CCLESI ASTIQUE. — CHAP. VI. 10GC
cupé des intérêts de Dieu. Oh ! que s'il s'agissait du propre intérêt, l'on y donnerait bien d'autres soins 1
Mais, ô mon Seigneur et mon Dieu 1 que les ténèbres sont épouvantables pour ce qui regarde votre gloire. On donnera ces témoignages à une personne, quelquefois même déréglée, ou tout au plus , qui ne commettra pasde grands crimes. L'onexaminerapeu, comme le veut le dernier concile, sa manière de vie depuis son enfance, si elle a vécu dans la crainte du Seigneur, si elle a édifié par ses bons exemples, si elle a de la piété, si elle fréquente les sacrements avec soin, si elle fait de saintes lectures, si elle a un véritable zèle de l'honneur de Dieu ; et cependant sur un témoignage de quelques lignes que très-souvent on donne à la pure considération humaine, l'on reçoit les ordres sacrés. 11 y a plus ; quand même dans le séminaire on y agirait de bonne foi, il est difficile qu'en si" peu de temps une vocation soit bien examinée, si, comme nous venons de le dire, l'on n'en a d'autres preuves. Hélas 1 tous les jours nous voyons un grand nombre d'ecclésiastiques qui en sortent , dans un oubli prodigieux de tous les exercices de piété, qu'ils y ont pratiqués. Combien y en a-t-il qui continuent à faire l'oraison mentale , à faire leur lecture spirituelle tous les jours ? Ce sont des choses où il faudrait beaucoup veiller pour y apporter quelques remèdes ; et il arriverait un grand bien si les prùiats choisissaient quelques vertueux ecclésiastiques en différents lieux de leurs diocèses pour y veiller. Ces réflexions ont obligé quelques évoques de ne se pas arrêter précisément un temps déterminé dans leurs séminaires pour examiner la vocation ; car l'on y emploie autant de temps qu'il est nécessaire pour la rendre certaine, au moins selon les lumières que l'on en peut avoir.
Ah î les saints, dans qui elle paraissait d'une manière si éclatante, avec quelle retenue se sont-ils engagés dans les ordres sacrés? Souvent on a été obligé de leur faire une sainte violence. Us passaient des temps considérables en retraite pour se préparer à les recevoir. Ça été la pratique des premiers siècles, où l'on a vu les Jérôme , les Basile , les Chrysostome, les Augustin, les Grégoire vaquer dans la solitude à la contemplation des choses divines, un long temps auparavant que de recevoir l'imposition des mains. On lit avec étonnement les dispositions admirables de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, et de ses premiers Compagnons, pour ces fonctions sacrées dans le siècle dernier. Les saints de notre siècle, animés du même esprit de Dieu, ont fait la même chose. Le saint homme, le P. de Condren, s'est préparé à célébrer le saint sacrifice de la messe par la retraite d'une année tout entière.
Mais ce qui est bien surprenant , est de voir un saint Paul, ce vaisseau d'élite, selon le témoignage de Jésus-Christ même, passer près de trois ans en retraite dans l'Arabie
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avant que d'exercer les fonctions de son apostolat : et cependant il élail choisi pour être l'apôtre de tout le monde, et tout le monde gémissait dans l'attente des secours divins qu'il en devait recevoir. Enfin, ce qui est infiniment au-dessus de tous ces exemples, est celui d'un Dieu fait homme ; il alla au désert par le Saint-Esprit qui l'y mena, et il ne le quitta pour aller autre part, que par le même Esprit. Ce fut dans cette solitude qu'il se prépara à sa mission par un jeûne de quarante jours, par une séparation de toutes les créatures, et par une oraison continuelle à Dieu son Père.
L'une des intentions de l'Eglise, dans l'institution du jeûne des Quatre-Temps , a été afin qu'il plût à Notre-Seigneur d'envoyer de bons et fidèles ouvriers en sa vigne;
mystères, ils communiquent son esorit, et ils donnent son corps.
C'est ce qui les élève a une dignité incomparable, ils surpassent les anges par leur état; car à qui des anges l'adorable Jésus peut-il dire comme aux prêtres : Vous m'avez produit par rapport à mon Père, et produisez tous les jours en terre sur les autels. Ceci bien considéré jette dans des admirations inexplicables : c'est pourquoi saint Eraneois avait coutume de dire que s'il trouvait un prêtre , et qu'en même temps un ange se rendît visible, il rendrait plus d'honneur au prêtre qu'à cet esprit céleste.
Si donc les prêtres sont élevés au-dessus des anges par leur état , à plus forte raison le sont-ils au-dessus des hommes : et y at-il puissance sur la terre à qui un Dieu
et comme dans ce temps les évêques font obéisse comme il leur obéit? Tous les Pères
choix des personnes qui doivent être éle yées aux ordres, toute l'Eglise conspire à jeûner et à prier, afin que ce choix soit pour la gloire de Dieu. Ça été la pratique des premiers siècles, où le's fidèles jeûnaient avant l'ordination des ecclésiastiques. Je ne puis m'empêcheF de faire ici réflexion sur les justes précautions que prennent les réguliers pour admettre les personnes qui se présentent à eux, et particulièrement à J'égard de celles qui doivent demeurer dans l'état de frères convers ou lais , comme ils les appellent. Ces bons frères ont pour leurs fonctions ordinaires de garder les clefs d'une porte, de travailler au jardin, d'apprêter la nourriture des religieux, d'aller à la quête, ou d'autres pareilles; et cependant on les y prépare par un noviciat d'une année , où ils sont beaucoup éprouvés, et où dans les maisons d'une exacte observance, ils ont beaucoup à souffrir par les longues veilles, les austérités du corps et toutes sortes de péni
et autres docteurs de l'Eglise ont parlé avec des étonnements surprenants de la soumission que l'adorable Jésus a bien voulu rendre à son immaculée Mère la très-digne Vierge, et au glorieux saint Joseph; mais ici il faut que tout le ciel et la terre s'étonnent de son assujettissement aux ministres de ses autels. 11 se rend du ciel en terre entre leurs mains à quatre de leurs paroles, sans y manquer jamais, au moment qu'ils choisissent , et à l'heure qu'il leur plaît. C'étaient ces vues qui leur attiraient de si grands respects dans les premiers siècles, dans lesquels il était nécessaire de se prosterner devant eux , et de leur baiser les pieds. C'est ce qui obligea un empereur de faire manger saint Martin à sa table, avec l'un des ministres du saint autel, et ils y fuient servis tous deux les premiers; l'impératrice même voulut les servir de ses propres mains. Au milieu de toute la corruption de notre siècle, où par suite l'aveuglement est ex-
tences, et beaucoup plus par le renoncement trême, on a vu feu M. de lient v, homme de de la propre voionté, et 1 exercice de toutes grande naissance, mais bien plus grand par
les vertus; et s'ils ne s'en acquittent pas dignement, ils ne sont pas reçus, et on les met dehors. Je laisse à méditer sur une si juste conduite, et ensuite à considérer combien les fondions ecclésiastiques sont relevées au-dessus de celles de ces bons frères, et combien les préparations en doivent être plus exactes et plus saintes.