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CHAPITRE X

Des péchés que commettent les pasteurs qui néyliyent le catéchisme , cl les supérieurs qui ri y apportent pas de remède.

Si une des règles que les théologiens donnent pour discerner la grandeur d'un péché, est l'expression qu'en fait la divine parole, il n'y a pas à douter par ce principe que la négligence notable de l'instruction nécessaire au salut dans un pasteur à l'égard de ses ouailles, ne soit un péché mortel, puisque l'Ecriture rend de forts témoignages qui marquent l'horreur de cette négligence, et les punitions effroyables que la justice divine en fait. Nous en avons apporté quelques-uns dans les précédents chapitres; mais il ne sera pas inutile de faire derechef des réflexions sur le témoignage de saint Paul que nous avons cité, qui déclare que celui qui n'a pas soin des siens, a renié la foi, et est pire quun infidèle. Je ne sais si dans toute l'Ecriture on trouvera quelque chose de plus fort pour nous faire connaître la grandeur et l'énormité d'un péché.

Ajoutons que l'instruction nécessaire au salut des âmes, étant ordonnée par le droit naturel, divin et humain, est de l'obligation la plus stricte qu'on puisse concevoir; par conséquent on ne peut pas négliger cette instruction sans se rendre coupable de péché mortel.

Ces vérités supposées, nous disons que ce péché mortel est souvent accompagné d'un nombre effroyable de sacrilèges, puisqu'il y a de ces pasteurs qui négligeant notablement le soin des âmes qui leur sont soumises, vivent habituellement dans ce péché mortel ; et cependant fréquentant le sacrement de Pénitence, ils participent presque tous les jours au divin mystère du corps et du sang du Fils de Dieu.

Ce péché est accompagné d'illusion et d'aveuglement : l'illusion y est extrême; car si vous leur demandez s'ils peuvent en bonne conscience ne pas célébrer le saint sacrifice de la messe, ou le faire célébrer pour les peuples les jours de dimanche et des fêtes, au même temps et sans délibérer, ils vous répondront que cela ne se peut pas; et si ce désordre leur était arrivé une seule fois, ils s'en accuseraient dans le tribunal de la pénitence. Cependant toute la théologie demeure d'accord que l'obligation d'assister aux saints mystères les jours de dimanche et des fêtes, n'est que de nécessité de précepte, et par suite, dont l'on peut être excusé par des raisons légitimes, par exemple, des maladies ou d'autres causes raisonnables; et dans le cas proposé, s'il ne se célébrait aucune messe dans une paroisse, et que les peuples ne pussent pas assister dans quel-

que autre église, sans doute qu'ils n'offenseraient pas Dieu en cette rencontre. Mais il n'en est pas de même de l'obligation de savoir les vérités fondamentales de la religion, puisqu'elle est de nécessité de moyen , comme Ton parle dans lEcole : en sorte que celui qui les ignore ne peut éviter l'enfer; car c'est une vérité entière que l'ignorant sera ignoré. Après ceia, n'est-ce pas être dans la dernière des illusions de voir et de demeurer d'accord que l'on se damnerait si Ton manquait à son devoir, à l'égard de ce qui n'est qu'une obligation de précepte, et de ne connaître pas la perte de son salut, lorsque l'on ne satisfait pas à ce qui est une obligation de nécessité de moyen?

C'est pourquoi ce péché porte des ténèbres inexplicables ; et en vérité on peut bien dire des pasteurs qui y vivent, qu'ils ont des yeux, et ne voient pas; et ensuite il produit un endurcissement épouvantable, dont l'on n'a que des preuves trop communes et trop funestes. Combien y a-t-il de diocèses où le catéchisme est ordonné en suite des conciles par tant de lois et de statuts? N'entend-on pas les prélats, dans leurs synodes, qui en font voir l'obligation? Et après tout, combien y a-t-il encore de pasteurs qui ne s'en acquittent point, qui vivent et meurent dans cet état ? Je dirai ici ee que j'ai vu arriver sur ce sujet, dans un diocèse où je me suis trouvé. On y laisait la visite d'une paroisse abandonnée, mais entièrement à l'égard de la science du salut qui n'y était nullement enseignée. Le visiteur n'oublia rien pour faire ouvrir les yeux au curé négligent. Il lui montra clairement le déplorable état où il vivait, par des raisons sans réponse, et claires comme la lumière, et comme il ne pouvait pas en bonne conscience dans cet état s'approcher du saint autel. Cette visite achevée, qui se faisait le matin , et le visiteur parti , au même temps le curé, sans donner le moindre signe de pénitence, célébra la messe à son ordinaire.

