‹ Œuvres complétesChapitre 258 sur 397 · LOT · texte numérisé non relu

LOT

où en serions-nous? Après tout, non-seulement nous autres prêtres nous communions tous les jours, mais nous offrons le divin sacrifice pour les péchés de tout le monde. Ces considérations pénétraient si vivement l'âme de saint François d'Assise, qu'il n'osa jamais entrer dans le sacerdoce. Hélas 1 où en sommes-nous, nous qui sommes si éloignés de la perfection de cet admirable saint? -

Je lisais dernièrement une relation d'un excellent religieux , datée du troisième de mai de l'année 1672, dans laquelle il disait que la divine Providence lui avait fait rencontrer un prêtre qui vivait solitaire et qui était mort d'amour en sa présence. J'avoue qu'un cœur aussi dur comme le mien en a été vivement touché et blessé sensiblement, et je disais : C'est pourtant là la mort qui devrait finir la vie de tous les prêtres. Il est rapporté dans cette relation que le corps de ce prêtre du divin amour était même à l'extérieur comme tout en feu, après qu'il eut expiré; et qu'un autre prêtre déréglé s'en étant approché , il sentit aussitôt les glaces de son cœur se fondre, et que depuis ce temps-là il avait toujours été fidèle à tous ses devoirs envers Dieu.

Ce grand amant du Fils de Dieu avait déclaré à ce religieux qu'un jour, à la fête de ta sainte naissance de notre bon Sauveur, ayant célébré la première messe, il se sentit investi de toutes parts de tant de feux et de flammes du pur amour, que son corps tombant en une sainte défaillance, il ne put commencer la seconde ; et que dans ce temps Notre-Seigneur lui fit amoureusement ces plaintes des prêtres qui ne l'aimaient pas: Ce sont des hommes, lui dit ce Seigneur de toutes choses , sur qui j'ai des desseins de toute éternité, de les remplir de mon amour; pour ce sujet, je n'ai rien épargné. Tous les jours je me donne à eux , et ils font de moi ce qu'ils veulent; j'en souffre. Tous les anges tremblent devant leur puissance, et néanmoins, bien loin de m'aimer, ils m'offensent. Je les sollicite à mon amour, et ils n'entendent pas ma voix; à peine ont-ils la foi de ma présence. Ils font peu de réflexion que c'est un Dieu qu'ils tiennent entre leurs mains et qui passe dans leurs poitrines. Ah! que penses-tu que je fasse dans ce lieu-là? 11 faut que je dise, à leur condamnation, qu'ils sont en une manière mes maîtres, puisque je leur obéis. Après cela, leur vie devrait être toute céleste et toute divine; mais elle durera peu, et elle sera suivie de tourments si terribles, que si on les connaissait un peu, l'on en mourrait de frayeur.

Après celte déclaration, ce serviteur de Dieu s'écria : 0 prêtres indignes, qui tenez en vos mains le Dieu de tous les feux et de toutes les flammes du pur amour, comment est-il possible que vous n'en soyez pas tout embrasés 1 11 assura ensuite qu'il avait été appliqué à demander miséricorde pour leurs péchés, ce qui lui avait fait souffrir des angoisses mortelles; et étant sur le point de mourir, il dit encore ces paroles : Adieu,

prêtres infidèles au divin amour, je pars de ce monde avec douleur dans cette vue. Il avait dit auparavant à ce religieux : Mcn Père , n'est-il pas vrai qu'ils seront punis d'une manière singulière? je sais qu'il y a un enfer particulier pour eux. Ah! s'ils en avaient une seule fois la véritable lumière , ils passeraient le reste de la vie dans les pleurs et dans les plus austères pénitences.

Toujours est-il vrai que saint Grégoire avait peine qu'un prêtre qui serait tombé dans un péché notable depuis son ordination approchât des saints autels. Ceux qui s'en approchent avec une conscience criminelle, dit saint Chrysostome , sont pires que les démons, qui tremblent même devant les moindres choses qui marquent quelque sainteté. Ils sont, dit l'auteur des Méditations ecclésiastiques du séminaire de Saint Nicolas du Chardonnel, mille fois pires que Judas, que les Juifs et que tous les dénions. Saint Denis regarde leurs paroles et leurs actions avec horreur. Ils foulent aux pieds cruellement le sang d'un Dieu, et ils sont des déicides.

Voici ce que notre bon Sauveur en dit à sainte Brigitte dans ses révélations, qui sont approuvées de l'Eglise : « Les démons environnent leurs âmes, de peur qu'ils ne fassent réflexion; combien l'on doit craindre de s'approcher indignement de mes autels, et combien doivent être purs ceux qui vont à Dieu, qui est la pureté même. Quand ils disent le Confiteor, les démons s'en moquent comme d'imposteurs et de fourbes; ce sont des traîtres et des perfides qui me trahissent comme Judas ; qu'ils soient maudits du ciel et de la terre, et de toutes les créatures ; que maudite soit l'heure de leur naissance, maudites soient les années qu'ils ont passées, maudite la nourriture qu'ils prennent. Je jure en vérité, moi qui suis la vérité même, que ce leur est un grand niai heur d'être nés et d'avoir été dans un ministère, parte qu'ils en sont plus damnés. »

Le même Seigneur lit un jour voir à sainte Thérèse le lamentable état d'un prêtre qui célébrait en péché mortel, et comme les dénions l'investissaient; et ce qu'elle en rapporte est effroyable. Leur qualité, dit saint Augustin , les élève au-dessus des hommes; mais leurs méchantes mœurs les mettent dans un état déplorable. Oh 1 si ceux qui s'y engagent témérairement le savaient, si tes parents qui les y poussent n'étaient pas dans les ténèbres et n'en ignoraient pas les dangers !

Page 1