquelle ils ne veillent ; qu'ils les comptent tous les jours l'une après l'autre, de peur qu'aucune ne soit égarée ; que si quelqu'une échappe ,
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au même temps ils courent après , et la cherchent avec tous les soins imaginables ; ils en demandent des nouvelles à un chacun , et n'ont aucun repos qu'elle ne soit retrouvée. Mais si le loup se présente pour en emporter une seuie, que ne font-ils pas pour résistera ses attaques? Ils souffrent toutes les incommodités des saisons durant tout le cours de l'année; ils mènent une vie solitaire et dans la privation de tout ce que le monde estime, des plaisirs, des honneurs, des richesses; elle se passe tout entière à la garde de leurs troupeaux. Je me souvenais de l'un de ces pauvres gens qui , ayant reçu le sacré viatique de la communion du corps de Noire-Seigneur dans un temps où la terre était toute couverte 'de glace et de neige, ne laissa pas de quitter le lit le même jour pour mener son troupeau aux champs , croyant que celle sortie lui serait utile, quoiqu'il n'y pût trouver de la nourriture , à raison "de la saison et du temps; et cette vue me touchait beaucoup, ayant été témoin de cette action.
Ces pensées me faisaient faire réflexion aux soins des pasteurs des âmes; j'étais dans des étonnements dont je ne pouvais revenir. Ah! qu'il est vrai, me disais-je, que les sens l'emportent par-dessus la raison 1 Qu'il est vrai que le temps l'emporte par-dessus l'éternité! Qu'il est vrai que la créature l'emporte par-dessus le Créateur 1 Mais cependant n'est-ce pas là renverser généralement l'ordre de toutes choses, et se peut-on figurer un dérèglement plus étrange? Ces pauvres bergers ne sont-ils pas capables d'humilier les pasteurs les plus saints? Aussi est-il vrai que les plus grands saints et les plus vigilants pasteurs à ces vues sont entrés dens des confusions inexplicables, pendant, hélas! que ceux qui sont les plus négligents ferment sanc cesse les veux à leurs devoirs, et ne les veulent pas même souvent ouvrir, quand les plus belles lumières se présentent.
Hélas! quel temps donnent-ils tous les jours à la garde des âmes? Mais quels soins en prennent-ils, même les dimanches et les fêtes? Veillez, mes frères, dit saint Pierre (Epist. I, c. v, y 8), soyez sobres ; parce que votre adversaire , comme un lion rugissant, ne fait que rôder à Ventour de vous, cherchant quelqu'un j)our le dévorer. Ces paroles s'adressent d'une manière spéciale aux pasteurs que le Seigneur a posés comme des sentinelles sacrées pour veiller sur son troupeau ; et c'est à eux que le Saint-Esprit recommande d'une façon particulière d'être sobres , c'est-à-dire de ne pas tremper dans les choses du monde , dans les affaires temporelles; mais d'être dans un grand dégagement de toutes choses et d'eux-mêmes , atin d'être toujours prêts et toujours libres pour courir au secours des âmes qui soni er. danger. Mon Dieu, que diront ici ces prêtres qui répondent froidement qu'ils n'ont pas le loisir de catéchiser et défaire leurs autres fonctions , parce qu'ils ont trop
d'affaires temporelles? Peut-on croire ce qui arrivée quelques-uns qui, étante table à faire bonne chère, ou ailleurs à se divertir, disent qu'ils n'ont pas le loisir de confesser les personnes qui les demandent, et les remettent à d'autres temps? Mais quel aveuglement déplorable dans les paroisses de campagne, dans lesquelles il y a plusieurs hameaux éloignés, et dont plusieurs habitants viennent rarement à l'église de la paroisse, à cause de l'éloignement, de les laisser sans aucun soin! Que ne viennent-ils à l'église! dira-t-on. Ah! ce pauvre berger attend-il que ses brebis viennent le trouver? J'avoue ici que je ne comprends pas comment un pasteur ne va pas de temps en temps dans ces hameaux, pour y voir tous les enfants les uns après les antres, et examiner même l'état des personnes plus âgées ; comment quelquefois il ne prend pas quelque maison ou autre lieu pour les faire assembler et s'entretenir arec eux de leur salut: car à moins que d'en prendre ces soins, ces pauvres âmes se perdent, le loup infernal les emporte, et personne ne court après. Je suis cjuelquefois allé dans ces sortes de lieux làisaht mes visites, et j'y ai trouvé de pauvres âmes abandonnées, "qui écoutaient avec avidité quelques instructions que je leur donnais; ce qui me faisait assez connaître, et le besoin qu'il y a de les aller chercher, et le bien qui en arriverait quelquefois. L'on m'a objecté que l'on trouverait à redire à un curé s'il