‹ Œuvres complétesChapitre 245 sur 397 · LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — CHAP. XI · texte numérisé non relu

LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — CHAP. XI

boutiques ; voyez ce qui se passe dans les maisons des particuliers; voyez ce qui se passe dans les palais des cours souveraines, fa foule des plaideurs qui y viennent de toutes parts et qui les remplissent, les bancs des procureurs qui sont comme assiégés de tous côtés, les avocats que l'on consulte, les juges que l'on sollicite, l'application que les juges, les avocats, les procureurs donnent aux procès. Passez de là dans la cour des grands : que de peines pour soutenir l'Etat, pour faire des armées dans le besoin! que de désolations, que de morts parles guerres ! Allez de la terre sur la mer, vous y verrez des gens qui y exposent tous les jours leur vie. Après cette vue bien faite avec le secours divin, regardez ce que vous faites dans le soin que vous devez prendre des âmes, et de ceux qui en sont les pasteurs. Oui, il est donc vrai que le salut d'une seule âme est plus que tout le temporel du monde entier. Mais si, étant supérieur de cinq cents paroisses, de mille et de plus, vous êtes chargé du salut de vingt mille âmes, de cinquante mille, de deux cent mille, je vous demande ce que vous devez faire et l'application que vous y devez donner? Je vous demande quel péché, quel crime ferait un homme qui renverserait une monarchie par le défaut de ses soins? Mais que serait-ce s'il arrivait un désordre général dans toute la terre? Et vous ne prenez pas garde qu'après tout, tous ces maux ne seraient que temporels, et passeraient bientôt; mais la perte d'une seule âme est pour une éternité. Mais s'il s'en perdait cent? Mais si deux mille? Mais si dix mille? Une âme, dix, vingt, se perdent dans une paroisse par la négligence d'un curé. Ce malheur infini arrive dans grand nombre de paroisses, je le suppose de la sorte, les curés ne s'acquittant pas de leurs devoirs par le défaut des soins des supérieurs. Ah donc ! de combien de péchés énormes ces supérieurs se rendent-ils coupables 1 Combien commettent-ils de péchés quelquefois dans un quart d'heure, par la perte des âmes qui s'y fait, par leur négligence dans tant de lieux de leur juridiction? et puis l'on dira que l'on n'a que faire!

Ici la frayeur me saisit écrivant ces vérités, quand je "pense que j'ai cent soixante paroisses qui dépendent de ma visite ; car enfin je vois bien, s'il y a une seule âme dans ce grand nombre de paroisses, qui ne soit pas secourue de la science nécessaire au salut, et que cela arrive, ou parce que je ne me suis pas assez appliqué dans le cours de mes visites à y remédier autant que je le dois, en veillant à ce que les ordonnances du catéchisme soient bien observées, je dis bien, en la manière qu'il a été expliqué, et non pas en faisant ma charge comme quelques-uns disent, tellement quellement ; ou bien en ne faisant pas rapport exact à mon évêque: je suis pire que les homicides, qui tuent les corps, puisque je suis la cause, par le défaut de mes soins, de faire perdre la vie de la grâce à une âme pour une éternité. Mais si je suis la cause de la perte

d'un grand nombre ! Je prie ici les personnes qui liront ce petit traité, qu'ils usent de miséricorde envers moi, en priant Notre-Seigneur, par le cœur charitable de sa Mère vierge, de me faire miséricorde.

Ah! quelle charge que celle qui regarde des âmes qu'un Dieu-Homme a bien voulu racheter par le prix môme de sa vie et de tout son sangl Cette vue me fait faire des rétlexions su-r la sainte conduite de l'esprit de Dieu dans les conciles, qui ne veulent pas que les archidiacres, quoiqu'ils soient ordinaires à l'égard des visites, et qu'ils ne les fassent pas par délégation, puissent commettre quelqu'un pour remplir ce devoir à leur place. C'est que les Pères en ont vu l'importance ; et de vrai elle est de la dernière conséquence, et quelquefois il s'y commet des abus intolérables. Je veux qu'un archidiacre, par maladie ou quelque grande affaire qui regarde le bien de l'Eglise et jugée telle par son évêque, en soit dispensé pour une année ou pour deux de ses visites ; car sans ces causes il est très-obligé de les faire en personne : et nous avons des conciles en France qui l'ordonnent formellement, comme il se peut voir dans l'un des conciles de Tours. Comment pourra-t-il avoir sa conscience en repos, s'il ne prend soin, auprès de son prélat, que l'on commette en sa place une personne éclairée et pleine de zèle? Quelle illusion plus damnable, que d'envoyer, pour faire des visites, des hommes qui ignorent les devoirs de cette charge, ou qui n'ont pas le zèle nécessaire! Ce seront quelquefois des gens qui eux-mêmes ont des paroisses à gouverner, et qui vivent dans la négligence du soin pastoral. Comment donc y apporteront-ils le remède? Cependant vous verrez des archidiacres qui d'autre part sont d'une vie édifiante, qui ne font point de visites, et dont les commis sans expérience laissent raille désordres sans remède, demeurer dans une fausse paix, sous prétexte que leurs visites se font. En vérité cet abus est dauinable et l'un des plus grands qui se commettent, et auxquels les prélats doivent bien apporter le remède.

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