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CHAPITRE XI

Du compte épouvantable que rendront au jugement de Dieu, toutes les personnes qui sont obligées de faire le catéchisme, ou de veiller à ce quil se fasse.

J'appelle ce compte épouvantable, parce qu'il sera compté sur le prix des âmes perdues qui ont coûté le sang d'un Dieu, qui est d'une valeur infinie. Un intendant des finances a trois ou quatre millions d'argent entre les mains, on l'oblige de tenir compte de ces trois ou quatre millions ; car enfin le compte se rend à proportion du;nombre et de la valeur des choses dont on est chargé: ces vérités sont toutes claires. Ainsi donc ceux qui ont la charge des âmes, rendront compte des âmes; et .comme il n'y en pas une seule qui ne soit d'une valeur infinie, ayant été rachetée par le sang d'un Dieu,

fggj OEUVRES COMPLETES DE BOUDON.

rendant le compte de plusieurs âmes, c'est tenir compte dune multitude d'infinis.

Or il faut demeurer d'accord j que le compte d'une multitude d'infinis, et que Joit rendre une faible créature, est quelque chose, sans exagérer, de bien épouvantable.

De plus, ce compte d'une multitude d'infinis sera examiné dans une lumière infinie qui est la lumière de Dieu. Certainement la lumière des bienheureux est inexplicable; celle de leur divine reine ne se peut comprendre ; et ce serait une chose bien redoutable à un pécheur, que sa vie et ses actions fussent examinées dans cette lumière ; cependant ce n'est qu'une clarté bornée. Mais hélas 1 que devenir, et où se mettre, quand on pense que notre examen se fera dans la lumière d'un Dieu? Cette vue a jeté l'effroi dans les âmes les plus innocentes et les plus saintes ; aussi est-il écrit que les cieux ne sont pas nets en la présence de la divine Majesté. Cette majesté suradorable, devant laquelle en ce mondeci même qui n'est qu'un pays de ténèbres, à la découverte d'un petit rayon qui en est donné, les cheveux dressent à la tète, comme parle sainte Thérèse ; cette majesté divine, dis-je, fera voir ses grandeurs dans cette lumière ; et au même temps tout ce qu'elle a fait, tout ce qu'elle a souffert pour le salut des âmes : elle découvrira dans un jour immense tous les mystères de notre rédemption, et particulièrement celui de sa mort sur le Calvaire, et celui que l'on peut appeler le mystère d'amour de tous les siècles, te mystère du très -saint sacrement de l'autel : pour lors le rideau sera tiré, le voile épais qui couvrait les yeux des personnes négligentes, sera levé; et dans une clarté inénarrable, elles verront l'éternité, l'éternité de la gloire, que tant d'âmes ont perdue par leur peu de soin ; l'éternité, cette éternité sans fin de l'enfer leur sera manifestée, dans laquelle ces misérables âmes brûleront à jamais.

Dans cette lumière infinie, elles verront cent milliers de fois avec beaucoup plus d'évidence que nous ne voyons les objets d'icibas en plein midi, et leur aveuglement et leur insensibilité. On fera voir à ces pasteurs négligents, les soins empressés qu'ils ont pris de leurs biens temporels, et en même temps leur extrême négligence à l'égard du spirituel ; on leur représentera l'ardeur avec laquelle ils ont veillé à la conservation de ce qu'ils possédaient, la grande et forte application qu'ils y ont donnée , les soins qu'ils en ont pris avec tant d'exactitude, les procès qu'ils ont soutenus pour n'en rien perdre ; et on les fera souvenir de leurs tiédeurs ou de leurs glaces à l'égard du salut éternel des âmes. Oui, il est vrai que pour conserver leurs biens, ils se présenteront en personne sur tous les lieux où ils croiront leur présence nécessaire; ils s'y trouveront de grand matin , s'il en est besoin, dans la plus grande chaleur du jour, en toute sorte de temps; s'ils apprennent

qu'on leur fasse quelque tort, il n'y a point de compagnie qu'ils ne quittent pour y donner ordre; ils parleront à toutes sortes de personnes. Mais s'il s'agit de conserver les droits de Jésus-Christ sur les âmes ; s'il est question d'empêcher que le démon et le monde ne les lui ravissent ; si l'on apprend qu'un péché notable en enlève quelqu'une à Dieu, hélas 1 que fait-on ? ira-t-on, comme nous l'avons déjà dit, dans tous les hameaux du village , pour y conférer avec toutes les personnes qui y résident, et qui rarement viennent aux instructions que l'on fait dans l'Eglise ?

Disons encore qu'il est vrai qu'un curé donnera le congé à un domestique qui, par sa négligence laisserait voler ce qui lui appartient, pendant qu'il gardera un vicaire qui, par son peu de soin et de capacité, laissera perdre les âmes. Qui pourrait dire ici avec quelle frayeur les pasteurs négligents découvriront ces désordres déplorables dans la lumière de Dieu ? C'est encore dans cette lumière qu'il se fera un jugement de comparaison; qu'il leur sera montré ce qu'un berger aura fait pour ses brebis; ses soins et son application, comparés à ce qu'ils ont fait pour le salut éternel de leurs ouailles;

On leur montrera dans cette lumière les travaux immenses des hommes apostoliques qui ont parcouru les terres et les mers, qui ont fait des cinq à six mille lieues avec des fatigues incroyables, pour courir après le salut des âmes; à ceux qui n'ont pas eu le courage d'aller d'un bout de leur village à l'autre pour y enseigner la science du salut, ce qui leur aurait été si facile.

Mais quel compte épouvantable rendront à la justice de Dieu, au redoutable tribunal de son jugement, tous les supérieurs qui ont dû veiller à apporter le remède à tous ces maux, et qui ne l'ont pas fait, ou bien qui l'ont fait fort légèrement , avec bien de la précipitation , ou beaucoup d'oubli l Que diront les archidiacres qui n'ont pas fait leurs visites, ou qui les ont faites avec si peu d'attention pour l'intérêt de Dieu et du salut des âmes, qu'ils auraient été bien fâchés d'agir avec une pareille négligence dans la moindre de leurs affaires temporelles? Que diront les ofïiciaux et les promoteurs, qui n'auront pas fait les poursuites nécessaires pour obliger ces pasteurs négligents à leur devoir? Que diront les confesseurs qui leur auront donné l'absolution dans cet état criminel ? On la refuse, et on doit la refuser à tous ceux qui ne veulent pas payer leurs dettes; mais que doit-on faire à ceux qui ne payent pas à Jésus-Christ les dettes qu'ils ont*contractées envers lui, en s'obligeant à travailler au salut des âmes, et qui au contraire les privent de la nourriture spirituelle?

Si le' juste trouve à peine le salut à ce jugement épouvantable, quel salut y aura-t-il pour ceux qui l'auront fait perdre à tant d'âmes? Ces malheureuses âmes s'élèveront à ce jour terrible pour demander vengeance de leur perte contre ces infidèles serviteurs

102!) LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — EXHORTATION. ftgfl

de Jésus-Christ. O mon Dieu ! s'il faut ré- Ames, et pour faire raison au sang d'un Dieu

pondre âme pour âme, n'en ayant qu'une qui a été si criminellement profané. O mon

seule , où trouveront-ils de quoi satisfaire Sauveur 1 vous avez dit qu'il y avait peu

pour plusieurs, et quelquefois pour un de personnes sauvées; ah 1 que la négli-

grand nombre? C'est pourquoi l'enfer mul- gence de la science sacrée du catéchisme ie

tipliera ses peines pour venger la perte des fait voir clairement

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