allait dans les maisons de la sorte. Mais quand le curé est de probité, et qu'il s'y comporte avec discrétion, tout le monde en est édifié. Après tout, je ne vois pas que cette raison les empêche d'aller chez leurs paroissiens, quand ils y ont des affaires temporelles. Ne voyait-on pas dans Paris, la capitale du royaume, de vertueux ecclésiastiques de Saint-Sulpice aller dans ce vaste faubourg Saint-Germain, où est située l'église de la paroisse, dans tous les quartiers, et là assembler dans quelque lieu les personnes pour les instruire, et les animer à l'amour et à la crainte de Dieu? Certainement sans ces soins je ne vois pas comment ceux qui ont charge d'âmes, spécialement dans les campagnes, peuvent avoir la conscience en repos. Je me souviens à ce sujet de m'être trouvé dans une ville où il y avait une paroisse si nombreuse, qu'il se trouvait à peu près quatorze ou quinze mille âmes; on faisait le catéchisme dans l'église paroissiale, où j'y voyais environ cinq à six enfants. En vérité peut on dire que ce catéchisme suffisait pour le salut de tant de familles? Je ne sais aucune maison, je n'en ai entendu parler, où s'il s'échappe quelque cheval, s'il y en a quelqu'un d'égaré, et le maître et les serviteurs n'en prennent soin, ne le cherchent, et de maison en maison ne courent après; il n'y a que les âmes qui se précipitent dans les enfers, que l'on abandonne. Un saint Xavier, qui en savait faire l'estime, les voyant couvertes du sang d'un Dieu, a couru d'un bout du monde à l'autre pour les chercher.
Mais je retourne à la considération des bergers, pour faire réflexion sur leurs peines et en même temps sur celles que peuvent avoir ordinairement les pasteurs des âmes. Ahl quelle différence, et cependant on a de la difficulté à les souffrir! Enfin que peut espérer un berger? que peut-il craindre? des gages bien médiocres, pour soutenir bien chétivement une malheureuse vie, ou la disgrâce de son maître, qui lui ôtera sa condition : le paradis, le Dieu du paradis, l'enfer, l'éternité sont les sujets des récompenses ou des châtiments des pasteurs des âmes ; et après cela il y en aura de négligents! c'est ce qui est incompréhensible.
Les serviteurs demandent une application d'autant plus grande, qu'ils en sont plus dans le besoin, et particulièrement à cause du changement de lieu qui leur est assez ordinaire.
Mais les visites faites dans l'esprit de Jésus-Christ et de son Eglise sontdes moyens très-puissants, avec le secours divin, pour apporter le remède à la négligence du salut des âmes. Et pour ce sujet le visiteur doit avoir en vue la visite charitable de noire Sauveur, pour servir de règle à celles qu'il doit faire, et se former sur ce divin modèle. Sans la vue et l'union avec ce Dieu-Homme, nos plus belles actions en apparence sont des œuvres vides en sa divine présence; et voilà la source du peu d'édification et du peu de succès du grand nombre de visites. Quand le visiteur prend ses mesures sur les soins, les peines et l'amour immense d'un Dieu en la visite qu'il lui a plu faire en notre terre, que ne fait-il pas pour ne se pas rendre indigne coopérateur de ses desseins I 11 prendra 'sans doute le loisir de donner tout Je temps nécessaire à l'application du salut des âmes dans ses visites; et pour ce sujet, il prendra bien garde d'en faire un trop grand nombre. 11 ne se contentera pas de demander en général si l'on fait le catéchisme ; mais il examinera s'il se fait aussi souvent qu'on le doit faire, dans un temps où les peuples sont assemblés, et en la manière qu'il a été marqué ci-dessus dans le cinquième ou sixième chapitre; il en recherchera exactement les abus, dont nous avons traité au chapitre septième. Il ne se contentera pas d'interroger quelques enfants qui se présentent ; mais il s'informera en particulier de l'instruction qui se fait, et de la manière dont elle se fait, et non-seulement dans la paroisse, mais dans les lieux circonvoisins; et surtout il tâchera de savoir la vérité de personnes qui ont la crainte de Dieu : et je puis dire par expérience qu'il est bien difficile qu'un visiteur qui fait régulièrement ses visites tous les ans, et les fait avec zèle de l'intérêt de Dieu, ne connaisse parfaitement l'état des paroisses. Il conférera des moyens de bien instruire et de prendre tous les autres soins nécessaires du salut des âmes avec les pasteurs des lieux, leur en faisant voir l'importance, conférant de ces choses avec une grande douceur, d'une manière qui ne ressente rien
LA SCIENCE SACItEE DU CATECHISME. — CIIAP. IX.