C'est un péché qui conduit dans l'irn pénitence finale, ensuite de l'aveuglement et de l'endurcissement où il met; et l'on peut dire qu'il est du nombre de ceux que Notre- Seigneur fit voir à la grande sainte Christine, et qui, selon la révélation que cet adorable Sauveur lui en fit, est cause de la damnation d'un grand nombre d'âmes. Ce sont des péchés, lui dit Notre-Seigneur, que ceux qui les commettent ne voient pas , et cela par un aveuglement criminel, puisqu'ils les pourraient connaître ; ainsi dans cette ignorance ils n'en ont jamais la contrition nécessaire. Une des preuves de Fimpénitence de ces pasteurs est, lorsque recouvrant la santé après une maladie estimée mortelle, dans laquelle ils ont reçu tous les sacrements, ils continuent dans leur négligence ordinaire sans en faire voir le moindre remords de conscience : ce qui est un grand indice qu'ils n'y avaient pas pensé même dans l'étal d'une maladie extrême, se disposant à la mort. Il y a bien à s'étonner ici des

confesseurs qui souvent ne leur disent pas un mot de cette obligation. Mais hélas 1 souvent aussi ce sont d'autres pasteurs qui les confessent, qui vivent dans la m^me ignorance criminelle.

Mais qui pourra dire l'énormiti de ce péché, qui ne met pas les personnes qui le commettent au rang des homicides, mais qui les rend coupables de la damnation éternelle des âmes, qui sert d'occasion, d'erreur et de scandaleaux hérétiques qui en font des reproches sanglants, à l'Eglise, comme si l'E^ glise, qui ordonne avec tant de sévérité les.instructions nécessaires au salut pour les peuples, qui condamne par des peines si rigoureuses les personnes qui y sont obligées et qui ne s'en acquittent pas, devait répondre des défauts des particuliers?

C'est un péché très-dangereux, puisqu'il y a même des pasteurs, qui d'autre part sont gens de probité, qui y tombent, ne discernant pas assez la différence des devoirs d'une personne particulière et de celle qui est chargée du public; et ces gens sont dignes d'une grande compassion : car leur probité personnelle leur acquérant de l'estime parmi les paroissiens, ils n'en sont pas moins considérés, et jamais l'on n'en fait de plaintes. Notre curé, dit-on, est fort homme de bien, qui est bien propre dans son église, qui fait à merveille le service, qui chante bien, qui officie bien; mais on a les yeux fermés sur le principal de sa charge, et dont il ne s'acquitte pas.

Mais ce qui est très-déplorable, c'est que ce péché ne laisse pas d'être commun :ceux qui sont dans l'expérience ne le peuvent ignorer. J'avoue que depuis quelque temps on y a apporté de grands remèdes, j'avoue qu'il y a quantité de paroisses qui sont secourues; mais je sais que le mal est encore bien grand, particulièrement en ce que, dans plusieurs lieux où il semble que le remède soit, il n'y est qu'en apparence, par les défauts et les abus que nous avons remarqués ci-devant.

Or si le péché d'un pasteur négligent d'une paroisse est si énorme, qui pourra penser jusqu'où va le crime des supérieurs qui y doivent apporter le remède par leurs soins, et qui ne le font pas ? C'est une vérité incontestable, que le salut d'une seule âme est quelque chose de plus considérable aux yeux de Dieu et de ses anges, que toutes les affaires temporelles des monarchies, de toute la terre ensemble. Cette vérité ne peut pas être niée : or il est évident, selon la raison et même le sens commun, que nous devons donner nos soins aux choses à proportion qu'elles le méritent; donc le salut d'une seule âme demande une application plus sérieuse que toutes les affaires temporelles du monde. Que l'on voie ensuite tous les soins qu'on prend avec tant d'empressement sur la terre pour les affaires temporelles. Allez en esprit de village en village, voyez-y Tes soins des laboureurs, des vignerons; allez de ville en ville, voyez-y les soins de tous les artisans, de tous les marchands dans leurs

tors

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