CHAPITRE VII
Du sacerdoce.
C'est avec grande raison que les Pères ont appelé le sacerdoce divin , parce que Dieu lui-même en est l'auteur, et parce que ses fonctions sont toutes divines. Il n'a pas pour instituteur quelque ange des plus sublimes hiérarchies, ou l'un de ces premiers esprits qui sont les plus proches du tronc de Dieu; il n'a pas quelqu'un des plus grands saints, comme les ordres réguliers ; mais il a Jésus- Christ Dieu-Homme. Les prêtres sont con sacrés par son opération, qui porte communication du Saint-Esprit, qui n'y donne pas seulement ses dons, mais sa personne. Ils agissent en sa puissance, ils dispensent ces
ses vertus, quitter une compagnie de personnes de condition, qui l'étaient venues voir, pour aller entretenir un précepteur de leur maison qu'elles avaient amené avec elles, et qui demeurait dans un coin de la salle où elles étaient, parce qu'il avait la grâce du sacerdoce.
Cet exemple est rare, parce qu'on n'a pas les yeux ouverts aux grandes vérités, que l'on dit croire, mais dont l'esprit n'est nullement pénétré. Les prêtres du Seigneur souvent sont traités comme les personnes les plus viles ; ces hommes de Dieu qui lient et délient les âmes, qui ouvrent et qui ferment lescieux. Sauit Jean, dans V Apocalypse (ix, 10), veut se prosterner par respect devant un ange, qui était l'un des premiers de la cour céleste, et ce prince, non pas de la terre, mais du paradis, ne le veut pas souffrir : Gardez-vous, dit-il à ce prêtre du Seigneur, de le faire, et néanmoins on verra tous les jours de simples gentilshommes ou dames à peine les considérer.
L'on peut dire que le dérèglement est grand en ce sujet du côté des séculiers : mais il faut avouer que les ecclésiastiques
Di; LA SAINTETE DE 1/ETAT ECCLESIASTIQUE. — CHAP. VII.
en sont en partie la cause par leur vie, qui est si peu conforme à l'élévation divine de leur état. Saint Denis ne les appelle pas seulement des anges, mais des dieux par participation de sa glorieuse puissance, et leurs mœurs souvent sont indignes d'un honnête homme. Malheur à nous qui rendons de la sorte notre ministère méprisable ! L'intérêt propre est encore une source de leurs mépris ; ils s'engageront à être précepteurs dans des maisons où ils sont traités comme des mercenaires, ou, ce qui est insupportable, dans les affaires des séculiers dont ils prendront le soin. Désordre du propre intérêt, qui se rencontre même dans quelques-uns qui Jsont dans les dignités les plus considérables, qui font mille bassesses pour avoir des bénéfices, ou pour les augmenter, ou pour obtenir quelque charge, ou pour se procurer la faveur des grands. La confusion de leur ministère sacré les suit jusqu'aux autels, où on les voit attendre les séculiers à demi vêtus de leur ornement, pour y célébrer les mystères redoutables, eux à qui le Souverain duciel et de la terre,devantquicesgensqui lesfont attendre, tels qu'ils puissent être, ne sont que de chétifs néants, s'assujettit en un instant. C'est ce qui a obligé l'un des plus grands prélats du royaume de faire un statut sévère contre ces indignes ministres du saint autel, leur défendant expressément d'y attendre personne.
