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CHAPITRE IX

Des desordres et des ravages que fait ta négligence du catéchisme.

Je commence ce chapitre par l'invocation du Saint-Esprit notre Dieu, la lumière des cœurs, le suppliant en toute humilité, abimé devant le trône de ses grandeurs infinies, d'éclairer affectueusement les personnes qui liront les vérités dont je vais parler. Elles sont grandes et inexplicables par la seule force de l'esprit humain; car il est très-vrai que les désordres et les ravages que fait la négligence du catéchisme, sont si extrêmes, qu'il n'y a point de parole qui puisse l'expliquer. Ah 1 plût à Dieu que les pasteurs négligents, que les pères et mères, que les maîtres de famille les entendissent au moins en quelque bonne manière. Seulement je Jes prie d'y faire de bonnes réflexions de temps en temps ; mais de le? faire dans le

silence, loin du bruit de toutes les autres affaires, en la présence de Dieu, implorant sa divine grâce, par les mérites de la passion de Notre-Seigneur et les intercessions de sa sainte Mère, de tous les anges et de tous les saints.

Non, ce n'est point une exagération d'avancer que la négligence du catéchisme est le grand mal entre les maux et une source de tous les maux; c'est, pour dire beaucoup en peu de mots, un mal qui cause une désolation générale. C'est la désolation des particuliers : il fait un ravage général dans chaque personne où il se rencontre malheureusement. Il porte la désolation dans l'âme et dans toutes ses puissances, dans le corps et tous ses sens intérieurs et extérieurs ; car si, selon le témoignage môme de la divine parole, tout l'homme consiste à garder les ordres de Dieu, et qu'on ne le puisse faire sans la science sacrée des vérités nécessaires au salut, il faut dire que, sans cette connaissance, l'homme n'est plus un véritable homme, son âme et son corps n'agissant fias pour leur glorieusefin : l'entendement, la mémoire et la volonté sont dans une désolation entière, les pensées, les lumières et les affections divines ne s'y trouvant pas ; la désolation règne sur le corps, et tous ses sens sont dans le dérèglement, parce qu'ils ne sont pas réglés par la loi de Dieu. 0 Jésusalem, dit Dieu, parle prophète Jérémie (c. vi, f. 8 ), faistoi instruire , de peur que je ne le remdc comme une terre en friche, et te délaisse comme une terre inhabitable. Dieu fait une terrible menace, quand il parle de la captivité de son peuple sous le roi Sédécias ; car il proteste que ses ennemis en feront une telle recherche, qu'il n'en échappera pas un seul ; de même qu'un homme qui, après les vendanges d'une vigne, veillerait avec soin qu'il n'y restât pas une seule grappe qui ne fût portée au pressoir. Dans les autres captivités, plusieurs s'étaient heureusement échappés ; mais sous Sédécias tout sera pris et sera dans une désolation universelle. Or Sédécias, à qui les yeux furent crevés, est une figure de l'homme qui n'a pas d'yeux intérieurs qui connaissent les vérités de notre sainte religion. En tout ce qui est dit, il n'est qu'une désolation entière.

C'est la désolation des familles; car en vérité, une famille est bien désolée, quand elle est dépourvue de la science du salut. C'est pour empêcher ce malheur extrême que les conciles ordonnent si exactement qu'elles soient instruites les jours qu'elles sont assemblées dans les églises, les dimanches et fêtes; et dès le commencement de la religion chrétienne, selon le témoignage de saint Justin, tous les bourgeois dans les villes, et tous les paysans dans les villages, s'y assemblaient pour entendre le catéchisme. O l'horreur des horreurs ! les pères et mères, les maîtres et les maîtresses auront soin et un grand soin de toutes choses dans leurs familles, à l'exception de ce qui regarde le salut ! Y a-t-il paysan, pour malheureux qu'il soit, qui n'apprenne à parler à son en.-

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faut, qui ne lui apprenne à gagner sa vie, ou au moins à mendier? Les laboureurs apprennent à leurs enfants à labourer, les vignerons à cultiver leurs vignes, les artisans leurs métiers : un maître, une maîtresse voudront que leurs valets, leurs servantes sachent bien apprêtera manger: on chassera un pauvre cuisinier, s'il ne l'ait pas bien la cuisine; mais qui se met en peine d'apprendre ou faire apprendre à servir Dieu en vérité, à le faire connaître, à le faire aimer? Oui, l'aveuglement en va jusque-là, qu'il se trouvera des ecclésiastiques, des personnes de piété, qui à peine s'appliquent à instruire et faire instruire des domestiques de la science du salut, et je me suis trouvé dans une communauté où il y avait un cuisinier, et qui avait servi auparavant chez des ecclésiastiques, qui ignorait les premiers principes de la religion. Le mal est que, quelquefois, on les envoie bien à confesse ou à la sainte communion, mais sans examiner s'ils sont en état d'y aller. 11 serait à désirer qu'une bonne fois on les fît bien instruire, et qu'ensuite on leur procurât un confesseur zélé pour une confession générale, alin que tout le monde dans une famille fût en état de bien servir Dieu : à quoi souvent la confession générale est très-nécessaire. Mais répétons-le, ô l'horreur des horreurs 1 les plus ignorants des campagnes savent des fables; ils les content les soirs en hiver pour se divertir ; ils savent des chansons, et souvent peu honnêtes; il n'y a que Dieu qui est ignoré. Nous l'avons dit, un grand remède est de procurer la lecture de quelques bons livres ; ce qui se peut faire par le moyen des entants qui vont aux écoles et qui peuvent lire dans les familles [es soirs durant l'hiver.