C'est ainsi que les mœurs basses des ecclésiastiques les privent des respects dus à la grandeur de leur état sublime et tout divin. Si la sainteté s'attire la vénération en quelques personnes qu'elle se rencontre ; quels honneurs ne lui rendrait-on pas si elle était jointe à l'excellence dujninistère. Un pauvre paysan de Provence qu'on appelait frère Antoine, vient à Paris : c'était un homme d'une piété éminente. Sa vertu n'est pas sitôt connue, qu'elle s'attire le respect, non-seulement des premières personnes de cette grande ville, mais de la cour. La feue reine Anne d'Autriche, de glorieuse mémoire, lui faisait des honneurs qu'elle ne rendait pas aux plus grands du royaume. Ce n'était qu'un pauvre villageois, mais il menait une vie sainte. Le feu P. Bernard, dont la mémoire est en bénédiction, qu'on appelait le pauvre prêtre, a été dans une vénération tout extraordinaire , parce que sa vie était en bonne odeur de Jésus-Christ. On a vu les plus grands cardinaux de notre siècle, non-seulement le faire couvrir en leur présence, mais donner la place la plus honorable au milieu d'eux à ce pauvre prêtre, pour l'estime qu'ils avaient de sa sainteté. L'éminentissirae cardinal de Richelieu voulut bien dire au chancelier du royaume, qu'il ne le laissât pas découvert devant lui. Ces considérations ont obligé une princesse du sang de donner place dans son. carrosse aux ecclésiastiques qu'elle menait avec elle, que l'on voit assez ordinairement courir après comme des valets de chambre.
Mais si les ecclésiastiques, non-seulement
surpassent ie reste des hommes par leur état, mais encore les anges, ils devraient donc les surpasser en sainteté : ou au moins leur perfection doit être tout angelique ; .et ainsi ils doivent être détachés de toutes les choses matérielles, par la grîee de leur vocation, comme ces Esprits bienheureux le sont par leur nature. Si un Dieu fait homme est l'instituteur et le fondateur de leur ordre, il est leur patron principal, sur lequel ils doivent former leur vie et toutes leurs actions, et ils en doivent êire des images vivantes: et comme ils tirent influence de lui, ils ne doivent avoir de mouvement que pour lui et être uniquement attachés à ses divins intérêts.
Il y a des instituts qui sont appliqués spécialement à honorer quelques-uns de ses mystères ; comme celui des Chartreux à honorer sa solitude, celui de Saint-François sa pauvreté, celui des Théatins son abandonnement à la providence de son Père, celui des Jésuites son divin zèle, celui du Carmel son oraison ; mais l'ordre de la religion du clergé a Jésus-Christ tout entier pour l'objetde son culte et de ses adorations.
C'est le divin exemplaire qui lui est montré dont ils doivent tenir leur forme, et qui les appelle sans doute à une éminente sainteté : car s'il en a désiré une si grande et si particulière dans tous les ordres religieux, que doit-on penser de celle qu'il demande dans l'ordre qu'il a institué immédiatement lui-même? Il faut qu'ils soient en toutes choses, selon la doctrine de l'Apôtre, l'exemple des bonnes actions. La personne des clercs, dit saint Jérôme, et tout ce qu'ils disent, et tout ce qu'ils font, doit être une instruction salutaire à tous les fidèles. Tout ce qui est en eux doit parler, et annoncer la gloire de Dieu.
Mais comment se nourrir si fréquemment du corps d'un Dieu, comme font les prêtres, sans devenir des dieux par participation, comme les appelle saint Denis?
Cette fréquente communion, et qui est de tous les jours dans la plupart, est bien suffisante pour les obliger à une grande perfection. Hélas, à quoi pensons-nous? Si l'on nous demandait avis touchant les dispositions nécessaires pour communier tous les jours, que dirions-nous ? Hé ! pourquoi ne nous le disons-nous pas à nous-mêmes !
Certes saint François de Sales, qui n'est pas emporté en sa dévotion, enseigne qu'il est nécessaire, non-seulement d'être exempt de péché mortel et de toule affection au péché véniel; mais que de plus, il faut être dans la pratique héroïque des vertus, c'est-àdire, les pratiquer comme les saints, vivre dans le dégagement de toutes les choses de la terre comme eux, suivre Jésus-Christ à leur imitation par l'amour île la pauvreté, du mépris des douleurs ; aimer ses ennemis, et leur faire du bien ; être uni à Dieu par l'oraison, et être consumé du zèle de sa gloire en toutes choses. Oh! si nous faisions de bonnes réflexions sur ces dispositions,
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