C'est la désolation de tous les Etats 1 Dieu le dit par un prophète, par lequel il déclare que l'ignorance de son peuple était cause que le peuple, les nobles et les premières personnes de l'Etat étaient dans les derniers des malheurs (Isa. v, 13) ; c'est la désolation des provinces et des royaumes (Jcr. xviii, lo, 1G) ; c'est la désolation générale de toute la terre; ce sont des vérités qui ne peuvent laisser de doute, les témoignages de l'Ecriture y étant exprès. Ecoutez, enfants d'Israël, crie lsaïe (c. xxiv, 1 et seq.), ce que le Seigneur a dit. Voici ce qui se passe dans le jugement qu'il fait des habitants de la terre. La terre est dépourvue de sa divine connaissance; pour cela elle sera réduite dans un état si lamentable, que si elle était capable de larmes, elle se consumerait, elle fondrait en pleurs. Et de vrai, ce Dieu de toute grandeur proteste qu'il J'aflligera de maladies, de morts funestes ; qu'il n'épargnera pas même les animaux qui y vivent, les oiseaux de l'air, les poissons de la mer. 11 proteste que les héritages et les biens n'empêcheront point les besoins et ne protiteront pas même à ceux qui les possèdent; que, depuis un bout du monde jusqu'à l'autre, il enverra le fléau de la guerre; qu'on dira la paix, la paix! et il n'y aura point de

paix. (Ser. l, 22; VI, xiv, 19.) Hélas 1 souvent nous nous plaignons; mais jamais n'eu:; vrirons-nous les jeux à la cause de tous nos maux, et jamais n'y remédierons-nous? Entendez, ô vous tous qui devez avoir soin que les âmes sachent servir Dieu en vérité: sachez que votre négligence criminelle est la source, selon la divine parole, de tous les fléaux de la divine colère que nous souffrons : oui, ce père, cette mère, ce maître, cette maîtresse dans leurs familles, ce pasteur dans sa paroisse, ce supérieur dans les lieux de sa juridiction, attirent par leur négligence la colère de Dieu sur ceux qui sont confiés à leurs soins.

Mais disons de plus que la négligence du catéchisme est la source des causes de toute la désolation de la terre; car la parole de Dieu y est encore expresse : il nous assure dans Osée (c. iv, f. 1, 2) que les malédictions, les homicides, les larcins, les adultères et d'autres crimes que l'on n'oserait dire, ont inondé tout le monde, parce que la science de Dieu n'y est pas; et assurément des millions de crimes se commettent qui n'arriveraient pas, si la grandeur de Dieu était plus connue. J'ai cent fois admiré comment, dans les campagnes, le vice n'y régnait pas encore davantage qu'il ne fait : grand nombre de pauvres gens qui y habitent vivent presque comme des bêtes, sans avoir que très-peu de connaissance des grandeurs de Dieu. Sur ce sujet, je dirai que des personnes qui avaient passé la plupart de leur vie dans les armées, y menant une vie licencieuse, ayant fait une retraite de quelques joufs pour s'appliquera connaître Dieu et sa religion, se sont converties d'une maniè.re admirable, et qu'elles s'étonnaient comment elles avaient pu vivre dans un état si déplorable ; mais la raison est qu'elles avaient été dans une grossière ignorance de Dieu et de nos mystères, qui est la source de toutes sortes de péchés.

La négligence du catéchisme est cause que l'âme oubliant Dieu, Dieu oublie l'âme dans ses miséricordes; dans cet oubli, elle est délaissée ; dans ce délaissement, elle tombe dans le précipice de la damnation éternelle.

Toutes ces vérités, capables de nouscon sumer de crainte, sont tirées de l'Ecriture, qui, nous révélant une des raisons de la damnation de tant de personnes, nous dit que l'enfer s'est élargi, s'est étendu sans aucunes bornes (Isa., v, 14), parce qu'elles n'ont pas eu la science de Dieu. Mais j'invite les fidèles à monter avec moi le Calvaire, pour y contempler l'étonnant spectaclo d'un Dieu crucifié qui s'y présente à nos yeux ; pour y voir son sacré chef percé de si cruelles épines en tant d'endroits; les grandes et profondes plaies de ses mains, de ses pieds, de son côté; son corps virginal déchiré de mille et mille coups de fouet; celui qui est appelé par le prophète (Isa., lui, 4) le plus beau des hommes, devenu comme un lépreux ; sa bouche, source des oracles, dans un profond silence ; ses yeux sacrés,

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